Bonjour et bonne lecture !
22) Une Histoire à vomir
Plus vite…
Plus vite !
Bordel… Allez ! Plus viiiite !
Mes muscles se contractèrent atrocement, m'arrachant un jappement aigu. Or, rien ne m'apaisa plus, en cet instant. J'accueillis la douleur physique à bras ouverts ; elle était une distraction qui voilait les images répugnantes qui ne cessaient de me tourner autour. Alors, j'accélérai, j'accélérai encore jusqu'à ce que la succession d'arbres devant moi se floute.
« Jacob… »
Je la vis du coin de l'œil. Disparue aussi rapidement qu'elle était apparue. Je l'ignorai.
« Jacob… Oh mon Dieu, Jacob ! »
Va-t'en ! Tire-toi ! Va rejoindre ton… Ton espèce de sangsue dégoutante !
Il n'en fallut pas plus pour le voir, lui. Contrairement à elle, son image me suivait comme mon ombre, silencieuse et rapide. Elle traversait les arbres sans dommage, calquait sa vitesse sur la mienne, ne me quittait pas de ses yeux jaune immondes… elle ne me lâchait pas. Mon grondement sonore renforça son sourire narquois.
Saloperie… Dégage !
Il me montra son air suffisant, insupportable et s'effaça dans la verdure. J'aurais aimé que mes derniers souvenirs puissent s'effacer de cette manière aussi. Rien à faire. Elle continuait de lui tenir la main… Elle le touchait comme si… Comme si elle voulait le protéger… De moi…
Comment fais-tu pour le toucher sans vomir ? Comment fais-tu pour ne pas le voir pour ce qu'il est ? Un cadavre ambulant ! Une créature immonde ! Un mort-vivant qui n'avait pas sa place parmi nous… Qui n'avait pas sa place entre nous.
Cette petite humaine, frêle et inoffensive s'était laissé entrainer par leurs mensonges sournois, leur fausse image de famille modèle… Avec leur père médecin et leurs enfants sages et studieux. Je grinçai des dents. Bordel, les Cullen… Nous étions là pour les exterminer, et nous les laissions faire. Nous les laissions tromper leurs potentielles victimes sur leur véritable nature. Elle avait déjà osé défendre l'un d'entre eux à l'hôpital. Elle s'était mise entre le monstre et nous, sans hésiter. Elle pensait sans doute bien faire.
Je ralentis encore, m'attendant à vomir à tout instant. Je trottinais à présent. Mon corps était trop lourd, beaucoup trop lourd à porter.
Oh non… ÇA ! C'était impossible… Impossible… à comprendre. Mon estomac se tordit douloureusement et j'ouvris la bouche (ou la gueule, comme tu veux) comme par réflexe. Ses lèvres adorables… Sur les siennes. Beurk ! Et pas une trace de dégoût ou d'horreur. Qu'est-ce qui n'allait pas chez cette fille ! Tous les humains apprenaient à garder leurs distances avec ces dégénérés de la nature, et elle ! Elle décidait d'embrasser l'un d'entre eux ! Même un coup sur la tête n'aurait pas réussi à dévier un humain de ses instincts de survie. Il était impossible qu'elle ignore le danger qu'il représente ! Il avait dû lui faire quelque chose… Je ne savais pas quoi, mais ce n'était pas normal !
Cette erreur de la nature lui avait pourtant bien montré sa force et sa vitesse surhumaine. Je revis encore la façon brusque avec laquelle il l'avait éloignée de moi, la faisant passer par-dessus son épaule, avant de me faire face et gronder… GRONDER ! Elle l'avait bien dû l'entendre et pourtant, aucun choc en rapport à cela, aucun étonnement, aucune peur… Rien !
Qu'est-ce qui cloche chez cette fille ?
Dans une flaque de boue semi-givrée, j'aperçus mon reflet. Poilu, hirsute, dangereux... Mais tout de même, beaucoup moins dangereux que ces sangsues, dont j'étais censé la protéger.
Je m'arrêtai, glissant de quelques mètres sur le terrain boueux. M'aurait-elle accepté, moi ? Mon secret, le loup que j'étais, et toutes ces autres choses que je n'avais pas désirées mais qui m'étaient tombées dessus, encore une fois à cause de leur présence dans les environs ! Si elle pouvait aimer un vampire… (Je frissonnai de dégoût) elle aurait pu s'attacher à un tueur de vampire, la créature censée la protéger d'eux. J'aurais pu être celui à ses côtés, qui lui tenait la main, qui la tenait derrière moi en essayant de faire barrière de mon corps… J'aurais pu la tenir beaucoup plus près de moi…
« Tu arrives trop tard, Jacob Black. »
Ta gueule !
