Salut et bonne vacances à tous. Le chapitre a été écrit, puis, réécrit, et réécrit, puis etc. Ce qui explique ma longue absence. Il est déjà plus long que la moyenne des chapitres que j'ai écrit et j'espère qu'il vous plaira. Donc n'hésitez pas à laisser des commentaires pour savoir ce que vous en pensez !
Enjoy!
17) À Découvert
Je sentais mon corps s'engourdir alors qu'une vague glacée tentait inlassablement de m'immerger. J'aurais tremblé si la main d'Edward ne pressait pas fermement la mienne. Le regard de ma meilleure amie (enfin, si le terme « meilleure amie » s'appliquait encore) se faisait toujours plus déchirant et colérique… Impossible à affronter. Je pouvais l'entendre grincer des dents et ses yeux noirs, à peine cachés derrière ses mèches de cheveux frisées, foudroyaient Edward continuellement. Si elle n'était pas en position de combat, son visage déversait une telle animosité que je m'interposai sans m'en rendre compte.
- Écarte-toi, gronda-t'-elle tout en m'ignorant.
- Jane, je t'en prie…
Ma voix s'éteignit brièvement lorsqu'elle me regarda. Un instant, le regret et la peur troublèrent la rage qu'elle me renvoyait.
- Dis-moi que c'est une blague, murmura-t'-elle.
- Jane…
- Tu n'es pas sérieuse, Bella ! Ce n'est pas possible ! Dis-moi que tu n'étais pas en train de l'embrasser !
- … Heu… Je…
Étais-je véritablement censée lui répondre ? Elle m'avait pourtant bien vu, totalement collée à lui. Il n'y avait aucun doute sur ce que nous étions en train de faire.
- Non, déclara posément Edward, en tendant le cou. Elle n'était pas en train de me mordre…Ni de m'étrangler, non plus. Comme tu peux le voir.
- Ça, je peux le faire à sa place, gronda-t'-elle.
- Non !
- Non, quoi ! explosa-t'-elle. Ton boulot consiste à le tuer ! PAS DE LUI ROULER DES PELLES !
Une bourrasque de vent jaillit d'elle et renversa dans un fracas énorme l'étagère remplies de flutes à bec et de clarinettes en bois. En une fraction de seconde, je me retrouvai derrière Edward, bloquée par son bras qui me serrait contre lui. Effarée, je ne pouvais rien faire d'autre que de la voir s'accroupir, son aura dévastatrice crépitant autour d'elle. Et lui, courbait l'échine, se mettant en position de défense et sortit un long feulement menaçant.
- Non, criai-je.
Alors qu'elle analysait la posture du vampire, la surprise traversa brièvement ses traits.
- Tu essaies de la protéger de moi ?! Non, mais c'est le monde à l'envers…
Peut-être pouvais-je me transformer et emmener Edward loin d'ici, puis revenir parler à Jane ? J'aurais les idées plus claires si je ne craignais pas que chacune de mes paroles ne risquent d'achever précipitamment son existence. Mais, j'étais certaine qu'il ne me laisserait pas revenir ici, seule. Et puis, étais-je capable de me transformer à côté de lui sans risquer sa vie ? Sur son épaule, ma main tremblait, pas seulement d'effroi mais aussi sous le désir exacerbé par son aura colossale. Et si mon désir de le tuer reprenait le dessus une fois métamorphosée ?
- Tu es complètement inconsciente, Bella ! Je ne te reconnais plus. Et tu oses venir faire la morale à Bree, espèce d'hypocrite !
- Ne l'insulte pas !
- La ferme, tonna-t'-elle et une autre bourrasque nous frappa de plein fouet, nous faisant reculer. Ne t'avise pas de me donner des ordres.
- OK… OK, je suis une hypocrite, criai-je. C'est vrai. Je n'ai aucune excuse. J'aurais dû t'en parler plus tôt. Maintenant, calme-toi s'il te plait. Calmez-vous tous les deux, votre comportement n'arrangera rien…
- Tu l'as laissé t'embrasser ? s'exclama-t'-elle dépitée. Comment peux-tu supporter qu'il te touche ? Tu as perdu l'esprit ?! Il n'y a pas assez d'hommes à ton goût à travers tous les États-Unis ? Non, il a fallu que tu veuilles te faire un vampire !
Un pic d'irritation m'envahit en l'entendant rabaisser à ce point notre relation. Au fur et à mesure qu'elle s'exprimait, j'avais de plus en plus de mal à la reconnaitre. Elle, d'habitude si calme, sûre d'elle et maîtresse de ses émotions ! Elle semblait perdre l'esprit (encore une fois, si telle chose était possible chez les immortels) à force de chercher une réponse logique pour ce dont elle avait été témoin.
Seulement, voilà aucune réponse logique n'existait. L'amour en général n'avait souvent rien de logique il s'installait sans se préoccuper de bouleverser, voire de fracasser le monde de ses victimes. Je l'avais appris à mes dépends.
- Laisse-moi lui parler, chuchotai-je en sachant très bien qu'elle pouvait nous entendre.
- Pas avant qu'elle ne se calme, répondit-il froidement en la fixant.
- Edward, fis-je en lui caressant le bras. Fais-moi confiance. C'est… mon amie.
Jane était dangereuse, et lui, aussi protecteur soit-il, ne parviendrait pas à tenir cinq secondes face à elle. J'en étais certaine. Voyant qu'il restait aussi immobile qu'une statue de marbre, je me préparai à réitérer ma demande d'une voix plus ferme. Mais, peu à peu, sa main fraiche se desserra et quitta le bas de mes reins. Je fus libre de m'avancer, jusqu'à me positionner au milieu d'eux. Des deux côtés, j'entendis des dents grincer. Choquée, elle m'observait tourner le dos à un vampire. Elle secoua la tête, essayant encore de nier ce qui se présentait à elle.
- Je t'écoute, lança-t'-elle en croisant les bras.
Oh et puis, c'est bon. Y'a pas trente-six raisons pour embrasser un type, bordel ! Tu veux que je te fasse un dessin ?
Mieux valait éviter ce genre de fantaisies pour le moment.
- Réponds-moi. Est-ce qu'il t'a forcé ?
Derrière moi, je l'entendis étouffer une exclamation outrée.
- Non, répondis-je calmement.
Allez… C'est le moment ou jamais. Un peu de courage… La vérité devait se faire connaitre…
Il avait été capable d'affronter sa famille entière pour moi. Pourquoi en serais-je incapable ? Je soufflai un bon coup.
- Non ?
- Non, je… J'ai des sentiments pour lui.
- Pardon…
- J'aime Edward, repris-je plus fortement. J'ai des sentiments pour lui. Des sentiments plus forts que ce je n'ai jamais ressentis. Que je ne peux plus ignorer.
De longues minutes de silence suivirent ma déclaration, minutes pendant lesquelles j'aurais tout donné pour avoir le pouvoir d'Edward et savoir ce qu'elle pensait. Je me contentai donc des jolis traits de son visage qui semblaient être mis à l'épreuve. J'aurais tout aussi bien pu déclarer « Je suis condamnée à mort », son expression aurait été la même. La pression de la pièce s'alourdit en même temps que l'étincelle qui animait habituellement ses yeux s'éteignit. Ils me dévisageaient glacés, étranges, effrayants. Je tentais de l'appeler, n'ayant aucune idée de ce que j'allais bien pouvoir dire qui pourrait l'apaiser un minimum. Elle ne m'en laissa pas l'occasion. Au moment où j'ouvris la bouche, l'air me fut brutalement aspiré hors de la gorge, m'empêchant de sortir le moindre son.
