V

No one compares to you

Note de l'auteur : Alors… Sachez que parfois, quand on écrit, il se passe une chose étrange. Les personnages prennent le pouvoir, n'en font qu'à leur tête et je deviens leur instrument. C'est ce qui s'est passé dans ce chapitre. Et c'est vraiment épuisant. Voilà donc ce qui en ressort, après une journée à m'arracher les cheveux. J'espère que ce sera à la hauteur de ce que vous attendiez, parce que moi, je ne m'y attendais pas. Ce n'est ABSOLUMENT PAS ce qui était prévu de se passer après la confrontation Will/Francis! Mais, il y a eu un moment de flottement et Hannibal en a profité pour faire ce qu'il voulait XD
Bonne lecture ;)


Réponse aux guest :

China : Mais non ! C'est bien de s'emporter dès fois ! Faut pas hésiter à dire ce que l'on pense. Dans ce chapitre, Will n'est pas du naïf et sûrement pas adorable, donc j'espère que tu apprécieras tout autant. J'aime quand Hannibal fait des sous-entendus graveleux XD

Je ne crois pas connaître « The End and the Begining » mais j'irai jeter un œil ;)

Fait autant de publicité que ça te chante, je t'en prie. Et merci pour ça d'ailleurs. Pour la traduction, ce sera avec plaisir ! C'est la première fois qu'on me le propose, c'est très flatteur.

So5678 : Merci pour ta review. Oui, nos « Murder Husbands » dans toute leur puissance et ça fait du bien ^^


Notre nouveau véhicule sentait la terre et l'essence. C'était un vieux 4x4 passe-partout que nous avions déniché sur le parking d'un supermarché. Parfait pour rester discret et plutôt bien assorti avec nos tenues. Nous venions de quitter une station-service où nous avions fait le plein et acheté une casquette pour Hannibal, avec l'argent liquide qu'il me restait. Le couvre-chef enfoncé sur sa tête lui donnait l'air plus jeune. Le subterfuge n'était pas très subtil, mais j'espérais que cela suffirait si nous croisions un barrage routier. Je lui avais également donné une veste kaki que je conservais en permanence dans mon coffre, au cas où. L'ensemble le faisait vraiment ressembler à un chasseur, à présent. Néanmoins, cela me laissait avec un simple pull sur le dos et le chauffage n'était pas aussi efficace que celui de ma voiture. Sans compter que cette bagnole était une véritable passoire. Et je ne pus m'empêcher de frissonner, alors que la départementale que j'avais choisi d'emprunter défilait derrière les vitres.

Après quelques kilomètres, sans un mot, Hannibal défit sa ceinture et se contorsionna sur son siège, pour se délester de son blouson, avant de se pencher sur moi et de le passer par-dessus mes épaules. Je me penchai en avant, pour lui faciliter la manœuvre, sans quitter la route des yeux. Je ne savais pas pourquoi je le laissais faire. Je pense que j'étais juste fatigué de lui tenir tête, épuisé émotionnellement autant que physiquement, et préférai m'emmitoufler dans le tissu épais et chaud qui sentait son odeur. Je fermai les yeux une fraction de seconde, et eus l'impression d'avoir ses bras autour de moi. Puis, sans faire de commentaire, je continuai à rouler vers l'adresse qu'il m'avait communiquée.

Je ne savais pas comment il l'avait trouvée. Mais, il connaissait le nom et la personnalité de l'homme, cela avait dû l'aider. Il ne parlait que pour me donner des indications, comme s'il avait décidé de provisoirement me laisser en paix, et à force de les suivre, je finis par me garer non loin d'une espèce de manoir, fait de pierres brutes, aux tours arrondies. On eût dit une chapelle. Nous descendîmes de voiture et parcourûmes le reste du chemin à pied, dans l'obscurité.

En haut d'un escalier traversé d'une rampe centrale en fer forgé, sous une arche impressionnante, se tenait la large porte d'entrée. Nous montâmes les marches en silence jusqu'aux lourds battants décorés de vitraux aux motifs complexes. À travers une fenêtre aux rideaux tirés, la lumière tamisée d'une lampe trouait la nuit noire, preuve irréfutable de sa présence.

