Bonjour à tous. Joyeux noël et très bonne année ! Ce chapitre a été long à produire mais il est finalement là. Comme d'habitude, dites-moi ce que vous en pensez dans les commentaires et j'espère qu'il vous plaira.


18) Emprise

La journée que je devinais merdique commença lorsque d'un seul mouvement Mike et Ty croisèrent les bras et me toisèrent avec suspicion. Je leur rendis leur regard noir, attendant qu'ils débutent les hostilités.

- Elle a l'air possédée, tu crois ? marmonna Mike.

- Ouais, elle agit bizarrement depuis quelques temps.

- Ah tu as remarqué, toi aussi…

- Ouais, ouais… ça ne m'étonnerait pas qu'une Sangsue ait réussi à l'hypnotiser.

Le cœur au bord des lèvres, je fis mon maximum pour garder une expression impassible. Je considérais sans comprendre leurs tics sous les yeux, puis les sourires goguenards qu'ils n'arrivaient plus à cacher. Enfin, ils éclatèrent de rire. Durant un court instant, je captai le regard affolé de Bree, avant qu'elle ne le fasse disparaître d'un sourire figé et ne m'entraîne vers le canapé.

OK… Ça commence mal.

- J'aimerais savoir ce qu'il se passe ? parvins-je à articuler.

Quoi que… Voulais-je vraiment le savoir ? Il était encore temps de sauter par la fenêtre.

- Jane insiste pour que Maggie nous inspecte chacun notre tour.

- Pourquoi faire ?

- Nous vivons trop près de nos ennemis, expliqua Tyler une fois calmé. Ce n'est pas normal que nous réussissions à nous entendre aussi bien avec des Sangsues. Il vaut mieux prendre ses précautions.

- Les vampires ne peuvent pas hypnotiser les gens, déclarai-je tendue. Ce sont des idioties.

- Et qu'est-ce que tu en sais ? intervint Mike d'une voix sèche. J'aime son idée, ça ne nous ferait pas de mal de vérifier que tout le monde a gardé sa tête depuis leur arrivée ici.

Je ne pus que deviner vers qui se tournaient ces derniers mots. Bree, Rosalie et Alice étaient anormalement proches. Et peut-être même me tenait-il pour responsable des fréquentations douteuses de Bree. Mais, je jouai le jeu, feignant l'ignorance.

- Alors, un vampire aurait réussi à m'hypnotiser... À nous hypnotiser ?

- C'est exactement ce qu'on va voir ma Belle.

- Comment on sait si on est sous l'emprise d'un vampire ?

Je n'aurais pas été plus ébranlée si Bree m'avait frappé.

- Qu'y a-t'-il ? me demanda-t'-elle.

- Non, rien.

Combien de fois m'étais-je moi-même décrite sous l'emprise d'Edward ? Était-ce normal ? Était-ce ce que deux amoureux étaient censées ressentir l'un pour l'autre ?

- Ce n'est pas exactement une emprise. Il s'agit d'une attirance irrésistible dont sont souvent victimes les humains avant de finir comme diner. En dépit de tous leurs instincts de survie, ils auront envie de s'approcher des vampires, de les fréquenter…

- Et ils s'imagineront même en être amoureux, reprit Tyler d'un air dégoûté.

- Hmm, fit Bree intéressée. Et comment est-ce qu'on en guérit ? Si c'est possible…

- Oui, c'est possible. L'attirance s'affaiblit quand l'humain ne voit plus le vampire plusieurs jours d'affilés. Au bout de quelques semaines, il n'y pensera plus du tout.

- Ouais, mais rares sont les humains qui ont réussi à y échapper, bougonna Tyler. Donc, l'effet peut être plus long ou bien plus court. On n'est sûr de rien.

- Et pour les immortels, continuai-je d'une voix tremblante que je m'efforçai de stabiliser. Quelles sont les conséquences ?

- Toi, ma puce, sourit Mike, tu es une tueuse de vampires. Tu es faite pour résister à tous les pouvoirs, normalement. Si cette théorie est effectivement fondée, tu n'as pas grand-chose à craindre. Mais, je ne prendrai aucun risque avec toi.

Oh ! Voilà qui pourrait expliquer l'incapacité d'Edward à me lire.

- Je n'ai jamais entendu parler de Phoenix envoutés par des vampires, répondit Ty en s'asseyant à côté de Bree. Mais, ce n'est pas parce que ce n'est jamais arrivé que ça ne peut pas arriver.

À part Bree et moi, tous avaient déjà été auscultés par Maggie. Cette dernière était fiable sa répulsion envers les vampires l'avait tenu éloignée des Cullen et ne pouvait donc être concernée par une quelconque hypnose. Bree avait voulu m'attendre, et moi, prisonnière de mes doutes infondés, je ne pouvais m'empêcher d'angoisser.

Mon absence de trois semaines aurait dû terminer, sinon diminuer mon attirance pour Edward Cullen. Or, elle n'avait fait que l'amplifier. Trois semaines sans lui étaient une torture et il avait hanté chacune de mes pensées.

Je serrai involontairement des mâchoires. Je n'avais cessé de m'imaginer que Tyler, qui observait son téléphone depuis des heures, et Mike, qui lisait un livre sur les guerres européennes du Moyen-Âge, avaient pour but de me garder prisonnière. Inquiète, je traquai et repérai certains signes dénotant une tension sous-jacente chez mes frères de cœur. Pourquoi Ty m'observait-il autant en biais ? Pourquoi Mike restait-il aussi figé dans sa position ? Il semblait lire la même page encore et encore : il aurait déjà dû la tourner depuis le temps. Il ne pouvait tout de même pas être aussi lent. Il croisa mon regard et m'interrogea silencieusement. Je lui souris en secouant la tête et il retourna à son livre. Je devais m'imaginer tout ça…

C'était… stupide ? N'est-ce pas ?

Je me détendais donc en passant nonchalamment mes doigts dans les longs cheveux châtains de ma sœur en attendant ma mise à mort… enfin, mon verdict. Vers midi et demi, je partageais un sandwich avec elle quand le bruit familier de la moto de Jane me parvint du bout de la rue. Tyler se leva.

- Ah, les voilà !

- Oui, répondis-je en imitant son sourire détendu.

Du moins, j'essayai. Nous descendîmes au salon les accueillir. Maggie me fit son habituel sourire contrit, ce qui me laissa espérer qu'elle n'était pas encore au courant de ma situation. Aucune tension, aucun dégoût n'émanaient d'elle lorsqu'elle me dépassa pour déposer un baiser sur les lèvres de Tyler. Quant à Jane, elle ignorait le coin de salle où je me terrais.

- Bon, maintenant que tout le monde est là, commença Maggie en nouant ses longs cheveux roux foncés en un chignon rapide. On va pouvoir continuer. On y va Bree.

- Heu. Ouais.

J'eus l'impression de revoir le Docteur Cullen ausculter un des patients. Avec douceur, Maggie palpa son crane à travers ses cheveux avant d'encadrer son visage de ses mains. Elle plongea ses yeux dans les siens pendant une très longue minute silencieuse. Je commençai à saisir la tension de ceux qui observaient la scène. J'aurais parié que les deux hommes étaient certains que quelque chose clochait avec notre nouveau-né. Et la surprise fut quasi générale quand Maggie se releva et sourit.

- Elle n'a rien.

Je sentis plus que je n'entendis un soupir commun emplir la pièce. Je ne pus qu'imaginer la tension qui avait pesé sur ses épaules. Pas étonnant qu'elle ait voulu m'attendre pour se faire examiner. Il arrivait que des patients refusent de passer des examens sans la présence d'un proche à l'hôpital. Ils avaient peur. Peur comme Bree, il y a quelque secondes. Que ce serait-il passé si Maggie avait effectivement vu quelque chose en elle ? Comment les autres auraient-ils réagi en mon absence ?

- À ton tour, maintenant, me lança Jane.

- On y va, Bella ?

