Glandus et Bitus étaient de garde à la porte nord-est d'Abondance. Ils portaient encore leurs armures de fer du temps où ils étaient soldats dans les légions du glorieux Empire. Appuyé chacun sur leur bouclier rectangulaire, leur pilum en main, ils tentaient de rester éveiller tout en assurant leur fonction de gardien des portes. Cela faisait 10 ans maintenant qu'ils remplissaient ce rôle et avec le temps la vigilance des premières années avait fait place à une certaine indolence. La peur de l'Overlord s'était dissipée au détriment de l'ennuie et de la routine. Il ne se passait jamais rien.
Soudain, alors qu'ils s'étaient lancé dans un duo parfait en bâillement majeur et pause mineur, Bitus aperçu au loin un étranger approchant à grandes enjambés. Il portait une armure lourde, une masse de fer posée sur ses épaules. Le légionnaire eut comme un mauvais pressentiment.
« Glandus, sonne l'alerte... je le sens pas. » dit-il le plus calmement qu'il put à son collègue tout en se mettant en position de défense, bouclier devant lui et pilum en avant.
Après une seconde d'hésitation, son ami posa son pilum contre lui et porta le cor dont il avait la charge à ses lèvres... Mais il n'eut pas le temps de l'utiliser car la masse d'arme du nouvel arrivant, lancée à pleine vitesse par les soins de ce dernier, vint s'écraser en plein dans sa figure. Bitus sursauta quand le projectile le frôla avant de s'écraser sur son infortuné ami, lui faisant exploser le crâne. Il fut ensuite projeté au sol par le guerrier en armure qui lui fonça dessus. Le légionnaire voulut se relever, mais un déluge de coup s'abattit sur son visage, le faisant glisser douloureusement et inexorablement vers le repos de la mort.
Quand la deuxième sentinelle rendit l'âme, l'agresseur se releva, les gants de son armure encore ruisselant du sang et de la cervelle de sa victime et ramassa sa masse d'arme qui trainait près de l'infortuné second gardien. Il s'avança de quelque pas en direction des gardes alertés par le bruit et les cris des infortunés spectateurs de l'altercation. Il sourit, il allait enfin pouvoir se défouler...
C'est ainsi que Glandus et Bitus furent les premières victimes d'Harald durant la bataille d'Abondance...
Lokir venait de finir d'escalader la palissade du côté Nord-Ouest d'Abondance quand les premiers cris d'alerte retentirent. Il se permit un bref sourire. Comme d'habitude, son frère ne faisait pas dans la subtilité. En même temps, que pouvait-on attendre de la part de quelqu'un qui irait à la chasse aux lapins avec une hache de guerre ? Certes, cela marche aussi, mais ce n'est pas forcément le plus efficace. Sur cette dernière pensée, il sauta et atterrit de l'autre côté de l'enceinte, à l'intérieur du village, dans l'ombre, juste derrière une masure. Il regarda rapidement autour de lui. Apparemment personne ne l'avait vu. Il rabaissa rapidement son capuchon, lança son sort de camouflage, le seul qu'il sache convenablement utiliser, et sortant de sa cachette se mêla à la foule hystérique qui courait dans tous les sens.
Slalomant entre les familles apeurées, les soldats fonçant vers la porte Nord-Est, il se rapprocha de la place centrale du village, là où était son objectif. Il dut cependant faire plusieurs détours, et opérer bien des changements de direction afin de ne pas éveiller les soupçons. Il entendait au loin derrière lui que son frère avait une progression qui restait constante, bien que plus lente que la sienne. Ce qui était normal, vu qu'il n'avait pas la même approche du problème que lui. Il se contentait de foncer dans le tas, certes il répandait ainsi la mort et la destruction, chose que Lokir ne faisait pas en se cachant parmi la foule, mais il perdait aussi un temps précieux. Or, quand on participe à une course, chaque seconde est importante...
Le tonnerre d'une explosion au Sud-Ouest du village fit comprendre à Lokir que Morrigane venait d'entrer en jeu et qu'elle avait décidé, comme à son habitude, de suivre l'exemple de leur frère et d'employer la manière forte...