« Je serai là afin que personne d'autre n'ait à s'occuper d'elle à ma place. »
Espèce d'ordure ! Saloperie de…
« Je te saurais gré de cesser d'utiliser des termes aussi vulgaires au côté de ma petite-amie.»
Je frappai des pattes sur le sol, comme un taureau prêt à charger. Je ne savais pas pourquoi je faisais ça, ça ne servait absolument à rien.
Je te saurais gré…
Je te saurais gré…
Ouais, ben moi, je te saurais gré de bien vouloir aller te faire foutre !
Saleté de mort-vivant du 17e siècle ! Je vous hais, toi et tes airs supérieurs… Et ta stupide façon de parler comme si tu sortais d'un stupide roman classique ! Crève, Ordure !
« Jacob ! »
« …Sam… »
« N'as-tu pas entendu les ordres ?! »
Il criait malgré son soulagement évident. Dans un coin de ma tête, je me demandai combien de temps étais-je parti ?
« BEAUCOUP TROP LONGTEMPS ! Rentre immédiat… ! »
Je lâchai un râle et mes pattes cédèrent presque sous mon poids. Le soulagement de Sam ne résista pas longtemps. Mes souvenirs se déversèrent dans sa tête, aussi torrentiels que la pluie martelant mes poils et je dus assister à l'ensemble de ces visions d'horreur. Encore. Et Sam, lui, il continuait d'insister sur la façon qu'elle avait de le tenir, de le regarder, de le toucher, de l'enlacer lorsque je m'étais transformé devant elle… Ce monstre ! C'était encore pire vu sous l'angle de Sam.
Son attachement ? Non, il examina son expression en profondeur, ses gestes criant d'adoration pour lui. Elle n'était pas attachée à ce Cullen non, elle était fascinée, subjuguée… Quelle horreur, elle me dégoûtait.
Mon hurlement de rage s'échappa de ma gorge, brusque et puissant, faisant fuir les volatiles à proximité. J'en laissai s'échapper un deuxième, long et tout aussi bruyant, chargé de rage. Un troisième. Puis, un autre. Je me rendis compte que je m'entendais faiblement à travers les oreilles de Sam, je ne devais donc pas être si loin de la Réserve. Et puis, mon ultime hurlement moins bruyant fit remonter toute la répulsion, la peine, la honte pour celle dont je ne pouvais même plus prononcer le nom. Je ne pouvais plus la regarder en face, je ne voulais plus entendre sa voix, ni même prononcer son nom.
Bordel ! Qu'on m'efface son visage de la tête !
« On arrive, Jacob ! Reste où tu es ! »
D'autres voix familières s'ajoutèrent à la sienne à mesure que mes frères retrouvaient leur forme animale. Il m'était impossible de leur en vouloir malgré l'horreur qu'ils me faisaient revivre, et revivre, et revivre… et revivre ! J'encaissais ces images interminables, sans arrêt... C'en était trop.
Assez !
Mon crâne fracassa un arbre immense qui se révéla inutile face à ma tentative d'amnésie forcée. Qu'importe, je me défoulai sur le tronc abattu, écrasant mon crâne par-dessus tel un dément. Peut-être l'étais-je un peu, après tout ? Je sentais l'inquiétude grandissante des autres qui filaient à ma rencontre. Embry me demanda pardon en silence. Lui, sachant très bien qui elle était et ce qu'elle représentait secrètement pour moi, ne s'était pas attardé aussi longtemps que les autres. Il n'était pas en colère pour l'instant, il avait juste peur. Peur pour elle, peur pour Jane, peur que B… que son amie ne l'attire dans les bras de ces monstres buveurs de sang… Peur de devoir se mettre entre elles afin que cela n'arrive pas. Sous le coup de l'agitation, le visage de la jeune fille lui revint plusieurs fois en mémoire. Il se souvint de notre soirée au cinéma, par exemple. Et je me surpris à contempler aussi ce souvenir d'elle. Ou alors était-ce la partie masochiste et malsaine de moi-même qui jouissait dans mon malheur.
Petite-amie… C'était donc vrai ? Tu arrives embrasser ce… Tu arrives à le prendre dans tes bras ? Ne ressens-tu pas quelque chose de mort derrière sa belle façade ? Tu ne sens pas son odeur putride, infâme, qu'il laisse partout où il passe ?