Beaucoup plus souriante, ma jeune sœur alla effacer la distance qui s'était dessinée entre elle et les gars. Je pris sa place devant Maggie qui lança un rapide coup d'œil à Jane avant de m'appliquer le même traitement avec moins de douceur, toutefois. Peut-être était-ce encore mon imagination mais, quelque chose me dit en cet instant que mettre en lumière une hypnose chez celle qui l'obligeait à vivre aux côtés de vampires ne l'aurait pas vraiment dérangé. Je sentis un étrange picotement dans le reste de mon corps tandis que ses mains touchaient ma tête et j'oubliai aussitôt mes idées noires. Ses mains chaudes encadrèrent mon visage et je ne vis bientôt que le vert intense de ses prunelles. La sensation d'une présence qui parcourait les moindres recoins de ma tête me dérangea horriblement. Mon agacement augmenta tandis que la durée de son auscultation s'étirait éternellement.

En effet, plus d'une minute s'était écroulée quand elle me relâcha, les lèvres pincées.

- Elle est clean.

- Ah oui ?

- Mais, bien sûr que Bella est clean, dit Mike en s'approchant avant de se tourner vers Jane. Tu t'attendais à autre chose ? Ne me fait pas rire. Bon, puisque c'est fini, j'ai des trucs à faire.

Et d'un coup, ce fut terminé. Ce fut si rapide que j'eus du mal à y croire. Je ne fus pas la seule à rester bouche bée. Mon amie considérait tout le monde avec méfiance avant de me toiser durement. Je sentais toujours un mur entre nous : l'incompréhension, peut-être ?

Pourquoi n'as-tu rien dit ?

J'ignorais pourquoi elle s'était tût surtout auprès de Maggie, qui se serait fait une joie de la croire et de me traiter en paria. Mais en ce moment, je ne pouvais qu'en être soulagée. J'allais retourner dans ma chambre et taper un SMS à Edward quand Bree me prit la main.

- On va toujours faire du shopping toutes les trois ?

Depuis étais-je invitée ?

- Heu. Vous devriez y aller sans moi.

- J'aimerais que tu viennes, Bella. J'ai l'impression qu'on passe de moins en moins de temps ensemble. Qu'est-ce qui ne va pas ?

- Rien, répondis-je mal à l'aise. Tout va bien.

Que pouvais-je répondre à cela ? Avais-je vraiment délaissé Bree au milieu de toutes ces histoires de cœur et de vampire ?

- Mais, tu sais ce que je pense de rester des heures dans un magasin de vêtements. Jane sera de bien meilleure compagnie que moi. À ton retour, on fera un truc ensemble, si tu veux.

Mais elle insista tellement que je n'eus plus aucun argument à lui opposer. À part la réticence de Jane.

- Si elle est d'accord, pourquoi pas ?

- Mais bien sûr qu'elle est d'accord. Hmm ? Pas vrai, Jane ?

- Bien sûr, fit-elle froidement.

- Super, je vais m'habiller.

Elle fila avant que je n'ai pu dire quoi que ce soit, nous laissant seules. Nous dévisagions, à présent seules dans ce petit salon qui semblait se rallonger et monter en température toutes les secondes. Edward avait peut-être raison : quelque part au fond d'elle, elle tenait suffisamment à moi pour se taire et m'éviter une lapidation directe. Mais à présent, je doutais que reprendre notre amitié telle qu'elle était auparavant était possible. Et je comprenais enfin l'origine de ce mur invisible entre nous. Dans son cas, elle n'observait plus la chasseresse redoutable qu'était son amie, mais une étrangère : une étrangère assez idiote pour s'éprendre d'un vampire. J'encaissai cette constatation bien plus sereinement qu'hier je peinais aussi à la voir comme une de mes plus proches amies, une alliée. Non, pour l'instant, elle était celle qui avait tenté de tuer Edward. Et qui avait presque réussi. Mon vampire pouvait penser ce qu'il voulait, je savais qu'elle serait allée jusqu'au bout si je l'avais laissé faire. Une amitié pouvait-elle survivre à ça ? Nous étions dans une impasse et je n'en voyais pas de solution.

Deux heures plus tard, je me retrouvais installée sur un des bancs à l'intérieur d'un magasin à la mode. Je jetai parfois des coups d'œil vers les cabines d'essayages où ma petite sœur se changeait par la dixième fois environ. L'ennui que je redoutai ne manifesta pas je savourais chaque moment passé avec elle. À la fin de la journée, je serai probablement à découvert, mais je ne m'en souciai guerre pour l'instant. Ses sourires, sa bonne humeur et son excitation valaient plus que cela. Je réalisais aussi que mon temps passé avec elle était précieux avant qu'elle ne sache pour moi et… réagirait-elle comme Jane ? Difficile à dire. Elle avait beau entretenir de bons rapports avec les Cullen, mais je ne me faisais plus d'illusions.

- Alors ? fit-elle en sortant de la cabine vêtue d'une robe bleue à manche longue.

- Hmm… Elle a l'air super !

- Bella, tu as dit ça pour toutes celles que j'ai essayé.

- Parce que tu étais superbe dans toutes les robes que tu as essayé, dis-je malicieusement.

- Tu ne m'aides pas vraiment…

Elle continua de plaindre en allant se regarder dans un miroir plein pied situé à côté de moi. J'allai la rejoindre en tentant d'apporter mon grain de sel.

- Il te faudrait sûrement une couleur plus vive. Ça irait avec tes cheveux peut-être.

- Tu as peut-être raison. Jane est partie en chercher d'autres, elle en ramènera surement une de ce genre.

- Et sinon ? tentai-je maladroitement. Un garçon t'a invité ?

- Non.

- Oh. Ouais, tu as raison. Tu trouveras à coup sûr quelqu'un là-bas avec qui danser.

- Heu, hésita-t'-elle en me fixant. Alice a proposé qu'on se donne rendez-vous au lycée… Mais, ne t'en fais pas ! Je resterai sous la surveillance de Jane ! Donc tu n'as rien à craindre.

- OK.

- Mais, Edward n'y va avec personne non plus. On dansera probablement ensemble.

J'effaçai l'image dérangeante de Bree, dansant en tête-à-tête avec Edward aussi rapidement qu'elle était apparue. Mais, trop tard : deux mains invisibles serrèrent mon cou si fort que j'en restai bée, figée sur place. Face à mon silence, elle se tourna vers moi, bouleversée.

- Je te jure que ce n'est pas ce que tu crois. Il n'y a rien entre nous, tu peux me croire. C'est juste quelqu'un avec qui je m'entends bien.

- Heu... Oui, bien sûr.

- Et puis, tu me vois sortir avec quelqu'un comme Edward Cullen, rit-elle de bon cœur. Il est tellement… heu, comment dire… Intimidant et sûr de lui. J'aurais peur de faire une gaffe, à chaque fois qu'on se verrait. Je ne suis pas de taille pour un type comme lui.

- Arrête de te dénigrer. Tu es magnifique.

- Tu sais, c'est la première fois qu'il vient au bal avec ses frères et sœurs. Alice est tellement contente.

- Il n'aime pas danser ?

- Tu ne sais pas ce que c'est de passer des heures dans des salles de classe avec des tas d'adolescentes qui te tournent autour... (Elle hocha la tête) Ouais, ouais. Toutes les filles sans exception lui courent après. C'est pour ça qu'il ne venait jamais. Il aime rester tranquille. Hmm… Quelque chose ne va pas ?

- Si. Si, ça va. Continue.

- Donc, je serais simplement là pour les tenir à distance… Et rien d'autre. Je reviendrai à la maison avec Jane.

Je hochai en forçant un sourire mais toute envie, aussi fine était-elle, de continuer cette journée de shopping s'était envolée. À l'intérieur, je bouillais en imaginant des dizaines de petites pu… heu, de lycéennes souhaitant attirer son attention par tous les moyens. Je ne croyais pas qu'un jour je regretterais autant de ne pas m'être inscrite au lycée avec elle.

Zut.

- Et heu… Il n'a jamais… essayé de… tu sais ? De se laisser faire ?

Je me tus soudainement, me rendant compte de mon erreur. Dès qu'elle serait à portée de lui, il aurait sûrement accès à toute cette conversation à travers sa mémoire. Je me figeai, mortifiée.

