30 avril 1881

Il y avait un treillis, les deux, métallique et en bois, entre lui et la cour de chez lui. Dans cette cour les petits tours de crotte étaient comme des arbres - s'emparaient du milieu.

C'était une aube gelée. L'homme dedans ronflait toujours s'il rêvait. Lui, il avait le nez rouge et coulait; il le récura rapidement avec sa manche droite et posa le pied soigneusement sur une pierre du mur qui ferais de marche, d'un élan vigoureux arriva à saisir avec ses deux mains le pli où la terrasse commençait. Il pendait momentanément. S'aidant de son pied droit contre le mur il se propulsa en haut et put s'assoir au fil du toit. Tout dans le plus grand silence.

Les chiens, s'entassaient, chauds, pétris, dans leurs chenils; au contraire de leur maître ils avaient le sommeil léger, parce que parfois ils se réveillaient pour être mets en lambeaux par un d'eux qui s'asphyxiait; leur maître faisait nourriture de ceux morts, nourriture qu'il donnait par poison.

Irène lui avait souri, levant le bout de sa robe pour montrer une botte orné avec recherche. – Pour avoir de chance -, elle fit un pas lourd – écrase les excréments avec ton pied gauche.

Holmes ne craignait rien. Il planta les pieds fermes quoique doucement sur le plafond d'un chenil. À son côté gauche, la vielle porte vers l'intérieur de la maison fermait à verrou, sans cadenas, car les résidents ne craignaient rien non plus. Il fit usage d'un long fil de fer recourbé à la fin à manière de crochet, pour glisser le verrou de toute la subtilité possible; le verrou glissait petit à petit plus discret à l'ouïe des chiens que l'air. Holmes descendait vers l'entrée tel qu'un funambule, et se perdait à l'intérieur sans un bruit.

La porte ouverte apportait un peu de clarté à la pièce, des tons gris sur le noir, qui n'aidaient pas à distinguer tous les détails. Elle était aussi froide que le dehors, en effet, la paire de jambes nues qu'il entrevit avant tout avaient un ton bleu. Des dessins rouges, qui en rassemblant aux mirages prenaient une forme et après une autre, faits du sang sec, avaient été arrosés sur le sol et les murs par des autres infortunés. Ceux-ci n'auraient peut-être pas de nom, parce que les chiens avaient avalé leurs traces, et c'était sans doute cynique penser que dans ces dessins, ils avaient laissé leur empreinte dans ce monde. Il y avait une scie égoïne accroché du mur par une barre démantibulée, et des autres engins, en donnant une explication à tout ce qui se passait là; les cruautés qu'elles faisaient possibles étaient maintes.

Vite, Holmes s'approcha à la jeune fille inconsciente, coincé au fond droit de la pièce. Il s'accroupit et prit son menton avec gentillesse, lequel elle avait bas sur son cou. Il releva son visage et le débarrassa des cheveux baignés de sueur que s'y collaient. Elle était jolie, elle était presque nue, assise sur ses propres excréments qui avaient étés liquides. Son visage brûlait dû à la fièvre mais au moins Holmes put constater qu'elle vivait encore, en dépit d'avoir la peau sèche jusqu'au point où elle s'adhérait à ses os. Elle avait des bleus partout, et deux croûtes par mamelons.

Au fur et à mesure qu'il la déplaçait pour la mettre dans une position plus confortable, et qu'il la nettoyait avec sa chemise de nuit ayant fait du morceau restant une serviette, Holmes sentait la colère remonter en lui. À la fin du peu des soins qu'il put avoir, il se sentait meurtrier.