Non ! Bien sûr que non ! Tu es sa proie ! Tout en lui va t'attirer, t'attirer à la mort, mais tu l'ignores.
Embry gémit en signe d'approbation, imité par quelques autres. Silencieux, Sam surveillait mon état d'esprit avec prudence.
Si seulement il m'était possible de te dire la vérité sur ce qu'ils étaient réellement ! Sur leur nourriture de prédilection ! Je parie que ça, tu ne le sais pas non plus, hein…
Je fermai les yeux, aspiré par des visions toujours plus nombreuses de bois défilant devant moi. Des courants d'air sifflaient bruyamment à mes oreilles. En ce moment, la tête de mes frères était un havre de paix et je m'y perdis volontiers. Je soupirai d'aise.
« Qu'est-ce qui se passe ? »
« C'est à propos de Jake ? »
« Qu'est-ce qu'il a ? Il va bien ? »
« Oui… Et non. Y'a cette fille qui… »
« Quoi ! Avec un Cullen ! »
« Oh… Merde ! »
« Ahhh ! Assez ! ASSEZ ! Ça suffit ! »
« Jake ! JAKE ! »
« ATTENDS ! »
« JACOB NE FAIS PAS… »
La voix de Sam disparut, de même que ma fourrure et mes pattes griffue. Je me livrai aux intempéries de la nature, debout sur mes deux pieds. Un frisson me parcourut, conséquence évidente du vent s'acharnant sur moi. J'étais essoufflé, épuisé, et encore plus malade qu'il y a quelques secondes. D'ailleurs, je ne tardai pas à retomber à quatre pattes, afin de salir le sol du contenu de mon estomac. Peu après, j'observai mes environs. Ma vue étant plus faible que celle du loup, je savourai la noirceur apaisante qui m'entourait. Le soleil disparaissait et cette journée horrible touchait à sa fin. Joie…
Mes fesses heurtèrent le sol boueux, humide et froid (pff… je m'en foutais) puis, mon dos suivit. Nu, je restai allongé sous la pluie, craignant de fermer les yeux et de voir ma tranquillité d'esprit voler en éclat. Bientôt, il n'y eut plus que le martèlement de la pluie, le vent et ma respiration. Je me concentrai particulièrement sur cette dernière, craignant le retour de mes nausées. Mais, je fus capable de tenir à distance de ma tête la responsable… les responsables de mon état. C'en était fini de notre amitié. C'était mieux ainsi… Pour l'instant.
Est-ce que dans quelques mois, ou années (si elle était toujours en vie, d'ici là), je serais capable d'oublier qu'elle avait préféré un mort-vivant au lieu de moi ? Que je m'étais fait devancer par un cadavre ambulant ?
Mes dents apparurent d'elles-mêmes et mes traits se tordirent par la haine.
Non. Le temps n'y changerait rien.
Ce fut Collin qui arriva en premier. Son pelage brun-roux ressemblait un peu au mien, mais sa queue était plus sombre. Il était le plus jeune d'entre nous à s'être métamorphosé (à peine treize ans), ce qui expliquait sa corpulence plus réduite comparée aux autres. Il commença geindre dès qu'il m'aperçut. Il laissa tomber quelque chose de sombre, puis colla son museau contre mon cou. J'eus à peine la force de le réconforter en levant la main pour tapoter sa tête immense. J'en eus encore moins lorsqu'il me fut nécessaire de me relever pour voir ce qu'il m'avait apporté, mais j'y réussis tout de même. La chose se révéla être un sac en toile avec à l'intérieur… des fringues. À peine conscient de mon état, je laissai l'incompréhension m'envahir brièvement. La nudité était un inconvénient mineur auquel on s'habituait rapidement quand on faisait partie d'une bande de loups-garous. Mais, bon, il valait mieux que je ne rentre pas dans cet état à la Réserve.
Collin émit un jappement sonore, indiquant sûrement aux autres notre position, avant de reprendre forme humaine, aussi dévêtu que moi-même. Le short en jean, précédemment attaché à sa patte énorme, gisait à présent au sol cependant qu'il s'agenouillait près de moi, effrayé par l'image que je devais renvoyer.
- Oh Mec, ça va ? Comment tu te sens ?
- Bah, soupirai-je. Connu mieux. Merci pour les fringues.
- T'inquiète, c'est nor… mal.