Je tendis un bras et sonnai simplement. Furtivement, je vis Hannibal s'écarter, pour se dissimuler dans l'ombre. Il voulait donc la jouer ainsi. Soit. Il n'y aurait que le Grand Dragon Rouge et l'Agneau, ce soir.

Une ombre se dessina derrière les vitres. Une ombre qui me parut gigantesque, durant une seconde, avant de prendre les contours d'une silhouette masculine.

« Qui est-ce ? » Demanda une voix caverneuse, grave, comme si le feu brûlait dans sa gorge.

La voix du Dragon.

« Will Graham. » Répondis-je, en posant ma main sur la porte, comme pour ressentir sa présence.

Le verre parut vibrer sous ma paume. Puis, un verrou claqua, et enfin, le battant fut ouvert pour faire place à Francis Dolarhyde, habillé d'une robe de chambre en soie. Je reconnus immédiatement l'homme et la puissance qui se dégageait de lui. Je pus presque voir la fumée sortir de ses naseaux. Je connaissais sa force, j'avais pu m'y confronter quand il m'avait violemment plaqué contre la paroi de cet ascenseur, avant de me jeter à terre. Alors, quand il s'effaça sans dire une parole, pour me laisser entrer, mon corps entier se tendit en passant près de lui. Sa chaleur étouffante m'irradia tout entier et je quittai ma veste, avant de pénétrer dans un vaste salon. Le tic-tac d'une petite horloge, des tapisseries anciennes, des tableaux de maître, de la brique, du bois, des livres, une décoration riche, un large canapé Louis XV sur lequel je laissai tomber mon blouson, avant de me tourner vers lui.

L'antre du Dragon. Vous qui entrez ici, abandonnez toute espérance.(1)

Il fit un pas vers moi.

« Vous êtes venu pour me tuer. »

Sa main saisit la ceinture de son peignoir et tira dessus pour en défaire le nœud.

« Vous voulez vous mesurer au Dragon. Je ne sais pas comment vous m'avez trouvé, mais vous comprendrez que je ne puisse pas vous laisser sortir d'ici vivant. »

Le tissu fluide glissa sur ses larges épaules et se répandit au sol sans un bruit, alors qu'il tournait autour de moi. Je suivis du regard les mouvements de son corps massif habillé d'un simple boxer noir, le roulement de ses muscles saillants sous sa peau rendue dorée par la lumière des lampes, jusqu'à ce qu'il passe dans mon dos. Je tournai ma tête de l'autre côté, pour le voir réapparaître à ma droite. Entre ses omoplates, une paire d'ailes rouges, immenses, squelettiques, membraneuses, s'étendit à travers la pièce. Une queue écailleuse, reptilienne, interminable, rampa sur le plancher. Je pus enfin le voir comme il se voyait. Et je dus admettre la magnificence de cette créature. De sa transformation.

« Vous pensez-vous à la hauteur, Will Graham ? » Demanda-t-il, en s'immobilisant en face de moi. « Je ne saisis toujours pas ce que vous trouve Hannibal Lecter. »

Mes doigts se rassemblèrent en deux poings serrés, mon rythme cardiaque s'accéléra, l'adrénaline se distilla dans mes veines, ma respiration se fit plus profonde. Je tentai, sans succès, de me départir de l'idée que nous allions nous battre pour lui, et non pas pour que je puisse retrouver Molly. J'essayai d'oublier qu'Hannibal avait mis Francis sur ma route pour me prouver qu'il pouvait s'intéresser à quelqu'un d'autre que moi, pour que j'entre dans sa tête.