Je m'étais souvent imaginé ce genre de scénarios ce qui arriverait si… lorsque ma famille apprendrait pour ma relation avec Edward. D'abord l'effarement, voire la colère à cause de ma blague de mauvais goût. Puis, ce serait le choc. La vérité s'immiscerait tôt ou tard dans leur esprit. Comme Jane en ce moment.
Elle avait dépassé le stade de la mauvaise blague ou d'un quelconque malentendu. Je ne voyais que les vestiges de sa colère sur ses traits. La résignation d'une réalité atroce s'y ancrait de plus en plus. Le genre de certitude que je voyais lorsqu'un médecin annonçait la fin imminente d'un être cher atteint d'une maladie incurable. Il n'y avait rien à faire. C'était sans espoir.
Ses lèvres se tordirent douloureusement avant de former des mots silencieux :
« Depuis combien de temps ? », puis-je lire.
- Quelques semaines.
Elle avait raison. J'étais belle et bien une hypocrite. J'eus l'impression d'être ramené quelques mois en arrière, au moment où je découvrais que Bree fréquentait les Cullen depuis deux semaines déjà. J'avais cru exploser de rage à tout moment… Mais, j'avais surtout eu peur pour elle. Alors, il me fut aisé de saisir la réaction de Jane, tout comme je compris d'un coup ce que Bree avait pu ressentir, autrefois.
- Quelques semaines ! Rien que ça ? Et depuis, il passe toutes ses nuits dans ta chambre ? Ou est-ce que tu vas le rejoindre dans sa crypte de temps en temps ?
Je me retins à grand peine de lever les yeux au ciel. Ce qui m'avait semblé si drôle autrefois, se retournait contre moi, à présent. Après avoir passé une nuit entière à raconter à Edward mon passé, elle nous avait surpris en train de quitter mon appartement. Toutefois, elle avait continué de faire comme s'il ne s'était rien passé et moi, j'avais été trop occupée à démêler mon désordre sentimental pour me préoccuper d'autre chose.
Elle lâcha un gémissement qui se mua en un rire sans joie, quand elle se prit la tête dans les mains.
- Des sentiments pour lui…En es-tu seulement certaine ? Ça pourrait très bien être un de ses pouvoirs qui agissait sur toi ? Et qui te faisait seulement croire que…
- Si j'avais un tel pouvoir, Jane, nous n'aurions pas tant de mal à nous intégrer au monde des humains. Tu ne penses pas ?
Elle se frotta vigoureusement le visage avant de lancer un bref regard à Edward. Puis, elle se détourna comme si sa simple présence la dérangeait.
- Et toi, lança-t'-elle avec mépris. Comment arrives-tu à supporter ça ? Comment arrives-tu à supporter ta soif ?
- Je me contrôle, fit-il en portant une main à sa gorge. Je me contrôle au quotidien pour éviter de prendre des vies. Et tu le sais bien tu le vois tous les jours.
Au fond de moi, j'avais toujours voulu savoir comment s'y prenaient les Cullen. Passer des heures, enfermés dans une classe avec des étudiants et des professeurs devait être éreintant. Mais, je savais que mon parfum tentait Edward plus que celui d'aucun autre humain. Ma fascination pour lui monta d'un cran, et avec elle, le sens du danger que j'encourais à cause de sa condition de vampire.
Tap-Tap-Tap-Tap…
Tap-Tap-Tap-Tap…
Jane s'était mise à faire les cent pas. Les talons de ses bottes en cuir martelaient le sol en un rythme rapide mais régulier.
- Mais tu es complètement folle ! Quand je t'avais encouragé à sortir avec d'autres personnes, je pensais à des humains. Ou peut-être un autre Phoenix ! Tu ne peux pas… ! Aimer un vampire ?! C'est trop dangereux !
- Non, mais est-ce que tu t'entends parler ? Je sais que c'est dangereux. Mais, ça serait pire si j'avais aimé un autre Phoenix. Il aurait pu nous trahir et me dénoncer aux Gardiens. Et un humain ? Tu es sérieuse ! Leur durée de vie est inférieure à cent ans. Pourquoi aurais-tu voulu que je m'attache à un humain ?
- Et Jacob ?! s'exclama-t'-elle dépitée. Jake t'adore ! Je pensais qu'il…
- Jake est juste un ami, répondis-je soigneusement.
Je sentis Edward fixer désagréablement mon dos et un sentiment de malaise me tiraillait.
- Que ça lui plaise ou non, il ne sera jamais rien de plus que ça pour moi. Un ami.
- Merde… Merde. Merde. Merde !
Ses doigts commencèrent à masser ses tempes, pendant qu'elle marmonnait pour elle-même. Essayait-elle de se convaincre qu'elle faisait un mauvais rêve ?
- Jane, appela calmement Edward. Je n'ai aucunement l'intention de liguer Bella contre vous, ni de détruire ta famille.
Brusquement, elle lui lança un regard glacial, auquel il ne put ne put cacher son agacement. Ses pensées ne devaient sans doute pas lui plaire.
- C'est exactement ce que tu es en train de faire, Edward. Quand les autres vont savoir… Bordel ! Mike va…
Edward ne put se retenir d'émettre un bruit méprisant, tandis que mon inconfort gagnait en intensité lorsque le visage du blond obstrua brièvement mes pensées. Je ne pouvais imaginer une autre réaction de sa part que celle de me foudroyer sur place… Du moins, il tenterait j'étais plus rapide que lui. Quant à Edward, que ferait-il de lui ?
- Tu as pensé à lui ? Ou même à Maggie ?
- Oui, répondis-je. Je pense à eux en permanence. Et c'est pour ça que je n'ai rien dit. Je ne savais pas comment m'y prendre. Mais, c'est trop tard, Jane. Je ne peux plus faire machine-arrière. J'aime Edward et rien ne changera ça.
- Tu vas devoir trouver un moyen dans ce cas ! Parce que tu risques notre peau à tous. Nous ne sommes pas venus à Forks pour affronter un clan de vampires végétariens. Au contraire, nous sommes venus nous y réfugier et faire profil bas.
- Il n'est pas question d'un affrontement entre nos deux familles, déclara-t'-il.
- Ne sois pas si stupide ! Que passerait-il si… Non. Que va-t'-il se passer quand tu ne sauras plus contrôler ta soif ? Ou même quand Bella aura si faim qu'elle ne pourra pas s'empêcher de t'attaquer ?
De nouveau, un frisson d'horreur remonta le long de mon échine.
- Ce sera la guerre.
- On se contrôle…, répéta-t'-il.
- Pour l'instant, coupa-t'-elle.
- Tu n'as aucune idée de ce qu'elle représente pour moi !
Il soupira, exaspéré et irrité par cette conversation. Je me rendis compte qu'il avait été le seul de nous deux à la vivre une deuxième fois. Je me demandai brièvement si sa famille avait été moins difficile à accepter la vérité.
- Tu te permets de juger sans savoir.
- Vraiment ?
- Est-ce que tu imagines les efforts déchirants que nous menons simplement pour côtoyer des humains et retrouver un semblant d'humanité ? Cette même humanité qui nous a été arrachée à tous ?
Elle leva les yeux au ciel et prit une expression méprisante. Je me retins de m'avancer pour lui enlever cette expression du visage. Je savais à quel point les Cullen souffraient de cette existence mais… Je me souvins aussi que j'aurais réagi pareil qu'elle, i peine trois mois.
