XII
It's like a dark paradise
The New York Times
Le suicide des amants maudits
La cavale du célèbre Cannibale et de son acolyte, Will Graham, a définitivement pris fin hier soir, dans une issue tragique pour les deux hommes, puisqu'ils ont préféré précipiter leur voiture dans le port de Brownville, plutôt que de se laisser attraper par les autorités. Interviewée par notre envoyé spécial, Molly Graham ne s'explique pas pourquoi son mari a soudainement décidé de faire évader Hannibal Lecter de l'hôpital psychiatrique où il était interné, à la suite d'une série de meurtres particulièrement sanglants. « […] Notre relation n'était pas au beau fixe ces derniers temps. Nous traversions une période difficile. Mais, je ne comprends pas ce qui a pu le pousser à faire ça. Je reste persuadée que Lecter le manipulait. […] » Nous a-t-elle confiés, alors qu'elle se remet encore de ses blessures, après avoir réchappé de justesse à une attaque de Francis Dolarhyde AKA Tooth Fairy, qui rappelons-le, a été sauvagement assassiné par Graham et Lecter. Tout comme Jack Crawford, l'ex-directeur de l'unité des sciences du comportement, dont les obsèques auront lieu ce week-end. Le FBI, toujours sur place, continue de sonder le port à la recherche des corps qui ont probablement été emportés par les forts courants. Les experts dépêchés sur les lieux sont cependant formels. Les chances qu'ils aient survécu sont extrêmement faibles.
The Baltimore Sun
La fin du cauchemar
Hannibal Lecter et Will Graham sont morts hier soir, à la suite d'une course-poursuite avec les autorités qui a mal tourné, à la frontière mexicaine. En effet, piégés par un barrage routier et sans autre issue, ils se sont enfuis vers le port de Brownville, avant de précipiter leur véhicule dans l'océan. Ceux que certains surnomment les Murder Husbands ont finalement préféré mettre fin à leurs jours, plutôt que de passer le reste de leurs vies derrière les barreaux. Le Docteur Alana Bloom, directrice de l'hôpital psychiatrique de Baltimore d'où Lecter s'est évadé, et qui est toujours sous le couvert du programme de protection des témoins, avec sa femme Margot Verger et leur fils, a néanmoins accepté de nous accorder une interview téléphonique. « […] Par le passé, Hannibal Lecter a profité de la faiblesse psychologique de Will Graham pour s'ancrer profondément dans son esprit. Graham avait réussi à se défaire de son emprise et à se construire une vie de famille. Mais, quand il est de nouveau entré en contact avec Lecter, dans le cadre de l'enquête pour retrouver Francis Dolarhyde (ndlr : Tooth Fairy), ce fragile équilibre a volé en éclats. Je regrette amèrement, à présent, d'avoir soutenu Jack Crawford, quand il a décidé de rappeler Graham sur cette affaire. […] » Nous a-t-elle confiés, anéantie par le décès tragique de l'agent Crawford, ainsi que le destin funeste de son ancien collègue et ami, Will Graham. L'enquête continue, pour déterminer exactement le rôle de l'ex-profiler dans l'évasion spectaculaire de Lecter.
TattleCrime
Les Roméo et Juliette du crime
Hier au soir, à la frontière mexicaine, quand l'étau s'est finalement refermé sur eux, Hannibal Lecter et Will Graham AKA les Murder Husbands, ont pris le même chemin que les amants maudits de la célèbre tragédie de William Shakespeare, en décidant de mourir ensemble, plutôt que d'être séparés et privés de leur liberté. Cette fin tragique met un point final à une traque sans merci, jonchée de cadavres, qui aura duré trois longs jours. En effet, après s'être vengés du maintenant célèbre Francis Dolarhyde, et avoir sauvagement égorgé Jack Crawford alors qu'il venait de les surprendre dans l'ancienne maison de Lecter, ils ont également laissé derrière eux une veuve et un orphelin, Amanda et Luc Johnson, la femme et le fils du sergent Johnson, tué dans l'exercice de ses fonctions. Alors qu'il procédait à un banal contrôle routier, il s'est malheureusement trouvé sur la route de Lecter et Graham. Simon Miller, qui tient une station-service en Virginie Occidentale, se souvient très bien du soir où les deux hommes sont venus faire leur plein chez lui. « […] L'avis de recherche venait à peine de tomber. Mais, je n'avais pas les yeux rivés sur la télévision. Quand ils sont entrés, ils avaient l'air de simples amis en plein road trip, comme on en voit souvent. Avec le recul, je me souviens qu'ils prenaient soin de cacher leurs visages. Mais, il était très tard et j'étais fatigué. Je n'ai pas fait très attention. Quand je pense que je leur ai moi-même conseillé le motel où ils ont passé la nuit. J'en ai encore des frissons, en imaginant ce qui aurait pu arriver à ce pauvre Gary, s'il les avait reconnus. Dire que je lui ai envoyé des tueurs comme clients. […] » Nous raconte-t-il, en n'en croyant toujours pas sa chance d'être encore vivant. À l'heure où je boucle ses lignes, le FBI n'a pas encore retrouvé les corps et la réelle implication de Will Graham dans toute cette affaire reste toujours à prouver.
