XV
I will survive, live and thrive
Note de l'auteur : Un chapitre où Will aime jouer à des jeux dangereux ^^ Mais, ce ne sera ni la première, ni la dernière fois.
Pour les noms des chiens, je vous laisse encore jusqu'au prochain chapitre pour réfléchir ;) Et j'ai bien noté ceux qui m'ont été donnés.
Bonne lecture.
Hannibal avait pris son poste le lendemain du dîner avec Lucas. Et cela le ravissait visiblement. Une bibliothèque immense remplie de livres uniquement consacrés à l'art. Ce travail d'étude et d'authentification était fait pour lui. Il m'en parlait d'ailleurs tous les soirs avec une telle passion, que je ne pouvais que me laisser contaminer par son enthousiasme. Ce qui me contrariait, en revanche, c'était de n'avoir rien, ou pas grand-chose, à raconter en retour. Mes premières journées seul à la maison étaient passées lentement, sans être désagréables. J'avais de quoi m'occuper, après tout. Mais, rapidement, ce ne fut plus suffisant et il fallut me rendre à l'évidence. Je m'ennuyais quand il n'était pas là. Je m'ennuyais de lui. Avoir un emploi avait toujours fait partie intégrante de mon équilibre. Que ce soit professeur ou profiler. Ou tout autre chose, j'avais l'esprit ouvert. Je devais composer avec la barrière de la langue qui n'arrangeait en rien mes penchants asociaux, même si mon espagnol s'améliorait, et décidai donc de trouver un poste où je n'aurais pas trop à communiquer.
Le sport n'avait jamais vraiment été un de mes loisirs favoris. Mais, je n'aimais pas l'idée de me laisser aller, surtout depuis les changements radicaux de mon régime alimentaire. Hannibal cuisinait tous les jours, même si nous n'étions que tous les deux, et semblait incapable de faire dans la simplicité. Si je ne voulais pas devenir obèse, j'avais tout intérêt à me dépenser en dehors de notre lit. Et courir sur une plage était un exercice des plus périlleux. Rester sur la portion de sable mouillé, pour ne pas trop m'enfoncer, tout en évitant les vagues, était épuisant. Mais, je poussais un peu plus loin chaque jour, et mes chiens m'accompagnaient volontiers.
Je partis donc, ce matin-là, après le départ d'Hannibal, baskets aux pieds et bouteille d'eau à la main, en saluant au passage Agustina, la femme de Rodrigue, qui venait faire le ménage deux fois par semaine. Les températures étaient encore clémentes, mais à cause du taux élevé d'humidité, je me retrouvai rapidement trempé de sueur.
Le souffle court et mes cheveux collés à mon front humide, j'allongeai encore ma foulée et continuai plus avant que d'habitude, découvrant un coin que je ne connaissais pas encore, avant de ralentir et de m'arrêter. Les mains sur les genoux, je repris lentement ma respiration, avant de boire quelques gorgées d'eau. J'allais faire demi-tour, quand les chiens furent attirés plus loin et partirent en courant. Je les suivis tant bien que mal, mes pieds s'enfonçant dans le sable sec, jusqu'à atteindre la terre d'un chemin qui montait un peu plus haut. C'est au bout que je retrouvai mes bêtes, attroupées devant un grillage, aboyant et sautant partout. De l'autre côté, beaucoup d'autres chiens, de toutes tailles, races et couleurs, visiblement contents de voir de nouveaux congénères. Plus à droite, se tenait un portail sur lequel une pancarte annonçait un refuge dont j'ignorais totalement l'existence.
« Dios mío ! Ils sont tous à vous ? » Me demanda alors une voix féminine.
Une jeune femme que je n'avais pas remarquée traversait la cour.
« Oui. Tous les sept. J'ai comme une espèce d'obsession pour ces animaux. » Répondis-je, en m'approchant.
Elle était plutôt jolie. Brune, les cheveux coupés court, des yeux noisette pétillants, un sourire avenant, elle rayonnait la sympathie.
« Vous voulez peut-être en accueillir un de plus ? »
La question me fit rire.
« Je ne vis pas seul. Et il risque de ne pas apprécier l'initiative. Il fait déjà beaucoup d'efforts pour supporter ceux-là, même si je suis sûr qu'au fond, il les aime bien. » Elle parut déçue, donc je saisis ma chance. « Par contre, si vous avez un poste vacant, je suis intéressé. Nous sommes arrivés ici depuis quelques mois et je n'ai pas encore de travail. »
« Vous êtes sérieux ? » S'étonna-t-elle.