Il tendit une main vers un guéridon et se saisit rapidement d'un objet que je n'eus pas le temps d'apercevoir. Puis, il le leva jusqu'à sa bouche, avant d'écarter ses lèvres pour le glisser à l'intérieur. Je vis alors le dentier de crocs, quand il grogna dans ma direction. Il se jeta ensuite sur moi, sans que je puisse l'esquiver. Ses bras puissants m'encerclèrent, me coupant le souffle. Il tenta de mordre mon cou, mais je me contorsionnai pour échapper à sa prise, avant de trébucher sur le canapé derrière moi et de m'y effondrer, une main tendue devant moi pour le repousser. Il fondit sur moi. La céramique se planta dans mon biceps, m'arrachant un cri de douleur. Je me dégageai, en me brisant presque une phalange contre sa pommette, le sang coulant abondamment sous la manche déchirée de mon pull, maculant le tissu, mais il agrippa mes vêtements, me souleva comme si je ne pesais rien et me projeta à l'autre bout de la pièce. Le choc contre un mur m'assomma presque, mon dos percuta violemment le sol et je m'assis difficilement. En deux enjambées, il fut de nouveau sur moi. Son genou vint percuter mon nez, dans une explosion de douleur qui m'aveugla. Une poigne robuste serra ma gorge et me souleva contre la tapisserie. Un son inarticulé passa mes lèvres, mon sang pulsa dans mes oreilles, ma vision s'assombrit, mes poumons me brûlèrent. Je plantai mes ongles dans sa joue, griffai son visage pour le faire lâcher prise, alors que l'air commençait à me manquer. Je remuai les jambes dans le vide sous mes pieds, frappai ses tibias, mais rien n'y fit.

Quand, dans le brouillard de l'asphyxie, j'entendis nettement des sabots marteler le plancher à une allure lente et maîtrisée. Du coin de l'œil, je vis le cerf entrer dans le salon, puis disparaître dans le dos du Dragon. Un sourire se dessina alors sur mes lèvres ensanglantées, juste avant que des bois transpercent son abdomen et le tirent loin de moi. Je tombai alors à terre, en toussant comme un damné, au bord de l'inconscience. Les yeux fermés, j'entendis le Dragon rugir.

« Pourquoi ? »

« Parce qu'il m'appartient, Francis. Et qu'il ne saurait mourir d'autres mains que les miennes. » Répondit Hannibal.

Et la rage secoua de nouveau mon corps, à ces mots. J'y puisai la force de me relever et de leur faire face. Au milieu de la pièce, Hannibal maintenait difficilement Francis, un bras serré autour de son torse nu, une main plaquée sur son front pour tirer sa tête en arrière, exposant son cou.

Un grondement monta dans ma poitrine, vibra dans l'air. Mes lèvres se retroussèrent. En trois pas, je fondis sur lui. Mes griffes balafrèrent ses côtes. Mes dents se plantèrent profondément dans sa gorge offerte. L'épiderme se déchira. Le sang envahit ma bouche, chaud et fluide, il éclaboussa mes joues, mes vêtements, quand l'émail transperça sa carotide. Son cri me fit trembler jusqu'aux os de contentement. Par-dessus son épaule maculée, je croisai le regard havane d'Hannibal qui ne lâchait pas sa prise, alors que Francis convulsait contre son torse. Je clos mes paupières, en savourant le goût métallique sur ma langue, avant de resserrer mes mâchoires et d'arracher la chair dans un mouvement de recul. Le liquide carmin jaillit littéralement, macula mon visage, ma poitrine, me réchauffa. Je crachai le morceau de peau, alors qu'Hannibal laissait l'homme massif et musculeux s'écraser au sol comme un poids mort.

Sa respiration était lourde et profonde, là où la mienne était hachée, désordonnée. Il me fixa de ses yeux presque noirs, avec une adoration qui me traversa de part en part, me clouant sur place. Il enjamba la créature agonisante à ses pieds qui s'accrochait désespérément à son dernier souffle de vie, et s'approcha lentement. Je reculai jusqu'à sentir de nouveau le mur dans mon dos. Il coula son corps contre le mien, et je crus qu'il allait me dévorer, avant que ses lèvres ne s'écrasent sur les miennes. Ses dents m'écorchèrent, m'obligèrent à ouvrir ma bouche, et sa langue alla caresser la mienne dans un baiser ravageur. Et je pris feu. Une faim insatiable me tordit le ventre, mes mains remontèrent dans son dos, empoignèrent sa chemise, tirèrent dessus. Les coutures déjà usées protestèrent, les fils craquèrent et le tissu se déchira, dévoilant un carré de peau que je m'empressai de lécher, de mordre. Je ne pouvais plus respirer autre chose que son odeur entêtante. Il souleva mon pull et mon t-shirt, m'incita à le lâcher le temps de les passer par-dessus ma tête, avant de les jeter plus loin. Avec empressement, j'achevai de retirer l'étoffe en lambeaux qui le couvrait à peine, et il me plaqua de nouveau à la cloison. Sa langue râpeuse recueillit le sang sur mon menton, puis il m'embrassa de nouveau, comme s'il voulait fusionner avec moi. Une de ses mains cascada sur mon ventre qui se contracta à son contact, ouvrit mon pantalon, avant de plonger dans mon boxer. La sensation de ses doigts autour de moi manqua de me faire perdre l'esprit et un gémissement m'échappa, mes dents emprisonnèrent sa lèvre inférieure. Il gronda sous la morsure et tira soudainement sur mon jean pour me l'enlever aussi. Le denim dévala mes jambes en emportant mon sous-vêtement, jusqu'à tomber sur mes chevilles. En poussant de mes orteils, je m'en débarrassai en même temps que mes chaussures et réalisai alors que j'étais nu devant lui.

