VII
Your face is like a melody
Note de l'auteur : Aujourd'hui, j'ai dû faire une chose dont j'ai horreur, une chose dont je suis phobique : me rendre à la CAF. Je n'avais pas de combinaison en plastique sous la main – et laisser de l'ADN aurait été fâcheux – alors quand je suis rentrée, un personnage a dû payer pour ça. Ça m'a fait beaucoup de bien et pas qu'à moi je pense. Hannibal approuve. Sinon, j'espère que vous aimez la cavale de nos Murder Husbands, parce que ce n'est pas encore fini ;)
Bonne lecture !
China : Tu me rassures (comme beaucoup d'autres heureusement) je ne suis donc pas folle XD Les tweets et l'interview de Bryan me font péter un plomb ces derniers jours. Littéralement. Will là il en est à un niveau où il te répondrait : « un plan initial ? Quel plan initial ? Je ne vois pas de quoi vous parlez, j'ai un alibi, j'étais au cinéma. » XD Jack… part à la retraite dans ce chapitre. XD Wait and see pour le final. Moi, je suis une éternelle utopiste, je ne vois pas la série se terminer sans Will et Hannibal ensemble.
Les yeux fermés, je me laissai bercer par le bruit du moteur et aspérités de la route. Tout me semblait si irréel. Une main se posa doucement sur ma cuisse. Sa chaleur se répandit sur ma peau à travers mon pantalon. Un soupir m'échappa et je m'enfonçai un peu plus dans la banquette.
« Tu ne m'as toujours pas expliqué. » Dit-il, soudainement.
« Quoi donc ? » Demandai-je, paresseusement.
« Les événements qui t'ont mené à me faire évader. »
J'ouvris mes paupières et me redressai, en prenant conscience qu'il disait vrai. Tout ceci était allé si vite.
« Molly est partie. »
« J'avais cru comprendre, en effet. » Commenta-t-il, en voyant que je ne continuai pas. « Mais, ce n'est pas pour ça, n'est-ce pas ? »
« Non. Elle m'a quitté suite à une discussion qu'elle a eue avec Alana. À la base, j'étais juste venu lui demander des explications. Je ne saisissais pas pourquoi elle avait décidé de lui raconter toutes ces choses que j'avais volontairement gardées sous silence. Quand je suis arrivé, elle était avec Margot… »
« Que s'est-il passé ? »
« J'ai surpris leur conversation. Elles planifiaient ton meurtre. » Soufflai-je, en me souvenant clairement de la scène. « Elles se demandaient si ce serait visible à l'autopsie. J'ai compris qu'elles parlaient d'un poison ou quelque chose du même genre. Puis, Richard est arrivé, avec les plateaux-repas. J'ai fait le lien et… Je ne sais pas… Je n'ai pas vraiment… Réfléchi. Je… »
Il fit une violente embardée et je fus projeté contre ma portière. En une manœuvre habile, il se gara sur le bas-côté et coupa le contact. Le dos raide, les mains crispées sur le volant, il serra la mâchoire et inspira fortement avant de relâcher un souffle tremblant. Ma main vola jusqu'à sa nuque, glissa dans ses cheveux.
« On ne peut pas y aller. Nous devons rester invisibles et imprévisibles. » Murmurai-je, en le sentant se détendre sous ma paume. « Il faut quitter la ville. Si tu… » Je déglutis difficilement. « Si tu m'aimes… Partons d'ici sans tuer personne. »
Il tourna sa tête vers moi et je me perdis dans son regard mordoré. Sans me quitter des yeux, il tourna la clé et remit la voiture en marche, avant de passer la première et de reprendre la route à une allure modérée.
…
Quand je reconnus le quartier où nous nous trouvions, une sourde angoisse monta dans ma poitrine. Hannibal se gara à un pâté de maisons de chez lui.
« J'ai besoin de récupérer certaines choses. Cela ne prendra qu'une minute et nous partirons. » M'expliqua-t-il.
« Il doit y avoir des flics en planque partout. » Avançai-je.