« Absolument. »
« Nous avons beaucoup de mal à trouver des gens qui sont sensibles à cette cause. Les chiens errants sont un véritable fléau à Buenos Aires. Ils vivent en liberté, fouillent les poubelles, se reproduisent sans surveillance et agressent parfois les gens. Donc, j'espère que vous ne vous moquez pas de moi. Parce qu'il y a beaucoup de boulot ici. »
Sa peau arborait une couleur métissée et elle parlait un anglais très fluide, avec un léger accent américain dont elle n'avait pas réussi à se débarrasser totalement. J'en déduis qu'elle avait dû vivre un certain temps aux États-Unis, avant de probablement rejoindre de la famille ici.
« Je ne plaisante pas. J'ai vraiment besoin d'occuper mes journées. Et le salaire n'a pas besoin d'être mirobolant. » La rassurai-je, en remarquant le délabrement des lieux.
« Pour sûr qu'il ne le sera pas. Nous avons déjà du mal à rester à flot. Mais, si vous êtes vraiment motivé, alors ce sera avec plaisir, Monsieur… ? »
« … Dancy. Mais, vous pouvez m'appeler Will. » Répondis-je, encore peu habitué à me présenter sous mon nouveau nom.
« Enchantée, Will. Je m'appelle Daniela. »
Je passai mon bras à travers le grillage pour lui serrer la main.
« Quand est-ce que vous pouvez commencer ? » Demanda-t-elle.
« Demain, c'est trop tôt ? »
« Non, c'est parfait. Demain, huit heures trente. »
Nous discutâmes encore un peu des tâches que j'aurais à accomplir et du quotidien dans le refuge, puis je la saluai et rentrai en courant, la tête plus légère.
Quand je passai la porte, c'était presque l'heure du déjeuner et Hannibal n'allait pas tarder. J'abandonnai mes chaussures dans l'entrée et allai directement dans la salle de bain, alors que les chiens se précipitaient dans leur pièce. Je retirai hâtivement mes vêtements, avant de les jeter dans la panière à linge, et me glissai sous la douche. L'eau chaude me décrassa, détendit mes muscles et je perdis quelque peu la notion du temps. Jusqu'à ce que le bruit de la paroi coulissante me sorte de mes pensées. Je me retournai, surpris, pour faire face à Hannibal, entièrement nu, que je n'avais entendu ni entrer, ni se déshabiller. Sans un mot, je me décalai, pour lui laisser une place et il me rejoignit.
« Tu ne devrais pas te dépêcher de manger ? » Lui demandai-je, en utilisant mon éponge déjà imbibée de gel douche pour frotter son torse.
« J'ai pris mon après-midi. »
Je levai un sourcil perplexe, en passant sur sa nuque et ses épaules.
« Tu en as déjà marre des bouquins ? » Le taquinai-je, en sachant pertinemment que ce n'était pas le cas.
Il ne répondit pas, mais s'empara du shampoing avant d'en verser sur ma tête et de masser mon cuir chevelu. Je soupirai d'aise sous l'attention.
« Ou peut-être que je te manquais. » Soufflai-je, les yeux fermés, si bien que je ne perçus qu'une vague hésitation dans ses gestes, comme s'il s'était figé une seconde.
Il me guida ensuite sous le jet, pour me rincer, avant de m'embrasser. Je nouai mes bras autour de son cou et me collai contre lui en répondant à son baiser.
« Je crains que tu finisses par t'ennuyer, seul ici. » Avoua-t-il, finalement, en sortant de la cabine.
Je le suivis et il me tendit une serviette avec laquelle je me séchai, avant de la nouer autour ma taille.
« Savais-tu qu'il y avait un refuge canin, un peu plus haut sur la côte ? » Le questionnai-je, sans préavis, pour le déstabiliser.
Et cela fonctionna, puisqu'il ne put pas complètement cacher sa surprise.
« Évidemment que tu savais. » Conclus-je, en passant devant lui, pour quitter la pièce.
Il m'emboîta le pas dans la chambre, où je sortis des habits propres du dressing, avant de les poser sur le lit et d'enfiler un boxer.
« Tu avais peut-être peur que je les adopte tous ? » Raillai-je, en souriant, car c'était certainement le cas et que je ne pouvais pas réellement lui en vouloir pour ça.
« Quelque chose comme ça. » Admit-il, en m'encerclant de ses bras, dans mon dos.
Il embrassa une de mes épaules, mon cou, ma nuque. Je savais pertinemment qu'il avait envie de moi et qu'il était sûrement rentré pour ça, même s'il ne le dirait pas. Mais, je comptais bien le faire mariner.
