Il n'y avait pas de nuit à proprement parlé dans les tréfonds, vu qu'ils se situaient sous la surface de la terre. Mais comme toutes créatures vivantes, l'Overlord ainsi que ses maîtresses et ses enfants avaient besoin de dormir afin de se remettre des nombreuses exactions que comportaient leurs journées très chargées. De ce fait, suivant l'horaire en place dans la contré glacée de Nordberg dont il était originaire, le maître des lieux imposait un couvre feux ainsi qu'une période de repos de 8h quotidienne aux habitants de sa tour. Le réveil était sonné par trois larbins armés de 3 instruments de musique volés aux Elfes durant les dernières guerres de conquête : une harpe, un cor et des tambours. Ce groupe de musiciens étaient dirigé par un larbin brun portant des habits de bouffon vert pomme, chapeau à grelot, collerette, ainsi qu'un œil de verre répondant au nom de Jaseux. Il remplissait à la fois les rôles de chef d'orchestre, de bouffon et, selon ses propres terme, de grand « élogieur » de l'Overlord, titre qu'il avait inventé lui-même. Il se chargeait de chanter les louanges de l'Overlord, ainsi que ses nombreux exploits sous la forme de poème et de chanson qu'il déclamait dans toute la tour. Il faisait l'unanimité… contre lui, ce qui lui valait très souvent le droit à des coups de pieds de la part de son seigneur et maître qui lui préférait ses qualités de punshing ball plutôt que lyrique.

Ce matin là, installé dans la salle du trône avec son orchestre comme accompagnement, il réveilla donc tous les habitants de la tour au son de cette petite balade improvisé. Quoique le terme de ballade ne soit pas vraiment approprié. On aurait plutôt dit un savant mélange entre des miaulements de chat qu'on égorge, des hurlements de chien qu'on dépèce, des piaillements d'oiseau dont on arrache le bec et les hurlements de torture des membres de la SPA (Société Protectrice des Animaux) à qui on inflige la vu d'un tel spectacle.

Il va sans dire que sa petite prestation ne fut pas du gout de tout le monde. Biscornu, rentrant comme une furie dans la pièce, énervé d'avoir été réveillé si brusquement, lui lança un crâne de troll qui le loupa de peu. Le bouffon eut juste le temps de tirer la langue avant qu'une boule de feu ne l'atteigne en pleine tête.

C'est par cette action hautement maléfique que l'Overlord commença sa journée du bon pied (c'est-à-dire le gauche) et fit son entré dans la salle du trône.

Sans aucune considération pour Jaseux qui courait dans toute la pièce en poussant des hurlements son chapeau à grelot en feu, le seigneur des tréfonds vint s'asseoir sur son trône dans un tintamarre de métal. Il fit un signe de tête à Biscornu. Le vieux serviteur le comprit immédiatement, et après s'être incliné cria d'une voix forte :

« Que l'on fasse venir les 4 prétendants ! »

Immédiatement, descendant par les escaliers provenant des étages où se situaient les quartiers privés, ses enfants apparurent escortés chacun par leur mère et vinrent se placer face au trône où siégeait leur paternel. Les maitresses, quant à elles, vinrent se placer de part et d'autre de leur époux, bien en retrait en faisant attention de ne laisser transparaître aucun sentiment ni émotion.

Leurs enfants par contre n'étaient encore pas très performants à ce jeu là, et on pouvait lire en eux comme dans des livres ouverts. Harald, incapable de cacher son impatience, arborait un magnifique sourire en plus de sa toute nouvelle armure de fer noir et de sa masse de combat. A sa droite, son frère lui, plus timide, comme à l'accoutumé, gardait un visage neutre en essayant de ne pas laisser transpirer sa peur. Il se tenait aussi droit que possible dans sa tenue de cuir, sa main serrant bien fort sa dague accrochée à sa ceinture. A ses côtés, Jaina était d'un calme olympien, les mains dans le dos, un regard curieux rivé sur ce père immense et si impressionnant dans son armure démoniaque. En comparaison, la robe de magicienne que portait la jeune fille n'était pas très impressionnante, mais là n'était pas son but. Cette simple robe longue, de couleur bleu nuit et aux manches très près du corps se devait d'être pratique, d'où sa sobriété. A l'opposée de sa sœur, Morrigane avait choisi de privilégier l'intimidation à l'utilité. Elle portait une longue jupe noire et rouge, ainsi qu'un léger plastron de combat en cuir noir qui lui recouvrait le haut du corps et où l'on pouvait encore voir des traces de sang séchés, reste de sa dernière séance de torture. Elle aussi regardait son père droit dans les yeux, mais son regard laissait transparaître une hâte extrême que l'expédition commence pour enfin pouvoir laisser libre cours à ses nombreuses pulsions enfantines (massacre, dépècement d'animaux de compagnie, écartèlement, démembrement et torture en tout genre).