« À moins qu'il ne me pense pas assez bête pour revenir ici. »
« Jack n'aurait pas pris ce risque. On ne peut pas juste marcher vers l'entrée en espérant que personne ne va soudainement se jeter sur nous. C'est vraiment indispensable ? »
« Si nous voulons quitter le pays, oui. »
Tendu, j'essayai de réfléchir rapidement à une solution, quand un jeune vagabond qui passait par là attira mon attention.
« Tu as du liquide chez toi ? » Demandai-je, précipitamment.
« Oui. Dans un coffre. Pourquoi ? »
Sans répondre, j'ouvris ma portière, descendis de la voiture et rejoins l'homme en petites foulées, en regardant partout autour de moi.
« Excusez-moi. »
Le mendiant se retourna, curieux de ce que je lui voulais.
« Ça vous dirait de vous faire un peu d'argent ? »
« Un peu qu'ça m'dit ! » S'exclama-t-il.
« J'ai un service à vous demander. C'est un peu risqué, mais… »
« J'suis votre homme ! » Me coupa-t-il.
Je lui souris, le plus innocemment possible, ravi qu'il accepte.
« Vous voyez la maison, là-bas ? » Dis-je, en lui montrant la bâtisse du doigt. « C'est celle de mon ami, assis dans la voiture. Il vit un divorce difficile… Enfin, vous savez ce que c'est. »
« Pas vraiment, m'sieur. Mais j'vois l'genre. » Répondit-il, en regardant dans la direction de mon bras.
« Elle l'a mis à la porte, a changé les serrures, il se retrouve sans rien. »
« C'est pas cool ça. » Commenta-t-il, en fourrant ses mains dans ses poches.
« Pas cool du tout, non. » Approuvai-je. « Il aimerait bien récupérer ses affaires, mais on ne sait pas si elle est là… »
« Vous voulez que j'aille sonner, c'est ça ? »
« Exactement. Vous êtes du genre futé, vous. » L'amadouai-je. « Vous y allez, vous vérifiez qu'il n'y a personne et ensuite, je vous paierai. »
« Deal. » Dit-il simplement, avant de se mettre en route.
Je retournai dans la voiture et claquai la portière, avant de boucler ma ceinture.
« Démarre et prépare-toi à foutre le camp d'ici. »
Hannibal mit le contact et sortit de sa place de parking, pour faire demi-tour dans la rue et s'arrêter devant un feu tricolore qui était pour le moment au rouge. Je m'assis en travers et me contorsionnai pour observer la scène de loin, par la vitre arrière. L'adolescent monta les marches, se planta devant la porte et sonna. Une seconde après, un homme sortit d'un véhicule stationné non loin de là, courut vers lui et le plaqua contre le battant, en hurlant des paroles que nous étions bien trop loin pour comprendre. L'agent en civil maîtrisa le jeune sans trop difficulté et je vis alors Jack gravir lentement l'escalier. Je me tournai vers Hannibal et croisai son regard déterminé. Sans hésiter, il se remit face à la route et passa le feu maintenant vert, avant de tourner à droite, puis de nouveau à droite. Quand je compris ce qu'il faisait, j'agrippai son bras, comme pour l'arrêter.
« Il faut qu'on s'en aille, Hannibal ! »
« Jack sera occupé quelques minutes, grâce à ta diversion. Nous allons passer par-derrière. »
Il s'arrêta, puis roula à reculons dans une allée qui menait à l'arrière de la maison, pour que nous puissions repartir rapidement. En espérant qu'ils ne nous barrent pas la route. Sans attendre, il sortit et courut furtivement vers la porte. Je lui emboîtai le pas. Rapidement, nous étions dans son salon. Revoir l'intérieur de cette maison, après toutes ces années, me ramena à des souvenirs lointains. De conversations, de dîners. Inconsciemment, ma main se posa sur mon ventre, frotta la cicatrice qui barrait mes abdominaux, en passant devant la cuisine. Une fraction de seconde, je crus y apercevoir Abigaïl, dans une mare de sang. Je repensai aux longues heures que j'avais passées ici, seul, après son départ pour l'Europe. Quand il m'avait abandonné.