« À défaut de remplir la maison de chiens, j'ai décidé d'y travailler. Comme cela, j'occuperai également mes journées. » Lui annonçai-je alors, en m'éloignant de lui pour enfiler un pantalon.
Et c'est pieds et torse nus, les cheveux encore humides, que je migrai dans la cuisine. Son royaume, que dans son infinie bonté, il acceptait de partager avec moi, pour me permettre de préparer le repas de mes amis à quatre pattes, pendant qu'il s'occupait du nôtre. Il m'y suivit également, dans la même tenue que moi, et ouvrit le frigo, en refusant de montrer une quelconque réaction face à mon annonce.
« Donc, tu vois, tu n'auras plus besoin de prendre tes après-midi. Je ne m'ennuierai pas avec Daniela. »
La porte du réfrigérateur claqua un peu plus fort qu'à l'accoutumée et je cachai mon sourire en m'accroupissant sous l'évier pour sortir les gamelles.
« Qui est Daniela ? » Ne put-il s'empêcher de demander.
« La personne qui m'a embauché. Elle est tout à fait charmante, polie et très sympathique. » Répondis-je, en le croisant pour prendre les abats dans le frigo, alors qu'il posait ses ingrédients sur le plan de travail.
« Vraiment ? » Dit-il simplement.
Je m'émerveillais toujours devant sa capacité à mettre autant de mépris dans deux innocentes syllabes.
« Seriez-vous jaloux, Docteur Lecter ? » Lançai-je, en lui montrant clairement que l'idée me plaisait beaucoup. « La dernière fois que j'ai vu cette expression sur ton visage, je venais de débarquer chez toi à l'improviste pour te raconter que j'avais embrassé Alana. »
Je savais pertinemment qu'Hannibal appréciait nos joutes verbales, en réalité. Principalement parce que j'étais capable de comprendre quand elles devaient s'arrêter. Et ce moment-là vint, quand j'aperçus cet éclat dans son regard. Je m'approchai de lui, doucement, et posai une main sur sa joue.
« Elle ne t'arrive à la cheville. Et elle ne me connaîtra jamais, comme toi, tu me connais. Je suis juste enthousiaste à l'idée de travailler avec mes chiens, puisque je pourrais les emmener, et avec une personne agréable à fréquenter. » Lui dis-je, sincère. « Honnêtement, je ne sais pas comment tu fais pour supporter monsieur 'Lucas-je-ne-voulais-pas-vous-offenser-González', tous les jours. » Ajoutai-je, en mimant les guillemets avec mes doigts.
L'expression lui tira un demi-sourire, mais c'était déjà une victoire. Je retournai donc à la cuisson à l'eau de la viande que je réservais aux chiens, tandis qu'il reprenait sa préparation.
Quand je posai les gamelles sur le carrelage et qu'ils se précipitèrent dessus, Hannibal sortait la vaisselle pour mettre la table. Et je les observai longuement se jeter sur la nourriture, comme s'ils n'avaient pas mangé depuis des jours.
« Parfois, je me demande si ça ne risque pas de les rendre agressifs. » Dis-je, pensivement.
« Envers toi ? Certainement pas. » Me contredit-il, avec aplomb.
« Comment en es-tu si sûr ? » Le questionnai-je, en m'appuyant sur l'îlot central.
« Parce que tu es leur chef de meute. »
« Je n'avais pas vu les choses sous cet angle. » Répondis-je, intrigué par l'idée.
« Tu prends soin d'eux et tu partages le fruit de ta chasse avec eux. Ils te voient comme un Alpha. Et ils m'acceptent, parce que tu m'acceptes. » Développa-t-il.
Et je souris largement, à l'image qui se dessina dans mon esprit. Il me lança alors un regard interrogatif.
« Ce qui fait de toi la compagne du chef de meute. »
Mon affirmation le prit tellement de court, que durant un instant, il ne réagit pas. Puis, la teinte de son regard changea sensiblement et il fit un pas vers moi. Instinctivement, j'en fis également un, en arrière, vers la sortie, partagé entre l'envie de rire, de me défendre et de fuir. Hannibal avait le don de provoquer des émotions contradictoires en moi. Comme si l'homme que j'étais se battait avec celui que je suis aujourd'hui. Bien sûr, il gagnait toujours à ce jeu-là, mais je savais me montrer combatif. Il s'approcha encore, et je reculai tout autant, en contournant le meuble. Les chiens levèrent les yeux sur nous, évaluèrent la situation, avant de décider que je n'étais pas en danger et de partir une fois leur ration avalée. Et je ne l'étais pas. Pas vraiment. En témoignait l'érection parfaitement impromptue, compressée dans mon jean, alors qu'il s'avançait toujours avec la grâce d'un prédateur.