Bah, c'est trop tard maintenant…

De nouveau, elle me fit face. J'encaissai avec surprise son regard noir.

- Il n'attaque pas les humains, Bella, murmura-t'-elle sèchement. Aucun élève de Forks High n'a disparu depuis cette rentrée, alors arrête maintenant !

- Je sais, je sais, tentai-je de la calmer en reculant. Calme-toi.

- C'est quoi le problème alors ?

- Je me demandais si… il prenait parfois du bon temps… avec certaines d'entre elles. Si tu vois ce que je veux dire.

Je tiquai à cette simple pensée. Elle me scruta, yeux plissés, pendant près d'une minute. La panique commença à me submerger quand elle ouvrit la bouche.

- Non, ce n'est pas son genre. Il n'arrête pas de les rembarrer. Tu sais qu'Emmett a cru pendant des années qu'il était gay.

- Oh !

- Ouais, rit-elle. Il parait qu'il n'a jamais été intéressé. Mais bon, il trouve toujours des messages d'amour dans son casier…

Des messages… d'amour !

- Des clins d'œil, ou bien des sourires par ci, par là. Et tout le monde le regarde quand il passe dans les couloirs. Le pauvre.

- … Ouais… Le pauvre.

- Tu te souviens de Jessica Stanley ? La serveuse de Port Angeles ?

- « Miss Décolleté Plongeant » ? dis-je avec aigreur. Je me souviens d'elle.

- J'ai arrêté de compter le nombre de fois où elle lui a demandé son numéro de téléphone, en faisant ressortir ses seins ou ses fesses. C'était tellement embarrassant.

Une main plaquée sur ses yeux, elle ne put voir la grimace qui étirait mes traits. Je cessai de me mordre la joue lorsqu'un gout métallique s'insinua dans ma bouche. Entre temps, Jane était revenue, bras chargés de nouveaux vêtements et écoutait attentivement notre conversation.

- Et elle continue de le draguer ?

- Non, pouffa-t'-elle. Il lui a dit « quand j'aurais besoin d'une allumeuse, je te ferai signe. Je préfère les filles avec plus de classe. » On n'a pas arrêté de ficher d'elle après ça, elle faisait pitié !

Enfin, un sourire franc détendit mon visage alors que j'imaginais la scène. Je ne pouvais être plus soulagée.

- Mais, bon, il était de mauvaise humeur ce matin-là. Il est quand même allé s'excuser auprès d'elle.

- Il n'était pas obligé, fis-je en levant les yeux.

- Quel gentleman, marmonna Jane.

- Oui, c'est certain. Mais, entretenir de bonnes relations avec tout le monde, c'est très important pour eux… Wow ! Jane, où est-ce que tu as trouvé celle-là ? Elle est sublime !

Bree se précipita sur une toile grise à paillettes qu'elle venait de déposer. On ne voyait qu'elle, tant elle brillait sous le néon au plafond. Jane croisa les bras, un air résigné sur le visage.

- J'ai croisé une de tes amies qui me l'a conseillé.

- Une amie ? Qui ça ?

- Moi, bien sûr !

Oh oh…

Un petit vampire au visage de lutin sortit d'un des rayons et avança gracieusement vers nous. Avec ses cheveux en épis son gilet en cuir et ses bottes à talon, elle arborait le même style que Jane et ressemblait presqu'à une motarde. Barbie Glacée la suivait trois mètre à l'arrière, toujours aussi morose. Mais, ça ne l'empêchait pas de faire tourner les têtes. Elle portait une veste rouge en forme de petite robe évasée, assortie à ses bottines, et un jean moulant. Un chignon lâche laissait entrevoir son cou fin. Ses lèvres produisirent enfin un sourire éclatant lorsque Bree la pris dans ses bras.

Jane me jeta un coup d'œil, auquel je répondis par un haussement d'épaule. Comment pouvais-je savoir qu'elles viendraient ici, à ce moment précis pour nous voir ?

- Alice ! Rose !

- Alors, Bree ! On fait l'école buissonnière ?

- Tout comme vous deux !

- Il y avait du soleil ce matin. On n'allait pas venir pour un après-midi de cours seulement.

Alice me sourit avant de prendre un air horrifié.

- Ne me dis pas que tu cherches encore une robe ? Mais, le bal est dans quatre jours !

- Et alors, j'ai encore le temps.

Elle claqua la langue en secouant la tête.

- Il y a urgence, Rose.

- On trouvera un truc, mais sûrement pas ici, déclara-t'-elle en lorgnant ce que nous avions pris.

- Tu as déjà une idée de ce que tu cherches ?

Au final, nous sortîmes de la boutique les mains vides. Les Cullen récupérèrent la dizaine de sacs qu'elles avaient laissée à l'accueil et nous nous faufilâmes sous les regards stupéfaits et parfois appréciateurs qu'attirait notre groupe. Je participai à peine à leur échange, alors que Jane réussit tout de même à placer quelques conseils ou deux. Nous entrâmes dans une autre boutique et je découvris un peu plus les goûts de luxe et légèrement extravagants d'Alice : elle lui fit essayer une robe rose pâle en dentelle. Elle était longue, sans manche et se resserrait parfaitement autour de sa taille. Je dus reconnaitre qu'elle avait du goût. Mais, je ne préférai pas penser au prix qui serait sûrement semblable à la moitié de mon salaire. Je me concentrai alors sur le sourire ravi de celle qui la portait.

- Tu es certaine de pouvoir danser avec ça ? demanda Jane. Elle semble un peu trop grande pour toi.

- Mais, non, s'exclama Alice. Avec des talons, ce sera parfait !

La Blonde proposa un vêtement à l'air plus classique. Elle fila l'essayer et enfin, lorsqu'elle sortit de la cabine, je sus que c'était la bonne. Son décolleté n'était pas trop plongeant et la jupe évasée lui arrivait aux genoux. Enfin, la couleur rouge foncé du tissu soulignait come je m'y attendais la couleur de ses cheveux. Elle était magnifique… Sensationnelle. Je ne pus retenir une exclamation en la regardant. Heureusement, je ne fus pas la seule à éprouver ce sentiment et la recherche de la robe parfaite finit par prendre fin.

Yes !

- Bien, on a la robe, s'exclama Alice en battant des mains surexcitée. Il faut les chaussures maintenant.

- Les chaussures ?

- Ben… Bien sûr, Bella ! Qu'est-ce que tu crois ? Et ensuite, il faudra les accessoires, le sac à main, le rendez-vous chez la coiffeuse….

J'eus presque envie de pleurer.

Au bout d'un moment, je réussis à m'éclipser. Puisque j'étais ici, je me souvins avoir besoin de nouveaux pyjamas et d'autres linges de maison. Une quinzaine de minutes me serait amplement suffisante, m'étais-je imaginé. À tort. Arrivée devant le rayon, je m'imaginais la réaction et l'avis d'Edward pour chaque article que je saisissais. Mes quinze minutes filèrent bien vite. Levant les yeux au ciel, je me décidai pour deux ou trois t-shirt en coton et quelques shorts assortis. Je préférai passer à la caisse directement, n'ayant aucune envie d'affronter la désapprobation de la fashionista concernant mes achats. Mais, je m'arrêtai brusquement sentant un parfum délicieux approcher lentement mais sûrement vers ma position.

Je lui fis face au moment où elle apparut.

- Je peux t'aider, Rosalie ?

- Contente-toi de te taire et de m'écouter attentivement.

Nous nous affrontâmes du regard et pour la deuxième fois en quelques heures, je me sentis être scrutée, mise à nue par une étrangère. Mise à part son hostilité flagrante, je lisais la même interrogation que Jane derrière son étrange regard doré. Une minute interminable s'écoula en silence durant laquelle un humain stupide qui passait derrière elle se permit de la siffler. Je captai à peine le regard qu'elle lui lança, mais il sembla suffisant pour lui faire perdre toutes ses couleurs et le faire reculer en trébuchant. De nouveau, elle me poignarda de ses yeux de vipère, toute trace d'étonnement désormais effacée.