- Les humains sont notre nourriture, oui, mais nous avons appris à restreindre nos envies dès le début. Mon père, (un air révérencieux détendit légèrement ses traits crispés) Carlisle possède un respect de la vie humaine incommensurable et nous partageons sa vision, par respect pour lui. La compassion et la pitié qu'il nous enseignesont bien plus fortes que notre désir de nous abreuver d'eux. Nous sommes mille fois plus puissants et ils n'ont aucune idée de notre existence, ni de nos capacités. Est-ce pour autant une raison de les traiter comme du bétail, en les arrachant à leurs rêves, leurs espoirs,… leur avenir ? Non ! Bien sûr que non !
Je baissai la tête de façon infime, prise de honte. S'il savait toutes les horreurs que j'avais commises à l'encontre de certains humains, me verrait-il toujours de la manière ?
Jane considéra brièvement ma grimace, avant de passer à Edward.
- Comme c'est touchant, railla-t'-elle. Mais, nous ne sommes pas vos précieux humains !
- Non, accorda-t'-il. Vous êtes plus encore.
Elle leva un sourcil, comme si elle le défiait de continuer sa réponse.
- Vous êtes sa famille, déclara-il en me faisant face. Vous êtes ce que Bella a de plus cher. Et c'est une raison suffisante pour moi.
Sa main retrouva la mienne, la leva et je sentis ses lèvres douces caresser mes doigts. Ce simple geste décupla mon attachement envers cet homme, tout comme il devait accroître de façon significative l'aberration du côté de mon amie. Nous lui fîmes face avant de nous figer, comme deux êtres coupables d'un crime espérant la grâce d'un juge. Ce que nous étions probablement.
- Mais… tu as en permanence envie de la tuer, n'est-ce pas ? Ne mens pas, Cullen ! (Il avait commencé à secouer la tête, avant de stopper net) Ta famille et toi arrivez à vous tenir avec les humains parce que vous entretenez une distance avec eux. Mais, ce n'est pas le cas avec elle ! L'odeur de son sang te fait souffrir atrocement, ça se voit à des kilomètres !
- Tu ne sais rien de moi, répliqua-t'-il avec hargne. Je préférai m'arracher un bras plutôt que de la faire souffrir !
- Cause toujours…
- Il ne ment pas, Jane, intervins-je, à peine audible.
Elle refit volteface et de nouveau, une brise tenta de m'arracher la peau du visage. Il était inutile d'essayer de la raisonner en lui expliquant qu'une fois Edward avait préféré se détruire lui-même, (se mordre la main!) plutôt que de m'attaquer. Elle ne le croirait pas de toute façon. Inutile également lui rapporter aussi l'échec de la manœuvre, cela n'arrangerait en rien notre cas.
- Et toi, Bella ? Dis-moi franchement,… Combien de fois as-tu eu envie de plonger tes dents dans sa gorge pendant qu'il te prenait dans ses bras ? Dis-moi ? Tôt ou tard, ça va mal finir. Il faut que tu t'en rendes compte avant qu'il ne soit trop tard.
Ses yeux d'ambre me brûlaient presque par leur intensité, mais je n'osais pas les affronter. Nous en avions déjà parlé. Comment était-il possible de s'aimer tout en voulant s'entretuer ? C'était la question que je lui avais posée. Mais, il m'avait redonné espoir. Et là encore, je doutais et j'avais honte. Honte de ne pas avoir plus confiance en lui, en « nous ».
- Tu dois être affamée, Bella, murmura-t'-elle. Je ne sais même pas comment tu arrives à supporter sa présence alors que tu ne t'es pas nourri depuis des semaines…
Parce que je l'aime. Mais, ma réponse resta coincée tant j'étais consciente que la limite nous séparant de la catastrophe était fine. La sensation de manque qui me collait au corps comme une seconde peau ne me quittait jamais vraiment. Elle se faisait plus pesante que jamais, car exacerbée par sa présence auprès de moi.
Ses épaules, jusqu'alors tendues, se relâchèrent. Certainement pensait-elle approcher de la victoire. D'ailleurs, elle fit un pas de plus vers moi, et tint mon menton dans sa paume en un geste réconfortant.
- Et qui as-tu envie de tuer pour assouvir cette faim ?
Lorsque je fus incapable de lui offrir la réponse franche et claire à laquelle elle s'attendait, elle fronça les sourcils.
Je penchais la tête à gauche puis à droite, soupesant mes ressentis. Mordre Edward promettait le met le plus savoureux que j'aie jamais dégusté ; un délice que je ne retrouverai probablement jamais ailleurs. Mais, céder à ma faim signifierait aussi la fin d'autres sensations plus agréables et addictives qui gagnaient en puissance, et de ce fait, parvenaient à détourner mon attention de mon envie première. Je vivais pour ces sensations pour Edward. Il emplissait presque toute mon existence à présent. Il était la pire addiction que je n'aie jamais connue.
- Tu ne pourras plus te supporter si jamais tu lui fais du mal. Je n'ai pas envie de te voir passer par là, une seconde fois…
Edward déglutit. Je tiquai à la fin de sa phrase, me demandant ce qu'Edward pouvait bien déchiffrer dans son esprit.
Nous étions si proches tous les trois. Quelques millimètres à peine me séparaient d'Edward, et Jane ne semblait guère plus distante. Elle était redevenue mon amie, mon soutien et semblait entrevoir ce que je ressentais et mon impuissance à laisser partir Edward. Ses mèches frisées laissaient apercevoir sa compassion pour nous deux d'ailleurs, elle ne semblait plus tellement dérangée par la proximité du vampire. Avait-elle commencé à l'accepté ? Elle tendit la main pour saisir la mienne et j'émis un faible sourire.
- Je suis désolée, chuchota-t'-elle. Vous devez en rester là.
Son ton apaisant contrastait durement avec la violence de ce que ses mots impliquaient. À tel point qu'un coup de poing bien placé de sa part m'aurait fait moins mal. J'aurais préféré ça d'ailleurs.
En rester là…
- Oui, Bella, reprit-elle en serrant plus fermement ma main.
Je me tendis. Un déchirement brusque me préserva de continuer à considérer cette option.
J'aurai préféré m'arracher une aile.
- Quoi ? s'étonna-t'-elle.
- Je refuse, répliquai-je fortement. Je ne me séparerais pas de lui.
Je la vis traverser en moins d'une seconde, la surprise, puis la colère, ensuite, l'indignation. Et enfin, la colère se manifesta de nouveau sur ses traits avant de laisser place à l'abandon, avant que son visage ne se ferme et ne laisse plus entrevoir aucune émotion. Sa main atterrit sur mon épaule, la serrant doucement.
- Tu as fait ton choix. Dommage que ta famille passe en second plan.
- Tu ne t'es pas dit, répliquai-je, que je pouvais considérer aussi Edward comme étant de ma famille.
Elle plissa des yeux, mâchoires serrées.
- Tu vas trop loin.
- Tu ne peux me demander de choisir entre lui et vous !
- Tu devras t'habituer à vivre sans lui. Pour notre bien à tous, Bella. C'est nous qui t'avons recueilli, et protégé. À présent, c'est à ton tour de nous protéger.
- C'est ce que je fais depuis que je suis immortelle, m'exclamai-je en m'éloignant d'elle. Je suis prête à tout pour vous, mais ça ! Je ne peux pas...
- Si, tu le peux. Et c'est exactement ce que je te demande de faire.