Il tourna le regard vers l'homme qui le voyait interloqué dès qu'il était entré, du coin contraire de la pièce. Il semblait prêt à poser un cri, et alors il posa son index sur ses lèvres. L'homme regarda ses lèvres et le crut capable de le mordre sitôt que de lui lécher le visage affectueux. Dans cette pièce de lumière envoûtante cet homme se sentait toujours menacé de façon ambigüe. Sept jours et il avait oublié que les gens fussent capables de n'importe quoi d'autre que le torturer, dans l'obscurité ou le soleil filtré, avec des objets tranchants et des imprécations, il ne savait plus sur le son sauf qu'il était fait des cris, des aboiements et d'un silence abrutissant, effrayant à tel point que parfois il s'évertuait à le tuer avec son babillage absurde. Alors, apeuré, il se tut tout de même et continua à ne faire rien que le regarder.

Holmes ne savait pas ce que l'esprit perturbé de ce schizophrène provisoire fabriquait. Il fit son cœur cogner quand il s'approcha et détacha les cordes qui gardaient ses mains derrière son dos. Il l'examina avec les yeux d'un médecin. On lui avait arraché les cheveux par touffes, et il avait vomi, il avait vomi tant des fois… Holmes sut par des teintures sous ses yeux, dans ses ongles et sa langue, par cette odeur amère qui l'envahissait, qu'on le nourrissait vers la mort.

Il voulut les soigner, mais il n'était pas docteur et Watson n'était pas avec lui; ils devraient survivre encore une demi-heure, il devait attraper le félon.

Il se mit débout et silencieusement avança vers la seconde porte qu'il forcerait.

En l'ouvrant il se trouva avec un matelas grandiose, large et longue, sur lequel se reposait étiré en ronflant avec la bouche bien ouverte le chien roi. Peu de vues seraient plus laides que celle-là, un matelas sur le sol dans une pièce presque vide, et pour autant bordélique et fétide, avec un homme aux membres gros réchauffé par le feu des cendres dans un trou qui faisait d'âtre, un chien blanc comme la neige recroquevillé dans un coin.

Holmes n'eut plus de discrétion, ses poings se serrèrent et firent ses veines sauter, dans trois grandes foulées il se trouva au côté du chien roi et le réveilla avec un coup de poing si fort qu'il lui remuait une molaire. Le chien roi s'assit en posant contre son visage un hurlement de douleur haut et rauque, une rafale, qui résonna même hors de la maison, et lui poussa avec telle force qu'il tomba sur son dos.

Encore sur le pavé Holmes le vit s'enfouir par la porte suivante, pendant que ces complices s'engouffraient pour entrer. Il se releva à l'instant et leur opposa. Ils étaient trois d'eux, mais il put dans un geste fait de trois mouvements voler l'arme au premier d'eux, et après ça le combat était réglé. Il fit usage de cet arme à manière de maillet, il tourna vite vers l'une et vers l'autre, un croc-en-jambe, un poing au foie, un poignet tordu, la culasse sur la tempe, un impact sur la gorge. Il les assomma sans trop de problème. Il courut après le roi.

Après une dernière chambre le roi était sorti et prenait son essor par la campagne. Holmes, avec un aplomb inhumain, s'arrêta dans la sortie, éleva son bras et ferma son œil gauche. Il avait le roi dans le viseur, et ainsi, son pouce remua le crac de sûreté, il tendit son poignet, et tira.

Le chien roi s'effondra sur la pelouse.

Holmes baissa le bras et se congratula de ne jamais manquer, Irène se pâmerait devant telle adresse, marcha calmement vers l'abattu.

En le voyant tendu bougeant comme un cafard écrasé, il constata qu'il l'avait effectivement estropié. Il s'accroupit a son côté. Le chien roi haletait de colère, et le fixa avec yeux noirs.

- Ce n'est pas fini !, fit-il.

Holmes ne put pas s'empêcher d'esquisser un petit sourire fugace, et il haussa les sourcils. – Vraiment ?

Il accumula une boule de salive dans sa bouche et la cracha sur son visage, à manière de dernier mot. Les halètements du chien roi devinrent plus violent, il rougit, devint fou de rage, mais sans importer ce qu'il essaye il restait impuissant.

- Moi je crois que vous vous trompez.

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Le roi des chiens était dans la prison, et là on croyait qu'il mourrait de désuétude.