- Je vois clair dans ton jeu, commença-t'-elle lentement. Tu es une de ces filles qui adorent attirer l'attention des hommes sur elles et jouer avec eux. C'est exactement comme avec Mike Newton, n'est-ce pas ? Il te désire et tu adores le faire tourner en rond comme un petit chien bien obéissant. Et à présent que tu te lasses de lui, il faut que tu viennes aguicher notre frère en plus ? Mes félicitations. Tu as réussi à faire lui perdre la tête. Woah.

Les mots restèrent coincés dans ma gorge face à ses accusations. Elle applaudit lentement, me dévisageant avec tout le mépris dont elle était capable. Un rictus apparut quand je tentais de me défendre, mais seuls des balbutiements inintelligibles sortirent de ma bouche.

- Tu as réussi là où toutes les autres trainées ont échoué. Tu m'impressionnes.

- Ce n'est pas…

- Qu'est-ce que tu as bien pu faire pour qu'il s'intéresse à toi ? s'interrogea-t'-elle en m'étudiant de haut en bas. Je l'ai vu refuser des tas de femmes bien mieux. Et tu veux me faire croire qu'il te veut, toi, sincèrement ?

Elle savait frapper là où ça faisait mal.

- Pourquoi est-ce que tu ne vas pas lui demander en face, espèce de garce ?

- Attention.

En une fraction de seconde, son visage se retrouva juste devant le mien, une expression morbide sur les traits. Je m'interrompis soudain, empêchant mes ailes et mes dents de s'allonger, ce qui aboutirait à coup sûr à sa mort. Elle poursuivit de sa voix glaciale.

- Tu n'es pas la première allumeuse à vouloir le charmer et crois-moi, tu ne seras certainement pas la dernière. S'il devait arriver quoi que ce soit à Edward, je retournerai ciel et terre pour te retrouver. J'attendrai aussi longtemps qu'il le faudra, mais je réussirai à te mettre la main dessus. Et à ce moment-là, ni Carlisle, ni personne d'autre ne m'empêchera de t'arracher tes extrémités un à un avant de te tordre le coup. Ai-je été claire ?

Nous étions si près que son odeur brulante attisait ma faim, alimentait ma fureur. Edward m'en voudrait-il beaucoup si je lui arrachais un bout de son corps ? Pas grand-chose : peut-être l'oreille ? Ou alors sa main ? Un bout de son cou…

- Tu as été parfaitement claire, Blondie.

À contrecœur, elle détourna son air meurtrier et fixa la jeune femme derrière moi qui venait de parler. L'air de rien, appuyée contre un pan de mur, Jane continuait d'observer ses ongles sous différentes coutures.

- Seulement, tu oublies une chose, dit-elle en lui rendant son regard noir. Bella aussi risque sa vie en fréquentant ton frère. Je ne vais pas répéter ton discours. Il était parfait en tout point.

Elle s'approcha de nous et s'arrêta à moins de deux centimètres de Barbie, qui commença à dévoiler ses dents. Mais, elle s'en fichait éperdument. La blonde n'avait aucune chance face à elle.

- Considère-toi comme avertie. Je te laisse le soin de rapporter notre conversation au reste de ta famille et en particulier à ton frère. Car, je le traquerai sans relâche, s'il touche à notre Bella. Et je le tuerai. Entendu ?

Je me retrouvai emprisonnée dans une baston de regards plus froids et rageurs à mesure que passaient les secondes. J'observai les deux femmes sublimes, si différentes physiquement mais tellement similaires dans leur désir de protéger leurs proches.

- J'ai surpris ton frère et cette demoiselle en train de s'embrasser passionnément hier soir.

Pendant trois secondes, toute la rancœur de Barbie laissa place à une stupéfaction totale, avant qu'une grimace dégoûtée ne vienne casser cette expression. Je sentis mes joues me bruler tandis que je foudroyais Jane du regard, mortifiée.

Était-ce le genre de chose à partager avec la sœur de son petit-ami ? Une sœur qui me voyait comme une allumeuse, en plus !?

- Apparemment, ils possèdent plus de contrôle qu'on ne le pense. Alors qui sait ? On devrait peut-être attendre un peu avant de se lancer des menaces de mort à tout-va. Qu'en dis-tu ?

Rosalie ne répondit rien. Elle considéra Jane, un sourcil levé avant de me dévisager de nouveau avec aversion.

- Entendu, marmonna-t'-elle.

Enfin, elle nous tourna le dos et disparut dans un des rayons.

« Tu n'es pas la première idiote à avoir essayé de le charmer et crois-moi, tu ne seras sûrement pas la dernière. »

Elle avait beau être sa sœur, je trouvais ce vampire de plus en plus antipathique. Ce ne fut qu'une fois le choc de cette conversation passée qu'un raz-de-marais de fureur me submergea de nouveau. Pour qui se prenait-elle ? Je pourrais lui arracher sa jolie tête même avec un bras en moins… et elle permettait de venir me menacer ! Et pourquoi étais-je restée sans rien dire ?

- Est-ce que ça va ?

- Heu… Ouais, m'entendis-je répondre. Merci. De m'avoir défendue. Tu n'étais pas obligée.

- C'est mon rôle de te défendre, marmonna-t'-elle en s'éloignant elle aussi. C'est ce que je m'évertue à faire depuis que tu es parmi nous. Peu importe les décisions absurdes que tu peux prendre parfois.

- Je… Ouais. Je comprends.

Elle stoppa net, prit une longue inspiration avant de se tourner vers moi.

- Tu comprends ? Non. Non, tu ne comprends rien ! Tu n'as pas la moindre idée de la situation dans laquelle tu t'es mise. La situation dans laquelle tu nous mets tous !

- Ce n'est pas aussi simple…

- Non, bien sûr. Il a fallu que tu tombes amoureuse de lui. De lui ! Bordel ! Tu ne peux pas t'en empêcher ! Il faut toujours que tu choisisses les pires ? D'abord Raj et maintenant Cullen ! Est-ce que tu le fais exp…

Quelque chose sur mon visage l'empêcha de continuer. Elle passa une main tremblante dans ses cheveux frisés et baissa la tête avant de me lancer un air agonisant.

- Je t'ai prévenu, Bella ! Et Rosalie vient de le faire aussi. Combien de mise en garde te faudra-t'-il avant que le drame n'arrive ?

Incapable de détourner ma tête, je soutins son regard, malgré le picotement dans mes yeux. Après le discours de Barbie, je n'avais pas besoin de ça en plus. Elle laissa trainer un moment de silence entre nous, puis elle poursuivit sa route.

- Je ne veux pas laisser Bree toute seule avec elles. A plus.

La gorge nouée, je me contentai d'un bref signe de tête. Je me retrouvai seule avec une envie de disparaitre plus intense que jamais. Lorsque ma respiration devint saccadée, je m'efforçai à prendre de longues inspirations. De longues inspirations plusieurs fois de suite. Des inspirations s'avérant tellement inutiles en ce moment…

Oh, et puis zut…

Mes yeux me piquaient moins à présent. J'avais réussi à me calmer et considérais les paroles de Rosalie et de Jane avec plus de recul. Évidemment que ce serait difficile. Personne ne comprendrait aussi facilement pourquoi un vampire et une Phoenix s'aimaient. Soit j'étais suffisamment forte pour encaisser les remarques et les pensées désobligeantes de tous soit je coupais court à cette relation. Comme il m'était impossible d'envisager la dernière solution, ne serait-ce qu'une seconde, je n'avais pas vraiment le choix. La tête enfouie dans mes mains, mes doigts massaient inlassablement mes tempes tandis que je prenais mes résolutions.

Premièrement : arrêter de pleurer.

J'étais décidée à ne plus me laisser aller. Ni par Barbie, ni par quiconque.

Deuxièmement : envoyer cette blonde se faire f… dès que l'occasion se présenterait.

Je n'allais pas rester les bras croisés sans rien faire, pendant qu'elle prenait plaisir à me rabaisser. Je n'étais plus l'humaine frêle et stupide d'avant. Cette fille était morte et il était temps de montrer à Rosalie qui j'étais vraiment. Je devrais sûrement travailler sur des réparties bien cinglantes de mon côté.