Son langage corporel se fit aussi tranchant que le devint sa voix. Droite comme un i, le regard de nouveau dur, elle me considérait de toute sa hauteur.
- C'est lui ou nous, Bella. Fais ton choix. Mais, si tu es incapable de cesser de le voir, ce n'est pas la peine de revenir chez Mike.
La vague glacée qui menaçait de me submerger tout à l'heure me recouvrit complètement. C'était… un choix, ça ? Peu importait la décision que j'allais prendre, je resterais perdante.
Acquiesçant à mon silence et mon immobilité, elle se dirigea vers la porte… qu'elle nous tint ouverte.
- Jane, s'il te plaît, écoute-moi. Il est inutile de songer à une solution aussi radicale.
- En toute franchise, Cullen, je n'ai aucune animosité envers toi. Ta famille et toi êtes... tellement bizarres et tellement obstinés à combattre vos besoins naturels. Votre comportement reste admirable et dépasse tout ce que j'ai pu rencontrer jusqu'à présent chez des vampires. Mais, cela ne change rien au fait notre famille n'acceptera jamais… Jamais ! cette relation.
- Ce n'est pas une histoire facile à accepter au début…
- Je ne veux pas l'entendre. Vous cessez de vous voir dès maintenant. Ou bien, elle part avec toi.
Un mur s'était placé entre nous, si bien que j'eus l'impression de me retrouver à des kilomètres d'elle. Je l'avais perdu. Même si je choisissais ma famille au lieu d'Edward, la complicité que nous avions n'existerait plus. Je lui en voudrais pour l'éternité. Et puis, une voix de velours se fit aussi dure que la sienne et brisa le silence qui s'était installé.
- Et si c'était moi qui refusais de la laisser tranquille ? Qu'est-ce que tu oserais…
Tout se passa vite. Trop vite pour mon état végétatif. Sa forme matérielle se décomposa et elle me traversa comme une bourrasque glacée. Je réagis. Trop tard. Il fut plus réactif que moi. Heureusement ! Je hurlai lorsque qu'il se pencha in extremis pour éviter le poing de la jeune femme. Figée dans l'horreur, j'imaginai sans peine les ravages de ce contact avec toute autre partie du corps d'un vampire : la peau de diamant d'Edward n'y aurait pas résisté. Je tentai d'envoyer une salve de chaleur, espérant simplement la décourager à poursuivre son acte de folie pure. Mais, ils se tournaient si vite autour que je ne pouvais la viser sans risquer de toucher Edward.
- Tu penses Bella assez forte pour m'empêcher de te tuer ? susurra-t'-elle, meurtrière. Détrompe-toi.
- Tu espères pouvoir te débarrasser de moi en essayant de la caser avec le premier imbécile venu ? C'est ça ton plan ?
Une microseconde, durant laquelle Jane laissa la surprise l'envahir, suffit à Edward pour faire passer sa jambe derrière ses genoux. Elle fit une pirouette arrière et se rattrapa accroupie, parée à lui sauter dessus. Je choisis ce moment pour dresser une fine barrière incandescente entre eux. Elle était si fine qu'elle ne risquait pas de faire flamber le magasin. Ils purent se voir à travers, et se regarder en chien de faïence. Je n'aimais absolument pas le noir profond qui remplaçait l'adorable teinte dorée de ses yeux. Cet Edward me semblait totalement étranger, presqu'effrayant. Et d'une beauté à couper le souffle.
- Comment sais-tu...
- Je ne quitterai pas Bella. Tu peux dire à Newton ou à ton Jacob d'aller voir ailleurs.
J'ignorais qu'un tel mépris pouvait être placé dans une phrase. Ses prunelles sombres et incandescentes se braquèrent sur moi, et j'eus du mal à garder la tête froide. Sa voix descendit plusieurs octaves tant sa détermination et sa possessivité occultaient sa personnalité.
- Bella est à moi. Je me ferai un plaisir d'é-cra-ser chacun de tes pathétiques prétendants qui s'imagineraient avoir une chance de me la prendre.
Le plancher derrière moi se couvrit brusquement d'une couche de gel, ou plutôt de glace, qui me figea en un éclair des pieds jusqu'aux chevilles. En même temps, une bourrasque plus violente et tout aussi glaçante envoya en arrière une étagère remplie d'instruments de musique légers, dans un énorme fracas. Ma barrière avait disparu, volatilisée en une pluie de grêlons et Jane franchit d'un bond la courte distance qui la séparait d'Edward. Sa main se refermait déjà sur son cou, émettant un bruit affreux et mes oreilles s'emplirent d'un cri horrifié.
Le mien.
J'étais maintenant prisonnière jusqu'à la taille, figée dans une glace de plus en plus intolérable, déterminée à me broyer les os.
Merde!
- EDWAAARD!
Il l'avait vu faire il l'avait lu dans son esprit. J'étais certaine qu'il aurait été capable de l'éviter encore... Et pourtant, il avait choisi de rester immobile !
Il la défiait silencieusement du regard, autant qu'il le pouvait, malgré ses yeux qui se plissaient sous la pression autour de sa gorge. Ma colonne vertébrale s'enflamma et la douleur fit disparaître la torpeur qui s'était emparée de moi. La glace autour de moi vola en éclat. Mon corps bougea de son propre chef et fila à leur rencontre. Son bras se tordit douloureusement sous la pression de ma main, cependant que l'autre empoignait sa gorge sans ménagement. Ses os craquèrent. Je la saisis et augmentai la pression, de la même façon qu'elle saisissait mon vampire.
- Lâche-le. Je ne le répéterai pas.
Peut-être me prenait-elle vraiment pour une traitresse à présent ? Celle qui devait être son alliée l'attaquait pour défendre un « ennemi ». Alors peut-être avait-elle raison : j'étais indigne de confiance. Me trouvant derrière elle, je n'avais aucune idée de ce qu'elle pouvait penser de moi, à cet instant. Et puis, je n'en avais absolument rien à faire pour l'instant.
Elle pouvait s'en prendre à moi. Je ne méritais pas mieux après tout mais…
Pas Edward…
Pas Edward !
Un halètement s'échappa d'entre ses lèvres pleines… Ressemblant étrangement à un rire. Jane et moi nous figeâmes. J'eus la conviction que, malgré son amour pour sa famille, il cherchait véritablement à quitter ce monde. Et à me quitter, par la même occasion. Son habituel sourire en coin brisa son masque de défiance, mais même celui-ci me parut étranger. Il était moins charmeur que goguenard. Oui, c'était ça. Il nous narguait. Un grondement sourd émana au plus profond d'elle, avant que je ne lui réponde de la même manière. Je voyais rouge, autant à cause d'ellequ'à cause de lui.
À quoi est-ce que tu joues, Edward !
- Tu vas me tuer, Jane ? osa-t'-il d'un ton à peine audible et léger.
- Tu vas foutre en l'air tout ce à quoi je tiens. Tout ce pour quoi je me bats depuis des années.
- Ta famille ?
- Ma famille, assura-t'-elle.
Il rit encore. Je lui flanquai un coup dans les côtes au moment même où elle se décida à sortir ses dents et à le mordre. Ils ne se retrouvèrent qu'à quelques centimètres de la peau d'albâtre de mon vampire. Je sentis tout le poids de l'horreur, comme si c'était moi qui avais été menacée.
- N'y penses même pas, grondai-je, en resserrant ma poigne.
- Famille, famille,famille. Tu n'as que ce mot-là à la bouche. Et, tu n'as pas la moindre idée de sa signification.