« LA FILETTE EST-ELLE SUFFISAMENT CHAUDE POUR VOUS MAINTENANT ! » Lança dans un rugissement de rage la fille rousse de l'Overlord.
L'enfer venait de s'abattre sur la porte Sud-Ouest et sur ses pauvres gardes. En l'espace d'une minute l'entrée du village avait été transformée en succursale du royaume démoniaque, comme si une OPA hostile avait été lancée contre le pauvre village d'Abondance. Tout y était, flammes gigantesques consumant le décor, cadavres calcinés jonchant le sol, et en son centre, ses cheveux roux flottant au vent, les yeux injectés de sang, Morrigane dans le rôle du démon des flammes.
A l'origine, elle avait décidé de ne pas perdre de temps et de foncer dans le tas à pleine vitesse. Mais une réflexion d'un des gardes avait vite fait voler cette résolution en éclat en mettant le feu aux poudres. Désormais, dans l'esprit sanguinaire de la jeune fille brulait une ardente détermination : PROUVER A CES BATARDS CONSANGUINS QUE (à défaut d'en être une) ELLE SAVAIT PRODUIRE LE MEME EFFET QU'UNE BOMBE !
L'odeur de soufre et de cendre se mêlait merveilleusement avec celui de la chaire calcinée, produisant un délicat arôme qui ravissait son odorat. Malgré sa colère, elle se sentait parfaitement à sa place. Le feu était sa vie, les flammes ses amies, et la chaleur du sang coulant des veines de ses victimes un nectar dont elle ne pouvait se passer. Qu'il était bon de sortir enfin des tréfonds pour parfaire son art sur d'autres victimes que les pauvres esclaves de son père. Oh d'ailleurs voilà un nouveau contingent de victime. Qu'ils sont bien beaux dans leurs cuirasses de légionnaire. Comment allait-elle les tuer ? Rapidement ? Ou bien à petit feu ? Oh non, une meilleure idée venait de jaillir de son esprit démoniaque. Elle étendit la main en direction des pauvres soldats avançant en formation serrée, et lança une rapide incantation. Immédiatement après, les cris se firent entendre, montant crescendo. Morrigane se permit un sourire de satisfaction, savourant chacun de ces hurlements, pure ode à son sadisme. Elle n'avait pas visé les soldats, mais leurs armes, leur cuirasse et leur casque. Ceux-ci, chauffés à très haute température par son incantation avaient fondu, répandant leur liquide chaud sur leur porteur, les brûlants à très hautes température. Les brûlures qu'ils ressentirent au torse et aux mains ne furent rien comparé à celle provoquées par le métal coulant sur leur tête, calcinant leurs cheveux, leur voute crânienne avant de venir se poser délicatement sur leur cerveau et de le faire griller comme un simple morceau de viande dans un bain marie.
Et pendant ce temps-là, alors qu'ils se tordaient de douleur sur le sol, Morrigane, comme un incendie gigantesque, continuait d'avancer et de se propager, ravageant tout sur son passage, sans que rien ne semble l'arrêter.
Si la perspective d'une expédition à la surface avait d'abord enthousiasmée Jaina, l'euphorie était depuis longtemps retombé pour laisser place à un profond ennuie et un désir de rentrer rapidement pour se replonger dans ses grimoires. Ces pauvres bougres n'en valaient décidément pas la peine. Comment avaient-ils pu croire qu'ils seraient à l'abri de l'Overlord derrière leurs piètres palissades et protégé par ces quelques rescapés des légions de l'empereur Solarius ? Ils n'étaient même pas capables de se prémunir contre quatre enfants de 10 ans !
Certes, ces enfants étaient ceux de l'Overlord, le maître du mal, celui qui avait à lui seul et avec ses légions de larbins éradiqué tous les royaumes connus : les elfes des îles de Clairéternel, les nains des collines dorées, les halfelins des douces collines, l'empire de l'empereur Solarius. Mais quand même ils restaient des enfants. Elle imaginait bien comment ses frères et sa sœur avaient essayé d'entrer dans le village, mais est-ce que cela avait été aussi désespérément facile pour eux que pour elle ? Un simple sort de charme sur les gardes de la porte avait suffi. Ils lui avaient ouvert la porte en s'inclinant bien bas... Les imbéciles... Aucune volonté. Et quand leurs collègues étaient arrivés au pas de charge pour l'attaquer, les portiers l'avaient défendu... ELLE, l'assaillante. Quelle ironie.