Biscornu se racla la gorge et, tandis que son suzerain contemplait chacun des membres de sa progéniture d'un œil inquisiteur, il commença son discours.

« Mes chers petits démons, mes petites diablesses préférées, aujourd'hui est un grand jour pour vous. Aujourd'hui, vous faites un pas de plus sur le long chemin qui fera de vous des Overlord accomplis. Il me semble pourtant que c'était hier encore que je vous enseignais toutes les subtilités et les faiblesses du corps des elfes, des nains et des humains dans les oubliettes de la tour et les mille et une façon de les faire souffrir lentement sans les achever. » Le vieux larbin essuya rapidement une larme de nostalgie à l'évocation de ses souvenirs, puis continua. « Aujourd'hui vous allez vous rendre à la surface pour votre première expédition, vous serez amené à mettre en pratique tout ce que vous avez appris jusqu'à maintenant pour répandre le chaos, le mal, la destruction et la terreur ! Pour ce faire, vous serez accompagnés et jugés par le plus cruel et le plus maléfique des serviteurs du chaos qui arpente ce monde. Notre maître à tous et incarnation vivante du mal : l'Overlord ! Prouvez-lui que vous êtes digne de prétendre à son titre, et qu'il ne perd pas son temps en vous emmenant avec lui. Car, rappelez vous bien nos cours, répandre le mal est un travail sérieux, de longue haleine, qui ne demande pas seulement du sadisme, de l'imagination et de la cruauté. N'importe quel nain bourré plus que de raison peu provoquer le chaos un court instant, mais seul un véritable Overlord sera suffisamment machiavélique, inspiré et talentueux pour répandre ce chaos et le faire durer indéfiniment ! »

Ayant fini sa tirade, Biscornu se tourna vers son maître, et s'inclinant bien bas recula d'un pas, lui laissant la parole. L'overlord se leva, déployant son imposante stature…

« Le mal trouve toujours sa voie… » Lâcha-t-il de sa voix profonde et dure comme la pierre. Il regarda chacun de ses enfants successivement avant d'ajouter d'une voix encore plus dure : « Prouvez moi qu'il a bien trouvé sa voie en vous, et que je n'ai pas engendré des faibles ! »

Lokir avala difficilement sa salive, essayant de ne pas défaillir. Jaina resta impassible, tandis qu'Harald répondit par bravade et aussi pour surmonter sa propre frayeur :

« Nous nous montrerons digne de vous, Overlord ! »

« Nous verrons ! » ainsi qu'un regard froid furent la seule réponse qu'il obtint.

Morrigane, nullement effrayée et ne voulant pas être en reste par rapport à son frère ajouta d'une voix douce tout en s'inclinant :

« Et ceux qui échoueront auront la décence de ne pas revenir de cette expédition, puissant Overlord. »

L'Overlord la contempla une seconde avant de s'avancer vers eux d'un pas lourd. Il s'arrêta à leur hauteur et, levant les bras en l'air afin de lancer l'incantation qui les téléporterait à la surface, conclut d'une voix neutre :

« Cela va sans dire… »

Quand la fumée du sortilège se dissipa, Jaina remarqua qu'ils se trouvaient tous les 5 sur une colline recouverte d'une sorte de tapis vert. Elle leva la tête et s'aperçu qu'il n'y avait pas de haut, seulement une étendue infini de bleu avec en son centre une grande boule de feu lumineuse. Elle se demanda d'ailleurs quelle quantité d'énergie magique, de mana, il avait bien fallu pour la faire apparaître.

Ces frères et sa sœur avaient des réactions bien différentes, Harald regardait aux alentours cherchant la présence d'un hypothétique ennemi, tandis que Morrigane ne faisait qu'afficher son dégoût pour un décor si sauvage et champêtre, capable à tous les coups de lui faire faire de beaux rêves. Elle commençait d'ailleurs à concentrer son mana dans ses mains, se demandant ce qu'elle allait bien pouvoir cramer en premier ? Ces espèces de poteau de bois recouvert de vert ? Ces animaux laineux gambadant inconsciemment partout ? Ou peut-être bien un des membres de sa fratrie, pour se défouler. Elle pourrait toujours plaider l'accident. C'est connu le coup du magicien qui prépare sa boule de feu quand le coup part tout seul… Non ?