Le contenu de mon estomac dut attirer son attention et renforcer son inquiétude. Il me fut difficile de répondre à ses questions, majoritairement parce que je ne savais pas du tout comment j'allais, en ce moment. Je voulais juste qu'on me foute la paix.
J'entrepris de me vêtir, cependant que les autres arrivaient tour à tour. J'entendis des gémissements de soulagements, j'aperçus des queues se balançant frénétiquement de gauche à droite, avant que la tension ne reprenne le dessus. Embry et Quil s'avancèrent vers moi, observant mes mouvements sans vie, dénués d'entrain. Je me concentrai autant que possible sur ma tâche, de sorte que je ne puisse penser à rien d'autre. Encore moins à la conversation qui allait suivre. Malheureusement, cinq minutes de silence plus tard, Sam, Embry, Quil et Jared reprirent leur forme première. Paul, un énorme loup noir, et Brad, reconnaissable grâce à ses tâches blanches sur une plage de brun, restèrent à quatre pattes, les oreilles aux aguets. Trois personnes manquaient à la bande, certainement en train de surveiller les abords de la ville durant notre absence. Régulièrement, ils lorgnèrent le ciel bas et nuageux, à tel point que je me sentis obligé de faire de même. Or, rien ne s'y trouvait qui puisse me faire réfléchir à autre chose.
- La situation est préoccupante, commença Sam.
- Pas tant que ça, intervint Collin. Elle est consentante, d'après ce que j'ai vu. Il ne la force en aucune manière.
- Le traité ne fait pas état du consentement de la victime, gronda Embry avant de se tourner vers Sam. Il pourrait lui faire du mal. À elle et à son entourage c'est notre rôle d'intervenir.
- Tu dis ça parce que tu es amoureux de…
- Oui ! Et alors !
- Collin, réprimanda sévèrement Sam avant de se tourner vers Embry. Quels sont les rapports entre cette fille et Jane ?
L'attention de tous se détacha de moi pour se fixer sur mon ami. Il était, après moi, le plus concerné dans cette histoire. J'attendis la fin de cette discussion grotesque, toisant le sol, les coudes sur les genoux.
- Elles sont très proches, décrivit-il d'une voix rauque. Comme deux sœurs. Autrefois, je les voyais rarement l'une sans l'autre, mais à présent…
- Oui ?
- Hé ben… Jane m'a révélé qu'elle avait du mal à supporter le nouveau petit-ami de… Elle s'inquiétait parce qu'elle ne lui faisait pas confiance. Mais, j'ignorais totalement pourquoi, elle ne voulait jamais m'en dire plus. Je ne pouvais pas savoir qu'il s'agissait de… lui !
- Fréquenter un vampire, murmura Quil abasourdi. Cette fille est folle.
- Elle ignore ce qu'il est… Pour l'instant.
J'avais parlé d'une voix si faible que je ne fus pas certain d'avoir été entendu par les hommes près de moi. Les loups en revanche… Brad souffla un coup, faisant part de son approbation. Quant à Paul, les oreilles toujours aux aguets, il restait immobile, tendu. Ses poils hérissés le rendaient encore plus imposant et menaçant. Il n'attendait qu'une seule chose.
- Tu nous forcerais à briser le traité, Jacob ? demanda Sam. Pour cette fille que tu connais à peine ?
- Qu'est-ce que ça peut faire ! Peu importe que je la connaisse ou pas… C'est une humaine et elle est en danger !
Bien que lui ayant crié dessus, Sam me dévisagea quelques secondes, l'expression neutre. Je me relevai, paré pour la suite. Paré à argumenter, s'il le fallait. Les Cullen restaient un danger sans précédent et tout humain s'approchant d'eux risquait leur vie. Nous existions pour empêcher ça. Que pouvait-il répondre à ça ?
- As-tu vraiment vocation à protéger cette fille ? Ou bien à te venger du vampire ?
Lorsque Brad émit une suite de sifflements et colla son museau à mon dos, je me rendis compte que je tremblais de rage et qu'il souhaitait que je me calme. Paul lorgna Sam du coin de l'œil. Quant à l'intéressé, il fixa tour à tour chacun d'entre nous tout en déclarant :
- Je sais à quel point vous avez envie de vous débarrasser d'eux. Leur présence m'insupporte… me dégoûte autant que vous. Mais, si nous déclenchons une guerre avec les Cullen, plusieurs d'entre nous ne reviendront pas. Êtes-vous prêt à vivre avec ça sur la conscience ?
- Ils sont sept, nous sommes dix, fis-je. Nous avons nos chances !
