VI

I don't wanna wake up from this tonight

Note de l'auteur : Bon, je n'ai rien dit hier, mais j'imagine que maintenant tout le monde a visionné l'épisode 12. J'en parle, parce qu'il s'y est passé… Une chose, dirons-nous, que j'ai souhaité intégrer à mon histoire, mais modifié légèrement évidemment. Certains auront peut-être aussi remarqué que j'ai conservé « Le dragon, l'agneau, le diable et dieu » et j'y fais également référence, de manière plus subtile, dans ce chapitre. Surtout en ce qui concerne la transformation de Will. Ce chapitre est ce qu'on appelle une « charnière ». Il ne s'y passe souvent pas grand-chose, sur un court laps de temps et parfois en huis clos. C'est le cas ici. Mais, ces événements sont indispensables pour poursuivre l'histoire. Et avec Hannibal et Will, c'était pas gagné. Le chapitre a également une ambiance volontairement éthérée, presque irréellement, car, jusqu'à la fin, Will refuse de totalement s'éveiller sur la réalité. Jusqu'au départ, inévitable. J'espère que vous passerez un bon moment.

Bonne lecture et à très vite pour la suite.


China : Hier, une fan a twitté à Bryan Fuller : « Est-ce que le Hannigram est canon maintenant ? Dites-le moi, s'il vous plaît, car je suis vraiment confuse. » Ce à quoi Bryan a répondu : « Vous me le direz quand vous aurez vu le final. » Alors, évidemment, je ne m'attends pas à voir ce que j'ai écrit. Mais, franchement, après avoir dit ça, si le final n'est pas à la hauteur, je pense qu'il recevra des menaces de mort XD

J'adore les folles cavales. C'est tellement romantique ^^


J'ouvris les yeux dans l'obscurité, en sursautant. Durant d'interminables secondes, je fus incapable de me souvenir où j'étais. Puis, je tendis mon bras à l'aveugle, jusqu'à trouver un interrupteur, et allumai une lampe de chevet. La lumière jaune agressa mes pupilles et éclaira brutalement la pièce, en même temps que mes souvenirs. Un coup d'œil au réveil qui trônait sur la table de chevet m'apprit que j'avais dû dormir trois heures, tout au plus. Je soupirai et me rallongeai sur le dos, les yeux fermés, avant de faire le point sur mon corps perclus de douleur. Mon nez, tout d'abord, me lançait atrocement. Je n'osai même pas y toucher. Ma main, ensuite. Celle qui avait frappé Francis. Je la levai mollement devant mon visage pour constater que deux phalanges avaient viré au bleu. Ma gorge était irritée, mon cou me lançait dès que je bougeais ma tête. Mon dos me semblait en compote. Sans parler du reste. Me lever serait une torture, mais, il y avait un besoin qui surpassait tout ça. La faim. Mon estomac gronda de mécontentement. Mes sens s'éveillèrent alors, et je compris pourquoi. Une odeur délicieuse flottait dans l'air. Il n'y avait qu'une seule explication. Hannibal cuisinait. Et j'étais affamé comme un lion.

En rassemblant mes forces, je quittai le lit. Je ne savais pas où étaient mes vêtements. Ils avaient disparu. Qu'importe. Nous n'en étions plus à ça près, et c'est entièrement nu que je pénétrai dans le salon, à pas de loup. La première chose qui me frappa, fut l'absence du corps de Francis au sol. À l'endroit où il aurait dû se trouver, le sang avait imprégné le parquet, malgré la tentative visible de récurage. Un feu brûlait dans la cheminée. Sur le canapé, mon blouson n'avait pas bougé. Mais, toujours aucune trace de mes habits. Résigné, je m'enfonçai dans le manoir, en suivant les senteurs épicées et les tintements d'ustensiles que je pouvais percevoir, à présent.

La cuisine était vaste, à l'image de la maison. Derrière un des plans de travail, Hannibal semblait plus à sa place que n'importe où ailleurs, même uniquement vêtu d'un boxer. Sur le piano de cuisson, un plat mijotait doucement dans une cocotte-minute, d'autres mets crépitaient dans une poêle. C'était de là que venait ce fumet particulier qui fit se tordre mon ventre de nouveau. Hannibal releva alors la tête et m'aperçut. Son regard me transperça et je me figeai sur place, jusqu'à ce qu'un sourire en coin se dessine sur ses lèvres fines et qu'il hausse un sourcil moqueur, en me détaillant de haut en bas. Je levai les yeux au ciel.

« Je n'ai pas trouvé mes vêtements. » Me justifiai-je, en m'avançant vers lui.

