IX
Tell me that everything is fine
Note de l'auteur : La cavale continue de plus belle. Un dialogue important et des ennuis dans ce chapitre. Bonne lecture.
PS : Google Map et Wikipédia sont mes amis ^^
China : J'adore les miroirs au plafond ^^ Merci pour tes compliments. Pour le chapitre POV Hannibal, disons qu'il serait étrange de changer soudainement de point de vue. Et je l'avoue, se mettre dans la tête d'un sociopathe est beaucoup moins aisé pour moi, puisque je suis un emphatique, comme Will. Mais peut-être que je ferai un jour une fic POV Hannibal, j'en sais rien après tout, mais pas dans celle-ci.
Lentement, je m'éveillai dans un cocon de chaleur. En refusant d'ouvrir les yeux, je me blottis un peu plus contre le corps d'Hannibal, en soupirant. Le bras autour de ma taille resserra sa prise. Il posa un baiser sur mon front.
« Si nous ne voulons pas perdre le peu d'avance que nous avons, il faut partir maintenant, Will. » Murmura-t-il à mon oreille.
« J'sais » Marmonnai-je, en enfouissant mon nez dans son cou.
« Va prendre une douche. Je vais ranger nos affaires. Ensuite, nous mangerons rapidement quelque chose. »
Résigné, je me détachai de son étreinte, pour me redresser, en passant une main dans mes cheveux en désordre.
« Tu viens avec moi ? » L'invitai-je malicieusement.
« Dans ce cloaque minuscule ? Certainement pas. C'est déjà assez pénible d'y aller seul. Nous aurons de bien meilleures occasions. » Répondit-il, avant de se pencher sur moi pour m'embrasser.
Je ris contre ses lèvres, avant de me lever et de ramasser ma serviette qui avait échoué sur la moquette durant la nuit.
…
Il était encore tôt. Le soleil n'allait pas tarder à se lever, quand je fermai le coffre, alors qu'Hannibal s'asseyait derrière le volant. Je le rejoignis, m'abritant du froid mordant dans l'habitacle. Il se pencha vers moi, pour ouvrir la boîte à gants, et y saisit une carte routière cornée et abîmée qui appartenait certainement à l'ancien propriétaire de la voiture, avant de me la tendre. En comprenant très bien ce qu'il voulait, je la dépliai sur le tableau de bord, avant de tenter de repérer notre localisation.
« Je crois me souvenir que nous sommes sur la 259. Entre Yellow Spring et la frontière de l'État. » Me dit-il, en pointant une zone sur le papier jauni. « Si je ne me trompe pas, nous devons continuer sur cette route, pour ensuite prendre la 48, puis la 220, jusqu'en Virginie. »
Je suivis du doigt le tracé de ses indications. Il avait raison.
« Si nous nous relayons toute la journée, nous pourrons atteindre Monterey, avant de nous arrêter quelque part. » Calculai-je. « Nous y changerons de véhicule. Car, s'il vaut mieux laisser derrière nous des témoins oculaires peu fiables, plutôt que des cadavres qui ne laisseraient pas de place au doute, ils pourraient très bien se souvenir du modèle du 4x4. »
Il approuva d'un signe de tête, avant de mettre le contact.
…
La route défilait, interminable. Mes pensées s'évadèrent vers les souvenirs de ma traversée de l'Atlantique. Des semaines, seul, sur ce bateau. Et pourtant, le temps ne m'avait pas paru aussi long. J'étais si absorbé par mon but, à ce moment-là, que rien n'aurait pu me stopper. Retrouver Hannibal était une obsession. Un moteur. À présent, nous étions en fuite. Ensemble, certes, mais la peur était plus épuisante qu'autre chose. Ne dormir que d'un œil, ne s'arrêter qu'en cas de nécessité absolue, éviter d'entrer en contact avec qui que soit. Conduire et conduire encore. Le Mexique ne m'avait jamais semblé aussi loin. Mais, maintenant que nos visages étaient certainement placardés dans tous les aéroports et toutes les gares du pays, nous n'avions pas vraiment d'autres choix. Et ça, le FBI le savait très bien. Il fallait, par tous les moyens, parvenir à leur cacher notre destination, sinon, nous ne passerions jamais la frontière. C'était une course contre la montre et nous n'avions pas l'avantage. Nous devions disparaître des radars, et vite.
« À quoi penses-tu ? » Demanda-t-il soudainement, après une éternité de silence.
Nous n'avions pas réellement besoin de parler, pour être à l'aise ensemble. Étrangement, c'était maintenant que nous étions vraiment honnêtes l'un avec l'autre, et envers nous-mêmes, que converser s'avérait inutile. Je n'étais plus son patient, comme lui mon psychiatre, je ne devais pas essayer de lui soutirer des aveux, il ne tentait plus de me manipuler. Il ne restait qu'un lien profond, le besoin irrépressible de se toucher, la faim insatiable des corps et des sentiments difficiles à décrire, mais bien là.
« À nous. » Répondis-je, sans parvenir à résumer les choses autrement.