- Jacob, soupira-t'-il. Embry, Jared… Vous ne nous avez rejoints que depuis quelques semaines. Vos chances de vaincre une famille d'immortels, avec des années d'expérience, sont très faibles. Croyez-moi. Et, lorsque la bataille sera terminée, et que nous n'aurons réussi qu'à affaiblir les Cullen et à les faire fuir, ne comptez pas sur moi pour aller voir chacune de vos familles pour leur annoncer que leur fils n'existe plus à cause de moi ! Car j'aurai été incapable de gérer leur stupidité !
Je serrai les poings, imaginant la scène. Mon père en chaise roulante, attendant indéfiniment mon retour. Mes sœurs, simulant la décontraction, tout en guettant mon approche toutes les cinq minutes. Enfin, leur expression lorsque Sam arriverait, blessé… Et sans moi… J'inspirai profondément. Sam m'observait toujours, moins durement cette fois. Ses mots m'avaient littéralement douché. Aussi fort que j'étais, je reconsidérai mon ennemi. Fort et rapide. Sûr de lui. Peut-être avait-il des pouvoirs, comme le croyaient nos ancêtres ?
« Je serai là afin que personne d'autre n'ait à s'occuper d'elle à ma place. »
Il m'avait ressorti exactement ce que j'avais dit à B… Bella. Mot pour mot. Comment avait-il fait ? Son ouïe devait être plus qu'exceptionnelle s'il m'avait entendu à des kilomètres à la ronde. Peut-être nous entendait-il en ce moment ? Non… Nous étions beaucoup trop loin ! En fait, je ne savais pas grand-chose de mes ennemis, et c'était une erreur de les attaquer… Maintenant.
Paul gronda, mais de dépit. D'un coup d'œil, je sus qu'il était parvenu à la même conclusion que moi. La guerre n'était pas annulée. Simplement, repoussée.
- Sans oublier que ces créatures ont la mémoire longue. Ça pourra prendre des mois, voire des années, mais rien ne pourrait empêcher les vampires de se défouler sur la Réserve, en guise de représailles. Et à ce moment-là, dans vos vieux jours, je ne suis pas certain que vous aurez la force de leur résister. Les vampires sont des créatures extrêmement sadiques.
- On voit ça, murmura Collin. Tellement sadique que l'un d'entre eux est capable de simuler une relation avec une humaine idiote. Qu'est-ce qu'il cherche, au juste ? Un « humain de compagnie » ? Un jouet vivant ?
J'avais déjà saisi ses pensées lorsqu'il avait assisté à ce que j'avais vu, et pourtant, l'entendre dire ça haut et fort me fit l'effet d'un coup de poing dans l'estomac. Or, il n'y avait pas d'autres explications. Ces raclures ne connaissaient pas l'amour et ne vivaient que pour la destruction et le sang. Malheureusement, B…Bella semblait croire dur comme fer qu'il partageait ses sentiments. Et j'imaginais sans mal cette ordure mettre tout en œuvre pour qu'elle y croie. Malgré ma douleur, j'eus pitié d'elle.
Pour Collin et moi (et il en était sûrement de même pour les autres), leur relation ressemblait plus à celle d'un maître et son animal domestique. Il ne lui manquait plus qu'une laisse et un collier. Il lui donnait des ordres, la contraignait à faire comme il voulait et elle se laissait faire. « Sors de cette voiture… Viens ici… Rentre à la maison… » Putain ! Cette fille avait un grain, et pourtant, elle continuait de me plaire... À ma pitié, se mêla un embarras cuisant.
J'aurais voulus croire à l'hypnose ou autre du genre que ce cadavre ambulant lui avait faire subir. Or, j'avais été suffisamment proche d'elle dans la voiture pour mettre de côté cette idée. Je n'étais pas certain de pouvoir la regarder en face, un jour.
- Alors, c'est tout ? On va le laisser jouer et humilier cette pauvre fille, sans rien faire ?
- Ils n'ont violé pas le traité et il n'y a aucun danger immédiat nous concernant, déclara l'alpha.
- Je ne suis pas d'accord, contra Embry.
- Moi, non plus ces deux-là mettent tout notre clan en danger, analysa froidement Quil. Embry aime profondément Jane Lane, la meilleure amie de Bella je ne serais pas surpris qu'il finisse par s'imprégner d'elle, d'un jour à l'autre…
- L'imprégnation n'est pas un état qu'on atteint progressivement, répliqua Sam. Tu l'es ou tu ne l'es pas, aussi simple que ça.