« Je les ai brûlés, ainsi que les miens. Ils étaient couverts de sang. Il faudra fouiller les armoires de ce cher Francis. » M'apprit-il, en se retournant pour se saisir du manche de la poêle, pour remuer les ingrédients.

« Qu'est-ce qu'on mange ? » Demandai-je, motivé par une curiosité malsaine.

« Parmentier de cœur de dragon à la liqueur de whisky. » Dit-il, avec une certaine fierté dans la voix. « Mais, avant de te mettre à table, tu devrais aller prendre une douche, pour que je puisse examiner tes blessures. La salle de bain est par là. » Ajouta-t-il, en m'indiquant une porte donnant sur un couloir.

Mon estomac vide n'appréciait pas cette idée, mais je ne pouvais qu'imaginer l'image que je renvoyais actuellement. Le sang séché sur ma peau, les ecchymoses… Je suivis donc son conseil et quittai la pièce, en refusant toujours de trop penser à ce qui se passait.

La salle d'eau était large, elle aussi. Une douche italienne au carrelage noir trônait contre le mur opposé à l'entrée. À ma droite, une double vasque de la même couleur qui contrastait avec les murs blancs. À ma gauche, un miroir ancien sur pieds en partie brisé, devant lequel je me plantai. Le reflet fragmenté qu'il me renvoya manqua de me faire vaciller. En plus des contusions dont je connaissais déjà l'existence, je trouvai une multitude de traces de morsure, de suçons et de griffures. Je me contorsionnai pour exposer mon dos. Il n'offrit pas un meilleur spectacle. Sans réfléchir à la manière dont ses marques étaient arrivées là, et surtout, à cause de qui, je m'empressai d'entrer dans la douche et de tourner le robinet. Le jet brûlant frappa mes épaules et détendit immédiatement mes muscles. L'eau se colora de rouge, emporta mon angoisse dans le siphon. Puis, la porte s'ouvrit derrière moi.

Sans même me retourner, je sus qu'il s'avançait dans la pièce qui s'emplissait de vapeur, et je frissonnai, quand sa peau entra en contact avec la mienne. Deux mains chaudes caressèrent mes omoplates, puis s'emparèrent d'un gel douche et d'un gant, avant d'entreprendre de me laver. Le tissu imbibé d'eau et de mousse acheva de me nettoyer.

« Montre-moi ton visage. » Murmura-t-il à mon oreille.

Lentement, je lui fis face et, délicatement, il tamponna mon nez, avant d'en tâter l'arête avec précaution. Un sifflement m'échappa, mais je me retins de reculer.

« Il n'est pas cassé. Ce sera douloureux durant quelques jours. Je te donnerai un antalgique, tout à l'heure. »

J'acquiesçai simplement, avant qu'il ne saisisse mon menton, pour me relever la tête et examiner mon cou. Je grimaçai sous la gêne.

« Ma marque de strangulation disparaîtra bientôt, mais tu auras certainement la gorge irritée encore un moment. Je ne pense pas que tu aies besoin d'une minerve, mais porter une écharpe, vu les températures extérieures, me paraît nécessaire pour que ça ne s'aggrave pas. »

Ses doigts descendirent ensuite pour s'emparer de ma main gauche, avant de la soulever. Il l'inspecta prudemment, en faisant fi de mon alliance, et je serrai les dents, quand elle me lança, car je refusais de me plaindre.

« Hématomes au niveau des quatrième et cinquième métacarpiens, mais je ne sens aucune fracture. C'est déjà en train de désenfler. Tu as d'autres blessures à signaler ? »

« Tu veux dire, en dehors des ravages que tu as fait sur mon corps ? Non, rien d'autre. »

Et un sourire quelque peu carnassier étira ses lèvres, avant qu'il ne se penche sur moi pour m'embrasser. Apparemment, il n'était absolument pas désolé pour ça. Je n'en attendais pas moins de lui et retrouvai la saveur électrisante de sa langue, sur la mienne. Puis, il colla nos fronts, ses mains posées sur mes hanches.

« On ne peut pas trop s'attarder. Même s'il est peu probable qu'on vienne nous chercher ici. » Chuchota-t-il. « Je vais nous chercher de quoi nous habiller. »

Il posa un baiser sur ma pommette, avant de sortir de la douche, d'enrouler une serviette blanche autour de sa taille et d'ouvrir la porte, alors que je m'emparais d'un shampoing pour laver mes cheveux.

« Hannibal ? » L'appelai-je, avant qu'il ne parte.

« Oui ? »

« C'est loin l'Argentine ? »

En réponse, il sourit simplement, puis quitta la pièce.