« Pourquoi m'avoir suivi ? Pourquoi avoir fait tout ça ? » Continua-t-il, après un moment de silence. « Tu aurais pu simplement prévenir Jack, ou confronter directement Alana. Ce n'est pas comme si tu n'aurais pas eu gain de cause. Planifier le meurtre d'un patient est toujours illégal, fort heureusement, même si ça ne ferait pas de mal à certains. »
J'allais répondre que je ne savais pas. Une fois de plus. Mais, ce n'était pas la vérité. Cependant, certaines choses restaient encore trop dures à dire.
« Je suis mort dans ta cuisine, Hannibal. » Murmurai-je. « Depuis, ma vie ne m'appartient plus. J'ai passé des journées entières à errer dans ta propre maison, à revivre cette soirée en boucle, à imaginer un autre dénouement, jusqu'à comprendre enfin qu'une part de moi voulait s'enfuir avec toi. Que cette part de moi était tout ce qu'il me restait. Tout ce qui avait survécu, cette nuit-là. Et c'est toujours le cas. »
Son regard resta fixé sur l'horizon, mais il affichait cette expression neutre, derrière laquelle il se cachait quand il ne voulait pas montrer ce qu'il ressentait. Je crus qu'il comptait en rester là, quand il me prit de court.
« Puis-je te retourner ta question, Will ? »
« Quelle question ? » Répondis-je, en regardant par la fenêtre.
« Tu le sais très bien. »
Et c'était vrai. Évidemment. Mais, je n'avais pas l'intention de le laisser s'en sortir avec une telle pirouette. S'il voulait une réponse, il allait devoir faire l'effort de le demander réellement.
« Vraiment, je ne vois pas. Je t'ai posé beaucoup de questions ces derniers jours. »
Je grimaçai en essayant de ne pas sourire, en fixant le paysage…
« Tu es conscient que je vois ton reflet dans la vitre, n'est-ce pas ? »
… Et échouai lamentablement.
« Que veux-tu savoir, Hannibal ? »
« Sais-tu que j'aime la manière dont tu dis mon prénom ? Un jour, je te le ferai crier. »
« Quoi ? » M'exclamai-je, en piquant un fard monumental. « Non ! Je sais ce que tu essaies de faire ! » Ajoutai-je, en pointant un doigt sur son visage, ce qu'il sembla moyennement apprécier. « Mais, ça ne marchera pas. Je ne suis plus cet être malléable que tu pouvais manipuler à ta guise. »
« Non. Cet homme est mort dans ma cuisine, n'est-ce pas ? »
« Cet homme ne pouvait pas t'aimer, parce qu'il ne s'aimait pas lui-même. » Soufflai-je, en fixant mes mains posées sur mes genoux.
« Et celui que tu es aujourd'hui ? » Demanda-t-il, après un moment de flottement.
« Je suis toujours là, non ? » Répondis-je, en me tournant vers lui.
Et il afficha ce sourire en coin insupportable qui me donna envie de le mordre. Mon regard glissa sur son cou appétissant, quand un coup de sirène retentit derrière nous, me faisant sursauter. Par la vitre arrière, je pus voir une voiture de patrouille qui souhaitait visiblement que l'on se range sur le bas-côté. Nous roulions pourtant à une allure modérée. Hannibal ralentit alors, avant de s'arrêter.
« Qu'est-ce que tu fais ? »
« Engager une course-poursuite serait stupide. Il est seul, sans renfort, ce n'est probablement rien. »
L'officier, se gara à notre suite et descendit de son véhicule. Ses bottes claquèrent sur le bitume et sa matraque se balança contre sa hanche, alors qu'il vissait son chapeau sur sa tignasse brune, avant de poser sa main sur son holster, comme par habitude. Je m'enfonçai dans mon siège, en abaissant la visière de ma casquette. Hannibal rajusta son bonnet le plus bas possible sur son front et ouvrit sa vitre en voyant l'homme se pencher vers lui.
« Bonjour, Messieurs. Vous savez pourquoi je vous arrête ? »
La sueur coula dans mon dos et le Glock, que j'avais calé dans la poche intérieure de ma veste, pesa soudainement très lourd contre ma poitrine.
« J'avoue que non, Monsieur l'agent. » Lui rétorqua Hannibal, en maîtrisant parfaitement le ton de sa voix. L'innocence même.
« Votre feu arrière gauche est cassé. »
« Vraiment ? » L'étonnement, maintenant. « Vous m'en voyez navré. Je vais y remédier dès notre prochaine escale. »
« Je n'en doute pas. Mais, je vais néanmoins être obligé de vous verbaliser, monsieur. » Ça ne pouvait évidemment pas être aussi simple. « Votre permis, s'il vous plaît. »
Un long silence accueillit sa requête. Les papiers en question se trouvaient certainement quelque part à l'hôpital, avec ses effets personnels. Quand bien même, la voiture était volée.
« Monsieur ? » Le relança l'officier, alors que son langage corporel changeait radicalement.
