23) Métamorphes*

*La traduction de « shapeshifters « dans la saga Twilight correspond à « Modificateurs ». Mais, je trouve ce mot peu agréable c'est pour cette raison que j'ai opté pour « métamorphes » pour le titre de ce chapitre et la catégorie des Quileutes. Bonne lecture.

- Je suis désolé que tu aies dû assister à ça.

- Tu n'as pas du tout l'air désolé, pourtant, lui fis-je remarquer.

Agenouillée sur le sol givré, je m'emparai des lambeaux de tissus que Jake avait laissés avant sa disparition dans les bois. Je ne pouvais rien faire d'autre à part rejouer éternellement son expression de mépris et de tristesse dans ma tête. Des sentiments que j'avais sûrement mérités en y réfléchissant bien. Il aurait été si simple que je mette les choses au clair avec lui j'aurais préféré la distance gênée qui s'en serait suivi plutôt que la haine qu'il me réservait en ce moment.

Mais, j'avais hésité. Butée, je m'étais laissé convaincre que sortir avec Edward ne changerait rien entre lui et moi. Non, je m'étais forcée à le croire. Et je commençais à en saisir la raison. La réaction de Jake, si semblable à celle de Jane, n'était probablement qu'un faible écho comparé à ce que les autres me réserveraient.

- Je te ramène, il commence à pleuvoir.

- Pourquoi ?

- Il pleut, Bella…

- Non, je veux dire, dis-je en me tournant vers lui. Pourquoi t'es-tu senti obligé de le blesser à ce point ?

Il m'observa intensément, mains dans les poches. En plus de sa décontraction insultante, je lisais une immense satisfaction dans sa posture et dans ses yeux qui passaient doucement de l'ébène à l'ambré. Je m'attendais presqu'à voir apparaitre un rictus méprisant.

Je laissai choir le bout de vêtement au sol et me relevai. J'affrontai son air énigmatique, refusant de baisser les yeux. Ce n'était plus la colère noire qui brulait derrière ses prunelles, mais du défi. Un silence palpable s'étira, encore et encore. La pénombre nous enveloppa rapidement et les cristaux, prisonniers de ses cheveux en bataille, se rejoignirent bientôt pour atteindre son front, caresser son visage et fuir sur ses vêtements en direction du sol. Bientôt, des milliers d'autres gouttes s'écrasèrent tout autour de nous, provoquant un fond sonore doux et un parfum naturel caractéristiques de la ville. En d'autres circonstances, la scène aurait été synonyme de havre de paix.

Or, à présent, chaque seconde semblait accroitre mon agacement.

- Tu vas rester là à rien dire en combien de temps ! Ce n'est quand même pas la culpabilité qui t'étouffe, non ?

- Qu'attends-tu de moi, exactement ? demanda-t'-il d'un ton léger.

- Jacob est encore un enfant ! Un jeune garçon de seize ans ! Tu n'avais pas le droit de le démolir comme ça ! Qu'est-ce qui t'a pris ?! Tu as un problème !

- Un enfant, tu en es certaine ? Ce n'est pas ce que j'ai vu, pourtant.

- Oh ! Parce qu'il a pris quelques centimètres, tu te dois de… IL N'Y RIEN DE DRÔLE, EDWARD !

Son rire, habituellement si beau et communicatif, fut bref et recelait des notes de nervosité et de sarcasme.

- Désolé, lâcha-t'-il en se ressaisissant. J'ai cru comprendre que tu prenais la défense d'un loup-garou.

- Jacob n'est pas un loup-garou…

- Ce n'est pas important, trancha-t'-il.

- Bien sûr que si, c'est…

Je m'interrompis, sentant qu'il était enfin prêt à m'en dévoiler plus sur leur nature. « Pas un loup-garou ? », c'était déjà une bonne chose. Mais, alors, qu'est-ce qu'ils étaient précisément ?

- Ça n'a aucune importance, prononça Edward en accentuant chaque mot. Loups-garous ou non, ils restent nos ennemis naturels, dotés des armes nécessaires pour nous détruire.

Devant mon silence et mon visage, probablement avide d'informations, il passa une main dans ses cheveux et soupira. Il allait enfin cracher le morceau.

- Nous les appelons parfois des « métamorphes ». Carlisle pense qu'ils ont la capacité de prendre la forme de tout autre animal, mais leurs ancêtres paraissaient avoir un lien particulier avec les loups. Alors, tu as raison sur un fait : ce ne sont pas des loups-garous. Ils restent, néanmoins, des créatures volatiles et dangereuses. Les pires de toutes. J'ai fait ce qu'il fallait pour que tu ne t'en approches plus.

Je considérai ses paroles un soulagement indescriptible s'empara de moi lorsque le danger que courrait Jane était véritablement moindre que ce que je craignais.

- Jacob ne m'aurait fait aucun mal, persistai-je. La situation était sous contrôle, jusqu'à ce que tu arrives…

Soudain, il apparut à cinq centimètres de moi, à bout de nerf.

- Toi, à moins de dix centimètres d'un loup adolescent fantasmant à tes côtés, n'est PAS ce que j'appelle « une situation sous contrôle ».

Mes joues me brûlèrent affreusement et je me souvins de notre conversation peu avant qu'Edward n'arrive.

- Il ne s'agit que de ça ? Une jalousie mal placée ? Tu sais que je ne m'intéresse en personne à par toi.

- Tu me fais vivre les pires minutes de terreur de ma vie et tu viens me parler de « jalousie » ! Qu'est-ce qui se serait passé si tu avais laissé entendre que c'était moi, ton petit ami ? Toi, seule avec lui dans un espace confiné ! Il aurait très bien pu se transformé sous l'effet de la colère et te… Tu aurais été…

Il grogna et d'un geste vif, envoya son pied shooter une roche qui alla se perdre au loin, à l'horizon. Je l'entendis tomber à plus de deux kilomètres dans une mare ou un sol très humide.

- Même après ce qui vient de se passer, cria-t'-il exaspéré, tu n'es toujours pas décidée à te rendre compte de la bêtise que tu as faite ! Ni des conséquences dramatiques qui auraient pu en découdre !

- Je connais Jake mieux que toi…

- J'en doute fortement ! Nous savons de quoi ils sont capables et c'est pour cette raison que nous gardons nos distances avec eux... La première fois que nous les avons rencontrés, nous avons presque failli nous battre. Ces chiens n'auraient pas hésité à attaquer même si nous leur étions supérieurs en nombre à l'époque.

Il lâcha un soupir las et croisa les bras. C'était à ce moment que je remarquai que ses mains tremblaient légèrement.

- Il faut que je te le dise en quelle langue…

Je restais convaincue que le garçon chaleureux et cajoleur pouvait s'entendre cordialement avec la part d'Edward si charmante, mature et attentionné que j'aimais. Si seulement il n'y avait pas ces histoires de « Toi, loup-garou. Moi, vampire. Moi haïr Toi ». Je ne risquai pas une nouvelle vague de colère en lui rappelant que techniquement, lui et moi devions aussi nous détester à mort. Nous nous étions assez criés dessus pour une soirée et j'eus la forte impression que cela ne nous mènerait à rien. J'enserrai ses mains tremblantes entre les miennes et les rapprochai de mon visage.

Tandis que je soufflai légèrement dessus, mes pensées dévièrent vers Jane. Je n'aurais jamais cru qu'un jour, nos relations deviennent compliquées au point que nos amoureux respectifs dressent une barrière entre nous. Jake raconterait probablement à Embry ce qu'il savait et à ce moment, qu'arriverait-il ? Exigerait-il d'elle qu'elle cesse toute relation avec moi ? Accepterait-elle ce marché, alors qu'elle venait à peine d'accepter (ou plutôt, de « se faire une raison » concernant) ma relation avec Edward ?