Je me trouvais juste en face de la boutique, assise sur un des bancs de la galerie. Je réfléchissais depuis une bonne heure quand je levai la tête en les entendant s'exclamer joyeusement. Je n'avais pas le cœur à les rejoindre pour jouer la comédie, ni à gâcher l'après-midi de Bree. Par chance, en les écoutant parler, rien ne semblait indiquer que des menaces de mort avaient été échangées entre nous trois. Jane et Rosalie complimentaient Bree souvent mais ne s'adressaient jamais la parole directement.

Espérons que ça continue…

- Tiens essaie ça. Mais… Mais, elle est où, Bella ? Elle a complètement disparu !

- Elle est allée faire un tour, répondit Jane à Alice. Elle reviendra après.

- Comment ça ? J'avais plein de robes à lui faire essayer. Il y avait ça… Ça… Et puis ça aussi !

Ouf ! J'étais si contente de m'être tirée.

- Alice…

- Et regarde ces chaussures ! Elle serait top dans celle-là, non ?

- Oui, mais le shopping, c'est pas son truc.

- Bree a raison, on a essayé de nombreuses fois.

- Crois-moi, tu n'as aucune chance de la ramener un jour prochain dans ce centre commercial. Mais, par contre, elle adore les magasins en ligne.

En l'entendant claquer de la langue puis murmurer « magasins en ligne » d'un air désapprobateur, je pouvais presque la voir bouder devant moi. Son obsession pour ma garde-robe m'interpellait quelque peu. Était-ce normal avec elle ? Ou alors, Edward lui avait-il demandé de… ? Enfin, il m'en aurait sûrement parlé avant. N'est-ce pas ? Après tout, je ne pensais pas me vêtir aussi mal. Pour moi, la combinaison « jean slim – converses noires » resterait à jamais indémodable, impossible à critiquer. Quant à ma parka elle datait un peu, mais, ce n'était rien d'alarmant.

- Je suis sûre que ça lui plairait de faire les magasins avec moi. Bon d'accord, pas tout de suite… Mais, au bout de la douzième fois,…

- Laisse tomber, Al, affirma Rosalie sous les moqueries des deux autres. Ce ne sera jamais son truc. Il n'y a qu'à voir comment elle s'habille. Désespérant.

Bon, je haïssais officiellement Rosalie Cullen.

- Tu pourrais être plus gentille avec Bella ? Elle ne t'a rien fait et je tiens beaucoup à elle.

- Je n'ai rien dit qu'elle ne sache probablement pas déjà, Bree.

Je préférai m'éloigner un temps. Mes sacs en main je parcourus d'un pas rapide la galerie richement décorée et illuminées pour Noël. J'évitai habillement les dizaines de badauds qui admiraient les décorations ou qui étaient scotchés aux vitrines. Une foule immense s'amassait autour d'un Père Noël sur une estrade et des enfants attendaient leur tour pour lui parler. Dans un autre carrefour, un sapin de Noël gigantesque posait au milieu des guirlandes lumineuses en forme de cerfs et d'ours polaires ils s'animaient, bougeant la tête lentement et attiraient l'attention des petits comme des plus grands.

Lassée par la foule, je bifurquai dans une allée aux décorations plus sobres et moins bruyante. Le sol s'était revêtu d'une douce moquette bleu foncé et des lampes éclairaient délicatement les élégantes enseignes des boutiques : Tyffany, Cartier, Chanel, Louis Vuitton… Des marques plus prestigieuses les unes des autres s'alignaient, de part et d'autres, sur une centaine de mètres environ.

Dans une vitrine en face de moi, un vendeur à l'air pincé présentait à un couple quelque chose sur un petit coussin bordeaux. Le manteau en fourrure de la femme et le costume taillé sur mesure de l'homme en disaient long sur leur situation financière. Il leva la bague qui brillait tant qu'elle attira aussitôt mon attention. Un anneau argenté décoré de fils fins et élégants, supportait une pierre précieuse d'une taille assez impressionnante. Elle ôta son gant et il s'empressa de lui passer la bague au doigt. Deux jeunes filles qui passaient derrière moi, se mirent à glousser et s'extasièrent sur le jour où ce serait leur tour.

Oh pitié…

Je levai les yeux au ciel, soulagée qu'elles emportent leur romantisme mièvre avec elles et je me rapprochai nonchalamment de la vitrine où brillaient des dizaines de bagues et de boucles d'oreille. Le romantisme semblait se résumer à cela en occident : passer une bague au doigt d'une femme était signe d'un bonheur infini. Comme dans un Disney ils se marièrent et vécurent heureux très longtemps. Cette définition m'était si simpliste qu'elle en devenait ridicule. Il n'y avait rien de romantique dans un mariage. Ni dans le sourire suffisant de l'homme qui tenait sa femme en trophée, et non comme l'amour de sa vie. Il lui avait passé la bague, non avec délicatesse, mais presqu'avec insolence. Cette dernière n'avait d'yeux que pour le caillou à sa main, qu'elle agitait et faisait tourner avec un maniérisme irritant.

- Il me plait, dit-elle enthousiaste. Oh, oui !

- Parfait, procédons au paiement, je vous prie. J'ai autre chose à faire.

Oh… Si romantique.

J'en eus presqu'envie de vomir, tant je me sentais mal pour elle. Comment pouvait-elle supporter de vivre comme ça ? Pour toute réponse, elle me remarqua et fit disparaitre tout sentiment de pitié à son égard, d'un sourire suintant de mépris. Au final, peut-être s'étaient-ils bien trouvés.

« Tous mes vœux de bonheur » mimai-je de mes lèvres et elle s'éloigna satisfaite.

Cela devait faire plus d'une vingtaine d'années que je n'avais pas l'occasion de porter des bijoux aussi chers ni aussi scintillants. Mais, aucun d'eux n'avaient été offerts de bon cœur alors, je n'avais eu aucun mal à m'en détacher. Aujourd'hui, mes doigts et mon cou étaient peut-être nus mais, je me sentais plus riche que jamais.

- Il te plait ?

- Oh ! Edward…

Je retins difficilement ma surprise face à son apparition soudaine. La masse sombre qui pesait au-dessus de moi depuis ce matin se volatilisa à sa vue. Occupé à détaillé la vitrine, il me laissa apprécier son profil : une mâchoire carrée, des lèvres douces et attirantes, un nez droit et le meilleur pour la fin, des yeux brûlants, couleur topaze. Se tournant vers moi, il me fit son fameux sourire en coin.

- Je pensais te trouver avec les autres.

- Je trouvais le temps long.

- …Comme tous ceux qui partent faire du shopping avec Alice. Une vraie torture.

- Je n'en suis pas si sûre. Bree et Jane semblent s'y habituer.

Il secoua la tête, prenant un air dépité.

- …Sont folles.

- Complètement folles, acquiesçai-je.

- Dieu merci, ce n'est pas ton cas.

Me sentant fiévreuse, je pris une goulée d'air incandescent et tendis les lèvres en une prière silencieuse. Il s'exécuta aussitôt. Ce baiser fut un faible écho de ce dont j'avais profité la veille et me laissa dix fois plus avide. Mon expression ne lui échappa pas et il me renvoya un air assombri par le même désir.

- À mon avis, elles en ont encore pour des heures, présagea-t'-il d'une voix grave. Peut-être jusqu'à la fermeture du centre.

- C'est une blague ?

- Oh, non. Et ça nous laisse quelques heures à tuer ensemble.

Mon humeur s'éclaircit un peu plus. J'aurais largement préféré me retrouver avec lui dans son petit pré plutôt qu'ici, entourés de monde. Mais, je pouvais me contenter de ça.

- Qu'as-tu envie de faire ?

- Hmm… Bonne question.

Au lieu de me répondre, il se positionna derrière moi et ramena mes cheveux en arrière, dégageant mon cou.

- … Qu'est-ce que tu fais ? demandai-je abasourdie.

- J'admire l'effet.

- De quoi tu parles ? Quel effet ?