« Je crains de l'avoir oublié. »
« Oublié ? Si j'en crois vos plaques, vous n'être pas vraiment du coin. Vous roulez donc sans permis depuis le Maryland. Je vais vous demander de sortir de la voiture. »
« Attendez ! Moi, j'ai le mien. Tenez. » Intervins-je, en fouillant dans mon pantalon. « Je vais prendre le volant et tout sera réglé. »
« Descendez du véhicule, Monsieur. » Répéta-t-il, en m'ignorant. « Et vous, vous ne bougez pas. » Ajouta-t-il à mon encontre.
Hannibal me lança un regard, avant d'ouvrir prudemment sa portière. Le regard. Celui que j'avais finalement appris à connaître. Et je me tins prêt à tout. Il se releva doucement, allongea son corps en surplombant le policier de toute sa hauteur. Je me penchai légèrement sur le côté, pour ne pas quitter la scène des yeux. L'agent le plaqua face à la carrosserie et le fouilla rapidement, avant de le retourner.
« Restez là. » Ordonna-t-il, avant de retourner à sa voiture.
Immédiatement, j'ouvris ma portière très doucement et me laissai tomber au sol, puis la refermai discrètement, avant de rouler sous le 4x4.
« … Une recherche pour la plaque 335 Alpha Victor November. Immatriculée dans le Maryland. » L'entendis-je vaguement demander à la radio.(1)
Je rampai jusqu'à l'arrière du Chevrolet, en perdant ma casquette dans la manœuvre. Je savais ce qu'il allait se passer.
Les bottes crissèrent de nouveau sur l'asphalte, passèrent à un mètre de moi, avant de s'arrêter.
« Je vais vous demander de me suivre, Messieurs. Cette voiture est déclarée volée… » Débuta-t-il, alors que je m'accroupissais derrière le pare-chocs. « Hey ! Où est passé votre ami ? » S'écria-t-il, alors, en pointant brusquement son arme sur Hannibal, au moment où je me redressais, le Glock tendu devant moi.
« Ici. » Répondis-je, en visant sa tête. « Éloignez-vous de lui. »
Je ne croyais pas en Dieu. Mais, intérieurement, je priai de toutes mes forces pour que personne ne passe par là maintenant. L'officier tourna lentement sa tête vers moi, et je pus déceler dans son regard, la seconde à laquelle il comprit à quel point il était dans la merde.
« Vous… Vous êtes ces deux types… L'ex-profiler et… » Ses yeux paniqués revinrent sur Hannibal. « … Le cannibale. »
Il avait fallu qu'il nous reconnaisse, finalement.
« Donnez-moi votre arme. »
Il me la tendit, sans résister, et je la pointai sur lui, en glissant la mienne entre mon dos et mon pantalon.
« Désolé pour ça. » Dis-je.
« Non… Non, attendez ! »
Et j'appuyai sur la détente.
…
Nous foncions droit devant. Hannibal était de nouveau derrière le volant, les mains et la mâchoire crispées.
« Était-ce vraiment une bonne idée de le laisser sur la route ? » Demanda-t-il, après un long moment de silence pesant.
« Rien ne doit nous relier à ce meurtre. Les apparences donneront l'impression d'un contrôle qui a mal tourné et d'un délit de fuite. Et j'ai tiré avec son arme. »
« Tu oublies la plaque minéralogique. Nous devons nous débarrasser de cette voiture tout de suite. »
Un panneau de sortie, direction Wardensville, apparut sur la droite et il tourna un peu brutalement, avant de ralentir un peu.
Nous entrâmes dans la ville – si l'on pouvait appeler ça une ville – et nous évitâmes la route principale, pour nous enfoncer dans la forêt environnante. Les roues du 4x4 entamèrent efficacement la terre boueuse du sentier, et nous nous garâmes finalement à l'abri de la cime des arbres, avant de descendre, de prendre nos sacs et de l'abandonner là. Ils finiraient peut-être par le retrouver, mais nous serions déjà loin.
Nous marchâmes ensuite jusqu'à la périphérie de la commune, sans croiser âme qui vive. Wardensville était un de ces bourgs paumés. Deux cents habitants, tout au plus. Et nous n'eûmes aucune difficulté à trouver un revendeur de voitures d'occasion. Laisser un nouveau témoin n'était pas idéal, mais les gens d'ici vivaient loin du tumulte des grandes cités. De plus, nous ne pouvions pas nous permettre de nous faire de nouveau arrêter au volant d'un véhicule volé.
Moyennant finance, l'homme hirsute et à moitié édenté qui nous accueillit, accepta sans peine de nous vendre une Jeep noire, en bon état marche, sans poser de question. Nous pûmes alors reprendre la route rapidement, sans regarder en arrière. La course contre la montre continuait.
(1) L'alphabet phonétique international est un moyen d'épeler les mots, pour éviter les incompréhensions (par exemple, confondre m et n) utilisé par les autorités et l'armée à travers le monde. Chaque mot correspond à sa première lettre et sont les mêmes dans toutes les langues. Par exemple, la plaque est 335 AVN.