Je ne laisserai personne m'empêcher de la voir. Vampire ou loup géant.

- …C'est hors de question… Je ne l'accepterai pas…

Ce ne fut que lorsque ma main me tira en avant et que je me retrouvai à moins de deux centimètres de ses yeux brûlants que je me rendis compte que j'avais parlé à voix haute. Pire encore, qu'il avait mal interprété mes murmures.

- Bella, je veux que tu comprennes ça. Nous sommes faits pour nous détruire. Il n'aurait peut-être pas hésité à te détruire pour m'atteindre.

- Tu racontes n'importe quoi… Tu laisses ta peur et tes préjugés t'aveugler.

- Sur ce point peut-être, reconnut-il enfin. Il n'empêche que la fille qu'il aimait a préféré son ennemi. C'était plus que suffisant pour qu'il se transforme et nous attaque dans sa folie. Tu ne peux pas réfuter ça ! Tu l'as vu par toi-même ! D'ailleurs, ce ne serait pas la première fois qu'un humain se retrouve blessé par leur faute. Carlisle pourra en témoigner.

Son attention s'était perdue bien loin derrière moi, ressassant des souvenirs désagréables. Des souvenirs que je mourrais d'envie de connaitre.

- Qu'est-ce qu'il…

- Ma réaction aurait pu être beaucoup plus violente… coupa-t'-il en revenant à lui. J'aurais pu l'attaquer et le tuer. Déclencher une guerre mortelle, tout ça parce que tu refuses de m'écouter ! Alors, s'il te plait ! Bella ! S'il te plait… Ne t'approche plus d'eux, c'est compris ?

Les mêmes questions revinrent et mon esprit fusa entre lui et moi, Jane et Embry, Jane et moi.

Merde.

Je ne m'en sortais plus.

Il dut prendre mon silence pour un refus, car il s'éloigna d'un pas vif, pestant à voix basse. Avec lenteur, je suivis ses traces qui revenaient aux voitures que nous avions temporairement abandonnées. De ses pas furibonds, il eut le temps d'atteindre sa destination, de faire un tour complet de nos voitures et de revenir vers moi, alors que je n'étais encore qu'à la moitié du chemin. Je vis à peine ses yeux de lave posés sur moi avant de sentir deux bras m'encercler et serrer fort.

D'abord surprise, je fermai les yeux lorsque son menton se posa au-dessus de ma tête et je me noyai volontiers dans son aura bien plus tempérée qu'alors. C'était une chose à laquelle j'aurais déjà dû m'habituer : le changement d'humeur chez les vampires, aussi brusque qu'un coup de foudre.

Des lèvres parcoururent mon cou, remontèrent jusqu'aux racines de mes cheveux et déclenchèrent mes frissons. En dépit de mes tourments… Logée profondément au creux de mes reins, une chaleur douce… Intense… Non, brulante ! tenta de dissiper tout ce qui ne tournait pas exclusivement autour d'Edward. Dieu que c'était bon.

- Tu ne sais toujours pas à quel point tu comptes pour moi. (Il lâcha un rire nerveux) Tu n'en as vraiment aucune idée, pas vrai ? Qu'est-ce que je deviendrais s'il t'arrivait malheur ?

Il poursuivit ses allers-retours sensuels, éclipsant mon habilité à la parole. Il resserra son étreinte quand il enfouit son nez dans mes cheveux, et inspira. Ma brulure, signe de danger immédiat, vint se mêler à ma fièvre. Je me figeai, le souffle coupé.

- N'aie pas peur, murmura-t'-il. Je ne te ferai pas de mal.

Il s'était trompé encore une fois sur la signification de mes réactions. Il renversa doucement ma tête, sa bouche à quelques centimètres de la mienne.

- Et je ne laisserai personne t'en faire non plus, promit-il d'un ton plus sombre. Jamais.

Avant que je n'aie pu penser à une réponse, il frôla mes lèvres des siennes, avant de les réclamer avec plus de vigueur. J'eus l'impression que Jacob ou un autre prétendant se trouvait encore dans les parages. Ou peut-être souhaitait-il simplement me rappeler que tant qu'il existerait, il n'y aurait aucun concurrent potentiel capable de l'égaler. Je fermai les yeux, et m'abandonnai totalement à la volupté.

De loin, je sentis un bras passer derrière mes genoux et, une fois qu'il m'eut soulevée, nous regagnâmes lentement nos voitures. L'une comme l'autre ronronnait différemment, semblant vouloir montrer la puissance de leur moteur respectif.

S'il y avait bien une chose qui ne parvenait pas à se taire, malgré les caresses langoureuses et étourdissantes généreusement administrées par mon petit-ami, c'était mon sixième sens, cette sensation drôle qui ne me quittait pas et m'avertissait d'un péril imminent. Malheureusement, il m'était impossible de déterminer sa nature ou sa provenance et je glissais lentement dans un état d'énervement et de frustration constant. À la manière dont il fronçait les sourcils, je ne saurais dire s'il partageait mon intuition ou s'il m'en voulait encore concernant Jacob.

Sans surprise, il insista pour me ramener, arguant qu'il n'était pas prêt à s'éloigner de moi plus de dix mètres. Une fois la Volvo rangée sur le bas-côté et son moteur coupé, il insista pour s'installer à ma place. Je n'eus d'autre choix que de glisser sur le siège passager et lui laisser le volant.

- Elle ne risque rien, ici ? fis-je en jetant un coup d'œil à la Volvo qui se fondait dans la brume.

- Ne t'en fais pas pour ça. S'il devait lui arriver quoi que ce soit, je pourrais facilement la faire réparer ou la remplacer. On ne manque pas de voitures chez nous.

Il démarra en trombe, découvrant les nouvelles aptitudes de ma voiture, comme je l'avais fait, une heure auparavant. Excepté que son ressenti fut bien éloigné du mien. Il se contenta de détailler mon tableau de bord et mon nouveau poste de radio avec une profonde aversion.

- Incroyable, marmonna-t'-il en faisant descendre la vitre. Leur odeur est pire que la dernière fois.

Je me détournai vers l'extérieur qui défilait, gorge serrée. La trace olfactive de Jacob ne me semblait pas repoussante. Bien au contraire. Vu l'énergie colossal qu'il dégageait une fois transformé, un Chasseur pourrait très bien voir en lui un plat de résistance...

Oh… Quelle pensée horrible !

- Bella ?

- Oui ? sursautai-je.

- C'est Jane qui t'a conseillé de faire appel à ses services pour ta voiture ?

- Quoi… Non.

- Alors, pourquoi est-ce lui que tu as choisi pour la faire réparer ?

- Ça ne s'est pas exactement passé comme ça.

Je grimaçai, sachant exactement la tournure délicate que prenait cette conversation. Je commençai à devenir experte pour déceler l'ébullition derrière sa façade flegmatique et sa voix neutre. Je pris une seconde pour choisir soigneusement mes mots, et lui expliquai ce qui m'avait conduit à laisser ma voiture à Jake et Embry.

- Embry… Encore lui, gronda-t'-il. Est-ce qu'il vient souvent chez vous ?

- Non. Lui et Jane se voyaient à l'extérieur, jusque-là.

- Il faut que je parle à ton amie.

- Ce serait une très mauvaise idée.