Depuis, elle avançait à son rythme en direction du centre du village, comme s'il s'agissait d'une promenade de santé, les soldats sous l'effet de son charme magique la défendant contre toute agression, tout en lisant un livre de magie avancé ("Comprendre toutes les subtilités de la transmutation magique en quarante leçons et cinquante-deux cadavres" par le 2ème Overlord aux éditions "qui a dit que la magie c'est uniquement pour les fillettes ?"). De temps en temps elle lançait un sort de dématérialisation sur elle-même pour que les flèches que lui tiraient les archers embusqués la traversent sans dommage. Heureusement que son livre était passionnant sinon elle serait morte d'ennuie depuis bien longtemps. Vu les cadavres à sa disposition, elle aurait bien tenté de mettre en pratique ce qu'elle venait d'apprendre, mais il lui manquait quelques-uns de ses ustensiles pour accomplir parfaitement les différents rites. De plus, même si les cadavres n'allaient pas être une denrée rare en cette journée, elle avait horreur de gâcher.
Le silence qui régnait autour d'elle lui fit lever rapidement les yeux de son bouquin. Elle étouffa un juron. A force de rester plonger dans ses lectures elle était revenue à son point de départ. En soupirant elle rangea son livre et reprit la direction du village suivie par ses serviteurs zélés, bien décidée à ne pas se tromper cette fois-ci.
Pendant ce temps, au plus profond des tréfonds, l'ambiance était beaucoup plus festive qu'à l'accoutumé. On se serait cru en plein représentation de match de foot ou de lancer d'halfelin. Les occasions de ce genre manquant cruellement, Biscornu avait décidé d'en faire profiter tous les larbins de la tour. Ils étaient pour la plupart présent dans la salle du trône, assis en tailleur, regardant la retransmission de la course projetée au plafond tout en se chamaillant et en grignotant qui des rats à la broche, qui des cafards grillés. A côté du trône, trois fauteuils avaient été installés pour permettre aux mères des concurrents de pouvoir s'asseoir tout en profitant de la course. Pour tous les larbins qui ne pouvaient assister à la représentation, un sort d'amplification de voix lancé par Mortis leur permettait de suivre l'audio description fourni par lui-même et Biscornu (les deux seuls larbins suffisamment intelligents pour soutenir une vrai conversation).
« Voilà véritablement une course qui tient toutes ses promesses, n'est-ce pas Mortis? » Demanda Biscornu avec professionnalisme à son collègue.
« Tout à fait, mmmmmmon cher Biscornu. Les habitants d'Abondance ne font décidémmmmmment pas le poids face à nos jeunes mmmmmmaîtres. » Lui répondit son partenaire, tout en relevant un peu le capuchon de son vêtement pour mieux suivre la dite course.
« Rappelons à tous ceux qui prennent notre émission en cours de route les enjeux de cette course. Notre vénéré maître... »
Il fut coupé par une immense clameur provenant des milliers de larbin peuplant la tour :
« LONGUE VIE A L'OVERLOOOOOOOOOOOOOOOOOOORD ! »
« Oui, longue vie à lui... enfin, notre vénéré maître disais-je à confier pour mission à nos concurrents de rentrer dans le village par une des quatre portes, puis de foncer en son centre jusqu'à la place principale pour s'emparer du drapeau de la ville, symbole de la stupide rébellion de ces misérables humains face à notre Overlord tant craint, et ce en répandant le mal et la destruction sur leur passage. Oh mon Dieu que c'est excitant ! » Rappela le maître des larbins dans un discours enflammé... qui laissa les spectateurs et les auditeurs amorphes.
« Biscornu, je te rappelle que nous parlons à des larbins ayant seulemmmmmment le Q de l'abréviation QI... » Le reprit Mortis. « Résummmmmme et simplifie. »
« mmmmmh tu as raison Mortis. Pour faire simple, objectif : drapeau ! ET PAS DE QUARTIER ! » S'exclama le speaker, ce qui déclencha un tonnerre d'applaudissement et de hurlement de joie et d'hystérie de la part de son public.