Quand je revins dans la cuisine, emmitouflé dans un peignoir gris trop grand pour moi, Hannibal, maintenant habillé d'un simple pantalon noir et d'un pull à col rond rouge bordeaux, s'apprêtait à réduire les pommes de terre en purée. J'étais resté bien plus longtemps que nécessaire sous la douche, à me convaincre que mon plan initial était encore sur les rails et que je faisais tout ça uniquement pour gagner sa confiance. Et cela aurait pu fonctionner… Si j'arrivais à oublier mon désir pour lui, qu'il avait éveillé en moi. De plus, il avait raison. J'aurais bien du mal à me disculper. Surtout maintenant. J'étais coupable de quatre meurtres, dont un avec préméditation. Il ne me restait pas beaucoup de choix. J'allais devoir accepter son aide. Ce n'était pas comme si je pouvais retrouver Molly, à présent. Ce n'était pas comme si j'en avais toujours envie.

Sur l'îlot central, m'attendaient une gélule et un grand verre d'eau, que je m'empressai d'avaler, en prenant conscience à quel point j'étais assoiffé, avant de m'intéresser à la pile de vêtements posée sur un des tabourets.

« Je pense qu'ils t'iront. » Dit-il, en écrasant les patates avec une fourchette, avant d'y verser du lait.

Je décidai de le vérifier tout de suite et ne m'embarrassai pas d'aller ailleurs pour me changer. Un bas de treillis anthracite, un t-shirt blanc et un épais chandail bleu nuit qui me réchauffa immédiatement. L'ensemble faisait au moins d'une taille de trop, mais était confortable. Hannibal flamba la viande avec la liqueur de whisky, une flamme s'éleva de la poêle, avant de s'éteindre doucement, et la faim revint au premier plan dans mon esprit. Je décidai de mettre la table, pour ne pas rester inactif, et ouvris quelques placards, jusqu'à trouver ce que je voulais, avant de le poser sur l'îlot et d'ouvrir un tiroir pour y dénicher des couverts. Il avait déjà sorti deux verres à vin et débouché une bouteille de rouge qu'il avait déniché Dieu seul sait où dans la maison. Il éteint les feux de cuisson et disposa un emporte-pièce cylindrique au milieu d'une des assiettes blanches, avant d'y monter son plat et de le saupoudrer de ciboulette. Je m'assis et observai ses mains fines réitérer la manœuvre avec la même précision méticuleuse. Nous étions loin des dîners raffinés qu'il organisait par le passé, mais cela ne l'empêchait pas de faire au mieux. D'un torchon propre, il essuya une goutte de sauce sur la céramique, avant d'empiler efficacement la vaisselle dans l'évier et de s'installer en face de moi.

« Bon appétit. » Dit-il ensuite, en nous servant en vin.(1)

« Merci. » Soufflai-je, en saisissant ma fourchette, avant de la planter dans la purée.

Je pris également quelques morceaux de viande agrémentés d'oignon émincé et inspirai profondément, avant de porter le couvert à ma bouche. J'attendis la nausée, à l'idée de ce que j'allais déguster. Mais, les saveurs explosèrent dans ma bouche. C'était onctueux, tendre et épicé. Les ingrédients se mariaient à la perfection. Et je dus me faire violence pour manger doucement et savourer chaque bouchée. Je levai les yeux sur Hannibal, qui semblait attendre mon verdict, et lui sourit sincèrement pour la première fois depuis des années. Cela parut amplement le contenter et il s'empara de son verre, avant de humer sa boisson et d'y tremper ses lèvres. Je n'y connaissais toujours pas grand-chose en œnologie, mais il en apprécia visiblement le goût, alors je bus le mien sans aucune appréhension.

Le repas se déroula dans un silence confortable. Nous devions discuter de bien des choses, mais aucun de nous ne ressentit le besoin de parler. Notre relation n'avait jamais été aussi claire, aussi limpide. Je retrouvai pleinement ce que j'avais à peine effleuré jusqu'à maintenant. Plus de faux-semblant, plus de double jeu. Je n'étais plus en mission pour Jack et Hannibal ne s'exprimait plus à demi-mot. J'étais devenu son égal.

Le soleil finit immanquablement par se lever, et avec lui, la réalité nous rattrapa. Nous nous étions bien assez attardés ici. À n'importe quel moment, quelqu'un pouvait venir sonner. Francis ne se pointerait pas à son travail, ce matin, et cela finirait par être remarqué. Et, si personne ne connaissait l'identité du Dragon Rouge, à part nous, cela ne voulait pas dire que nous étions forcément en sécurité dans sa maison.