À cet instant, je captai notre reflet dans la vitrine juste devant moi tandis qu'il posait son menton sur mon crane. Mon cou découvert s'alignait parfaitement avec un collier fin en or blanc reposant sur un buste décoratif. La chaine était composée de minuscules grains reliés et avait pour pendentif un petit cygne blanc, posant avec élégance dans un cercle fin. La petite étiquette portant son prix ne m'échappa pas non plus trois chiffres s'alignaient juste avant la virgule, me rendant extrêmement mal à l'aise et consciente du vendeur à l'intérieur qui me dévisageait d'un air sombre, méfiant.

- Magnifique, me souffla-t'-il à l'oreille. Mademoiselle Swan, me feriez-vous l'honneur de m'accompagner à l'intérieur et d'essayer ce bijou ?

- Edward, je… Enfin, c'est…

- Bella, on va juste l'essayer, rassura-t'-il.

- Edward, je t'en prie, dis-je en riant nerveusement.

Je fis mon possible pour l'entraîner autre part, ayant pour but de sortir de ce couloir. Il fit la moue, mais je fus soulagée lorsqu'enfin je disparus du champ de vision du teneur de la bijouterie. À cause de l'énorme différence de qualité de nos habits, l'un d'entre nous se fondait sans problème dans ce couloir où le luxe était omniprésent. Pas un seul mauvais regard n'avait été adressé à Edward, vêtu de son pull en cachemire, par-dessous son long manteau noir. Par contre, je n'étais pas à ma place et le vendeur me l'avait fait sentir.

- Qu'y a-t'-il de mal dans le fait de vouloir acheter un cadeau à sa petite-amie ?

- Rien, mentis-je en ignorant la voix de Rosalie. C'est tout ce qu'il y a de plus adorable !

« Trainée… »

« Allumeuse ! »

- Est-ce que tout va bien, Bella ?

- … Oui. Ne t'en fais pas. C'est juste qu'un bijou… C'est beaucoup trop pour moi. On ne sort ensemble que depuis une semaine.

- Mais, j'ai attendu ta rencontre pendant près de 90 ans.

Je restai bouche bée, analysant ce qu'il venait de dire, tentant de remettre mes idées en ordre.

- On n'offre pas un bijou comme premier cadeau, finis-je par murmurer.

Qu'est-ce que j'en savais après tout ?

- Carlisle a offert une bague en diamant à Esmé. C'était son premier cadeau.

Je levai les yeux au ciel, exaspérée par ces vampires si riches qu'ils ne savaient que faire de leur argent. Mais mon agacement s'évanouit devant son air mélancolique.

- Je ne pensais pas qu'un jour, j'aurai aussi eu envie d'offrir le monde à une personne qui me serait aussi spéciale, aussi chère. Tu mérites ce qu'il y a de mieux et je veux te l'offrir.

- Ce que tu peux être têtu…, parvins-je à répliquer malgré l'émotion.

- Tu es mal placée pour dire ça, rit-il.

Pour l'instant, du moins, je réussis à le distraire du bijou. Mais pour combien de temps ? Je glissai ma main dans la sienne et l'entraînai hors de l'allée aux boutiques prestigieuses. Un sourire léger m'indiquait qu'il voyait clair dans mon jeu, mais il préféra se taire. Nous revînmes sur mes pas et restâmes admirer l'énorme sapin de Noël. Il semblait resplendir par rapport à tout à l'heure. Sa robe verte contrastait merveilleusement avec ses décorations et je ris lorsqu'un faux cerf lumineux hocha la tête vers Edward.

- Ceux de la forêt doivent avoir meilleur goût que celui-là.

- Je n'en doute pas, Bella, fit-il en levant les yeux au ciel.

- Qu'est-ce que tu voudrais pour Noël, demandai-je en lorgnant les boites multicolores sous le sapin.

- Hmm… Toi.

Il enroula un bras à ma taille et me tint fermement contre lui. Gênée, j'évitai les regards amusés des autres autour de nous.

- Je veux dire, quelque chose que tu n'aurais pas déjà ?

- Viens au bal avec moi, vendredi, dit-il d'une voix de velours.

- J'aimerais t'accompagner…

C'était vrai. Après ce que Bree m'avait dit, je n'avais plus envie qu'il retourne au lycée sans moi à ses côtés.

- Malheureusement, je travaille. Ce sera ma dernière garde, mon contrat de travail se termine samedi.

- Oh… C'est supposé être une bonne ou une mauvaise nouvelle ? Tu n'avais pas vraiment l'air d'apprécier ton travail à l'hôpital.

- Non, mais ça payait le loyer de mon appartement. J'aime être indépendante financièrement… Et avoir mon propre chez-moi.

Nous nous éloignâmes et poursuivîmes notre chemin, nos doigts entrelacés. Bien qu'agacée par la perspective de trouver un autre job ou bien de m'installer indéfiniment chez Mike, je ne pouvais empêcher un sourire niais d'étirer mes lèvres.

- Travailler dans un hôpital a de bons côtés : on rencontre des gens formidables. Par exemple, je n'aurais jamais cru ton père de s'occuper de patients humains aussi bien si je ne l'avais pas vu.

- C'est ce que tous les vampires lui répètent, répliqua-t'-il fièrement.

- Oui, il y a aussi Seth, un ami qui a eu un accident de moto. Il est coincé dans un fauteuil roulant. Il a un moral d'acier et il m'a souvent fait rire quand j'étais au plus bas.

- Ah oui… Seth Clearwater, le patient de Carlisle.

Je hochai la tête, surprise par son ton brusquement sec.

- Un ami de Jacob Black, je présume ?

- Oui, fis-je mal à l'aise. Ils se connaissent bien.

- Carlisle pourrait faire quelque chose pour ton poste.

- Ah, non, répliquai-je. Pas question. Il en a déjà assez fait. Je ne veux pas compromettre sa carrière à Forks.

- Toi, compromettre sa carrière ? s'esclaffa-t'-il. Oh, pitié. Les hôpitaux de la côte Est paieraient chers pour le garder parmi leur personnel. Mais bon, on ne peut jamais rester trop longtemps dans une même ville.

- Il m'a déjà couvert quand je me suis absentée pendant trois semaines. D'ailleurs, je me demande comment le directeur a pu gober cette histoire ?

- Ceci, commença-t'-il avec arrogance, est le résultat d'innombrables années passées avec les humains. On en apprend beaucoup.

- Vous les manipulez, en bref, résumai-je.

- Je n'aime pas ce mot. Disons qu'on a le don de les faire aller dans notre sens.

Je me demandai brièvement si cela correspondait à la définition d'emprise de Mike.

- Que comptes-tu faire si tu ne retrouves pas de travail ?

- Il était prévu que je m'inscrive au lycée avec Bree, chuchotai-je, espiègle.

Je pensais que cette perspective l'enchanterait et qu'il me retournerait mon sourire. Finalement, ce n'était pas une si mauvaise nouvelle j'avais hâte de voir ces filles qui ne cessaient de l'agacer durant ses heures de cours. Mais, sa réaction fut toute autre.

- Et où vas-tu vivre ? Où vivra Bree ? Tu ne pourras pas subvenir à vos besoins et je doute que Jane s'opposera à ce que tu retournes chez Newton. J'adorerai t'avoir avec moi en cours. Ça me faciliterait beaucoup de choses, mais je ne supporterais pas que tu retournes chez lui… Chaque. Soir.

Mon moment d'allégresse disparut bien vite. Je n'avais pas imaginé que mon lieu de résidence lui importerait autant. Il me considéra d'un air ennuyé avant de soupirer.

- Tu refuses que je te fasse des cadeaux et maintenant, tu refuses mon aide… Bella, il n'y a pas de mal à recevoir de l'aide de temps en temps.

- Je ne refuse pas tes cadeaux, mais… une chaîne en diamant, Edward ! Franchement ! Et concernant ton père, je ne voudrais pas avoir l'impression… de profiter de lui. De sa position. Ce n'est pas bien, tu comprends ?

- Ta manière de voir les choses est absurde.

Secouant la tête, il se mura dans un silence buté, et je présentais qu'il irait tout de même parler au Docteur Cullen malgré ce que j'en pensais. Cela me dérangeait autant que cela soulageait.

- J'aimerais en savoir plus sur toi.

- Tu sais déjà beaucoup, répondis-je surprise. Que voudrais-tu savoir de plus ?