De son côté, Lokir restait impassible et anxieux tout en fixant leur père. Il ne voulait pas le décevoir et prêtait donc attention au moindre de ses gestes. Celui-ci leur laissa s'adapter quelques minutes à leur nouvel environnement, puis sans un mot se mit en mouvement. Lokir lui emboita immédiatement le pas en faisant signe aux autres de venir, les tirant de leur rêveries.

L'Overlord et sa progéniture marchèrent en silence pendant une dizaine de minutes avant d'arriver au sommet d'une falaise surplombant une clairière où se trouvait un village. Celui-ci était ceint d'une palissade en bois et de tour de guet. On pouvait voir qu'il possédait une entrée à chaque point cardinal. Les rues étaient propres, les gens semblaient heureux, le marché que l'on pouvait apercevoir rempli de denrées diverses et variées. Tout semblait parfait, idyllique, c'était vraiment…

« Répugnant ! » Commenta dans la tête de notre groupe une voix bien connue. Les enfants tiquèrent, ce demandant d'où elle pouvait bien provenir, tandis que l'Overlord lui ne semblait pas s'en inquiéter. « Oh pardonnez-moi si je vous ai surpris mes jeunes seigneurs. C'est moi, Bisornu, je vous parle par l'intermédiaire des pouvoirs magiques de la tour des tréfonds. Vos mères sont d'ailleurs à mes côtés pour… » Il fut brusquement interrompu par les cris d'encouragement des trois maîtresses, tandis qu'une goutte de sueur coulait le long du visage gêné de l'Overlord et de chacun de ses enfants. « Enfin… bref… Vous vous trouvez actuellement devant la ville d'Abondance. Elle a été nommée ainsi en l'honneur d'une autre ville portant le même nom, qui appartenait au domaine de votre grand père, le 4ème Overlord, et qui a été détruite dans le cataclysme magique qui a ravagé une partie du continent. Enfin, faisons court. Cette ville est le lieu où se rassemblent depuis un peu plus de 10 ans tous les mécontents, les opposants et ceux qui fuient le ténébreux règne de notre seigneur. Et ce qu'il y a d'ironique, c'est que ces simples d'esprit pensent qu'ils sont en sécurité dans cette ville, protégés de l'Overlord à jamais. Et savez-vous pourquoi nous leur avons laissé croire ça toutes ces années ? »

Les deux garçons se regardèrent en haussant les épaules, sans savoir véritablement quelle raison donner. Ce fut Morrigane qui fit la première tentative :

« Pour les laisser se rassembler en ce même point pour mieux pouvoir les châtier ? »

« Cela pourrait être une raison valable, maîtresse Morrigane, mais ce n'est pas la réponse que nous attendions. » La corrigea le maître des larbins.

La jeune fille pesta dans la barbe qu'elle n'aurait jamais, tandis que sa sœur, après un instant de réflexion, se tourna vers l'Overlord et répondit :

« C'est pour leur donner un peu d'espoir et ensuite l'anéantir brutalement, lançant ainsi un message à tous les opposants de l'Overlord : abandonner à jamais tout espoir de rébellion. »

Le mal incarné la regarda un instant de ses yeux flamboyant avant de hocher la tête et d'ajouter :

« Un de mes héritiers au moins à la mentalité d'un VRAI Overlord… »

Les garçons baissèrent honteusement la tête, tandis que Morrigane lançait à sa sœur le même regard assassin qu'employait généralement sa mère. Jaina de son côté préféra savourer sa petite victoire en silence… ce qui dura moins de 20 secondes car le silence fut assassiné immédiatement par des félicitations enthousiastes et mentales provenant de la tour des tréfonds.

« Bravo ma chérie ! »

« Maîtresse Juno, voyons, un peu de retenu. Vous voyez bien que nous sommes en plein cours ! » La sermonna Biscornu. « Revenons à nos traitres. Notre suzerain a décidé qu'ils avaient largement eu le temps de savourer leurs hypocrites espérances et leur sécurité illusoire. Il est temps de leur rappeler dans quel monde cruel, froid et dur ils vivent. Il est grand temps de relâcher sur eux les démons des tréfonds et que le châtiment de l'Overlord s'abatte sur leur tête. » Biscornu laissa une petite pause dramatique avant de reprendre… « Et ce châtiment… »

« C'est vous ! » Conclût l'Overlord en désignant ses enfants de sa main ganté de fer noir.