« Mmmmmmerci pour ce résummmmmmé Biscornu, revenons mmmmmmaintenant à nos concurrents. »
Sur la place centrale d'Abondance, le centurion Macro et son décurions Cato tentaient tant bien que mal d'organiser la défense de la ville et de rassembler les quelques défenseurs encore en vie pour contre-attaquer au plus tôt.
« Qu'elle est la situation Cato ? » Demanda le chef des soldats, tout en essuyant son front ridé par les années et les combats.
« Inconnue, nous avons perdu tout contact avec les gardes de toutes les portes, à part la porte nord-ouest par laquelle nous faisons évacuer la population. Aux dernières nouvelles, un incendie semble tout ravager sur son passage du côté sud-ouest, tandis qu'un mystérieux guerrier arborant une armure noire progresse vers nous en provenance du nord-est. » Répondit le jeune décurion dont le visage avait perdu toute trace de son innocence depuis longtemps à cause des nombreuses cicatrices le zébrant.
Son supérieur étouffa un juron, balayant la place centrale du regard. Entouré par la taverne, la forge ainsi que diverses échoppes dont la poissonnerie, elle manquait cruellement de point défensif. Elle était d'ailleurs complètement nu, à part le gigantesque mât où flottait le drapeau du village, un soleil jaune sur fond vert couleur espérance.
« Et comme si cela ne suffisait pas, le contingent en faction à la porte sud-est a choisi de se rebeller aujourd'hui. Je les ferai tous pendre quand tout sera réglé. Cato, regroupe au plus vite les archers, qu'ils rassemblent tout ce qu'ils pourront trouver pour ériger des barricades devant la rue menant aux nord-ouest, qu'ils se placent ensuite devant, prêt à faire feu à ton ordre. »
« A vos ordres, centurion. Mais... et vous ? » Interrogea le soldat, ses yeux bleus trahissant son inquiétude.
« Ne t'en fait pas gamin. » Lui répondit son ami d'une de ces bravades qu'il avait toujours face à la mort. « Ce n'est pas aujourd'hui que je compte y rester. Tu me dois encore une tournée à la taverne je te rappelle. » Il lui adressa un sourire franc que son ami lui rendit. Puis ils se prirent chacun l'avant-bras, dans ces poignés de mains virils et souvent stupides qu'on les soldats avant de partir au combat. « Vis en juste... »
« Et meurt en brave mon ami ! » Répliqua-t-il avant de partir donner ses ordres aux archers.
« TRENTES SIX ! » Cria Harald en assénant un puissant coup de masse à son adversaire lui brisant les cervicales.
Devant lui, les quelques soldats encore debout décidèrent qu'ils avaient encore envie de vivre et prirent leurs jambes à leur cou.
« Revenez bande de lâche ! » S'écria le guerrier en armure en castrant de son arme le numéro trente-sept avant de se lancer à leur poursuite.
« DEUX ! TROIS ! UN ! » Scandaient pendant ce temps dans les tréfonds les larbins supporters d'Harald à chaque adversaire qu'il tuait.
« Il faudra quand même un jour qu'on leur apprenne à compter plus loin que trois. » Soupira Biscornu tout en se massant le crâne des deux mains.
« Un larbin n'a pas besoin de savoir compter pour servir et mmmmmmourir pour l'Overlord ». Contra Mortis, tout en se prenant une lampé de sang de licorne deux cent ans d'âge.
« Certes, mais ainsi ils pourraient au moins suivre le score de tir à la boule de feu de maîtresse Morrigane. »
« Peut-être, mmmmmmais seraient-ils plus calmmmmmme que mmmmmmaîtresse Faye ? »
A ce moment, un cri de joie retentit tandis que Faye sautillait sur son fauteuil, les bras levés en signe d'allégresse sous les regards gênées de Kelda et Juno.
« STRIIIIIIIKE ! CONTINUE MA CHERIE, MAMAN EST FIERE DE TOI ! ENCORE 8 STRIKES CONSECUTIFS ET TU REALISES UNE PARTIE PARFAITE ! » Hurla-t-elle tandis que sur le plafond de la salle était projetée une image de Morrigane pulvérisant dix légionnaires d'une simple boule de feu.
