IV

Your soul is haunting me

Note de l'auteur : Le chapitre 4, et oui, déjà ^^ Avec THE conversation, bien évidemment, avant le début de leur cavale. Will perd un peu plus les pédales, n'est absolument pas logique dans ses raisonnements, mais on accusera Hannibal hein XD Pourtant, il tient encore le coup… pour le moment… niak niak niak.

Merci à Audrey de m'avoir exceptionnellement corrigé sur ce chapitre.


Réponse à Edith qui a reviewé en guest :

Merci, je me donne beaucoup de mal pour rester le plus fidèle possible aux personnages. C'est toujours le plus difficile, surtout qu'Hannibal apparaît déformé par le prisme de la vision que Will en a. Donc, ce n'est pas évident, puisqu'il ne sait pas vraiment ce qu'il veut et se contredit même parfois. Pour Molly, tu as lu ma réponse dans le précédent chapitre, il ne reste qu'à patienter.

Le cliché du chariot était un choix volontaire de ma part, dans le but d'alléger quelque peu l'ambiance morbide et stressante. Parce qu'Hannibal reste Hannibal (il s'amuse et attend curieusement la suite, donc) et qu'il aurait certainement préféré une évasion beaucoup plus classe, à la hauteur de son standing. Mais, son sauveur est un handicapé de l'improvisation, malheureusement. Je me suis bien marré en l'imaginant ratatiné dans son chariot XD

Et voilà donc la suite, j'espère qu'elle te plaira aussi. Merci et à bientôt.


Nous roulions à vive allure. Mes mains quelque peu crispées sur le volant, je veillai néanmoins à ne pas dépasser la vitesse autorisée. Ce n'était vraiment pas le moment de nous faire arrêter. Hannibal, à ma droite, à qui je jetais régulièrement des coups d'œil, regardait la route, droit devant lui.

« Où allons-nous ? » Demanda-t-il, en brisant le lourd silence qui régnait dans l'habitacle surchauffé.

« Tu le sais très bien, alors n'essaie pas de me faire la conversation. » Le rembarrai-je.

Il ne s'en formalisa pas.

« Es-tu sûr que c'est une bonne idée ? »

« Tu en as peut-être une meilleure ? » Ne puis-je m'empêcher de répliquer.

« Quelques-unes. Mais, je préfère attendre et voir ce que tu vas faire. » Répondit-il, en s'enfonçant un peu plus confortablement dans sa banquette.

« Évidemment. » Soufflai-je.

Comme s'il pouvait en être autrement.

Un certain temps passa, sans qu'il ne tente de nouveau d'entretenir la discussion. La tension entre nous commençait à devenir palpable, quand un téléphone déchira le silence, en manquant de peu de me faire perdre le contrôle du véhicule. Alors que je redressais ma trajectoire, Hannibal n'esquissa pas le moindre mouvement. Mais, en voyant que je ne faisais rien, il reprit la parole.

« Ça ne peut pas être mon portable, puisque je n'en ai plus. » Me fit-il remarquer, justement.

Et je me rappelai alors avoir empoché le mien, avec mon portefeuille et mes clés, avant d'enfermer mes vêtements dans l'armoire avec Richard. Sans quitter la route des yeux, je tâtai mes poches d'une main, pour ne pas lâcher le volant, et finis par trouver l'appareil qui sonnait toujours, avant de le lever devant mes yeux.

« C'est Jack. » Constatai-je, plus pour moi-même que pour en informer mon passager.

L'adrénaline pulsa de nouveau dans mes veines, mais ne pas répondre serait bien plus suspect. Du pouce, j'appuyai sur le bouton vert, et collai le téléphone à mon oreille.

« Jack. » Dis-je, simplement, en guise de bonsoir.

D'une voix calme et concise, même si je pus y percevoir l'urgence qu'il veillait à dissimuler, il me résuma ce que je savais déjà. Je fis mine de l'écouter, sans l'interrompre, avant de feindre la surprise.

« Où es-tu ? » Me questionna-t-il.

Il fallait que j'improvise, et comme tout bon mensonge est toujours composé d'un certain pourcentage de véracité, je me décidai pour une demi-vérité.