Le voir de nouveau entre ces murs, me procura un sentiment indescriptible. Tout ici était imprégné de sa personne et il y retrouva ses marques immédiatement. Sans hésiter, il se dirigea vers une bibliothèque et retira une pile de livres d'une étagère, dévoilant un petit coffre dont j'ignorais l'existence.
Dans les méandres de mes pensées, je perdis un instant le contact avec la réalité. Les lieux étaient bien trop chargés émotionnellement. Mon regard s'abîma sur un tableau au mur, Hannibal s'approcha dans mon dos. Puis, le toucher dur et froid du canon d'une arme se fit sentir sur l'arrière de mon crâne. Ma respiration se bloqua et je déglutis, avant de faire très lentement face à Jack. Contrairement à ce que j'avais cru, Hannibal n'était nulle part en vue.
« Je ne te le demanderai qu'une seule fois, Will. As-tu fait tout ça de ton plein gré ? »
Durant une éternité, je fixai son regard noir, sans me dérober, malgré la crainte que je pus y lire.
« Oui. » Soufflai-je, finalement.
Ma réponse le statufia.
« Pourquoi ? » Demanda-t-il, entre ses dents serrées.
Son arme toujours pointée sur moi, tremblant de colère, il paraissait hors de lui, prêt à tirer à n'importe quel moment. Progressivement, je levai mes mains. Du coin de l'œil, mais en prenant garde de ne pas m'y attarder, je vis Hannibal approcher silencieusement, rapide et implacable. Dans sa main, un de ses couteaux de cuisine que je savais impeccablement aiguisés. Le temps sembla se figer et, comme au ralenti, une poigne puissante écarta Jack de moi et la lame passa sous sa gorge, avant de la trancher dans un mouvement sec et parfaitement maîtrisé. Instantanément, un flot de sang s'écoula sur le sol, éclaboussa le mur à ma droite. Dans un réflexe instinctif, je m'emparai de son Glock, alors qu'il tombait à terre avec une main pressée sur son cou dans un geste que je savais inutile. Une paume chaude vint se poser sur ma joue, caressante et je fermai les yeux en me blottissant contre elle, avant d'y déposer un baiser.
« Tu vas bien ? » Chuchota-t-il.
Je hochai simplement la tête, incapable de regarder la scène en face.
« J'ai ce qu'il nous faut. Partons d'ici. » Ajouta-t-il, en me prenant doucement l'arme des mains, avant de me guider vers la sortie.
À l'extérieur, un vent glacial me ramena quelque peu à la raison. Jack allait me tuer. Hannibal a tué Jack. Une cause. Un effet. Le temps ne pouvait s'écouler que dans un seul sens.
Il se glissa derrière le volant, alors que je remontais dans la voiture, puis il démarra et nous fûmes de nouveau sur la route.
« Qu'est-ce qui valait la peine qu'on se retrouve brusquement avec quelques minutes pour quitter la ville avant qu'il n'y ait des barrages routiers partout ? » Le questionnai-je, en vérifiant par-dessus mon épaule si on ne nous prenait pas en chasse.
Il me tendit alors une simple sacoche noire dans laquelle, la première chose que je vis, fut la quantité non-négligeable de billets, avant d'apercevoir deux petits livrets bleu marine. Des passeports, compris-je, en les examinant de plus près. J'en ouvris un. Malgré la photo d'Hannibal qui ornait la gauche de la page, le nom qui s'affichait à droite m'était inconnu. Il était faux, mais particulièrement bien imité, déduis-je. Dans le deuxième, à ma grande surprise, se trouvait un cliché de moi-même, déniché je ne savais où, à côté d'une autre identité tout à fait étrangère.
« Depuis quand es-tu en possession d'un faux passeport qui m'est destiné ? »
« Quatre ans. » Souffla-t-il, sans quitter la circulation des yeux.
Je le fixai, incapable de répondre pendant un instant.