- Je n'ai pas le choix, Bella. Si elle souhaite poursuivre sa relation avec l'un d'eux, grand bien lui fasse. Mais, elle doit être au courant du danger qu'elle te fait encourir, qu'elle fait encourir aux autres… Et ce qu'elle risque aussi.

- Bien sûr, répliquai-je sans conviction. Je suis certaine qu'elle réagira parfaitement bien à nos conseils… Surtout venant de sa copine, folle amoureuse d'un vampire.

Il me lança un regard peu amène avant de se tourner de nouveau vers la route.

- Peut-être devrions-nous y réfléchir dans ce cas.

Je ne répondis rien. J'aimais un vampire, et Jane, un loup géant. Comment Edward ne pouvait-il pas voir l'hypocrisie de la situation ?

- Tu trouveras ça probablement stupide, commença-t'-il en cherchant ses mots. Mais, je suis plutôt d'accord avec… Jacob sur un point.

- Je ne te suis plus, déclarai-je, déroutée.

- Je veux… Je dois être présent pour toi au moindre problème. Comme une panne de voiture, par exemple. N'aie pas peur de m'appeler pour ça. J'aurais certainement pu y faire quelque chose. Agir beaucoup plus rapidement, aussi.

Vingt longues années passées en tant qu'immortelle et j'avais réussi à susciter chez les vampires divers sentiments, tous allant de la peur à la rage meurtrière, en passant par une certaine curiosité (morbide de leur point de vue). Que l'un d'eux soit aussi possessif envers moi, était une première et me choquait encore. Je me risquai à lui jeter un coup d'œil, et rencontrai son regard de lave, impatient. Humain. Si humain...

- Bella ? J'attends.

- Excuse-moi ?

- Tu m'appelleras ? insista-t'-il.

- Oh, heu oui. Bien sûr. Promis. Tu ne m'as toujours pas dit d'où te viennent tes qualités de mécanicien, rajoutai-je pour alléger l'atmosphère.

- Rosalie passe son temps à démonter et remonter des voitures de course. Alors, oui, j'ai appris quelques astuces grâce à elle.

- Rosalie ?

J'eus du mal à imaginer Blondie mettre ses mains parfaitement manucurées dans le cambouis. Cela me paraissait si éloigné de l'image que j'avais d'elle. Ah, ce que j'aurais aimé voir un jet d'huile usée fusé tout droit vers son visage de poupée et ses cheveux ô combien magnifiques !

Je revins sur terre, un mince sourire sadique pendu aux lèvres. Edward glissa sa main du levier de vitesse vers la mienne qu'il saisit en douceur, signe que le mauvais temps s'était temporairement éloigné. Je respirai plus aisément pendant que nous filions sur la nationale déserte et embrumée. Peut-être était-ce la pluie qui tambourinait de plus en plus fort contre le métal, ou alors la pénombre froide et périlleuse qui nous cernait de toute part, malgré l'éclat de mes phares avant. Ou alors, je devais ce sentiment à la présence réconfortante du chauffeur qui, même avec son caractère parfois limite, ne cesserait jamais d'être une part intrinsèque de moi-même.

Une part de moi-même…

Je méditais encore sur ses mots criants de vérité lorsqu'il me demanda encore la direction que prenaient mes pensées. Lèvres closes, je pris un malin plaisir à le laisser dans l'ignorance cependant que je lissais du doigt le pli de frustration entre ses sourcils. La situation n'était certes pas idéale, toutefois, en ce moment, je n'aurais abandonné ma place pour rien au monde.

Nous ne devions être qu'à une minute de notre destination, quand je me tournai brusquement vers la route. Edward écrasa la pédale de frein et nous nous arrêtâmes, non sans avoir longuement dérapé, à un mètre ou moins d'une silhouette familière.

- Tiens, quand on parle du loup…

Je lui lançai un regard noir, auquel il leva les mains, en signe d'excuse. Encore sous le choc, je sortis et m'approchai d'elle. Jane était exactement dans le même état qu'elle m'avait laissé, quelques heures auparavant. Pas de coups, pas de blessures… aucune patte griffue n'avait écorché son manteau court. Non. Elle allait bien. Physiquement, du moins. Car, si elle nous lançait son air assassin, je devinais que quelque chose de grave avait dû se produire.

Trêve de politesse.

- Hey. Quelles sont les nouvelles ? Est-ce que tu as pu voir…

- Qu'as-tu fait à Jake ?

Elle n'avait pas crié, ni même émit la moindre colère dans sa question. Mais, malgré sa voix calme, je me retins de me ratatiner sur place devant le froid polaire de ses yeux.

- Qu… Comment ça … ?

- Dans la forêt, il y avait un hurlement de bête. Un hurlement à déchirer les tympans. Tu ne l'as pas entendu ?

Honteuse, je secouai la tête.

- C'était bien lui… Il était un sale état. Il s'est retransformé en homme sous mes yeux et a commencé à vomir ses tripes… À vomir ses tripes, Bella ! Alors, je te le redemande : Qu'est-ce qui s'est passé ?

J'étais mortifiée et ma honte resserrait son étreinte douloureuse avec les secondes qui passaient. Devant moi, la scène se jouait avec plus de réalisme que je ne l'aurais désiré.

- Il est venu me voir. Pour me ramener ma voiture…

- Te ramener ta voiture ? s'étonna-t'-elle.

- Oui et… Tout allait bien… Mais. Ensuite, il y a eu…

Un claquement de portière coupa mes balbutiements pathétiques et Edward nous rejoignit, avant de nonchalamment poser une fesse sur mon capot. De nouveau, il avait repris son masque d'indifférence froide.

- Ensuite, je lui ai fait comprendre que je n'appréciais pas sa présence auprès de ma petite-amie, poursuivit-il. Il a compris et il est parti.

- Tu l'as touché ? demanda-t'-elle après dix secondes de silence. Tu l'as blessé ?

- Nous n'avons fait que parler.

- Je veux les moindres détails de ce que vous vous êtes dit, espèce de Sangsue.

Je dus prendre mon mal en patience tandis qu'Edward débutait le récit selon son point de vue. Il fut concis, mais pas assez pour apaiser mon angoisse grandissante. Je revivais tout, le baiser, son regard mortifié… Trahi… Son départ, sa transformation en… (J'en frissonnai) loup. Le désespoir que j'avais aperçu n'avait été que la partie immergée de l'iceberg.

- Comment va-t'-il ?

- J'ai cru qu'il allait devenir fou !

- Tu… Tu es allée sur le territoire des loups ! s'exclama soudainement Edward. Toute seule ?!

Jane leva les yeux au ciel. Sans surprise, Edward ne s'était pas priver pour scanner ses pensées.

- Je devais obtenir des réponses à mes questions, provoqua-t'-elle. Bella et moi avions deviné qu'on ne les obtiendrait pas par vous.

Il me lança un regard furieux, que je choisis d'ignorer. Évidemment, il ne s'adressait pas à elle.

- Nom de Dieu ! Tu es impossible ! Je n'arrive pas à croire que tu sois allée dans la forêt alors que je te l'avais expressément interdit !

Venait-il… De jurer ? Lui !

- J'étais partie en chasse… Et… Et…

- Et ? Vous êtes tombées sur un de ces chiens !

À la façon dont il qualifia les Quileutes et son ton révulsé, « chien » n'aurait pas pu être pire insulte. Edward pâlit devant moi, ce qui était assez frappant pour un vampire. Que pouvait-il bien voir de si terrible ?

- Jane ?

- Je me sers simplement de son don pour nous faire gagner du temps. Je ne lui fais rien de mal, Bella.