« Nulle part en particulier. Molly m'a quitté, ce matin. » Hannibal tiqua, mais je n'y prêtai pas attention. C'était suffisamment compliqué de conduire et réfléchir en même temps. « J'ai pris la route, sans but précis. J'avais besoin de prendre l'air. Et, pour être honnête, j'apprécierais autant de rester en dehors de cette histoire. »

« Il va te chercher, tu en es conscient ? » M'avertit-il.

« Je m'en soucierai quand je l'aurai sous les yeux. » Répliquai-je, intraitable. « Molly et Walter sont dans leur famille, il n'y a plus personne chez moi. D'ailleurs, si quelqu'un pouvait venir s'occuper des chiens… »

« C'est une plaisanterie ? »

« Je ne sais pas combien de temps je serais parti, Jack. Vous pouvez bien faire ça pour moi. »

« Je ne parle pas de ça, Will ! Mais, de ton désintérêt pour l'affaire ! Il a tué trois employés, bon sang ! »

« Vous savez comment il s'y est pris ? » Préférai-je demander, pour mettre fin à cette joute verbale et récolter quelques renseignements au passage.

« Les premiers éléments laissent penser qu'il avait un complice. Peut-être le gardien, puisqu'il était le seul à posséder les clés, à ce moment-là. Les deux autres se trouvaient certainement sur sa route, tout simplement. L'uniforme de l'homme, Richard Frost, a été volé et remplacé par des vêtements civils. Le complice l'aura soit endossé lui-même, pour passer inaperçu, soit, si c'est bien l'agent de sécurité, l'aura donné à Hannibal, pour les mêmes raisons. Les vêtements sont actuellement au labo, ainsi que l'arme du gardien. Nous cherchons encore le couteau qui a servi à égorger la jeune femme. Nous avons l'embarras du choix, dans les cuisines. Ce salaud a pris la peine de faire la vaisselle, avant de sortir par la fenêtre. Nous en saurons plus très rapidement, je pense. »

Je suivis l'afflux d'informations, positives comme négatives, en réalisant que je ne resterai pas au-dessus de tous soupçons encore bien longtemps. Mon ADN serait sur mes habits, mes empreintes sur le Glock. J'avais manqué de prudence, dans la précipitation. Mais, on me pardonnera, n'est-ce pas ? Je n'étais pas un tueur chevronné, moi ! Contrairement à Monsieur-je-souris-narquoisement. Il fallait que je mette fin à cette conversation et vite.

« Tenez-moi au courant. Je vous préviendrai quand je serai… » Je jetai un regard à Hannibal « … Disposé à revenir. »

Jack soupira.

« Je suis désolé pour Molly. Tu devrais essayer de lui parler. Je suis sûr que les choses peuvent encore s'arranger. » Dit-il, maladroitement, en se rappelant enfin que j'existais.

« Ouais… Je verrai bien. Je conduis, il faut que je raccroche. » Abrégeai-je, tant que notre localisation ne trahissait pas notre destination.

« À plus tard et sois prudent. »

Je coupai la communication, sans répondre et ouvris la fenêtre, avant de balancer mon téléphone à l'extérieur. J'entendis vaguement le fracas de l'appareil sur la route, puis refermai rapidement, pour ne pas laisser entrer le froid. Quand ils se rendront compte de mon implication, ils ne manqueront pas de tenter d'utiliser la balise GPS de mon portable. Je ne pouvais pas le garder. Il faudrait également rapidement changer de voiture, dès que j'en aurais l'occasion. Toujours silencieux, Hannibal avait appuyé sa tête contre sa vitre et restait concentré sur le paysage. Il ne fit aucun commentaire, durant le reste du trajet, comme s'il était plongé dans ses pensées.

Quand les pneus mordirent le chemin de terre qui menait à Wolf Trap, Hannibal sembla sortir de sa torpeur. Il se redressa dans son siège et je scrutai la nuit trouée par la lumière des phares, jusqu'à enfin apercevoir mon ancien foyer. Je me garai à quelques mètres de l'entrée et descendis, sans l'attendre, avant de monter le porche et d'ouvrir la porte.