Ayant contemplé le spectacle de la maîtresse en pleine euphorie, Biscornu se retourna vers son co-commentateur en soupirant :
« Probablement pas. Tu as raison Mortis, l'ignorance a parfois du bon. »
« Soldats de l'Empire, mes frères ! » S'exclama Macro à l'attention de ses hommes, rassemblés en formation sur la place du village. Ils formaient tous une courbe autour du drapeau, dos au chemin menant au nord-ouest où se trouvaient Cato et ses archers. Ils n'étaient plus que 47 soldats et 16 archers, tous des vétérans ayant servi depuis plus de 10 ans sous les ordres de Macro. Les autres défenseurs de la ville avaient soit fui, soit péri. « Aujourd'hui est un beau jour pour mourir, aujourd'hui est un jour de fierté, car je suis fier de mourir à vos côtés ! » Une puissante clameur lui répondit tandis que ses hommes frappaient leur bouclier avec leur glaive. « Ensemble, nous avons combattu sur bien des théâtres d'opération et en bien des lieux. Toujours vous avez été les premiers sur le champ de bataille et les derniers à le quitter. Vous n'avez fui qu'une seule et unique fois, mais qui vous en blâmerait ? Que pouvions-nous faire face au mal incarné ? Il n'y a pas de honte à avoir fui face à l'Overlord tandis qu'il saccageait la capitale de notre empire, ce n'était pas un manque de courage, loin de là. Alors oubliez cet épisode sombre de notre vie, car aujourd'hui, ensemble, nous montrerons à nos ennemis et à nos détracteurs de quel bois nous sommes faits ! » La clameur reprit de plus belle. « Maintenant, tendez vos arcs, apprêtez vos pilum, préparez vos armes et vos boucliers ! MAINTENANT VOICI VENU L'HEURE OU NOS ENNEMIS GOUTERONT AU COURAGE DES LEGIONS DE L'EMPIRE ! »
« Voilà un centurion qui a le mmmmmmérite de savoir galvaniser ses hommmmmmes. »
« En effet Mortis, c'est un grand orateur. » Acquiesça Biscornu.
« Et si tu dis le contraire, t'auras tort ! » S'exclama Jaseux en sautillant, faisant ainsi tinter les grelots de son chapeau, déclenchant un tonnerre d'applaudissement et de rire de la part des larbins présents.
« A votre avis Mortis, ils ont compris le jeu de mots, ou ils rient à cause des grelots ? » Questionna le vieux larbin, passablement blasé.
Le larbin à la faux se contenta juste de hausser les épaules pour marquer son indifférence.
« Quoiqu'il en soit, voici le premier de nos concurrents qui arrive sur la place ! »
Même si leur centurion les avait galvanisés quelques minutes auparavant, même s'ils avaient connu l'enfer sur bien des champs de batailles et qu'ils étaient tous des vétérans confirmés, quand leur adversaire arriva sur la place, les soldats d'Abondance eurent un léger tremblement de peur. Ce guerrier en armure massive, bien que jeune, leur rappelait de très trèèèèès mauvais souvenirs. C'est comme s'ils étaient revenu une dizaine d'année en arrière, le jour où ils avaient affronté l'Overlord et ses larbins. Le guerrier les toisa avec dédain tandis que le temps semblait suspendre son vol.
« Ah, il semmmmmmblerait que mmmmmmaître Harald lui aussi veuille faire un petit discours avant de commmmmmencer le combat. » remarqua Mortis.