- Je l'aime ! cria Embry. J'aime cette fille et je ferai ce que j'ai à faire pour la protéger.
- Tu ne feras rien sans mes ordres !
Sam le toisa quelque peu surpris par sa déclaration. Ce n'était pas son genre d'être aussi emporté et de parler sentiment comme une gonzesse. Une ombre traversa les feuilles, me faisant relever la tête. La discussion passa au second plan tandis que j'imaginai avec horreur les buveurs de sang nous attaquer ici… sur notre territoire ! Le cœur battant, j'écoutai et observai. Ni Paul, ni Brady ne bougeaient, seules leurs oreilles jouaient les paraboles, or, ce qu'ils captèrent ne les alerta pas plus que ça. Ils restaient attentifs au débat.
C'était moi ou bien…
Non, il n'y a rien, pourtant.
Bizarre.
- Ce qu'il ressent, intervint enfin Jared, c'est tout de même assez proche de l'imprégnation. Je ne savais même pas qu'on pouvait ressentir ça naturellement.
- L'imprégnation est naturelle.
- Oooh, tu sais ce que je veux dire Sam. Embry n'a pas à renoncer à Jane. En revanche, pour Bella… Je n'ai jamais rien vu de plus malsain. Ce que Jake a vu va me rendre malade pendant des jours.
Un murmure général d'assentiment suivit sa déclaration. Même le chef ne put retenir une grimace.
- Il y a de fortes chances que Jane en vienne à fréquenter ce type, elle aussi. À cause de Bella. Et si quelque chose devaient mal tourner, elles…
Ce fut l'argumentation qui fit réfléchir Sam. Il considéra longuement Embry, avant de se perdre dans le lointain.
- Il faut… Il faut arrêter ça, décida Embry d'une voix blanche. Jane risque sa vie…
- Comment faire ? demanda Collin, avant de jurer. Bordel, si seulement tu avais pu récupérer le numéro de ces « femmes fantômes » qui avaient attaqué les vampires dans la forêt… Ben ouais, quoi ! Pourquoi vous me regardez tous comme ça ?
Il finit par se taire. J'esquissai un sourire, retins même un rire. Si seulement cette ordure pouvait se retrouver nez à nez avec cette chose. Cette femme fantomatique. Quil, ayant été à moitié sonné durant leur rencontre, je ne pouvais avoir une image claire d'elles. C'étaient deux ombres, possédant des ailes et deux fentes brillantes à la place des yeux.
Ce devait être mon imagination, mais la corpulence de l'une d'entre elles me fit penser à B… Bella. La situation n'aurait pas pu être plus exquise. Elle et moi, chassant des vampires de Forks… et tous ceux qui y mettraient les pieds… Elle, tenant ce bouffon aux cheveux roux, tandis que mes dents s'enfonçaient dans sa chaire et lui arrachaient les membres. Un à un. Et ensuite, sa tête… Ah !
- Jacob, tout va bien ?
- Ouais, Quil. T'inquiète.
Enfin… Je m'éloignais de la réalité. La triste et détestable réalité.
- Après tout, dit Jared, peut-être que nous n'aurons même pas à faire quoi que ce soit. Les Cullen tomberont sûrement sur ces trucs, un jour ou l'autre dans la forêt.
- Rien n'est sûr, répondit Embry. On ne peut pas prendre le risque. Je ne peux pas prendre le risque.
Sam effectuait à présent les cent pas il avait été le premier d'entre nous à avoir connu ce type d'attachement inébranlable. Nous tous, qui étions dans sa tête lorsque nous étions des loups, connaissions à peu près les effets de l'imprégnation. Il n'y avait rien de plus puissant. Toutefois, on disait qu'il valait mieux éviter de connaitre les sensation d'un loup qui avait perdu sa personne spéciale. Cette souffrance était si forte qu'elle risquait de détruire le groupe. Une autre de nos légendes, que ni Sam, ni nous autres n'étions prêts à expérimenter.
Paul ouvrit la gueule et la referma, impatient d'entendre la décision de Sam.
- Ils n'ont mordu, ni attaqué personne. Ils ne sont pas entrés sur notre territoire. Jusque-là, ils n'ont pas brisé le traité établi avec nos ancêtres. Alors, nous ne le ferons pas non plus, en divulguant leur véritable identité. Toutefois…
Il s'arrêta et nous fit face. Une ombre lui masqua les yeux, en partie dissimulés par ses cheveux trempés.