Cependant, lui comme moi, nous ne voulions pas quitter les lieux sans lui rendre sa magnificence. Et c'est enfin satisfait, que nous reculâmes pour admirer notre première véritable œuvre commune. Quand nous avions découvert son grenier, en cherchant des équipements qui pourraient nous être utiles, il était apparu, comme une évidence, que c'était là qu'il se tiendrait fièrement. Pendu par les épaules et les poignets aux poutres apparentes du plafond, entièrement nu et les bras écartés, la peau écorchée de son dos étirée, tendue, sur deux structures en bois formant de grandes ailes majestueuses où l'on pouvait encore distinguer son immense tatouage, Francis Dolarhyde devint enfin ce qu'il voulait être.

Ma main gauche me faisait un mal de chien, et je tentai de l'oublier, alors que nous finissions de rassembler nos affaires. Mais, ma grimace de douleur n'échappa pas à Hannibal.

« Va mettre de la glace dessus, je vais terminer. »

C'était les premiers mots qu'il prononçait depuis des heures. Et je l'écoutai, en quittant le salon pour la cuisine, où j'ouvris le congélateur pour m'emparer d'un bac à glaçon et le vider dans un torchon, avant de l'appliquer sur mes phalanges. Le froid me fit un bien fou et j'attendis quelques minutes avant d'y jeter un coup d'œil pour constater qu'elles avaient de nouveau enflé. C'est alors que mon alliance accrocha mon regard. La lumière jouait de ses éclats dorés. Avec précaution, je la retirai en serrant les dents sous la douleur, puis la posai sur le plan de travail. Elle roula sur elle-même sur le marbre écru, avant de s'immobiliser et je l'abandonnai là, en rejoignant Hannibal.

« Je vais conduire. » Dit-il, en me voyant revenir.

Il avait endossé un blouson en cuir noir déniché dans la garde-robe de Francis. Il lui donnait un côté sauvage. Je l'imaginai, un instant, juché sur une grosse cylindrée, et l'idée me plut un peu trop pour ma propre santé mentale.

« Ce n'est pas ça qui va m'empêcher de tenir un volant. » Contrai-je, en désignant mes doigts.

« Tu n'as presque pas dormi. »

« Et toi, pas du tout. »

Il soupira, alors que je lui tenais tête.

« Très bien. Nous nous relaierons, dans ce cas. » Conclut-il, finalement, en prenant un des sacs et en se dirigeant vers la sortie.

Je le rattrapai par le bras, quand il passa à côté de moi, et il posa sur moi ses yeux d'une couleur rare. De ma main valide, je caressai sa joue rasée de près le matin même. Mon pouce glissa sur sa pommette saillante et ses paupières se fermèrent sous l'attention.

« Est-ce que tu es… Amoureux de moi ? » Murmurai-je, mon cœur martelant ma poitrine.

Il déglutit et je suivis, comme hypnotisé, les soubresauts de sa pomme d'Adam. Puis, il me fixa longuement, insondable, avant de se pencher sur moi.

« Oui. » Souffla-t-il, contre mes lèvres, avant de m'embrasser.

Mes bras se nouèrent autour de sa taille, son sac s'écrasa au sol et il prit mon visage en coupe entre ses paumes, en m'emportant dans un baiser qui me consuma de l'intérieur. Je brûlais pour lui, comme il brûlait pour moi. Notre étreinte glissa lentement vers quelque chose de plus charnel, de plus animal, et il s'écarta avant que la situation ne dérape réellement. Nous devions partir d'ici. Essoufflé et quelque peu agité, je m'emparai du deuxième bagage d'affaires. Hannibal s'apprêtait à faire de même, quand il agrippa soudainement ma main blessée. Le geste me surprit, mais je ne me dérobai pas, quand je compris ce qui avait attiré son attention. Il fixa simplement mon doigt nu, le caressa doucement, avant de me lâcher et d'aller ouvrir la porte.

Le froid hivernal envahit immédiatement le vestibule, et j'enfilai rapidement ma veste, avant de le rejoindre sur les marches. À cette heure très matinale, la rue était déserte. Je refermai donc derrière moi et nous dévalâmes l'escalier, avant de rejoindre la voiture, un peu plus bas. Hannibal se glissa derrière le volant, alors que je jetais nos sacs dans le coffre, et je souris devant tant d'entêtement, en décidant de finalement en profiter pour glaner une heure de sommeil supplémentaire. Je montai à mon tour, il mit le contact, et j'attachai ma ceinture, m'enfonçais dans mon siège aussi confortablement que possible, avant d'appuyer ma tête contre le cadre de la vitre. Le véhicule s'élança sur la route et je regardai le paysage défiler, alors que le soleil grillait d'un éclat nouveau.


(1) Vous aussi vous l'entendez le dire dans votre tête, ou c'est que moi? XD