À l'intérieur, l'air glacé sentait la poussière et le renfermé, mais, immédiatement, les contours familiers des quelques meubles que j'avais laissés là, me rassurèrent. Derrière moi, Hannibal entra à son tour, et je me précipitai sur une commode où je savais qu'il restait des vêtements que je n'avais pas jugés utile d'emporter, après avoir allumé une lampe de chevet. Tout en ayant pleinement conscience de sa présence dans mon dos, je fouillai hâtivement les tiroirs, jusqu'à trouver ce que je voulais, avant de lui tendre, avec une certaine dose de sadisme que je pris garde de dissimuler, une vieille chemise à carreaux rouge et un jean qui avait vu des jours meilleurs. Il se figea, son regard voyageant entre mon visage et les habits qui pendaient de ma main. Un coin de sa lèvre supérieure se leva légèrement, dans une expression de dégoût, et je déglutis rapidement, avant de me racler la gorge, pour étouffer le fou rire parfaitement déplacé qui tenta de percer dans ma poitrine.

« Je n'ai rien de mieux à te proposer. C'est ça ou ta tenue de détenu. » Lui rappelai-je. « On ne doit pas traîner. Tu connais le chemin de la salle de bain. » Ajoutai-je, en plaquant l'ensemble sur sa poitrine, sans lui demander son avis.

Par réflexe, il referma ses bras dessus, avant de soupirer d'un air résigné et de se diriger vers la salle d'eau. Quand il disparut, je m'empressai de chercher de quoi me vêtir moi-même, avant de me déshabiller. En boxer, le froid mordant me fit frissonner, et je me dépêchai d'enfiler un pantalon, avant de retourner un tiroir en quête d'une ceinture. Je vis alors une ombre, du coin de l'œil, et sursautai malgré moi. Hannibal se tenait dans l'encadrement de la porte, une épaule appuyée contre le chambranle, ses yeux fixés sur moi. La chaleur envahit mes joues, alors que je me demandais depuis combien de temps il me regardait, et j'eus brusquement le besoin de me couvrir. J'abandonnai alors l'idée de trouver de quoi tenir le jean qui tombait sur mes hanches et m'emparai d'un t-shirt blanc et d'un pull gris, avant de les enfiler prestement. Ce n'est qu'à ce moment-là que je pris la peine de l'observer plus attentivement. Et j'eus envie de le frapper. Car il fallait croire qu'aucun accoutrement, aussi grotesque soit-il, n'était capable de totalement effacer sa prestance naturelle. Il avait déboutonné les manches pour les enrouler sur ses avant-bras, laissé deux boutons ouverts au niveau du col et rentré le tissu dans le denim qui descendait légèrement trop bas autour de son bassin étroit. Les coutures des épaules étaient tendues par sa carrure un peu plus large que la mienne. Il avait l'air d'un bûcheron sur le point d'aller travailler. Un bûcheron bourgeois, certes. Mais tout de même. Malgré tous mes efforts, je n'arrivai pas à le trouver ridicule.

« Quelle est notre prochaine destination ? » M'interrogea-t-il, soudainement, alors que je me chaussais pour me donner une contenance.

« Tu demandes ça comme si nous allions nous enfuir ensemble quelque part. »

Sans répondre, il afficha ce petit sourire qui me fit croire, qu'en effet, il y songeait réellement. Et cela me mit hors de moi. En deux enjambés, je fus sur lui, empoignai son col et le plaquai contre le mur le plus proche.

« Tu penses vraiment que je m'imagine en train de bronzer sur une plage brésilienne avec toi ? Après ce que tu as fait vivre à Molly et Walter ? Que tu t'attaques à moi et que je te pardonne, c'est mon problème. Mais eux, ils n'ont rien à voir là-dedans. » Grondai-je, à quelques centimètres de sa bouche. « L'étape suivante ? Tu vas me mener au Dragon, puisque tu sais qui il est. Et, quand je me serai débarrassé de lui, je m'occuperai de toi. » Ajoutai-je, en l'écrasant un peu plus contre la cloison.