Il recula, comme pour admirer son œuvre. Ma peau dénudée couverte de sueur et de sang, mon souffle chaotique, mes cheveux humides et désordonnés. Il se pourlécha les lèvres, me dévora des yeux, avant de se laisser tomber à genoux devant moi. Il appuya sa joue contre ma cuisse, lécha mon aine, remonta sur toute la longueur de mon membre, avant de le faire glisser dans la chaleur de sa bouche. Mes mains se crispèrent sur ses cheveux. Une exclamation d'une vulgarité qui me surprit passa ma gorge sans que je puisse la retenir, et les vibrations de son rire secouèrent mon bas-ventre. Il aspira, suçota, joua divinement de sa langue, en immobilisant fermement mes hanches, et je ne pus détacher mes yeux de lui, alors que je perdais totalement le contrôle. Il m'emmena au bord de la rupture, puis remonta le long de mon torse, m'emporta dans un nouveau baiser, avant de me décoller soudainement du mur, pour m'entraîner jusqu'à une porte non loin de là.

Il l'ouvrit et nous investîmes ce qui s'avéra être une chambre où trônait un large lit. Sûrement y avait-il d'autres meubles, mais ce fut le seul qui attira mon attention. Je l'y poussai brusquement et il tomba sur le dos. Avec avidité, je le délestai de ses derniers vêtements, avant de grimper sur lui et de happer ses lèvres une nouvelle fois. Il me rendit mon étreinte, avant d'inverser nos positions et de me plaquer au matelas. Il se glissa entre mes jambes, colla son érection à la mienne, et mes ongles griffèrent ses omoplates. Sa main s'égara sur ma joue, caressante. Je me perdis dans son regard. Il frôla alors ma bouche de ses doigts et j'en croquai deux, avant d'y enrouler ma langue. Il soupira sous l'attention, descendit dans mon cou, me marqua comme sien, avant de récupérer ses phalanges et de serpenter sur mon corps, jusqu'à se frayer un chemin dans ma chair. La sensation nouvelle, grisante, me fit me tordre sur les draps et il se délecta de me voir dans cet état, en fouillant plus profondément en moi. Il joua de moi comme d'un instrument, s'extasiant des sons qu'il était capable de m'arracher, savourant la vision de mon corps frissonnant, le goût de mon épiderme. Sa présence intoxicante, suffocante, entre mes cuisses, me priva de mon self-control, m'extorqua des suppliques insensées auxquelles il évita volontairement de répondre. L'impression de brûler de l'intérieur, sans trouver l'assouvissement, me mit à bout de patience, et je me redressai pour m'accrocher à son cou, avant de le repousser sur le lit et de monter sur lui. Il m'accueillit dans ses bras, surpris, en m'admirant juché sur ses hanches.

« Tu es magnifique. » Murmura-t-il. « Tu ne sais pas à quel point. »