Nous nous figeâmes de nouveau.
Tais-toi, Edward ! Pitié, tais-toi.
- Comment oses-tu, espèce de vulgaire Sangsue ? Tu n'as pas la moindre idée de ce que je serais prête à faire pour chacun d'entre eux !
- Oui, comme de chasser ta propre sœur de ton clan parce que sa décision ne te convient pas ? Parce que tu as peur des répercussions ? Alors, tu vas la rejeter sans tenter de l'aider. C'est ça que tu oses appeler une famille ? Laisse-moi rire. Ah…
- Ça suffit, Jane, grognai-je en tentant de lui faire lâcher prise.
- FAIS-LE TAIRE !
- Edward, arrête!
- Je pourrais si facilement te briser la nuque ou alors te casser quelques côtes, prononça-t'-il avec une désinvolture horripilante.
- Essaie un peu pour voir…
- Je préfère mille fois te laisser m'étrangler plutôt que de faire quoique ce soit qui pourrait la faire souffrir.
Sa voix se modifia d'un coup, reprenant la douceur qui m'aurait fait fondre dans une situation différente. Il m'embrassa furtivement du regard, se faisant aussi délicat que le toucher de ses lèvres. Ils recouvrèrent leur lueur sereine, perdant de ce fait cet air provoquant et insolent qui nous excédait. La poigne de Jane se desserra et il put parler plus facilement.
- Une vraie famille est censée se soutenir et faire tout ce qui est son pouvoir pour rester unie. Nous faisons des compromis. Parce que la simple idée de commettre un acte ou de dire des choses qui pourraient blesser un frère ou une sœur,… son père ou sa mère nous est intolérable. Il suffit qu'un seul d'entre nous souffre pour que nous partagions la même douleur. Il ne nous viendrait jamais à l'idée d'exiger de l'autre un choix aussi pénible que celui que tu exiges de Bella. Parce que dans une famille, nous nous aimons.
- J'aime ma famille. J'aime Bella, peu importe ce qu'elle pourrait faire ou s'imaginer ressentir à ton égard.
- Tu as une bien étrange façon de le montrer. Tu n'hésiterais pas à lui briser le cœur en la forçant à choisir entre son amour pour vous et son attachement pour moi et tu oses venir parler de "famille" !
Je fis l'erreur de croire que ces paroles avaient provoqué une remise en question chez Jane. Un élan de soulagement m'écrasa quand je vis ses doigts quitter la gorge d'Edward, y laissant des craquelures sur sa peau marmoréenne. Je déglutis difficilement en les voyant se refermer et desserrai aussi ma poigne. Ce que je regrettai immédiatement après. L'adonis se tendit de nouveau, amorçant un mouvement avorté aussitôt par Jane. Elle me prit le bras et me fit basculer dans les airs, avant de m'envoyer m'écraser sur le mur du fond auprès de la caisse. Pendant ce temps, elle ressortit les dents et se rapprocha d'Edward.
Juste avant de m'écraser au mur, je parvins à me retourner, atterrissant souplement à l'horizontal. Et, je me propulsai à toute vitesse vers elle. Je déployai mes ailes, évitai sa seconde attaque. Elle avait tenté de me saisir en plein air. En vain. Je coinçai son cou entre mon bras et mon avant-bras, au moment où je passais juste au-dessus d'elle, dos arqué. Retrouvant de nouveau les pieds sur terre, je la fis passer au-dessus de moi, et l'envoyai défoncer le plancher. Un cratère de bois brisés se forma autour de sa tête et de ses épaules.
La peine qui emplissait son regard n'avait évidemment rien à voir avec la brutalité de sa chute. J'étais encore trop choquée et furieuse pour compatir. Ce fut à mon tour de montrer les dents, et elle plissa les yeux; de nouveau, elle me provoquait. D'un coup, le choc de ce qu'elle avait osé faire s'intensifia et je me retrouvai écrasée par une réalité parallèle et horrible : celle où ses dents parvenait à atteindre leur cible… et à blesser gravement Ed...
Je chassai ces images de ma tête et me concentrai sur l'instant présent.
- Je t'interdis de lui faire du mal. J'ai été claire ?
Peut-être avais-je aussi perdu l'esprit ? Un peu comme elle. Un voile blanc avait recouvert ma vue, accroissant drastiquement les moindres détails environnants; mon cœur battait plus fort, prêt à s'arrêter,au moindre coup foireux de sa part. Mon dos subissaitpéniblement l'assaut de mes ailes encore prisonnières et j'étais encore une fois la proie de cette brûlure qui alimentait ma rage, ma force et mon envie de combattre. Mon envie de protéger.
- Tu as compris ?
- Oui, Bella. Parfaitement.
Moins de deux secondes plus tard, elle se volatilisa et réapparut, droite et tendue. Nous tournant le dos, elle désigna la porte du doigt.
- Maintenant, dehors.
Pendant quelques secondes, il n'y eut rien d'autre que sa silhouette élancée devant moi. Un de ses bras formait en angle droit presque parfait avec son buste. Une masse de cheveux noirs lui tombait sur la nuque et masquait les moindres contours de sa tête. Deux mains fraiches tinrent doucement mes épaules fiévreuses et l'arrachèrent à ma vue. J'eus l'impression de la revoir pour la dernière fois. Et c'était probablement le cas.
- Viens, mon Amour.
Nous progressâmes comme dans un rêve. Ou plutôt un cauchemar. Un feu alimenté par ma rage grondait toujours en moi. Je ne pouvais pas croire qu'en seulement une heure, j'avais réussi à perdre ma famille. Du moins, pas encore; mais, ça ne saurait tarder. Elle irait tout raconter aux autres, et je retrouverais probablement mes affaires au bord de la rue dans le meilleur des cas.
Je retins un sursaut quand la portière se referma brusquement. Et tout aussi brusquement, ma fureur s'effaça pour laisser place à la peur et au chagrin. Pour la première fois depuis bien longtemps, j'eus terriblement froid. Mon vide intérieur appelait un brouillard épais qui commençait peu à peu à obscurcir mes pensées.
En un instant, Edward me rejoignit et démarra en trombe. Je lançai un dernier regard à travers la baie vitrée du J's Blues. Je fixais jusqu'à la fin ses yeux en amande qui reflétaient le même désarroi que le mien. Quand elle se mordit la lèvre inférieure, chose extrêmement rare chez elle, elle disparut de ma vue.
"Ce n'est pas la peine de revenir chez Mike".
Ses paroles firent écho un nombre incalculable de fois ; chaque écho se faisant un peu plus douloureux que le précédent. Dans ma peine, j'imaginai tous les scénarios possibles pour tenter de faire accepter la réalité à ma famille ; une réalité qui je ne pouvais, ni ne désirais modifier pour rien au monde. Inutile de préciser qu'ils se terminaient tous en échec : à savoir une déclaration de guerre avec les Cullen. Comme si elle pesait soudainement une tonne, ma tête plongea dans mes mains et je me permis de craquer quelques secondes.
Bon, d'accord. Quelques minutes.
...
Je revins à moi lorsque la lune fit une faible tentative pour percer l'épaisse couverture nuageuse au-dessus de nous. Une couche de brume grisâtre obscurcissait toujours mes pensées ; il semblait similaire à celui qui flottait à quelques centimètres dessus du sol. J'entendis au loin le ronflement du moteur s'interrompre et je me rendis compte que nous étions stationnés sur le bas-côté d'une route, presqu'à la sortie de la ville.