« Tu… Tu voulais vraiment que je parte avec toi, cette fois-là, n'est-ce pas ? »
Il prit simplement ma main, pour la porter à sa bouche, avant de l'embrasser, et je frôlai ses lèvres de mon pouce.
…
Nous venions de quitter Baltimore. Par les petites routes secondaires, le voyage prendrait plusieurs jours, mais nous devions à tout prix éviter l'autoroute. Imprévisible était le mot d'ordre. Être là où ils ne nous attendraient pas. Et, alors qu'ils surveilleraient certainement tous les vols en partance pour l'Europe, nous roulerions plein sud, en nous arrêtant le moins souvent possible, direction Mexico, où nous prendrions un avion pour Buenos Aires.
Nous ne pouvions pas conduire éternellement, même en nous relayant. Mais, pour le moment, nous relâcher n'était pas une option. Nous devions mettre le plus de distance possible entre eux et nous, jusqu'à ce que nous tombions de sommeil.
Le réservoir d'essence, lui, ne nous laissa pas ce luxe aussi longtemps que nous l'aurions voulu. La nuit était déjà tombée depuis longtemps. Ma montre indiquait une heure du matin et nous venions d'entrer en Virginie Occidentale, sur la 259, quand nous n'eûmes plus d'autre choix que de nous arrêter pour éviter la panne sèche. Une station-service se dessina enfin dans l'obscurité et c'est avec soulagement que je mis mon clignotant pour y entrer. Je coupai le contact devant la pompe et sortis dans la nuit froide pour faire le plein. Hannibal prit un peu d'argent dans la sacoche et ouvrit sa portière.
« Je vais nous chercher quelque chose à manger. » M'informa-t-il, alors que je tirais sur le pistolet de distribution.
J'acquiesçai d'un sourire fatigué et il trottina jusqu'à la petite épicerie, où je le rejoignis rapidement, une fois acquitté de ma tâche. L'éclairage cru de la boutique agressa mes rétines et je le repérai tout de suite, en train de régler à la caisse et je l'y retrouvai. À cette heure tardive, la station était déserte, en dehors du seul employé présent. Ma main glissa dans son dos, remonta sur sa nuque, dans un geste qui me parut étonnamment naturel. Il tourna sa tête vers moi, en sentant la caresse et me lança un regard indescriptible qui m'inquiéta.
« Alors ? On fait un road trip ? » Nous demanda le caissier, certainement pour faire la conversation.
Au-dessus de sa tête, une petite télévision diffusait les infos en continu, sans le son. Sur l'écran, nos visages s'affichèrent quelques secondes, avant de faire place à un agent du FBI que je ne connaissais pas. Il parlait dans le micro d'un journaliste, sûrement pour lancer notre avis de recherche. Ils n'avaient pas traîné. Bientôt, nous serons traqués dans tout le pays.
« En quelque sorte, oui. » Répondit Hannibal, calmement, en faisant en sorte de garder son attention, pour qu'il n'ait pas l'idée de jeter un œil aux images.
Il tendit un billet de cinquante dollars que l'homme s'empressa d'encaisser, avant de nous rendre la monnaie.
« Il y a un motel, un peu plus loin sur la droite. Vous devriez faire une pause, les gars. Vous avez des têtes à faire peur, franchement. Je ne sais pas où vous allez comme ça. Mais, si vous voulez y arriver entiers... Les routes sont trompeuses la nuit, dans le coin. » Continua-t-il, sur sa lancée.
« Merci pour cette recommandation, Monsieur. Nous allons suivre votre conseil. » Répliquai-je, en prenant le sachet en plastique plein de vivres sur le comptoir, avant de marcher le plus tranquillement possible vers la sortie.
« Bonne nuit et bonne route. » Nous souhaita-t-il, alors qu'Hannibal le saluait d'un vague signe de tête.
Sans traîner, nous remontâmes à bord de l'habitacle mal chauffé, mais toujours préférable aux bourrasques qui soufflaient à l'extérieur, et roulâmes encore sur deux kilomètres, avant de tomber sur l'hôtel en question, en espérant pouvoir nous y reposer quelques heures.