Buenos Aires, Argentine, trois mois plus tard.
J'ouvris les yeux sur notre chambre encore plongée dans l'obscurité. Un coup d'œil au réveil. Six heures du matin. Je m'étirai doucement. Derrière moi, le corps d'Hannibal irradiait mon dos en sueur de chaleur. Le climat subtropical demandait un temps d'adaptation, mais je commençais à m'y faire. De ma jambe, je me débarrassai du drap déjà rejeté au bas du lit durant mon sommeil, et m'assis sur le bord du matelas, en me frottant les yeux, avant de me lever et d'enfiler un simple boxer.
Je me dirigeai vers la vaste cuisine, centre névralgique de la maison, qui s'ouvrait sur une large salle à manger, de sorte que nos invités pouvaient voir le chef à l'œuvre. Enfin, quand nous aurons des invités. Car, si les Portègnes étaient plutôt du genre à ne pas se mêler des affaires des autres, nous devions encore laisser l'affaire se tasser, avant de nous permettre certaines choses. Je pénétrai dans la pièce immaculée de propreté, où chaque chose avait une place et me fis couler un café bien serré, grâce à cette machine qui ressemblait plus à une sculpture qu'à un appareil ménager, avant de le sucrer et de traverser le salon décoré avec goût, pour ouvrir la baie vitrée qui donnait directement sur l'océan. Les embruns s'engouffrèrent par l'ouverture, couvrant mon torse de fines gouttes d'eau et mes pieds se posèrent sur le bois frais et rugueux de la terrasse. C'est là que je regardai le soleil se lever, comme souvent, accoudé à la rambarde, un vent tiède caressant mon visage. Bercé par le flux de la houle, mes yeux rivés sur l'horizon, comme hypnotisé par le mouvement perpétuel des vagues, je me perdis dans mes pensées.
Buenos Aires semblait avoir été créée pour Hannibal, et uniquement pour lui. Avec son Teatro Colón – un des cinq plus grands opéras du monde, d'après lui – et sa centaine de musées consacrés à l'art latino-américain et hispano-américain, au cinéma ou encore à l'histoire nationale, sans compter l'architecture, la gastronomie et la danse. Si nous faisions encore preuve de prudence, en ce qui concernait nos relations extérieures, rien n'aurait pu l'empêcher de m'embarquer à travers toute la cité, de soirées en galeries d'art, d'opéras en expositions, pour parfaire ma culture. Et, il en parlait toujours avec une telle passion, que c'est volontiers que je me laissais entraîner. Après trois ans d'isolement, je ne pouvais pas réellement le blâmer. Vivre seul n'était pas dans sa nature, contrairement à moi, et l'art avait toujours été omniprésent dans sa vie. Sans compter que, pour les mêmes raisons que nous ne fréquentions que très peu de gens, Hannibal n'avait tué personne depuis notre arrivée ici. Et, en témoignait la petite collection de cartes de visite qui s'accumulait dans une boîte sur le plan de travail de la cuisine, il ne supporterait pas cette situation encore bien longtemps.
Si je devais être honnête, j'avouerais que même si je ne partageais pas forcément son appétit, cela me démangeait également. Comme il y avait quelques jours, alors que nous faisions des courses dans le quartier d'Almagro et que nous avions eu affaire à ce boucher. Je ne parlais peut-être pas espagnol, mais je savais reconnaître le ton d'une insulte quand j'en entendais une. Hannibal n'avait pas son pareil pour jouer le touriste qui ne comprenait pas la langue – alors que, bien évidemment, il était polyglotte – ce qui incitait les commerçants locaux à ne pas mâcher leurs mots. Et certains n'appréciaient visiblement pas les étrangers. Celui-ci méritait grandement de finir dans sa propre vitrine. Ou dans notre frigo. Ce qui ne saurait tarder.