Les lieux me semblèrent familiers. J'étais trop choquée pour esquisser le moindre sourire ; je me contentai d'un tic nerveux.
- Où vas-tu ?
Sa voix s'éteignit avec le claquement de la portière derrière moi. Je continuai de fixer la route presque fantomatique, qui s'allongeait sur cinq cent mètres avant de tourner à l'angle d'arbres immenses. Un panneau "Nous espérons vous revoir très bientôt" était situé quelques kilomètres plus bas. Une fois encore, j'étais tentée de fuir et de laisser mes angoisses derrière moi. La dernière fois que je m'étais retrouvée dans cette situation, j'étais retournée en Inde. J'avais ressenti un besoin malsain de revenir là-bas. À présent, où pouvais-je allée ? New-York ? Canada ? San Francisco... ? N'importe où, du moment que... Du moment que le chagrin qui s'intensifiait dans ma poitrine s'estompe; du moment que mes yeux cessent de me bruler avec autant d'ardeur.
À partir du moment où je n'aurais plus cette impression de vide en moi, les choses iraient mieux. Après tout, plus rien n'avait d'importance au-dessus des nuages. Presque ; le vampire s'approchant derrière moi était une preuve parfaite de cette absurdité. Or, là-haut, ils continuaient de s'accumuler et se disperser en rythme. Ils dansaient paisiblement et me lançaient un appel silencieux qui ne m'atteignait plus.
- Tu comptes partir. Encore...
Je fis face à l'adonis à quelques mètres, près de sa voiture.
Par son haussement de sourcil et sa voix posée, il affichait un air indifférent. Toutefois, en si peu de temps, j'avais appris à suspecter les interrogations et les inquiétudes qui bouillonnaient sous la surface. Je n'avais pas encore retrouvée la teinte dorée qui colorait habituellement ses yeux et qui lui procurait toute la douceur et la chaleur que je chérissais. Le même noir profond accentuait la dureté de son regard, lui donnant un air plus calculateur et distant. Ses cheveux resplendissaient à la faible lueur lunaire et s'agitaient au rythme de l'air glacé ; ses mains plongées dans les poches, il projetait une nonchalance à couper le souffle. Un je-m'en-foutisme qui m'horripilait autant sinon plus que tout à l'heure.
Je fis un pas. Puis, un autre.
Enfin, je m'avançai, essayant de retenir toute la fureur qui s'était accumulée cette dernière heure. Levant un sourcil, il resta immobile et me laissa le heurter. Je le repoussai en arrière, encore et encore, réfrénant comme je le pouvais, une bonne partie de ma fureur. Comme la première fois où nous nous étions battus, il ne répliqua pas vraiment, arrêtant mes poings avant qu'ils ne l'atteignent ou les esquissant habilement. Cela dura le temps qu'il fallut pour que les quelques gouttes tombant ci et là ne se transforment en pluie diluvienne. Je passais des grognements rageurs à des exclamations infirmant ouvertement sa stupidité. Pauvre imbécile!... Jane était redoutable en combat et qu'il soit encore en vie (si tel mot pouvait le décrire), devant moi en train de bouger en fonction de mes déplacements, me choquait. Je n'arrivais pas à le comprendre. Comment était-ce possible ? Tout autre vampire aurait déjà quitté ce monde s'il s'était amusé à la provoquer de cette manière.
Est-ce qu'elle... l'avait épargné ? Pour moi ?
Je me figeai, comme foudroyée par une infime lueur d'espoir. Quelle autre raison pouvait expliquer le miracle qu'il puisse encore me regarder dans les yeux ?
- Imbécile !
- Tu l'as déjà dit, osa-t'-il soupirer.
- Parce que c'est exactement tu es ! hurlai-je. Un imbécile et un ignorant ! De quel droit tu t'es permis de défier Jane ! Elle est dix fois plus agile que moi. Je l'ai déjà vu massacrer des vampires bien plus coriaces que toi... Crétin !
Je le repoussai encore, cette fois si brusquement qu'il dérapa quelques mètres en arrière, dans la boue. Il se redressa attendant toujours. J'explosai.
- Tu es un menteur! Tu ne m'aimes pas! Tu n'as aucune considération pour moi... Ferme-là ! Si tu avais un dixième de l'affection que j'ai pour toi, tu ne te permettrais pas mettre ta vie en danger comme tu viens de le faire ! Tu as failli mourir ce soir, Edward ! Et ce qui me tue, c'est que tu n'en as rien à foutre ! Tu es resté le même petit con égoïste qui me demandait de l'achever il y a trois mois déjà ! Tu t'en fiches de ta famille ! Et tu te fiches éperdument de moi ! Admets-le, je n'ai aucune espèce d'importance pour toi ! AVOUE...
Dans un sursaut violent, je me tus. Le voir apparaitre si soudainement stoppa net mes hurlements, mais pas mon excès de rage. Il n'y eut plus rien de doux dans la façon dont il empoigna mes bras. Je ne ressentis aucune douleur cependant, et j'eus du mal à soutenir l'intensité sombre de ses yeux. Alors que je subissais l'horrible sensation glacée que laissait la peur dans mes veines et les conséquences bruyantes et irrégulières qu'elle produisait sur mon rythme cardiaque, quelque chose me dit que j'étais allée beaucoup trop loin. Je pus presque l'entendre gronder.
- Regarde-moi.
- Fiche-moi...
- REGARDE-MOI !
Je déglutis et finis par lever les yeux. Mes jambes manquèrent de céder sous la gravité de sa voix lente et pesante.
- Je t'interdis d'imaginer une seule seconde que tu n'as aucune valeur pour moi.
- Lâche-moi, soufflai-je.
- Ton nom est gravé dans la moindre parcelle de ma peau. Il n'y a pas une seule chose que je fais ni à laquelle je pense, qui ne soit pas en rapport, de près ou de loin, avec toi. Pas une seule !
- Juste des mots !...
Je repoussai ses bras avec force. Il me saisit de nouveau, une main tenant mon coude, l'autre saisissant mon menton, me forçant à le regarder.
- Tais-toi ! scanda-t'-il en me secouant. Et écoute-moi ! Tout ce que j'ai fait ce soir, c'était uniquement pour toi. Parce que tu es ma raison d'exister et je ne veux que ton bonheur. Je te le répéterai autant de fois qu'il le faudra. Et j'agirai en conséquence que ça te plaise ou non.
J'avais cessé de respirer. Deux ou trois autres insultes désiraient ardemment sortir mais restaient bloquer dans ma gorge. Son corps se détendit tout comme sa prise sur mon bras. Mes genoux touchèrent le sol boueux silencieusement. Seul son torse collé au mien m'empêcha de m'écrouler de tout mon long. J'étais vidée et ma gorge cédait sous la pression énorme qui l'entourait, tandis que mes yeux me brulaient comme jamais.
Qu'allais-je faire ? Une question bien stupide à poser maintenant ! Bien sûr, j'y avais déjà réfléchi et le pire des scénarios, celui où nous étions surpris par les membres de ma famille, s'était réalisé. Je n'avais même pas eu l'occasion de préparer le terrain, d'amorcer la nouvelle.
Bientôt, ou peut-être même en ce moment, Mike, Ty et les autres commenceraient à me mépriser. Ou alors, ils viendraient d'abord me chercher pour que je m'explique sur les propos de Jane. Une fois encore, je craignais plus pour les conséquences concernant Edward et les autres Cullen, que pour moi-même. Mike serait probablement stupide au point de vouloir se confronter à lui, avec l'aide certaine de mon frère d'adoption. Contrer Jane était une chose ; affronter en même temps ceux qui m'avaient formé au combat était une mission suicide.