- Il serait peut-être temps d'aller faire un tour chez les Cullen.
Paul gronda, trépignant sur place. Nous fûmes saisis de la même frénésie qui augmentait avec les secondes.
- Ils ont choisi de revenir ici, malgré notre présence. Peut-être pensaient-ils que la race de loups s'était éteinte ? Ou que la nouvelle génération n'est pas aussi redoutable que celle qu'ils ont rencontrée, il y a soixante-dix ans ?
Les deux loups grognèrent et retroussèrent leurs babines, dévoilant leurs dents acérées. Quant aux autres, ils tremblaient autant que moi, impatients de montrer aux Cullen que nous étions toujours présents et plus puissants que jamais.
- Il serait temps de remettre les choses en ordre. Et de leur rappeler que, nous aussi, nous avons bonne mémoire.
/
C'était un après-midi calme et la soirée s'annonçait prometteuse. Cela faisait un long moment que je ne m'étais pas senti aussi relax et je comptais bien en profiter. Par-delà la fenêtre, la lumière de mon univers évoluait gracieusement de sa voiture vers l'entrée de la villa. Je pris deux secondes pour la contempler… avant de filer au rez-de-chaussée. Rosalie se faisait les ongles, un sourire moqueur tandis qu'Emmett testait et commentait un énième jeu vidéo d'horreur. Enfermés dans leur monde, Carlisle et Esmée murmuraient entre eux dans un coin de la pièce. Il émanait d'eux la même vibration torride et palpitante qui m'animait.
Tous étaient réunis en cette pièce, sauf un. En temps normal, cela m'aurais soulagé il était difficile d'avoir un semblant d'intimité lorsque mon frère télépathe était dans les environs. Son côté altruiste l'aurait poussé à entamer une balade de quelques heures, seul, dans la forêt, nous laissant libres de savourer les plaisirs de la vie en couple. Et puis, il serait revenu sans démontrer une once de ressentiment ou de jalousie envers nous. C'était un homme bon et nous avions de la chance de l'avoir. J'avais de la chance de pouvoir l'appeler mon frère. Mais, peut-être ne me considérait-il plus comme tel, de son côté. En ce moment, je ne pouvais l'imaginer autrement qu'en présence d'Isabella. Lui, habituellement si dévoué à notre sécurité et maître de lui, n'hésitait pas à risquer nos vies en développant ses sentiments pour elle.
J'avais beau y avoir réfléchi pendant des heures, aucune solution ne me venait à l'esprit. Pire encore, à part Rosalie, les autres ne semblaient pas si préoccupés par son amour pour une Chasseresse, la pire espèce de Phoenix pour les vampires. Et puis, Alice… ALICE ! Elle se voyait déjà amie avec elle, et prévoyait j'ignorais combien de fêtes et de plans shopping avec cette tueuse ! Par ailleurs, elle l'avait déjà fait UNE FOIS dans mon dos… Et s'en était sortie indemne. Un vrai miracle. Je levai les yeux au ciel et poussai ces pensées dans un coin de ma tête.
Enfin. Ce soir, il était temps que je montre à ma femme qu'en dépit de nos divergences d'opinion, je l'aimais et continuerai de l'aimer comme au premier jour. J'ouvris la baie vitrée et l'enlaçai avec force. Elle ne tarda pas à répondre de la même manière, en attachant ses bras fins à mon cou, puis ses jambes à ma taille. Son parfum m'envouta et attisa le feu logé entre mes reins. Un raclement de gorge grossier venant du canapé me ramena à la réalité et j'emmenai ma femme à l'étage, insensible à l'incommodité des autres.
- Oh et pas trop de désordre s'il vous plait. J'aimerais finir mon jeu en paix.
- Mets ton casque, grondai-je.
Je fermai la porte de notre chambre d'un coup de pied et l'étendis sur notre lit. En bas, des ricanements et les complaintes d'Emmett se faisaient entendre. C'était l'inconvénient de vivre avec d'autres couples de vampires qui pouvaient entendre le moindre souffle, gémissement ou grincements sur plusieurs kilomètres à la ronde. On s'y faisait, nous n'avions pas le choix. Je goutai ses lèvres tandis que je réussis à défaire les lacets de ses bottes et les laissai tomber l'une après l'autre. Mes mains parcoururent ses jambes fines, effectuant des allers-retours sensuels entre celles-ci. Enfin, je m'attaquai à la boucle de sa ceinture qui ne résista pas longtemps, avant d'envoyer le vêtement valser au loin.