- Oui, ça je sais ! Mais, gagner du temps, pour quoi ? Est-ce que je pourrais savoir ce qui se passe, moi aussi ?!

Edward me répondit d'une voix blanche :

- Ils arrivent… Ces chiens… Vont venir rencontrer ma famille.

- Rencontrer ? répétai-je.

D'un simple échange silencieux, nous sûmes de quel genre de rencontre il s'agissait. Mon amie me confirma d'un signe de tête ce que mon instinct me hurlait depuis tout à l'heure.

Non !

Je me retrouvai devant Edward, serrant fortement son bras. Chaque centimètre nous séparant m'était brusquement devenu insupportable. Quant à ces arbres sombres et monstrueux qui nous cernaient, et qui cachaient probablement des yeux de loups voulant nous nuire… L'idée folle d'embraser entièrement cette forêt me traversa avant que je ne reprenne mes esprits.

L'état de Jake alerterait forcément les autres Quileutes qui viendraient nous demander des comptes. Mais, pourquoi venir voir toute la famille Cullen ? J'étais la seule responsable du mal-être de Jake après tout. À moins que… Je ne pouvais pas croire cela de Jacob. Allait-il vraiment… Était-il parti chercher ses amis pour mener une guerre contre les Cullen ? Simplement parce qu'Edward s'était opposé à lui ? C'était stupide !

- Mais… ils ne peuvent pas ! Et le traité entre vos clans ?! Pourquoi ? Vous n'avez pas… violé le traité ?!

- Non, répondit Jane. Mais, mets-toi à la place de Jacob deux secondes. Qu'est-ce qu'il a vu ? Un vampire qui a séduit une pauvre humaine inconsciente du danger qu'elle court. Une humaine à laquelle il est très attaché ? Pour lui, les vampires sont incapables d'aimer, et Cullen joue simplement avec sa nourriture avant d'en finir avec elle.

Elle se tourna vers Edward, lequel avait émis un sifflement rageur.

- Hey, je ne fais que répéter ce qu'ils se sont dit ! Ils ont parlé d'une simple visite. Ils ne sont apparemment pas assez nombreux, ni suffisamment expérimentés pour vous attaquer sans subir de pertes parmi eux. Ils sont très jeunes… Mais…

- Oui, poursuivit-il les yeux encore dans le vide. Il y a un toujours un « mais ».

Je scrutai encore les alentours quand ses doigts saisirent mon menton.

- Ils ne viendront pas ici, mon Amour.

- Comment tu le sais ?

- Parce que cela s'est passé ainsi la dernière fois. Nous nous sommes rejoints à l'extérieur de la réserve et à partir de là, nous avons défini une limite : leur territoire et le nôtre.

Tout en parlant, il avait sorti de sa poche un téléphone qui vibra sitôt qu'il eut finit son explication. À l'autre bout du fil, je reconnus Alice... Si différente de d'habitude. L'enthousiasme et l'assurance avaient fui sa voix, ne laissant passer à travers le mobile qu'un chuchotement bas et fébrile.

- Edward ?

- Oui, je sais, répondit-il d'une voix douce et rassurante. Tu n'as plus de visions nous concernant. Peux-tu me dire combien de temps il nous reste ?

- Je ne… sais pas trop. Je dirais au moins une heure, peut-être plus. Une heure trente, à peu près. Ensuite, je ne vois plus rien. Pourquoi viennent-ils ici ? Qu'est-ce qu'ils nous veulent ?!

- Je t'expliquerai, on n'a pas le temps pour ça.

- Il faut que tu rentres au plus vite ! Toute la famille est présente et nous allons les attendre à la frontière nord.

- Je me dépêche. Hey, Ali ?

- Oui…

- Calme-toi. Tout ira bien. Et je te promets que rien ne se passera comme dans tes visions d'avant. OK ?

Sa réponse fut si faible que j'entendis à peine son « OK », puis il coupa la conversation. Il ouvrit la bouche mais avant qu'un son n'en soit sorti, son téléphone vibra à nouveau. Il vérifia le nom de l'appelant avant de coller le téléphone à son oreille.

- Jazz ? J'étais…

- Encore avec elle, oui, je sais… Carlisle et moi planifions notre rencontre. Quand espères-tu rentrer ?

- Cinq minutes, et je suis à la maison.

- Bien, répondit-il sèchement. Écoute, je ne suis pas rassuré à l'idée de laisser Alice venir avec nous et Carlisle pense pareil à propos d'Esmée.

- Je comprends, fit-il en me fixant. Et Rosalie ?

- Emmett aussi, mais honnêtement, je ne serai pas surpris si elle parvient à lui mettre une raclée avant de nous rejoindre sur le champ de bataille. Tu la connais ?

- Ouais, ce serait bien son genre. Mais, plus nous serons nombreux et moins nous risquerons une attaque de leur part. La plupart d'entre eux sont jeunes et inexpérimentés et ils...

- Justement, ceux-là auront du mal à maitriser leurs instincts et je ne ferai pas courir le moindre risque à Alice.

- T'as un plan ?

- Oui, passe-moi Isabella.

Edward considéra son téléphone, abasourdi avant de tendre de nouveau l'oreille. J'étais déjà prête à faire que Jasper penserait nécessaire, et je tendis la main. Son frère m'ignora superbement.

- Jasper ? Qu'est-ce que ça veut dire ?

- Ne va pas croire que j'ignore ses liens avec ces chiens. S'ils viennent nous parler, je sais qu'elle a quelque chose à y voir. Son aide ne sera pas superflue.

- Edward, passe-moi le téléphone, exigeai-je.

- Passe-lui le téléphone…

- Mais, tu as perdu la tête ! Je n'enverrai pas Bella près des loups, pas plus que toi tu n'y enverrais Alice !

- Je ne compte pas l'envoyer où que ce soit, Edward. Elle servira simplement de médiateur. Ils lui font confiance, beaucoup plus confiance qu'à nous. S'il y a un moyen de prévenir tout conflit, c'est bien grâce à Isabella que…

Il coupa violemment la conversation d'un grognement rageur et fit un geste pour balancer son téléphone dans le lointain. Il se retint au dernier moment. Un bras m'enveloppa et me força malgré moi à reculer de quelques mètres. Je n'en voulus pas à Jane, même si m'éloigner de lui était la dernière chose que je désirais. De dos, son aura dense le faisait littéralement irradier de rage. J'entendais sa respiration forte et saccadée. Il agrippa ses cheveux d'une main, tandis qu'il se forçait à calmer son excès de fureur.

- Edward ? appelai-je.

- Chhttt, me fit Jane.

Il nous fit face lentement, les traits encore tordus. Il nous considéra l'une après l'autre et s'avança prudemment, comme s'il se jugeait lui-même. Au bout d'un moment, il évolua avec plus d'assurance et moins de nervosité. Jane se décida à me lâcher et je n'hésitai pas à le rejoindre. Sa main caressa ma joue, puis mon menton et enfin ses doigts s'entortillèrent autour de mes mèches, appréciant leur texture.

- J'aurai voulu rester plus longtemps, dit-il mélancolique. Hélas… Jane ? Pourrais-tu veiller à ce que Bella rentre saine et sauve à la maison ? Faîtes partager tout ce que vous savez avec les autres. Après tout, ces informations, vous les avez découvertes toutes seules.

- Ouais, acquiesça-t'-elle avec raideur.

- Je vous recontacte dès que possible. Surtout, rentrez à la maison, toutes les deux.