Je ne pouvais rien imaginer de pire.
- Edward…
Je l'attirai par le col de son manteau et plaçai ma tête contre son cou, toute idée de me nourrir de lui désormais oubliée. Il y avait largement pire à venir.
Il n'hésita pas à m'enlacer fortement en murmurant. Prisonnière de mes cauchemars éveillés, je ne parvins à déchiffrer ses dires qu'avec un coup de retard.
- Jane t'aime, Chérie.
Je l'observai sans comprendre.
- Tu ignores complètement ta valeur aux yeux de ta famille, il me semble. Du point de vue de Jane, malgré ses menaces et mes provocations, il n'a jamais été question de t'abandonner. Elle souhaitait simplement connaitre la profondeur de... de ce qui nous reliait, toi et moi. C'est la raison pour laquelle elle est allée si loin en te forçant à choisir ou en faisant semblant de me tuer... Elle jaugeait simplement ta réaction.
Au fond de moi, mon rythme cardiaque sursauta plusieurs fois, et la pression énorme qui menaçait de m'écraser pesait d'autant plus sur mes épaules.
- Et donc ? fis-je.
- D'un coté, elle m'avait semblé rassurée sur un point : tu avais toute ta tête. Tu savais te battre et réfléchir vite. Comme tu le fais habituellement. D'un autre côté, elle avait dû admettre que je ne te souhaitais aucun mal. En ce moment, elle doit essayer d'appréhender la réalité de ce qu'elle vient de voir. Ou bien, peut-être est-elle en train d'imaginer une nouvelle théorie complètement extraordinaire qui pourrait expliquer ce qui se passe entre nous.
- Vu ton expression, je ne suis pas certaine de vouloir savoir.
- Je t'épargnerais les détails, mais elle a longtemps pensé que tu étais sous une sorte d'hypnose ou de contrôle mentale. Et que je te traitais comme...
J'eus l'impression qu'il allait être malade, ce qui n'améliora pas mes attentes pour la suite.
- Bref. Elle viendra certainement t'en parler de toute façon.
- Ouais... On verra.
Il m'était plus qu'inconcevable qu'elle veuille me revoir mais l'espoir naissait peu à peu.
- Elle reviendra vers toi, mon Amour, assura-t'-il en remarquant ma grimace. Elle est simplement déçue dans le fond elle comptait beaucoup sur ta relation avec l'Autre. Elle imaginait déjà des sorties entre couple entre elle, Embry, toi et… Jake.
- Edward, Jake est juste un ami. Il n'y aura jamais rien…
- Et lui, il te considère comme une amie ? demanda-t'-il brusquement. D'après Jane, il aimerait beaucoup plus qu'une simple amitié avec toi.
- Mais, il n'aura jamais rien d'autre ! conclus-je en sentant l'air se réchauffer autour de moi.
Mon rythme cardiaque s'intensifiait affreusement sous l'effet de son regard inquisiteur. Finalement, il ferma les yeux en soufflant et je sentis sa tension s'effacer aussi vite qu'elle était apparue. Je réussi à me calmer moi aussi, et remarquai à quel point je m'étais éloignée de lui, tendue. Je fis aussitôt disparaitre cette distance en enlaçant son cou.
- Je n'oserais jamais… Fais-moi confiance, Edward.
- Dans ce cas, toi aussi, répondit-il alors qu'il plaçait ses bras autour de moi. Fais-moi un peu confiance. Ça se passera bien pour Jane, même si la situation semble extrêmement compliquée en ce moment. N'oublie pas ce que je t'ai dit.
- D'accord pour elle, dis-je après une minute de silence. Mais… pour les autres ?
Je retins mon souffle, scrutant son regard qui à présent fuyait le mien.
- Ils sont trop impulsifs ! Je ne pourrais pas... Ils vont vouloir te...
Je me frappai le front, de façon répétée. Ça ne servait à rien mais...
- ... Oh, Edward, je suis tellement désolée. Tout ça c'est de ma faute.
- Il ne m'arrivera rien, trancha-t'-il en saisissant mon poignet. Avec mon talent et celui d'Alice, je peux te garantir qu'on sentira la menace venir à des kilomètres. Et rien de tout ça n'est de ta faute. Ça devait bien arriver un jour. J'ai eu l'occasion d'en apprendre plus sur leur façon de penser lorsqu'ils sont venus chez nous. Les membres de ma famille leur semblaient trop réfléchis pour provoquer une confrontation. Nous n'étions pas assez prisonniers de nos instincts selon eux. Cela rehaussait sensiblement nos chances de victoire en cas de combat. Et ça les agaçait au plus haut point, crois-moi. D'ailleurs, Newton et Crowley ignorent totalement le genre de talents cachés que nous avons, même s'ils s'en doutent quelque part. Avec mon pouvoir et celui d'Alice, nous n'avons rien à craindre d'eux.
Bientôt, il perdit son sourire suffisant et son expression redevint distante, soucieuse. J'attendis, inquiète concernant ce qu'il avait bien pu entendre d'autre dans les pensées de Jane. Et les premiers mots qui franchirent ses lèvres suffirent à décupler les battements dans ma poitrine. Mon cœur, ce traitre !
- Jane a dit quelque chose, commença-t'-il avant de me jeter un coup d'œil. Que… Qu'est-il arrivé à Maggie ?
- Maggie ?
Mon moment de soulagement fut bref. Parmi les membres de la famille de Charlie m'ayant accepté, elle avait été la plus réticente. Son caractère calme, docile et conciliant détonnait drastiquement avec le mien plus téméraire et rebelle. Il en était résulté une certaine amertume de son côté, tandis que pour ma part je restais toujours attentive à une évolution positive de notre relation. Qu'allait-il advenir à présent…
- Tu n'es pas obligée de répondre si cela te met mal à l'aise mais,… elle est la seule dont je n'ai pas encre lu les pensées. Jane redoutait énormément sa réaction à cause de quelque chose qui lui était arrivé… Que s'est-il passé ?
- Je ne suis certaine d'avoir eu accès à tous les éléments de l'histoire je n'ai jamais osé demander à Maggie, après tout. Mais, bon…Il y a environ un siècle, elle a eu une rencontre horrible avec d'autres vampires nomades. Elle est la seule rescapée d'une ancienne famille de Phoenix. Tous étaient des Veilleurs. Un jour, ils ont croisé plusieurs couples de nomades… et ils se sont fait massacrer. Étrangement, ils n'ont pas touché à une seule goutte de leur sang mais ils se sont amusés à les pourchasser et à les tuer l'un après l'autre.
L'adonis à mes côtés s'était mué en statue dont les traits sublimes représentaient tout le dégoût et l'indignation qu'il éprouvait. Je regrettai presque immédiatement de lui en avoir parlé, sachant qu'il devait en ce moment-même se rattacher à ces raclures et se haïr d'autant plus. Une fois encore, j'étais tentée de lui sortir tous les arguments possibles permettant d'établir une différence entre l'être de raison, sensible et consciencieux que je voyais en lui et les monstres aux yeux rubis qui avaient fait souffrir mon amie mais, il serait plus utile de parler à un mur.
Nous finîmes donc la soirée en silence, sur une note imprégnée d'amertume.