Sans répondre, consumé d'être aussi exposé sous son regard, je me penchai sur son torse large, embrassai la peau fine de ses côtes, léchai son ventre ferme, frottai mon nez contre la toison de son bas-ventre, inspirai son odeur obsédante. Son érection imposante buta contre ma joue et je pointai ma langue pour en apprécier la saveur. Il avait un goût de paradis. Ou bien était-ce celui de l'enfer. Je l'englobai de mes lèvres, le pris dans ma bouche, et il rejeta sa tête en arrière sur les oreillers, en serrant mon épaule. Un gémissement résonna dans la pièce et se fut mon tour de le torturer. En faisant fi de mon inexpérience et me concentrai sur les réactions de son corps alangui sous moi, m'en délectai durant de longues minutes, jusqu'à ce qu'il tremble sous la caresse de ma langue. Je le relâchai alors, l'observai un instant, alors qu'il semblait attendre de voir ma prochaine initiative. Étonné qu'il me laisse encore mener la danse, je remontai pour l'entraîner dans un baiser délicieux qui parut sans fin, avant de me relever, pour m'empaler de moi-même sur son membre. Il agrippa mes fesses, se tendit, alors qu'il s'enfonçait en moi lentement. La brûlure remonta le long de ma colonne vertébrale, je le sentis s'insinuer dans ma chair, prendre possession de mon être. Ses doigts se crispèrent sur ma taille, il leva son bassin vers moi et me pénétra totalement. Un cri déchira le silence, mes muscles se tendirent sous la douleur. Ses mains se firent apaisantes, presque tendres, alors qu'il attendait que j'amorce le prochain mouvement, en résistant à l'envie de bouger. Il se redressa, encercla mon torse et nicha son nez dans mon cou.

Nous restâmes ainsi un instant, ou bien était-ce une éternité, ancrés l'un dans l'autre, comme une seule entité. Puis, il nous fit basculer sur le côté et reprit le dessus, avant de se mouvoir entre mes reins lentement. Mes jambes se nouèrent d'elle-même dans son dos pour l'accueillir plus profondément, ses lèvres retrouvèrent les miennes dans un baiser emporté, charnel, mes mains se perdirent dans ses cheveux, se raccrochèrent à ses épaules. Il me prit avec plus de force, de fougue, quand le plaisir me fit enfin me cambrer contre lui, me bouffa des yeux en me voyant sombrer peu à peu, accéléra le rythme en perdant lui aussi sa maîtrise. Sa peau en sueur glissa contre la mienne, son souffle heurté, ses soupirs, vinrent se perdre dans ma bouche, mes ongles meurtrirent son corps, y laissèrent des marques, ses dents mordillèrent, taquinèrent. Et je suffoquai presque sous la chaleur de notre étreinte. Il glissa un bras entre nos ventres, s'empara de mon sexe douloureusement tendu, m'arracha un cri de contentement, avant de le caresser savamment, en se perdant plus ardemment en moi. Le plaisir monta par vagues toujours plus dévastatrices et je fus au bord du précipice. Son visage se crispa, ses paupières se fermèrent et je sus que lui aussi. Je me cambrai un peu plus sur le lit, tirai sur les draps, incapable de contrôler le besoin de jouissance qui m'embrasait le bas-ventre ou les inflexions suppliantes de ma voix éraillée. Et il redoubla d'effort, perdit la cadence effrénée de ses coups de reins, quand j'explosai finalement dans sa main et que l'orgasme disloqua mon esprit. Je le sentis se tendre contre moi, en perdant toutes notions de réalité, alors qu'il étouffait son cri contre mes lèvres.

Je le serrai contre moi, de toutes mes forces, le gardai dans le creux de mes bras, bien après que nos corps se soient apaisés et que le silence ait doucement envahi la pièce uniquement éclairée par la lumière qui venait du salon. Durant de longues minutes, il n'esquissa aucun geste pour s'écarter, m'embrassa de plus en plus paresseusement, à mesure qu'une sérénité que je n'aurais pas crue possible s'établissait entre nous. Le calme après la tempête. Ou bien étions-nous seulement dans l'œil du cyclone. Tout ce que je savais, c'est que je ne pensais pas avoir eu, un jour, la tête aussi vide.

Quand mes bras finirent par retomber doucement sur le matelas, il se retira avec précaution, avant de s'allonger à côté de moi, sans rompre le contact physique, comme s'il ne pouvait soudainement plus se rassasier de mon toucher. Nous nous regardâmes en silence, face à face dans ses draps qui ne nous appartenaient pas, dans cette chambre qui n'était pas la nôtre, dans cette maison dont le propriétaire gisait toujours dans le salon. Cela aurait dû me perturber, me déranger, mais l'impression de ne pas avoir dormi depuis des jours prit le dessus et, comme dans une chute sans fin, le sommeil finit par m'emporter.


(1) Inscription présente sur les portes de l'Enfer de Dante, dans la Divine Comédie.