Je hochai la tête, sachant à quel point toute argumentation serait vaine sur ce point. Il posa tendrement ses lèvres sur les miennes, lança un dernier signe de tête à mon amie et disparut dans les bois. Son départ me parut aussi déplaisant que possible mais, je ne pus m'empêcher d'en être quelque peu soulagée. J'échangeai un regard lourd de sens avec ma Combattante préférée et nous primes place dans ma voiture : il n'y avait plus de temps à perdre.

Conformément à la promesse faite à Edward, Jane me ramena à la maison en un instant. J'eus du mal à rester assise même pendant les deux longues minutes de notre trajet. Je fus aussi tentée de laisser Jane expliquer la situation aux autres, cependant que je rejoignais les vampires végétariens au point de rendez-vous.

- J'aurais besoin de toi pour les convaincre, réfuta-t'-elle.

- Tu penses vraiment que ma présence changera quoi que ce soit ?

- Bien sûr que si ! Deux voix vaudront toujours mieux qu'une seule.

- C'est une perte de temps inestimable…

- J'ai besoin de toi… Bella.

Notre échange bref se conclut sur cette phrase lancée malgré sa gorge nouée et je dus prendre mon mal en patience. Une heure, voire une heure trente, avait prédit Alice. Or, ses visions ne pouvaient être fiables à cent pour cent. Si les Quileutes pouvaient altérer ses pouvoirs à ce point cela prouvait bien qu'ils avaient les prédispositions nécessaires pour nuire aux Cullen. Ils étaient faits pour les tuer, au même titre que moi. Je serrai les dents.

Je jetai un coup d'œil inquiet à Jane, vouée à présenter aux autres ce que nous savions d'une façon qui pourrait les inciter à intervenir. Avec des explications aussi expéditives, je n'étais pas certaine qu'ils aient bien compris la différence entre ces humains loups et les Enfants de la Lune que nous haïssions. Tyler, par exemple, n'y adhérait pas du tout. Il observait Jane se débattre avec ses explications tout en figeant ses lèvres en une grimace stupéfaite et désapprobatrice.

Un instant, je crus même qu'il allait se lever et la secouer en hurlant : « Réveille-toi un peu ! C'est un monstre ! ».

Malgré tout, il resta maître de lui-même et s'il ne crut pas un mot de ses histoires, il fit tout de même semblant d'y réfléchir. Sa compagne en revanche se laissait submerger par l'invraisemblance de la situation.

- Ne va pas croire que je doute de tes théories, commença Ty, mais, les loups-garous sont capables de nous tuer malgré notre forme astrale. Tu le sais, ça ? Ils sont un fléau pour toute autre créature vivant à côté d'eux.

- Je te répète que les Quileutes n'ont rien à voir avec les Enfants de la Lune, défendit Jane.

- Mais, les similitudes restent frappantes ! Tu risques gros à te mêler de ça !

- Nous ne risquons rien.

Je sourcillai à cette déclaration. Ç'a été plus fort que moi, mais personne ne l'avait remarqué… Du moins, je l'espérais.

- Les Quileutes ont évolué de façon à défendre leur peuple de menaces surnaturelles. Des vampires nomades, surtout. C'est un pouvoir qui se transmet de père en fils, et non par morsure. Et malgré leur haine profondément ancrée envers les Cullen, ils ont trouvé un moyen de partager leur territoire pour prévenir toute confrontation… Exactement comme ce que nous avons fait, il n'y a pas si longtemps. Cela prouve que même sous leur forme animale, ils sont capables de raisonner.

- Or, maintenant, ils leur déclarent la guerre, répliqua Mike. Jane, je ne suis pas certain qu'ils soient dignes de confiance.

- J'pense pareil, soutint Tyler. Désolé, Jane.

Tyler passa un bras sur les épaules de Maggie, figée dans son incompréhension. Elle dévisageait Jane, abasourdie, ce qui, j'en étais certaine, empirait son malaise.

En cas de crise, Mike pouvait paraître compréhensif et prêt à tout pour aider sa famille. Mais, il savait parfois retourner le couteau dans la plaie. Cette fois, il ne s'en priva pas.

- Es-tu sûre de tes théories ?

- Ce ne sont pas des théories, Mike ! s'exclama-t'-elle vivement. C'est la stricte vérité.

- N'oublie pas que la sécurité de ta famille est en jeu. Ne te laisse pas biaisée par tes sentiments pour… Lui.

Ce fut ce moment que je choisis pour me mettre entre Mike et Jane. J'étais certaine qu'elle avait amorcé un geste pour sortir son arme.

- Attends un peu, intervint Tyler. Lui, qui ? Embry ?! Il est un des leurs, c'est ça ? C'est pour ça que tu prends leur défense ?

La jeune femme laissa le silence s'alourdir et confirmer les suspicions de tous. Je restai sans voix face à son courage. Seule elle pouvait adopter une posture si altière alors que la méfiance de nos amis prenait de l'ampleur… Que nous risquions ! Saurais-je en faire de même un jour, lorsque viendrait mon tour ?

Maggie me contourna et s'approcha de Jane. La peur n'était plus le seul sentiment que je lisais chez elle elle paraissait déboussolée, perdue et cherchait à comprendre. La Combattante n'était généralement pas du genre à agir aussi imprudemment. Solide, raisonnée et forte, elle était un bloc sur lequel Maggie aimait s'appuyer et cette dernière accordait la plus grande importance à ce qu'elle disait.

Or, rien ne serait plus jamais comme avant maintenant.

- Depuis combien de temps sais-tu ? Pour Embry, je veux dire ? Tu l'ignorais complètement malgré tout le temps que vous avez passé ensemble ?

- Je l'ignorais, avoua-t'-elle à mi-voix. Je ne l'ai su que très récemment.

- Il y avait pourtant des signes avant-coureurs, se souvint Mike avant de s'adresser à moi. Leur aura était trop forte pour qu'ils soient de simples humains. C'est étonnant que tu n'aies rien remarqué.

- Et comment aurais-je pu deviner leur nature ? répondis-je, agacée.

Et d'un coup, je sus pourquoi Mike paraissait prendre cette situation autant à la légère. Ne soupçonnait-il pas une relation secrète entre Jake et moi ? Ce même Jake dont il soupçonnait être un monstre poilu, à présent. Derrière ses airs distants, il devait jubiler.

Imbécile.

Maggie poursuivit.

- Mais… Il ne t'a jamais menacé… Enfin, je veux dire… Tu ne t'es jamais sentie en danger avec lui, si près de toi ?

- Si près… de moi ?

Maladroitement, la jeune femme à la chevelure flamboyante avait posé la principale question qui trituraient les pensées des autres (et les miennes aussi, je dus l'avouer).

Comment as-tu fait pour coucher avec lui et t'en tirer sans problème ? Ou sans même t'en rendre compte !

Aucun jugement, ni aucune colère ne tintait les dires de Maggie, ce qui m'empêcha de la remettre à sa place. Il était juste question d'une sincère inquiétude pour son bien-être. Sans oublier, la curiosité plus que malsaine. Je compatis au point que je me retrouvai brièvement à la place de mon amie, soumise à l'interrogation, à la colère et au dégout des autres. J'imaginai avec trop de réalisme la cruelle lumière vive qui m'écraserait et révélerait tous mes secrets, comme elle le faisait pour Jane en ce moment. Est-ce que quelqu'un… N'importe qui… s'interposerait pour moi ? Comme moi-même je me préparais à le faire ?

Je relâchai mon souffle et les autres tournèrent leur regard (accusateurs ? incendiaires ?) vers moi. La moue suspicieuse de la rouquine me laissa aisément deviner que je n'étais pas de celles qui méritaient sa patience et sa compréhension.

