27 février 1889

Holmes fut là, fit tambouriner quelque chose contre la grille.

Comme il méprisait les arts et s'en fichait de leur valeur astronomique !

Elle leva la tête en écoutant le bruit.

- Holmes… - Elle ne savait pas à quoi s'attendre, elle crut momentanément que le télégramme anonyme avait été envoyé par lui. Mais elle le regardait et il ne semblait pas se jouer d'elle. Rassurée elle exclama: - C'est affreux !, est-ce-ci la fin d'Irène ?

Il les laissa tomber au sol dedans, tintement de cloches de liberté.

« Une autre, (la figure d'Irène pas bien délinée par la photographie de ces temps, chose que l'on aurait cru impossible : elle semblait moche) du 23 février 1889, prise en essayant de vendre un Degas originel volé du Louvre à Paris, la Petite Danseuse. Telle prouesse effectuée par la police de l'Angleterre a été achevée grâce à un télégramme délateur anonyme. »

Ne pas pouvoir l'oublier était obligé.

Irène était dans ses rêves, dans ses cauchemars, par toute la maison, mangeant du toast à miettes, portant ses chemises et ses chapeaux, lui donnant l'adresse du lieu où elle avait commis sa dernière félonie en lui demandant de la protection. Il avait reçu aussi la lettre occasionnelle d'excuse où elle faisait étalage d'une mièvrerie impardonnable. Et la presse aussi s'occupait toujours d'elle sans le savoir.

Il avait été tiraillé entre la laisser s'y pourrir où la sauver. Il aurait été le même que prétendre pouvoir l'oublier. Il savait déjà qu'éventuellement ils seraient de nouveau ensemble. Car le destin n'est qu'un trait de caractère opiniâtre.

- Voilà les clés Mlle. Adler. Puis je vous suggérer 10 heures demain matin pour que vous vous fassiez la belle ?, vous ne l'êtes pas assez dans la photo et c'est l'heur de déjeuner pour les policiers ici. Tous ont les mains et les esprits sur leurs repas.

- Sherlock… - Elle sourît, soulagée.

Holmes était tout circonspection, se tenant à l'écart, et à la fois à l'abri. –Vous n'allez pas bien.

- J'ai des ennemis, évidemment puisque je suis ici.

- Qui ?

- Je ne sais pas… Allez-vous me venger ?

- Non.

Elle sourit en coin et le regarda de biais; joueuse plutôt que défiante, elle savait qu'il la trouvait toujours aussi attirante.

Il colla son front à la grille, en trahissant malgré lui-même ô combien il voulait son contact.

Elle appuya le haut de sa tête contre le mur, et marmotta en regardant le mur arrière de la cellule, l'évadant. - Sherlock, il n'y a que vous.

...

- Tu m'as humilié.

- Je n'avais jamais avant regretté mes actions. Je suis toujours enragée vers moi-même.

Elle le regarda enfin, avec une nostalgie douloureuse. Elle pouvait le regarder parce qu'en effet elle n'avait plus à dire; ils étaient d'accord : elle devait se racheter, mais est-ce qu'il y avait un moyen de le faire ?

Dans le silence momentané les deux voulurent qu'elle se mît débout, et allât l'embrasser avec toute sa manque. Ils l'imaginèrent, mouillé et aimant à travers de la grille. Ils se regardèrent l'un à l'autre en envisageant la possibilité.

Avant qu'elle ne puisse bouger Holmes s'éloigna de la grille brisant leurs regards.

- Pas assez. Il faut encore que tu souffres plus.

Elle se mit débout et parla fort, sûre, atteignant les barreaux. - Je t'assure, je vais souffrir si je ne peux sortir d'ici et retourner vers tes côtés.

Elle le voyait avec telle convoitise que Holmes pouvait sentir un bourgeon de douceur. Il sentait son regard comme des caresses affectueuses sur sa poitrine, son abdomen, par ses cheveux.

- Sherlock, combien de temps?

-Tu me manques. - Elle ouvra ses yeux un peu plus, remplie d'espoir. - Alors fais-moi te pardonner.

Elle sourit pendant qu'il partait, et elle cria à son dos, heureuse : - Dans une semaine! Je vais tout faire! – Sans se retourner Holmes sourit en coin, et elle vit le petit mouvement de sa tête et ajouta : - J'ai menti! T'es beaucoup plus beau que n'importe quel astre, monsieur!