Mon dos finit immanquablement par rencontrer un mur. Celui qui me séparait du salon. Et j'en suivis les contours, pour me réfugier dans la vaste pièce, où sans prévenir, il me poussa sur le canapé, avant de se déshabiller lentement, sous mon regard affamé et de monter sur moi. Un frisson d'appréhension remonta dans mon dos, quand ses lèvres tombèrent sur les miennes et que son torse nu me frôla. Ses mains s'attaquèrent immédiatement à mon pantalon et mes sous-vêtements, avant de les jeter plus loin. La douceur serait pour une autre fois. D'un coup de reins, je nous fis basculer sur le tapis. Il amortit ma chute, surpris par le geste, et referma ses bras sur moi, quand je me penchai pour l'embrasser encore. Ses mains descendirent sur mes fesses, les empoignèrent, me serrèrent contre lui et je gémis contre sa bouche. Ses doigts, qu'il enduit de salive, se firent inquisiteurs, creusèrent en moi pour le recevoir. Puis, je repoussai sa main, pour m'empaler sur lui, avec une lenteur calculée et il posa ses paumes sur mes hanches, pour m'accompagner. Je m'appuyai sur son torse, où ses fins poils clairs chatouillèrent mes phalanges, et balançai mon corps doucement, le temps que la douleur passe. Elle faisait partie du jeu et je ne m'en plaignais pas.
Ses ongles creusèrent des sillons, des frissons, dans la peau de mon dos, m'incitèrent à aller plus vite, à me donner à lui. Et j'abattis alors toutes mes barrières, le laissai pénétrer mon corps, mon âme, perdu dans ses yeux noircis de désir. Il me laissa trouver mon rythme, l'utiliser pour mon propre plaisir, puis se redressa, m'agrippa et inversa nos positions. Le choc contre le sol fut rude, mais il ne me laissa pas m'en remettre et s'accrocha à mes épaules pour me prendre avec fougue, m'arrachant une plainte lascive, alors que je me cambrais sur le tapis. Il rassembla mes poignets au-dessus de ma tête, les bloqua d'une main, plongea dans mon cou, mordit le lobe de mon oreille, s'empara de mon sexe impatient, le caressa habilement, m'amenant au bord du gouffre, avant de ralentir, puis de recommencer. Frustré, je m'arc-boutai pour planter mes dents dans sa gorge au point d'égratigner la chair sensible. En réponse, il resserra sa main, accéléra encore, et je jouis avec le goût délicieux de son sang sur la langue. Il relâcha mes poignets, me prit un peu plus fort, ne me laissa aucun répit, me poussa à la limite de l'inconscience, beaucoup plus loin que je ne m'en pensais capable. Et je me raccrochai à ses bras tendus, son torse couvert de sueur, son dos trempé, ses fesses fermes, léchai la perle rouge qui s'écoulait sur sa clavicule, incapable de contrôler ma voix. Le tapis chauffait contre mes omoplates, érafla ma peau, alors qu'il soulevait mes hanches pour s'enfoncer plus profondément en moi. Je plongeai mes mains dans ses cheveux désordonnés et le tirai à moi pour dévorer ses lèvres, m'abreuver de ses soupirs, me repaître de son souffle saccadé. Et il vint en moi, tendu contre mon corps, sa langue mêlée à la mienne, avant de doucement se détendre contre moi, de laisser son organisme s'apaiser dans mon étreinte. Il se blottit sur mon torse et je le gardai ainsi une éternité, sa joue contre mon cœur, ma main dans ses mèches blond foncé.
« Je meurs de soif. » Murmurai-je, d'une voix rauque.
Sans dire un mot, il se leva et disparut dans la cuisine. Je me redressai difficilement, m'appuyai dos au canapé et étendis mes jambes. J'entendis la porte du frigo, le tintement du verre, puis il se déplaça dans la maison, de l'eau coula dans un récipient, avant qu'il ne revienne avec une bouteille et une bassine avec un gant. Il posa le tout par terre et s'assit à côté de moi. Alors que je me désaltérai, il trempa le tissu puis nettoya mon ventre, presque tendrement. Je me détendis sous l'attention, éprouvé, mais apaisé.
« Tu dois manger quelque chose. Habille-toi et vient te mettre à table. Le déjeuner est presque prêt. » Dit-il, avant de déposer un baiser sur mes lèvres.
« Vas-y. Je te rejoins. » Répondis-je.
Il enfila alors son pantalon, avant de s'en aller de nouveau. Et je perçus rapidement les bruits rassurants de ses ustensiles à l'œuvre.