L'ensemble des spectateurs retinrent leur souffle attendant que le fils ainé de l'Overlord s'exprime. Soudain, l'image au plafond leur montra Harald fonçant à toute vitesse vers les soldats de l'Empire, leur rentrant dedans, faisant voler en éclat leur formation à coup de masse d'arme en criant :
« DAND LE TAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAS ! »
Son action fut saluée par les viva de ses supporters, de sa mère, et aussi par cette réflexion de la part de Jaseux :
« C'est-ce qu'on appelle un dis-très-court percutant ! Ha ha ! »
Les coups pleuvaient sur les pauvres légionnaires qui tentaient tant bien que mal de résister à ce guerrier inconnu. Malgré la surprise du début du combat, leur entrainement reprit vite le dessus et ils se mirent à effectuer des attaques coordonnées tout en essayant d'encercler et de contenir cette brute, comme on le fait habituellement avec les animaux féroces. Harald ressentit vite la différence, ces soldats valaient mieux que les bleusailles qu'il avait affrontées auparavant. Il comprit bien vite ce qu'ils avaient en tête, et brisa leur encerclement d'un coup de masse bien placé sur le bouclier d'un de ses assaillants. A peine avait-il quitté l'encerclement des vétérans de l'Empire que ceux-ci furent projetés en l'air par une violente explosion. Harald se retourna, contempla le cratère noirci à ses pieds, comprit qu'à quelque seconde près il aurait aussi été carbonisé et hurla :
« MORRIGANE ! FAIT ATTENTION QUAND TU VISES ! JE SUIS SÛR QUE TU L'AS FAIT EXPRES ! »
« ROOOOH ! CA VA ! » Rétorqua l'apprentie sorcière rouge en déboulant sur la place, une boule de feu dans chaque main. « Le coup est parti tout seul, ça arrive ! » Conclut-elle en lançant une de ses boules de feu en direction des archers qui n'avaient pas osé tirer auparavant de peur de blesser leurs camarades.
« L'excuse du mage qui prépare sa boule de feu ? Je ne te pensais pas puérile à ce point ma sœur. » Soupira Jaina en arrivant à son tour sur la place précédée par ses serviteurs qui se jetèrent dans la mêlé toujours sous l'effet de son sort de charme.
Avec l'arrivée des nouveaux participants, la bataille devint chaotique. Les pauvres défenseurs d'Abondance ne savaient plus où donner de la tête entre ce guerrier acharné, leurs camarades rebelles et les boules de feu qui volaient en tous sens. Macro essayait tant bien que mal de galvaniser et de diriger ses troupes, mais le chaos était vraiment total, ce n'était que rage et fureur d'un corps à corps endiablé.
Dans les tréfonds, l'excitation était à son comble alors que la fameuse course atteignait son apogée. Les paris reprenaient de plus belle, la côte d'Harald était désormais de 10 rats grillés, une masse d'arme et 20 cafards fris tandis que celles de Jaina et Morrigane étaient à égalité à 5 rats grillés plus une rate et sa portée. Les mères des concurrents s'étaient depuis longtemps levées, encourageant leur progéniture de toute leur voix et à grand renfort de cris et aussi de geste, vu que Kelda et Faye s'invectivaient mutuellement et étaient à deux doigts d'en venir aux mains.
Les speakers quant à eux décrivaient chaque action le plus rapidement qu'ils pouvaient, prenant à peine le temps de respirer.
« Maîtresse Morrigane vient de descendre sa 51ème proie, comblant de plus en plus son écart avec maître Harald, qui pendant ce temps étrangle son 54ème légionnaire. »
« Pendant ce temps, mmmmmmaîtresse jaina traverse le champ de bataille, évitant les coups et les flèches... oh... mmmmmmais que fait-elle ? Je ne rêve pas, elle semble prendre quelque chose dans son sac... serait-ce ? OUI C'EST BIEN CA ! Elle sort son bouquin de mmmmmmagie et traverse le champ de bataille en le lisant ! Quelle mmmmmmaestria ! »
« Mais maîtresse Morrigane n'est pas en reste, elle est en train de griller trois légionnaires d'une main et... Mais que fait-elle de l'autre ? Oh, mais oui, elle nous salut ! C'est extraordinaire, ELLE GRILLE DES SOLDATS D'UNE MAIN ET SALUT SON PUBLIC DE L'AUTRE ! »
« Toutefois, aucun d'eux n'est encore suffisammmmmment près du drapeau pour s'en emparer. Le combat risque de s'éterniser. »
"Ah, vous avez parlé un peu vite mon cher Mortis ! Maître Harald effectue une percée fulgurante ! Il s'approche à grandes enjambés du drapeau ! Oh mais un légionnaire imposant lui bloque le passage ! IL ESSAYE DE DECAPITER NOTRE JEUNE MAITRE ! SON GLAIVE FEND L'AIR ! VIF ! PRECIS ! RAPIDE ! Pas assez... Maître Harald évite sans soucis le coup et réplique d'un puissant coup de pied dans les... »
« Ah ! Désolé de cette interruption Biscornu, mmmmmmais il semble qu'un concurrent inattendu vient de faire son entré. »
Lokir avait attendu son heure avec patience, embusqué sur le toit d'une des chaumières, juste en bas de laquelle Cato et ses archers avaient pris position. Il les avait observé constituer une barricade de fortune, tandis que le centurion Macro organisait la défense de la place. Il avait écouté le discours de Macro à ses hommes et l'avait trouvé pertinent, regrettant presque de ne pas pouvoir faire plus ample connaissance avec un tel homme. Comme le destin peut être cruel par moment. Il avait ensuite assisté à l'arrivé de son frère puis de ses sœurs et du chaos qui en résultat. Quand enfin le dernier archer fut pris dans la mêlé, il sauta du toit pour foncer s'emparer du drapeau le plus rapidement possible en espérant que personne ne le voit.