- Qu'est-ce que tu as en tête ? lança-t'-elle avec aigreur.

- Mes amis vont s'entretuer dans une guerre stupide. Que penses-tu que je vais faire ?

- Tes « amis » ? Qui sont tes « amis » : des monstres suceurs de sang ou bien ces loups géants qui pourraient réduire notre famille à néant ?

- Deux adolescents, adorables mais incroyablement stupides vont attaquer la famille qui m'a soigné et sauvé la vie, il y a quelques semaines à peine ! Voilà qui sont mes amis. Maintenant, si tu as fini avec tes questions idiotes…

Bree, silencieuse jusque-là, se leva du sofa d'un bond souple et se posta devant moi. À contrecœur, je stoppai mon avancée vers la porte.

- On va arrêter ça, répondit-elle déterminée.

- Non. Je vais arrêter ça, rectifiai-je d'un regard appuyé. Toi, tu restes ici.

- Non mais je rêve, râla Mike.

S'en suivirent des exclamations outrées et incrédules des hommes, et de Bree. « Trop dangereux ! ». « Ne peux pas y aller seule ! ». « Pas nos oignons ! ». Cette dernière, bien que répétitive m'atteignit particulièrement Mike ne pouvait être plus éloigné du vrai. Tout ce qui arrivait était de ma faute.

- Je ne vous demanderai pas de venir avec moi. Vous n'avez aucun lien particulier ni avec les Cullen, ni avec les Quileutes. Mais, moi oui ! (Je soufflai un coup) Jane aime profondément Embry. Il n'a rien d'un monstre et ne mérite certainement pas de mourir aussi bêtement… Il en est de même pour chacun des Cullen. Peu importe le différend qui les oppose, je ne laisserai pas la famille du Docteur devenir des meurtriers, ni des victimes de métamorphes.

- Des méta – quoi ?

- Les métamorphes, expliquai-je à Bree. C'est ainsi que les Cullen les appellent pour les différencier des loups-garous.

- Comment tu sais tout ça ? dit Maggie.

- Aucune importance. Bree, tu vas rester ici, OK ? Je reviens dès les premières lueurs du jour.

En vérité, je n'avais aucune idée du temps que durerait cette confrontation, mais la promesse de mon retour, soulignée par une heure approximative sembla dissiper le halo d'anxiété opaque qui l'entourait. Je lui promis que rien n'arriverait aux Cullen, en particulier à Alice. Quant à Jane, je lui fis savoir qu'Embry et Jacob rentreraient sains et saufs. Je ne pouvais avancer de promesses pour les autres, ayant eu vent de leur tempérament de feu et de leur haine envers les Cullen. Si je devais en arriver à blesser quelques-uns pour sauver Edward, je n'aurai pas une once d'hésitation.

À ma grande surprise, mon amie se mit à rire avec légèreté, balayant son masque torturé.

- Ce que tu peux être idiote. Si tu penses que je te laisserais t'amuser sans moi, tu te fourres le doigt dans l'œil !

Je dissimulai mon amertume d'un sourire complice, et joignis mon poing au sien, espérant qu'elle n'ait pas remarqué la milliseconde d'hésitation dans mon geste. Elle ne serait surement pas de mon avis si je devais arriver à blesser quelques loups pour épargner les Cullen, et je n'avais certainement pas besoin d'un obstacle supplémentaire.

- Vous êtes des idiotes, toutes les deux, maugréa Mike en s'avançant vers nous. On aurait dû foutre le camp au moment où on a découvert l'existence de ces vampires masochistes. Maintenant, on se retrouve avec des loups-garous dégénérés sur les bras ! (Il nous observa d'un œil mauvais) Et maintenant, vous deux vous portez volontaires pour jouer les flics dans leurs histoires !

- Mike, dis-je en perdant patience. Reste ici, on n'en a pas pour longtemps.

- Tu ne vas nullement tant que je ne t'en aurai pas donner l'ordre.

- J'irai où ça me chante et ne t'avise de te mettre dans mon chemin, est-ce que c'est clair ?

Mon grondement renforça son regard mauvais. Il voulut parler mais sa bouche se tordit tant qu'il fut incapable de sortir des syllabes cohérentes pendant de longues secondes.

Je perdis patience.

- On y va, Jane.

- Non.

- Mike, je n'ai pas le temps pour ça, m'impatientai-je. On en reparle à mon retour.

- BELLA !

Une décharge électrice fit le tour du salon et disparut juste devant moi. De mauvaise grâce, je me tournai vers lui. Ses yeux orageux me rappelèrent ceux d'Edward lorsqu'il tentait de me lire, sans succès. Comme je m'y attendais, la frustration les traversa brièvement avant qu'il ne lâche un soupir et reprenne une mine plus sereine. J'observai, méfiante, sa main tendre vers mon bras, le saisir doucement, et m'attirer plus près de lui. Il se faisait doux mais ferme en même temps, et je le rejoignis, non sans résister.

- Bella, tu es une Chasseresse et plus important encore, un membre de notre famille. Ta place est avec nous et non, là-bas, entre des vampires et des loups-garous.

- Mais…

- Peu importe ce qu'ils sont, coupa-t'-il. Reste avec nous. Bree a besoin de toi… J'ai besoin de toi. Mais, tu ne le vois pas, puisque tu préfères passer tes heures avec ces Quileutes ou bien les Cullen. Ça suffit maintenant ! Tu n'es pas une des leurs !

Je lançai un coup d'œil à Bree qui me confirma que Mike avait tapé juste. Je continuais de la délaisser en dépit de mes résolutions.

Le dilemme était déchirant.

- Je veux que tu restes ici. Reste avec moi.

Sa main était remontée peu à peu jusqu'à mon épaule, puis jusqu'à mon cou. Ce fut plus fort que moi. Je m'éloignai brusquement quand son pouce passa sur ma joue en un geste bien trop intime et bien trop déplacé pour ce que nous étions.

« Je suis désolée » fut la seule chose que je pus lui dire. Je répétai cette phrase en les regardant tous, tour à tour et je me retrouvai enfin dehors. Par chance, mon amie me suivit sans plus tarder et nous prîmes notre envol.

Bordel. Bordel ! BORDEL !

Il était temps que cette réunion se termine, d'une part parce que Mike n'avait toujours mis fin à ses rêveries stupides de m'avoir pour lui, un jour d'autre part, parce que Maggie ne cessait de m'agresser de son air soupçonneux. Et ça, particulièrement, me flanquait une trouille bleue. Je savais pertinemment que je ne garderai pas ce secret éternellement mais je n'étais absolument pas prête à ce que tout le monde soit au courant, encore moins elle !

Comme je m'y attendais, rien d'utile n'était ressorti de nos aveux. Mais, contrairement à moi, Jane tenait à ce qu'aucun secret ne dresse de barrière entre les membres de notre famille j'étais loin d'avoir son courage et sa foi. Et cette stupide réunion venait de me donner raison.

- À ton avis, ton petit ami m'en voudras beaucoup lorsqu'il saura où on se trouve ?

- Ben, tu as tenu ta promesse, non ? On est rentrée à la maison.

- Oui, fit-elle avec sarcasme. Après tout, je ne lui ai pas dit combien de temps nous y resterions.