Je m'étonnais encore de ne plus ressentir cette instabilité émotionnelle qui me caractérisait. Elle n'avait pourtant pas disparu. Mais, embrasser ma nature me donnait l'équilibre que j'avais désespérément cherché toute ma vie. Mon don d'empathie trouvait son utilité d'une manière qui ne détruisait plus ma psyché. Et, s'il m'arrivait d'être encore fébrile, je passais mes premières nuits sans cauchemar depuis une éternité.
Le seul autre vrai contact que j'avais avec l'extérieur était Rodrigue. L'homme dont Hannibal m'avait parlé et qui s'était occupé de la maison. La bonne quarantaine, d'un caractère plutôt taciturne, il ne posait jamais aucune question, et nous servait du « Señor » quand il nous rendait visite. Mais, il parlait un anglais très correct, ce qui nous permettait de dialoguer et j'avais une affection particulière pour lui, car il ne portait aucun jugement sur notre relation, – il aurait fallu qu'il soit aveugle, pour ne pas comprendre qu'Hannibal et moi n'étions pas que des amis – cependant, je ne l'avais pas aperçu depuis une bonne semaine et cela commençait à m'inquiéter, même si Hannibal ne paraissait pas trouver cela étrange. Je le soupçonnais de préparer quelque chose. Sans parler de la pièce vide.
Depuis que nous avions emménagé, il insistait pour garder ce qui aurait pu être une chambre d'ami, ou une buanderie, entièrement vide, pour une raison que j'avais provisoirement abandonnée de comprendre. Car, malgré mes questionnements insistants, il esquivait toujours le sujet. Généralement, en me faisant taire de la plus délicieuse des façons.
Et ce désir dévorant que je ressentais pour Hannibal dès qu'il me touchait, me troublait encore profondément. Il n'avait jamais réellement pris en compte mon aversion des contacts physiques. Depuis toujours, dès qu'il le pouvait, il m'approchait, envahissait mon espace personnel, me sentait, me frôlait, quand il ne posait pas carrément ses mains sur moi, sans équivoque. Comme si, quelque part, il ne pouvait pas s'en empêcher. Et ce désir avait toujours rampé sous ma peau. Cependant, notre lien s'était élevé à un niveau bien au-dessus de toute considération charnelle. Nous pouvions rester des heures dans la même pièce, en nous contentant de simplement respirer le même air, de se nourrir de la présence de l'autre, chacun vaquant à ses occupations. Jusqu'à ce qu'il fasse un geste ou envahisse l'espace de cette façon que je ne m'expliquais toujours pas, mais qui éveillait toujours en moi cette faim. Le cerf. Symbole de vie, de puissance, de virilité et de longévité. De vigueur fécondante et d'une inlassable sexualité. Hannibal était un cerf. Celui de mes songes, celui que je voyais toujours à mes côtés et qui me montrait le chemin. Bestial et magnifique.
J'entendis ses pas derrière moi, comme un martèlement de sabots sur le bois de la terrasse. Il était pourtant pieds nus et aussi surnaturellement silencieux que d'habitude. Mais, son aura m'atteignit bien avant ses mains sur mes hanches et ses lèvres sur ma nuque. Et l'envie gronda de nouveau dans mon ventre.
« Bonjour. » Murmura-t-il à mon oreille, alors que je posais ma tasse.
« 'Jour. » Répondis-je, tout aussi bas, en tournant ma tête vers lui pour l'embrasser.
Je retrouvai avec plaisir le goût de ses baisers, l'odeur entêtante de sa peau, le mordant de ses dents, la puissance de ses mains. Même les gestes les plus tendres étaient teintés d'une certaine violence entre nous. Dictée par le besoin insatiable de dévorer l'autre, de l'absorber. Je me tournai complètement vers lui et la rambarde s'enfonça dans mon dos, quand il me plaqua contre elle, avant qu'il ne me hisse dessus. Mes jambes encerclèrent sa taille d'elles-mêmes, pour accentuer la force de sa présence entre mes cuisses. Avide, je collai mon corps dénudé au sien habillé d'une robe de chambre en soie bleu nuit, dont je défis la ceinture pour en écarter les pans et insinuer mes mains en dessous. Il soupira contre ma bouche et je le serrai un peu plus contre moi. Ses mains migrèrent dans mon dos, ses ongles griffèrent doucement ma nuque, fourragèrent mes cheveux en bataille. Nos érections glissèrent l'une contre l'autre à travers nos sous-vêtements, nos souffles erratiques se mêlèrent, ma peau se couvrit d'une fine couche de sueur et le vent tiède n'arrangea rien. Puis, Hannibal m'embrassa plus doucement, jusqu'à me relâcher et coller nos fronts ensemble, coupant court à notre étreinte. Si je ne le connaissais pas, j'aurais juré qu'il était nerveux.