- Serions-nous légèrement impatient ?
Mon grondement la fit rire, et je la laissai faire jusqu'à ce qu'essoufflée, elle prenne toute la mesure de mon désir. Ses yeux s'assombrirent et je fermai les yeux sous la pression saisissant mon corps. Sans surprise, un sourire narquois étira ses lèvres ornées d'un rose équivoque. J'expirai lorsqu'elle se pressa contre moi.
- Déjà au garde-à-vous, Soldat ?
- Oui, Madame, soufflai-je tout bas. Paré à satisfaire vos moindres désirs…
Sa main défit lestement ma ceinture et mon jean subit le même sort que son pantalon. Je couvris son cou de baisers tout en défaisant les cordes fines de son dos-nu. J'hésitai à arracher le linge qui osait me faire barrage Alice pouvait être si attachée à ces bouts de tissus, parfois. Et finalement, je réussis à dévoiler de jolies courbes sensuelles du haut de ses seins, au creux que formait son ventre, en passant par sa poitrine (exquise et érigée). À mesure que je faisais descendre son haut, je me dis que ce spectacle hautement érotique valait bien quelques secondes de frustration.
Elle se mordit la lèvre, totalement en phase avec mes désirs. Je savais bien ce qu'elle attendait et je n'hésitai pas une seconde. J'en étais incapable. J'embrassai une de ses jolies pointes rose pâle, lui murmurant à quel point je l'aimais, tandis que mes doigts allaient triturer l'autre. D'une voix tremblante, elle me répondit la même chose. J'embrassai son ventre, déchirai le dernier bout de tissu qu'elle portait et me plaçai en elle. J'étais à un stade où mon environnement ne comptait plus, une fois encore. Avec le temps, Alice sut utiliser l'effet pervers de mon pouvoir à son avantage. Entre deux cris extatiques accompagnés de regards brulants, je captai l'esquisse d'une moue narquoise. Capable d'absorber et de transmettre les ressentis, je tombai volontiers dans un monde où plus rien n'existait, si ce n'était cette délicieuse créature aux charmes irrésistibles et les bruits tout aussi attrayants qu'elle émettait. Son désir amplifiait le mien, qui venait amplifier le sien, qui allait etc… C'était un cercle sans fin que rien ne pouvait stopper.
Rien.
À part… ça.
J'aimais la regarder dans les yeux durant nos moments intimes, alors, lorsqu'ils se perdirent brusquement dans le vide pendant plusieurs secondes, je sus qu'il en était fini de cet instant euphorique. La surprise, l'incompréhension puis la terreur viscérale qu'elle ressentit finit par me le confirmer. Alerte, je me dégageai d'elle et me relevai tout en la serrant contre moi.
- Alice ? Qu'y a-t'-il, Alice ? Réponds-moi.
En bas, ma famille qui avait décidé de s'occuper aussi bruyamment que possible, s'était tue. Carlisle hésitait à monter voir ce qui se passait et demanda si tout allait bien. Impossible de lui répondre lorsque dans mes bras, Alice se laissait envahir par l'horreur de ce qu'elle voyait, muette par le choc.
- Réponds-moi, suppliai-je. Que se passe-t'-il ?
- Jazz, réagit-elle enfin en clignant des yeux.
- Qu'as-tu vu ?
Elle avala sa salive et me lança d'un air grave :
- Le vide, Jazz. Il n'y a rien à voir.
- Qu… Quoi… Qu'est-ce que ça veut dire ?
En bas, Emmett demanda la même chose.
- Ça veut dire qu'on va avoir de la visite.
- De la visite ?
- Oui, Jazz. Les loups de la Réserve. Ils arrivent. Ils viennent nous voir.
L'incompréhension, suivit par l'anxiété submergea le reste de la famille. Esmée respira fortement, tandis que Carlisle la réconforta en lui rappelant que nous n'avions rien fait de mal. Emmett et Rose, encore sous le choc, prévoyaient un affrontement inévitable. Quant à moi, je n'avais pas plus d'indice que les autres pour déterminer la cause de tout cela, mais au plus profond de moi, je sus que nous devions en remercier une personne : la même qui était responsable des tourments qui secouaient notre famille depuis sa rencontre.
- Alice, où se trouve Isabella ?
J'espère que ce chapitre vous a plu, surtout le passage de Jake à Jasper. Dites-moi ce que vous en pensez!
Encore merci pour vos messages et vos abonnements ! Le prochain chapitre est déjà en cours d'écriture. XOXOX