Son sourire s'accentua alors, comme si la perspective le réjouissait.

« J'ai hâte de voir lequel de vous deux remportera la victoire. Et de quelle manière tu comptes t'occuper de moi, Will » Murmura-t-il.

Le sous-entendu, à peine camouflé, ne fit qu'attiser ma colère, et une de mes mains migra autour de sa gorge, avant de la serrer légèrement.

« Aux dernières nouvelles, je ne suis pas gay, Hannibal. »

« J'avais cru comprendre que Alana non plus. » Répliqua-t-il, du tac au tac, de façon cinglante.

« Ça n'a rien à voir. Personne ne peut vraiment la blâmer de ne plus vouloir qu'un homme la touche, après être passé dans ton lit. » Crachai-je, en resserrant ma prise.

« Peut-être craint-elle de ne pas trouver meilleur amant ailleurs… » Articula-t-il, difficilement.

Et je le relâchai brusquement, avant de reculer, pour ne plus sentir la brûlure de son corps contre le mien.

« Non… » Dis-je, en m'éloignant pour ouvrir une armoire et en tirer un grand sac. « Tu es beaucoup de choses, mais certainement pas quelqu'un qui se vante ouvertement de quoi que soit. » J'ouvris la fermeture éclair d'un coup sec. « Tu dis ça uniquement pour me provoquer, me manipuler. Mais, ça n'arrivera pas. » Continuai-je, en fourrant d'autres vêtements de rechange au hasard dans le bagage, avec des gestes rageurs.

Il se décolla du mur, avant de rajuster sa tenue et de frotter son cou.

« Et que comptes-tu faire après ? »

« Après ? Je trouverais bien un moyen de te mettre tout ça sur le dos. Tu ne seras plus là pour le contester. Et je pense que personne ne m'en voudra d'avoir débarrassé le monde d'Hannibal Lecter. » Conclus-je, avant de le bousculer un peu, pour le dépasser et entrer dans la salle de bain à mon tour.

Je jetai pêle-mêle le peu d'affaires de toilette qui traînaient là, dans le sac, d'un revers de la main. Une brosse à dent, un dentifrice, un rasoir jetable et un gel douche. Puis, me tournai vers un meuble, derrière moi, pour prendre deux serviettes, avant de refermer de tout et de le hisser sur mon épaule.

« Aucune preuve ne me reliera aux meurtres des employés de l'hôpital. Contrairement à toi. Et tu le sais très bien. » Me lança-t-il, alors que je repassai devant lui, pour me diriger vers la sortie, en éteignant la lampe au passage.

« Je n'aurais qu'à dire que tu m'as forcé à les tuer, pour sortir de là. » Répliquai-je, en m'immobilisant devant la porte.

« Et comment expliqueras-tu ta présence ? Comment t'ai-je obligé à ouvrir ma cellule, Will ? Ton histoire ne tient pas debout. Tu vas finir ta vie en prison. »

« Et que devrais-je faire, selon toi ? » Raillai-je, en me tournant vers lui.

« Laisse-moi t'aider. » Susurra-t-il, dans l'obscurité.

Un rire incongru secoua mes épaules, sans que je puisse le maîtriser. Mais, il n'avait rien de sincère.

« M'aider ? » Répétai-je, entre deux soubresauts. « Tu l'imagines vraiment cette plage brésilienne, alors ? »

« Je songeais plutôt à l'Argentine. Mais, nous avons encore un peu de temps pour y penser. » Osa-t-il répondre.

« Nous ? Mais, il n'y a pas de nous, Hannibal, bon sang ! » M'emportai-je. Et ma voix résonna dans la maison vide.

Il garda le silence durant quelques interminables secondes où la tension retomba peu à peu.

« Très bien. Je te mènerai à Francis. » Consentit-il. Et je mis un temps à comprendre de qui il parlait.

Sans ajouter quoi que ce soit, comme s'il abandonnait provisoirement l'idée de déterminer ce qui se passerait ensuite, il s'avança vers la sortie, passa devant moi, ouvrit la porte et s'élança dans la nuit noire. Silencieusement, je le suivis.