Je descendis de mon perchoir et allais le questionner, quand le grondement du moteur d'une voiture qui se rapprochait sur la plage nous interrompit. Et j'aurais reconnu son cliquetis particulier entre mille. Rodrigue était revenu. Son timing n'aurait pu être plus mauvais, mais je fus néanmoins rassuré de voir sa silhouette massive s'extraire de l'habitacle. Il allait donc bien. Hannibal recula alors, en me fixant avec sourire en coin étrange et soudainement, un bruit, que je ne croyais jamais entendre de nouveau, s'éleva par la portière ouverte du véhicule. Mon cœur fit un bond dans ma poitrine, ma gorge se serra et je n'osai détacher mes yeux d'Hannibal, durant un instant. Puis, je détournai mon regard vers la plage et aperçus Winston qui courait sur le sable. La première larme me surprit, quand Buster se faufila sur ses petites pattes pour être le premier à se frotter contre mes jambes. La deuxième coula lentement sur ma joue avant de s'écraser sur mes lèvres, suivie d'une troisième, d'une quatrième et je ne les comptai plus, préférant m'accroupir et enfouir mon visage dans les poils hirsutes.
Assis à même le sol, entouré de tous mes chiens, je vis Rodrigue nous rejoindre et empocher une enveloppe qu'Hannibal lui tendit.
« Le voyage s'est-il passé sans incident ? »
« Si, Señor. La señora souhaitait déménager avec el niño et ne pouvait pas garder los perros. Elle était contente qu'un acheteur réponde à son annonce pour tous les prendre. »
« Comme je m'y attendais. Gracias, Rodrigue. »
L'homme nous salua, avant de s'éclipser, sans que j'aie trouvé la force de me relever. Hannibal m'offrit finalement une main secourable, que je pris, avant qu'il ne me tire à lui. J'atterris dans ses bras et le serrai de toutes mes forces contre moi.
« Tu as ramené mes chiens. » Chuchotai-je, comme si le dire à voix haute était indispensable pour que cela devienne réel. Puis, je réalisai une chose importante et reculai pour le regarder dans les yeux. « La pièce vide… Tu prépares ça depuis le début ! »
« Il est hors de question que je retrouve des poils sur notre lit ou sur le canapé. Tu peux aménager cette pièce comme bon te semble, elle est à eux et c'est là qu'ils dormiront. Du reste, ils sont libres d'aller où ils veulent. »
Je restai bouche bée quelques secondes.
« Mais… Tu n'aimes pas les chiens. »
« Je ne me souviens pas d'avoir un jour dit une telle chose. Je n'approuve pas la cruauté envers les animaux et nous savons tous à quoi ressemble leur vie dans les refuges. »
« Oh. Tu as donc fait ceci par bonté d'âme envers ces pauvres bêtes. » Ironisai-je, en souriant.
« Exactement. » Osa-t-il prétendre, en ouvrant la porte-fenêtre pour rentrer à l'intérieur.
« Hannibal ? » L'apostrophai-je. Il se figea en s'obstinant à me tourner le dos. « Je t'aime aussi. »
Et il disparut dans la cuisine.
Note de l'auteur en fin de chapitre pour pas spoiler : *essuie une larme* Oui, j'en ai versé une, en écrivant ce chapitre (et pas à celui d'avant, allez comprendre). Il pourrait très bien sonner comme une fin tout à fait acceptable. Mais… Je ne suis pas prête à les laisser partir. Pas encore. Alors, si vous êtes avec moi dans cette aventure, je vais continuer encore un peu. Non, parce que faut vraiment faire quelque chose pour le boucher XD Et parce qu'il y a trop de feels ! Et que je meurs ! Donc, dites-moi ce que vous en pensez. L'absence d'explications sur le dernier chapitre est volontaire. Vous pouvez bien imaginer ce que vous voulez ;) Je n'avais juste pas envie de m'y attarder. Après, si vous y tenez… Bonne lecture ;)
China : Et bien ouais. J'ai dû être possédé par l'esprit de Bryan Fuller quand j'ai fait ce rêve qui m'a inspiré cette fic. Ben ouais, Star Trek c'est aussi un peu ma vie ^^ Pas de pitié pour les Molly ! … ahrem, non j'déconne. Mais oui, ils sont vivants ! Pour Will, c'est pas qu'il n'est plus dérangé, au contraire, mais c'est vrai qu'il est moins sombre. Après ya l'épuisement, physique et émotionnel, la situation qui le dépasse, etc. Et l'amour, bien évidemment.