Nous échangeâmes un bref sourire malicieux avant de reporter notre attention à trente mille pieds en dessous. Ni la distance, ni l'énorme cumulonimbus sur lequel nous étions posées ne pouvait dissimuler l'étrange barrière qui délimitait le territoire des Cullen et celui des Quileutes. Un large couloir, dénué d'arbre se dessinait sur plusieurs kilomètres et sinuait en un immense cercle plus ou moins uniforme. Malgré le vent agité, je pouvais identifier les odeurs différentes qui surgissaient d'en bas. La saveur sucrée et appétissante des vampires au Sud-Est celle plus étrange, boisée, mais tout aussi agréable des loups au Nord-Ouest.

- Pas la peine de faire semblant de te préoccuper de ce que pense Edward, murmurai-je.

- Je m'en fous royalement, commença-t'-elle avant de réfléchir. Mais, il tient à toi. Il tient véritablement à toi. Je dois lui reconnaître… Attends ! J'entends quelque chose.

Aussitôt, le sifflement caractéristique d'un bloc de granite en déplacement rapide me fit tourner la tête. Le plus imposant des Cullen fit son apparition. Un rictus fin se suspendait à ses lèvres et laissait supposer son assurance, probablement excessive quant à l'issue de la confrontation. Juste derrière lui, Rosalie le suivait comme son ombre, le regard cruel. Contrairement à son compagnon, si ses lèvres s'étiraient, elles dévoilaient une suite de dents avides de barbarie.

Le couple s'arrêta à plusieurs centaines de mètres de la limite. Emmett interposa un long bras entre eux afin de la tenir à l'écart. Ce fut le geste le moins puéril et enfantin que j'eus l'occasion de voir de sa part. D'autres sifflements suivirent : le grand blond qui faisait toujours la gueule, le Docteur et (je déglutis) Edward. Je lorgnais encore les traits de son visage ainsi que ses cheveux cuivre, désordonnés qui se balançaient au vent tandis que je peinais à filer avec lui dans les airs, l'emmenant le plus loin possible de cette affaire.

« Reste concentrée, Bella ! »

Il n'était toutefois pas le dernier arrivé. Sans surprise, ils ne purent tenir à l'écart Alice et Esmée.

Esmée…

Elle dévorait du regard chaque membre de sa famille, incapable de dissimuler totalement sa terreur. Elle n'était clairement pas taillée pour la baston, car tout en elle appelait à l'amour et à la gentillesse. Sa présence était une grave erreur : elle semblait être le cœur de la famille mais aussi la plus vulnérable. Si elle tombait, les Cullen seraient perdus. Je soupirai.

Ah, une autre personne à surveiller en plus d'Edward. Comme si j'avais besoin de ça…

- Ouais, je sais ce que tu ressens. Moi aussi, j'ai hâte d'en finir.

- Peut-être faut-il, hésitai-je, tout étaler au grand jour, tu ne penses pas ?

- Comment ça ?

- Je veux dire… On devrait laisser les Quileutes savoir qui nous sommes… Enfin, qui je suis.

Je me repris lorsque je la vis froncer les sourcils, clairement désenchantée par cette perspective.

- Embry le saura tôt ou tard. Et puis, lui aussi t'a caché ce qu'il était vraiment. Vous êtes quittes.

- Nous ne serons jamais quittes, Bella, répondit-elle la voix vibrante en émotion. Embry est un humain, malgré tout. Moi, non.

- Il laisserait cela se mettre entre vous ?

- N'est-ce pas suffisant ? Tout le monde n'est pas fait pour aimer des immortels. Des immortels avec qui ils ne pourront jamais fonder une famille, ni vieillir… Je ne pensais pas que ça irait aussi loin entre nous, mais, à présent… Je lui mens continuellement. Et ça me rend malade.

Je ne m'attendis pas à cette déclaration fataliste et j'en fus prise au dépourvu. C'était la première fois que je l'entendais émettre des regrets sur sa situation d'immortelle. Jusque-là, elle semblait parfaitement satisfaite de sa vie, tout comme moi. Là, je me sentais étrangement peinée et abandonnée.

D'autres masses en déplacement se firent entendre au loin, en direction de la côte Ouest. Les Cullen se figèrent. Lentement, Jasper fit signe à Alice de s'éloigner. Le regard noir et perdu dans un avenir probablement flou, elle avança d'un pas déterminé. Le patriarche échangea un bref regard avec son fils et tous d'eux s'avancèrent. Avec le don d'Edward et la nature diplomatique et pacifiste de Carlisle, ils seraient probablement les principaux intermédiaires de cette rencontre. Une supposition qui ne m'enchantait guère.

Je sautai du bord de l'énorme cumulonimbus et atterris cinq kilomètres plus bas sur un nouveau nuage sans perdre de vue la scène. Le vent agité poussait inlassablement les couches blanchâtres et hautes qui nous protégeaient des yeux de vampires et de métamorphes. Ces derniers s'approchèrent de la limite en une ligne parfaite. Peu à peu, ceux situés aux extrémités ralentirent, formant un arc de cercle. Je remarquai que les plus gros spécimens se trouvaient en avant, au centre. Parmi eux, Sam, le plus imposant des siens. Lui et ses comparses se tenaient immobiles, parés à l'attaque.

Carlisle s'avança à nouveau, paumes levées, et alla droit au but.

- Messieurs, ma famille et moi sommes surpris de cette visite inattendue. Pourriez-vous nous dire quel en est l'objet ?

Il avait parlé d'une voix forte et ferme. Aurait-il chuchoté, j'étais certaine que les loups l'auraient entendu malgré les deux cent mètres de no man's land qui les séparaient.

Le leader de la meute tourna sa tête d'un côté, puis de l'autre et fit alors quelque chose de si inattendu que j'en restai bouche bée. Il recula laissant un autre confrère prendre sa place un confrère au pelage brun-rougeâtre. Je déglutis.

« C'est… C'est Jacob ! »

« Oui, je sais, Bella.»

De ma position, je ne pouvais voir son visage mais l'angle que prenait sa tête m'indiquait clairement qu'il ne quittait pas Edward des yeux. En un sursaut violent, suivi de tremblements tout aussi intenses, trois loups se levèrent sur leurs pattes-arrière poilues. Celles-ci rétrécirent, perdirent en volume jusqu'à devenir de simples pieds. Sam, Quil et un autre dont j'ignorais l'identité se tenait fièrement devant leurs ennemis. Je voyais une fumée fine s'échapper de leur peau brulante et disparaître dans l'air glacial. Ils considérèrent leur public, parmi lequel s'y trouvaient des femmes puis, décidèrent d'un accord silencieux de se vêtir du bout de tissu qui était attaché à leur cheville.

- Docteur Cullen, commença le Quileute. Je suis Sam Uley, actuel chef de la meute. Voici Quil Ateara III et Brady Fuller. Nous avons récemment reçu des informations pouvant compromettre le traité que nos ancêtres ont passé avec vous.

- J'en suis surpris. Pourrions-nous savoir quelles sont ces informations ?

- Un de vos fils semble particulièrement apprécier une jeune fille du coin. Une jeune fille qui, il n'y a pas si longtemps était l'une de vos collègues à l'hôpital.

Jasper leva les yeux au ciel et Rosalie lança un regard en coin à son frère. Ce dernier l'ignora.

- Oui, reconnut le patriarche, je suis bien au courant de l'attention qu'ils se portent mutuellement.

- Toute action malencontreuse causée par les membres de votre famille relève de votre responsabilité. Il est donc de votre devoir faire cesser cette « attention » comme vous l'appelez, avant qu'un accident n'arrive.

Edward ouvrit la bouche mais son père le coupa.

- Une seconde, Edward… Si je comprends bien, vous venez en nombre menacer ma famille pour un accident qui n'est pas arrivé ? Pour un crime que nous n'avons pas commis ? Ne trouvez-vous pas votre attitude déplacée, messieurs ?