Dès lors, ce fut le début d'un questionnaire interminable sur les aspects les plus simples et banals de ma vie. Mais, il semblait boire chacun de mes mots, demandant des précisions à toutes mes réponses. Il voulut connaitre mes auteurs préférés, mes livres préférés, les lieux que j'avais déjà visités, si j'étais déjà allée à l'université, les campus où j'aimerais étudier dans les années à venir…

- Ce sera compliqué pour moi. Surtout si je dois partir précipitamment. C'est pour ça que je ne suis allée qu'à Yale pour l'instant.

- Oui, Yale est une très bonne université. Mais par la suite ?

- Hmm… Seattle ? Dartmouth, peut-être ?

- Dartmouth ? fit-il songeur. Je n'y suis pas encore allé, non plus.

- Cela fait partie de tes projets ?

- Maintenant, oui.

Nous passâmes devant un stand de fleurs et aussitôt, il me demanda si j'en avais des préférées. Comme je n'en avais aucune et que je n'arrivais pas à me décider, il disparut complètement de ma vue et revint cinq minutes plus tard avec une élégante rose rouge en main. Je fondis face à son air fier et son sourire en coin.

- Est-ce que cela semble plus convenable pour un premier…

Je le fis taire, mon doigt sur ses lèvres et d'un coup, je les effleurai avec les miennes. Le mouvement fut si brusque que je déclenchai la brulure instinctive de ma colonne vertébrale. Lorsque mes dents commencèrent à érafler légèrement ma lèvre inférieure, je mis fin au baiser, laissant uniquement mon front et mon nez en contact avec les siens.

- Pour un premier cadeau, poursuivit-il. Et apparemment, la réponse est « oui ».

- Oui, confirmai-je. Merci, Edward. Elle est magnifique.

- Tu l'es plus encore.

Le temps fila à une vitesse impressionnante, alors que tout à l'heure, il semblait trainer des pieds. Bientôt, Bree m'appela pour m'informer de leur avancée vestimentaire et convenir d'un point de rendez-vous.

- Tu ne t'ennuies pas trop toute seule ?

- Heu non, répondis-je embarrassée. Je ne suis pas vraiment toute seule. Vous avez pu récupérer tout ce qu'il vous fallait ?

- Oui ! J'ai hâte de te montrer tout ce que Rose m'acheté !

- Super, m'écriai-je en roulant des yeux.

- Qui est avec toi ? J'entends quelqu'un parler tout près.

Je me tournai brièvement vers l'Adonis qui paraissait terminer sa conversation, et revins à Bree.

- Je suis tombée sur Edward dans la galerie, expliquai-je d'un ton détaché. On a décidé de vous attendre ensemble.

- Oh ! Heu… D'accord. Il va bien ?

- Bien sûr qu'il va bien.

Un long silence s'éternisa pendant lequel je l'imaginais tenter d'exprimer sa curiosité concernant la présence d'Edward à mes côtés. Je ne lui en laissai pas le temps, lui coupant la parole au moment où elle se décida à me questionner.

- Mais, que…

- Alors, où est-ce que vous voulez qu'on se rejoigne ? À l'entrée Nord ? Ou bien… ?

- Non, plutôt dans le parking. On a trop de sacs pour repartir comme on était arrivée.

Voler avec des sacs ne m'a jamais posé de problème. Mais, je n'étais pas contre quelques minutes de route supplémentaires avec Edward. Suite à cela, elle me donna le numéro de parking où les Cullen étaient garés et je mis fin à la conversation. Ouf ! J'étais sauvée pour l'instant (oui, pour l'instant !) et je pus me reconcentrer sur celui qui me faisait face. Installés dans le coin tranquille et sombre d'un café réputé, il était impossible de nous quitter des yeux. La tête légèrement inclinée, il me considérait d'un air songeur, la moitié supérieure de son visage baignant dans la pénombre une atmosphère mystérieuse l'entourait et renforçait son air séduisant. Une poigne chaude resserra agréablement tout mon intérieur.

- Tu comptes lui dire ?

- J'y réfléchis, répondis-je en sachant parfaitement de quoi il parlait. Honnêtement, je ne sais pas du tout comment elle pourrait réagir pour… nous deux.

- Vraiment ? Tu doutes encore ?

Je haussai les épaules, imaginant tous les scénarios possibles. Je n'avais vraiment pas besoin d'une seconde personne agissant comme Jane en ce moment.

- Qu'en penses-tu ? lui demandai-je stressée. Qu'est-ce qu'elle pourrait en penser ?

- Pour l'instant, Bree redoute surtout une guerre entre nos deux familles. Elle serait probablement plus rassurée si elle était au courant.

- Une guerre ? Mais, nous avons décidé de faire une trêve pourtant.

Aurait-elle si peu confiance en nous ?

- Mais, un accident peut très vite arriver, déclara Edward en fixant intensément. Surtout quand une Phoenix n'a pas ses ressources premières à disposition.

Rectification : aurait-elle si peu confiance en moi ? D'un coup, je revis son air horrifié lorsque Mike avait flairé les effluves de vampires sur moi et en avait donc déduit que je m'étais nourrie. Elle, étant habituée à fréquenter les Cullen, avait dû reconnaitre le parfum d'Edward instantanément.

Oh, c'est pas vrai…

Son inquiétude au téléphone me semblait d'autant plus poignante, à présent.

- Tu dois avoir raison. D'ailleurs, je pense qu'elle suspecte quelque chose.

- Fort possible, acquiesça-t'-il. Depuis le jour où je t'ai fait parvenir ton téléphone grâce à elle.

- Tu n'as pas été très discret, sur ce coup, plaisantais-je.

- En effet.

Bientôt, il redevint songeur et fronça les sourcils. Je voyais venir une nouvelle vague d'interrogations diverses. Il attendit qu'un groupe d'adolescents bruyants passe à côté de nous, puis il demanda :

- Ainsi tu digères la nourriture humaine ?

- Le sucre aide à tenir. Ça fait passer mes envies de chasse mais ça ne me nourrit pas vraiment.

- Intéressant. Tu ne trouves pas cette nourriture… abjecte ?

- C'est supportable, ris-je en voyant sa grimace dégoûtée.

- Tu as un plat préféré ?

- Oui, plusieurs. Hmm, les crêpes au sirop d'érable. La dernière fois, j'avais pu tenir deux jours et demi grâce à ça. Mais je préfère surtout les cheesecakes.

- Les cheesecakes… au coulis de fruits rouges, j'imagine ?

- En effet, comment tu sais ça ?

- J'ai deviné, répliqua-t'-il sèchement.

Il haussa les épaules l'air indifférent, mais il ne pouvait pas me cacher l'état trouble de son aura, jusque-là douce. Aurait-il… capté une des tentatives pathétiques de Mike ?

Je levai le gobelet où était inscrit mon prénom, et pris une gorgée du liquide chaud à l'intérieur. Un doigt caressant ses lèvres, il m'analysait en silence, inspectant chaque centimètre carré de mon visage. Si celui de sa sœur savait me crucifier sur place, le regard d'Edward était doux et caressant. Je me surpris à désirer caresser cette lèvre du doigt, ainsi que tout le reste de son visage. Et son corps...

« Trainée »

- Qu'y a-t'-il ?

- Rien. Tout va bien.

- Tu permets une autre question ? s'enquit-il soudain perturbé.

- Tout ce que tu veux.

- Y'en a-t'-il eu… d'autres ?

- D'autres, m'étonnai-je. Je ne comprends pas. De quoi tu parles ?

Il prit longue et très lente inspiration.

- Combien de petits-amis as-tu déjà eu ?

Je me figeai sur place. La chaleur agréable que je ressentais s'effaça d'un coup, et je retrouvai désemparée sous l'intensité de son regard inquisiteur. Il eut beau m'afficher son plus beau sourire, ce dernier n'atteignait pas ses yeux.

- Il n'y a pas de honte à avoir. Tu peux tout me dire.

- Aucun, répondis-je faiblement. Je pensais que tu savais.

- Je savais simplement que Newton ne t'intéressait pas.