L'air n'avait eu de cesse de s'épaissir entre nous. Je me pressai contre son corps de marbre et je me souvins avoir souhaité que tout ceci ne soit qu'un mauvais rêve, avant de sombrer dans le noir. Les heures suivant mon réveil passèrent dans le même brouillard grisâtre, de plus en plus opaque. Nous restâmes en silence, collés l'un à l'autre, observant l'aube chasser les ténèbres. Par deux fois, la pluie s'était arrêtée, avant de reprendre avec toujours plus de violence. J'enlaçais avec la même force son buste, comme voulant défier les éléments extérieurs qui semblaient se liguer contre nous. Le menton posé sur ma tête, il jouait nonchalamment avec une de mes mèches qu'il entortillait autour de ses longs doigts. De temps en temps, il prenait de longues inspirations, plongeant le nez dans mes cheveux emplissant ses poumons de mon parfum.
« De plus en plus facile », répétait-il en expirant.
Je ne pouvais que me forcer à sourire et imiter sa désinvolture. J'avais confiance en les dons d'Alice et d'Edward, mais cela ne diminuait en rien mon stress.
- Tu sais à quel point j'aimerais passer mon existence à te tenir dans mes bras, me souffla-t'-il à l'oreille.
- Dans ce cas, n'arrête pas, suggérai-je le faisant rire.
- J'ai horreur que tu doives retourner auprès de Newton… Je n'arrive pas à le supporter.
Tu n'es pas le seul…
- On n'est pas obligés de rentrer. On pourrait s'enfuir toi et moi, et ne jamais revenir.
Je couvris son cou de baisers et m'attardai passionnément sur sa jugulaire, que d'autres mains avaient osé violenter auparavant. Sa respiration se fit saccadée.
- On vivrait comme si nous étions seuls au monde (Je m'occupai de sa tempe…). Sans crainte de confrontation entre nos familles (…Puis de son lobe d'oreille.), sans avoir peur d'être rejeté par les autres. (Je parcourus sa joue lentement.) Il n'y aurait rien d'autre que nous et notre amour.
Et je gardais ses lèvres pour la fin. Il aurait été difficile de tracer une séparation entre nos corps. Dans mon esprit, il n'y en avait pas. Il me répondait avec la même voracité pendant plusieurs minutes, ou peut-être plus. Ses mains explorèrent de nouveau mon dos, mes cheveux, mes reins, plus bas… Il se dégagea nettement plus contrôlé qu'il y a quelques heures, avant que Jane ne nous surprenne.
- Quel doux rêve, murmura-t'-il tristement. Merci de me l'avoir fait partager.
Je répondis avec le même sourire terne.
Autant pousser la plaisanterie plus loin.
- Je ne me suis jamais envolé avec un vampire, mais ce ne doit pas être si compliqué.
- Ah oui ?
- Bien sûr, m'exclamai-je. Je suis certaine que tu adorerais survoler les océans avec moi. L'Atlantique, le Pacifique. Oh ! On passerait juste au-dessus des baleines. Une fois, j'ai même fait la course avec des dauphins. Je ne m'attendais pas à ce qu'ils soient aussi rapides ! On aurait dit volaient eux aussi ! On pourrait… Hmm… On visiterait des îles ou d'autres continents. Qu'est-ce que tu en dis ?
Il émit un de ces sons légers et insouciants, merveilleux qui s'accordait si bien avec son apparence juvénile. Dieu que j'aimais l'entendre rire ! Pour moi, il n'y avait rien de plus beau que ce son. Il en était de même pour son visage mi-homme, mi-enfant, détendu et saisi par l'enjouement. J'aurais passé ma vie à l'observer.
…
Je soupirai. Je me relevai de mauvaise grâce et quémandai un nouveau baiser, ce qu'il m'offrit sans hésiter. J'eus encore plus de mal à m'éloigner de lui, mais je parvins tout de même à refermer la portière et à m'avancer de quelques mètres avec hésitation. Malgré ma démarche lente mais résignée, j'avais cru franchir en une fraction de seconde seulement les centaines de mètres séparant la Volvo de la maison de Mike.
Il s'avança lentement dans notre ruelle vide. Après un dernier signe de la main, auquel il me répondit par son fameux sourire en coin, je me forçai à franchir le perron, puis la porte en bois sombre. Malgré les bruit humains environnants et celui plus estompé de la faune et de la flore sous l'effet du vent et de la pluie, l'endroit me semblait plongé dans un calme angoissant. Celui qui précédait généralement une tempête énorme. Je tournai enfin la poignée, tous les sens en alerte. Je sursautai violemment quand un poids lourd fonça et me percuta au niveau de l'estomac.
- Bella !
- Bree, soufflai-je en la reconnaissant. Hey, salut ma Grande. Quoi de neuf ?
- Ça craint ! Il faut que tu parles à Mike, dit-elle en me relâchant. Il devient dingue !
Je ravalai ma salive.
- Qu'y a-t'-il ?
- C'est à propos de Jane, je crois. Viens vite.
Elle fila devant moi et je la suivis, sentant le poids du monde écraser mes fines épaules. Je me dirigeai vers l'escalier qui menait à l'étage du dessus. Effectivement, l'aura que dégageait le blond était survoltée. Je me calmai en remarquant que celui de Tyler auprès de lui, semblait moins énergique que lui. La pièce dans laquelle ils se trouvaient était une sorte de bibliothèque, utilisée pour nos discussions. Mike y avait emménagé une bonne partie des affaires de Charlie, dont des souvenirs de divers pays qu'il avait visité ainsi que ses livres. Habituellement, j'aimais rester dans cette pièce. Aujourd'hui, je désirais m'en éloigner le plus vite possible.
- Ah, tu es là, lâcha-t'-il lorsque je franchis la porte.
Penché sur la table, il se redressa, un sourire amer aux lèvres. Je parvins à maintenir une expression neutre.
- Je vois que la nuit a été bonne.
- Si on veut.
- Tu sens le vampire à plein nez, ma Belle.
Il me fallut toutes mes forces et ma détermination pour demeurer désinvolte et stoïque. La pression augmentait au fur et à mesure qu'il s'approchait de moi. J'eus l'impression d'un prédateur s'amusant à narguer sa proie. Je bravai comme je pus la tempête couvant derrière ses yeux gris orageux.
- Tu recommences enfin à chasser. Ben, il était temps. Seulement, n'oublie pas que tu es toujours recherchée par les Gardiens. Un coup de fil, ça t'aurais tué ? Tu t'es bien acheté un nouveau portable pour ça, il me semble ?
- Mec, calme-toi un peu, tu veux ?
Assis confortablement dans l'un des canapés de la pièce, Ty faisait glisser son doigt sur son téléphone et paraissait complètement imperméable à la tension de son ami. Ce n'était qu'une apparence, cependant, car je ne manquai pas l'inquiétude qui transperçait lorsqu'il leva les yeux vers moi. Je le saluai d'un coup de tête et pris une grande inspiration.
- Je suis désolée, Mike. Ça ne reproduira plus.
- J'y compte bien. Tu t'es bien nourri, au moins ?
- Oui, mentis-je. Tu… avais quelque chose à me dire ? Peut-être ? À propos de Jane ?
À ce moment, Bree serra mon bras contre elle, tandis que Ty se levait pour aller se poster aux côtés de Mike. D'un mouvement presque synchronisé, ils croisèrent les bras et me fixèrent intensément.
Ce serait probablement la journée la plus merdique de ma longue existence.
Bientôt la suite. En espérant que ce dernier chapitre vous a plut !