- De quel droit vous…

- Quil ! reprit Sam d'une voix autoritaire.

Les loups (les plus jeunes du moins) accueillirent cette remarque avec la même colère. De mon point de vue, je vis Jacob retrousser les babines. Je me penchai, parée à stopper toute attaque de sa part. Sam resta stoïque.

- Vous êtes parfaitement conscient du danger qui résulterait d'une relation entre votre fils et cette humaine.

- Je suis parfaitement conscient de l'absence de violation du traité. Nous sommes fidèles à ce que nous sommes, c'est-à-dire, des êtres respectueux de la vie humaine il nous serait impossible ne serait-ce que d'imaginer rompre notre accord.

- Vous refusez donc de tenir votre fils à l'écart de cette fille ? demanda Quil d'une voix forte.

- Je refuse de prendre cette décision à leur place. Edward et Isabella s'entendent parfaitement bien, et sont plus qu'heureux de se retrouver chaque fois qu'il leur est possible de le faire. Leurs sentiments sont forts et j'ai une totale confiance en mon fils.

Bien que ses mots m'aient fait chaud au cœur, ils ne touchèrent pas les loups de la même manière. Je commençai à m'agacer de leur attitude. De quoi se mêlaient-ils ?

Ils ne cherchent qu'à te protéger. Enfin, à protéger la simple humaine qu'ils pensent que tu es.

- Seriez-vous en train de comparer l'attirance malsaine de votre fils à de l'amour, Docteur ? nargua Quil.

- Non, affirma le vampire avec un calme herculéen, je ne compare rien. Je dis que c'est de l'amour.

- Je n'ai rien entendu de plus dé…

- Quelle chance a cette relation de ne pas terminer sur un meurtre ? coupa Sam.

Jacob aboya sa réponse avec fureur, me faisant sursauter. Aussitôt, je profitai d'une couche nuageuse à proximité pour me cacher. Edward avait levé les yeux et scrutait les environs nuageux.

- Vous vous basez uniquement sur vos préjugés pour qualifier une relation qui dépasse votre entendement…

- Non, Docteur, s'exprima enfin Brady. Pas sur nos préjugés, notre expérience.

- Accepter une relation entre une humaine avec un vampire, poursuivit le chef, reviendrait à la pousser vers une mort certaine, Docteur Cullen ! Dans ce cas, comment pouvez-vous prétendre être « respectueux de la vie humaine » ? Le simple fait que vous tolériez cette parodie de couple montre à quel point vous n'en avez rien à faire d'elle.

Le docteur lança un coup d'œil inquiet aux animaux avides d'en finir avec eux ils étaient nombreux malgré leur manque d'expérience. En cas d'affrontement, combien d'entre de ses enfants s'en sortiraient sans dommage ? C'était une question que le patriarche ne souhaitait envisager et les loups étaient sensibles à ce fait. C'était la raison pour laquelle les Quileutes parlaient avec autant de conviction, sans aucune peur.

- Donc, la seule solution pour que vous nous laissiez en paix serait que…

- Que votre fils mette fin à cette relation.

Un nouvel aboiement satisfait accueillit la conclusion de Quil, en même temps que je réprimais un grondement.

Douce façon de me remercier, Quil !

- À vrai dire, il y a une autre option.

Les Cullen se tournèrent vers Edward. Leur divers degré d'anxiété et de haine tranchait nettement avec l'assurance qu'il dégageait. Toutefois, sa position, remarquai-je, ne différait pas tant de celle de Rosalie, Emmett et Jasper. Il voulait attaquer.

- Laquelle ? demanda Brady déjà las de cette discussion.

- Celle où je ne promets rien et vous vous contentez de retourner chez vous.

- Edward, avertit Carlisle.

- Carlisle, les Quileutes sont bien trop respectueux de leurs ancêtres pour les décevoir à ce point. Ils ne violeraient jamais un traité que leurs propres aïeules sont venus nous proposer… Et que nous avons fini par accepter. (Il se tourna vers les loups) Ils ne sont venus en nombre uniquement pour nous intimider. Mais, nous n'avons pas à nous y fier Sam sait très bien que plus de la moitié de sa troupe ignore comment affronter des vampires matures. Dans ce cas, il sait aussi qu'ils n'ont aucune chance contre un groupe, une famille telle que la nôtre. Qu'une guerre éclate, et il y aura des fortes chances qu'il aille rejoindre ses ancêtres, et qu'il porte éternellement la honte de sa désobéissance. Et de son incapacité à avoir sauvé ceux qui étaient sous ses ordres.

À chaque mot prononcé par Edward, Sam sombrait un peu plus dans une fureur sans nom. Même pour un « simple » humain, la transformation de ses traits et même de son aura fut saisissante. Comme sensibles à son état, Jacob et plusieurs d'entre eux jappèrent puissamment, montrant autant de crocs que possible. Esmée retint un tremblement, tandis que son époux considérait les paroles de son fils. Ils aboyaient fort, certes, mais ne mordaient pas.

- Toute tentative d'intimidation est inutile, Jacob. Retourne chez toi, et apprends à refuser le refus d'une demoiselle.

Le concerné lui répondit et je fus certaine de comprendre le sens de ses aboiements, même sans le don d'Edward pour m'éclairer.

- Mets-toi ça en tête une bonne fois pour toutes, fit-il avec mépris. Bella est ma petite-amie. Elle m'aime et je l'aime tout autant… (Jake gronda) Hors de question que tu t'approches d'elle… (Il aboya encore) Et je me contrefiche de ton avis !

- Jared ! hurla Sam. EMBRY !

Merde !

La pique d'Edward avait consommé les dernières bribes de patience que possédaient les plus jeunes. Deux loups venant de l'arrière fusèrent avec vivacité vers les Cullen, malgré les rappels à l'ordre de leur chef. Esmée lâcha un râle horrifié.

- Ils ne feront rien, lui murmura Edward, avant de dire plus fort. Leurs ancêtres les observent.

Impossible d'attendre et vérifier si ses dires étaient vraies, ce fut plus fort que moi. Je fonçai, concentrée sur le loup gris enragé qui avait pris mon amoureux pour cible. Je ne pouvais qu'espérer que celui-ci ne soit pas Embry.

J'atterris derrière lui, faisant voler rocs et poussières, m'emparai de ses pattes arrière et tirai un bon coup. D'un crac sonore, deux rangées de dents acérées se refermèrent sur elles-mêmes.

Je sentis plus que je ne l'entendis une autre présence écrasante foncer droit vers moi. J'accentuai ma prise sur ses pattes du loup gris, j'effectuai un demi-tour sur moi-même et le balançai de toutes mes forces. Lui et son confrère se heurtèrent violemment, comme deux énormes sacs de pierre qui se fracassaient en plein vol.

J'entendis à peine Edward jurer une seconde fois, de même que les autres Cullen clamer leur surprise en me reconnaissant. Les grondements rageurs des loups approchant ma position étaient assourdissants. Mon cœur tressauta avant de cesser de battre. Aussitôt, une dose d'adrénaline parcourut la moindre parcelle de mon ossature, brûlant et fortifiant tout sur son passage de ma tête jusqu'aux orteils, de mes doigts jusqu'au bout de mes ailes, qui battaient l'air avec impatience. En un flash, j'étais parée à l'attaque.

- Showtime ! gronda Emmett.

Ouais, Showtime !


J'espère que ce chapitre vous aura plu.

N'hésitez pas à laisser vos commentaires bien sûr !