Fermant les yeux, il se pinça l'arête du nez. Je l'entendis souffler deux fois avant de voir ses traits se détendre et ses yeux, de nouveau ouverts, perdre de leur dureté.

- Jusqu'à ce tu arrives, je n'avais jamais posé les yeux sur une femme. Mais, je dois probablement être le seul dans mon cas. Tu es très attirante et je comprendrais si… tu avais eu des histoires, auparavant.

Je suivis la direction qu'indiquait son menton pour croiser le regard d'un trentenaire qui me dévisageait. Il rougit d'un coup et se reconcentra sur le livre qu'il tenait.

- J'aimerais juste… être courant.

- Non. Je n'ai jamais eu de petit-ami avant toi.

Il sembla abasourdi par la nouvelle, mais je confirmai d'un mouvement de tête sec. Je ne pouvais décemment pas lui en vouloir de poser cette question. Il m'avait assuré plusieurs fois n'avoir jamais éprouvé d'intérêt pour une autre. Quant à moi, je n'avais fourni aucun détail concernant un éventuel ex.

Je frissonnai la seule personne pouvant se rapprocher le plus de ce terme était morte depuis des années. Par ma faute. Inutile de ternir cette journée avec des souvenirs aussi troublants. Tentant de changer de sujet, je lui demandai le type de musique qu'il écoutait, les artistes qu'il préférait mais il secoua la tête, arguant que pour l'instant c'était son tour de poser des questions. Je lui rendis son sourire, soulagée que cette tension soit enfin derrière nous. Si mon malaise persista, je restai ébahie en réalisant que même Edward Cullen pouvait ressentir de la jalousie. Une fois encore, je remerciai la barrière mentale qui l'empêchait d'accéder à mes pensées.

- Ah, enfin, s'exclama Alice dans le parking. Vous étiez où ?

- Du calme, Al, on n'a que cinq minutes de retard.

Edward la laissa marmonner dans sa barbe inexistante puis alla saluer Bree, qui se tenait près de la Porsche jaune canari.

- Tu traînes des heures avec Bella et tu reviens en un seul morceau !

- J'ai plus de ressources que tu ne le penses, répondit-il en lui ébouriffant les cheveux.

- Hey !

Bree le repoussa et tenta de lui faire la même chose, malgré les esquisses rapides d'Edward. Ils s'esclaffèrent quelques secondes sous le regard froid de Jane qui n'avait probablement pas apprécié la réponse du vampire. D'ailleurs, elle ne rata pas non plus la jolie fleur, dont les pétales rouges dépassaient de mon sac de course. Elle évita mon regard et resta de marbre face au mouvement de tête sec qui lui adressa Edward.

- Bon, si vous avez fini de jouer tous les deux, reprit Alice. On pourra passer aux choses sérieuses. Edward, avec tout ce qu'on a pris, ma voiture a tout juste de place pour Jane et Bree. Donc, Bella montera avec toi.

Je levai les yeux au ciel face à la simplicité de son plan. J'étais reconnaissante envers Alice, mais je n'imaginais pas qu'elles aient pu faire autant de courses pour remplir une Porsche à ce point. Une Porsche ! La bonne blague… Du moins, ce fut ma pensée jusqu'à ce que je voie effectivement sa voiture. Barbie était encore en train de ranger le coffre qui débordait presque, et je devinais d'autres sacs sur la banquette arrière.

- Vous avez dévalisé le centre commercial ou…

Ayant fini sa tâche, elle me fit face et me dévisagea avec la même tendresse que tout à l'heure.

- Oh, ça suffit, Bella, fit Alice en se plaçant entre la Blonde et moi. Et toi, alors ? Fais voir ce que tu as pris ?

- Oh, rien. Pas grand-chose en fait. Des linges de maison.

Me détournant d'elle, j'interrompis ses remarques en demandant à Bree si elle avait passé un bon après-midi, ce à quoi elle me répondit par l'affirmative et d'une voix enjouée.

- On devrait remettre ça, Alice. C'était génial !

- Bien sûr ! Quand tu veux.

Lorsque les deux piles d'énergie cessèrent de sauter sur place, Rosalie s'installa à l'avant côté passager et Jane sur le siège opposé, à l'arrière. Nous autres prîmes place et bientôt, Edward suivait sa sœur sur la nationale humide qui nous ramènerait tous à Forks.

- Tu remercieras Alice de ma part. Je n'avais jamais vu Bree aussi excitée.

- Je suis sûr que le plaisir était partagé.

- Comment ça se passe au lycée au juste ? Est-ce qu'elle s'intègre ?

- Quand elle ne discute pas avec Jane, elle traine avec nous. Ça ne nous dérange pas du tout bien sûr. Mais, je doute que les humains souhaite s'approcher d'elle, tout comme ils gardent leur distance avec nous.

- Oh.

Peut-être avais-je eu tort de l'inscrire à Forks High, toute seule ? Pourtant, j'étais persuadée que cette expérience lui manquerait quand ses pouvoirs apparaitraient. Par la suite, elle n'aurait plus aucun contact avec le monde des humains pour une durée indéterminée. Du moins, jusqu'à ce qu'elle sache se maîtriser.

- À quoi tu penses ?

- Quand j'ai trouvé Bree, elle était au stade terminal d'une leucémie. Quelques heures après que son cœur ait lâché, j'ai demandé à Mike de procéder à sa transformation et je me suis occupée d'elle. Par la suite, j'ai appris qu'elle n'avait jamais eu de scolarité normale… J'ai pensé que… Ce serait une bonne chose qu'elle connaisse le lycée au moins une fois.

- Elle aura tout le temps de vivre ça par la suite.

- Oui. Des années après, quand elle pourra de nouveau fréquenter des humains sans les tuer.

Quand sa main saisit la mienne, je me rendis compte que je me rongeais les ongles depuis tout à l'heure. Il la maintint fermement, ne la lâchant que pour passer les vitesses.

- Pourquoi n'êtes-vous pas venues en voiture ?

- La mienne ne démarrait plus. Quelqu'un s'en occupe.

- Pourquoi ne m'as-tu rien dit ?

- J'ignorais que tu avais des compétences en mécanique, raillai-je.

- C'est pourtant le job du petit-ami d'intervenir dans ce genre de situation.

- Oh ! Dans ce cas… Je te promets de me renseigner sur les conduites du petit-ami parfait sur Google.

Je sortis mon Smartphone et fis semblant de chercher sur Internet. Il s'esclaffa en secouant la tête.

- … doit bien y avoir un livre ou un site Internet sur ce truc, marmonnais-je.

- « les conduites du petit-ami parfait », répéta-t'-il en secouant la tête.

- Ouais, éditions 2017 ! précisai-je.

- Je devrai probablement étudier ce livre, s'il existe. Les mœurs ont bien changé depuis…

- Depuis les années 20 ? Dieu merci, oui !

- Oh ! Je te trouve extrêmement dure avec mon siècle. Admets que nous savions tout de même nous comporter en gentlemen… Enfin, pour la plupart d'entre nous.

- Oh, oui. La liberté de choisir ce qu'on veut faire dans sa vie en tant que femme, de pouvoir voter, gérer son argent et gagner son propre revenu sans demander l'autorisation à un homme… Que vaut tout cela face au siècle des gentlemen !

Il roula des yeux d'un air ennuyé et poussa un soupir bruyant et exaspéré. Nous passâmes la moitié du chemin à simuler une dispute concernant les avantages et les inconvénients des temps modernes face au début du 20ème siècle. J'enregistrai chaque rire, chaque grimace et chaque fausse mortification que créaient mes arguments. Et chacune de ses petites mimiques me rendait encore plus accro à lui chaque son émis par sa voix de velours, le moindre regard qu'il me lançait et bien sûr les souvenirs de ces quelques heures passées en sa compagnie amplifiaient l'emprise indéniable qu'il avait sur moi.


Fin de chapitre! Alors : qu'est-ce que vous pensez de l'emprise des vampires ? De l'attitude de Rosalie concernant son frère ? Maggie a-t'-elle décelé quelque chose de suspect chez Bella au final ? Les reviews sont appréciées bien entendu (^^).

A très bientôt!