Il n'avait cependant pas prévu qu'il atterrirait en plein sur ce pauvre Cato. La puissance du choc fit tomber le décurion et voler en éclat le sort de camouflage du jeune fils de l'Overlord. Pourtant, sans perdre une minute il se releva et commença sa course vers le drapeau en croisant les doigts pour que personne ne le remarque avant qu'il ne l'atteigne.
« MACRO ! ATTENTION ! » Hurla Cato en se relevant et en montrant Lokir du doigt.
Le cri du jeune décurion avait détourné Harald de sa course. Le fils de Kelda put ainsi voir le centurion délaisser le combat pour se diriger tel un aigle vengeur vers... SON FRERE ?!
Oubliant le drapeau, Harald se précipita à la rescousse de Lokir tandis que ce dernier évitait le coup de glaive de Macro, mais pas son coup de bouclier qui l'envoya au sol. Macro leva son glaive, s'apprêtant à mettre un terme à la vie de son adversaire. Mais son coup fatal fut arrêté par la masse d'arme d'Harald. Celui-ci le repoussa d'une puissante pression sur son glaive. Les deux combattants se firent face, prêt à en découdre.
Le cri de Cato avait aussi eu le mérite de faire lever le nez de Jaina de son grimoire. Elle avait ainsi pu voir Harald se précipiter à la rescousse de Lokir. Elle comptait profiter de la situation pour s'emparer du drapeau, quand elle vit que Morrigane avait eu la même idée qu'elle et qu'elle se tenait à quelques mètres seulement du trophée de cette course. Jaina haussa les épaules, elle avait manqué de réactivité sur ce coup.
Morrigane quant à elle savourait intérieurement sa victoire. Elle avait réussi, elle avait gagné ! Elle était la seule digne d'hériter de l'Overlord ! Ce premier combat avait renforcé sa soif de sang, et quand elle dirigerait les légions de son père elle le ferait couler sans interruption en savourant chaque carnage, chaque génocide qu'elle commettrait ! Son cœur se gonfla d'orgueil et d'espérance tandis que sa main droite s'apprêtait à toucher le mât où flottait au vent le drapeau tant désiré...
Mais elle n'en eut pas le temps ! Une détonation retentit en plein milieu du champ de bataille, juste devant elle, au pied du mât et elle fut projetée en arrière. Immédiatement, tous les combats cessèrent et les regards convergèrent vers le centre de la scène où une imposante silhouette émergeait d'un nuage de fumé magique. Le sang de Macro, Cato et des soldats survivant se glacèrent dans leurs veines tandis qu'ils devinaient l'identité du nouvel arrivant. Un silence de mort se fit sur la place du village, à peine troublé par les claquements de dent des soldats effrayés, tandis qu'une main gantée de métal se posait lentement sur le mât, y mettant le feu comme par magie. L'incendie se propagea alors le long du poteau de bois jusqu'à son sommet et le fameux drapeau, origine de cette bataille, et le carbonisant en quelques secondes.
La pression ambiante se fit encore plus pesante tandis que les restes du drapeau tombaient au sol dans un silence religieux, aussi bien en surface que dans les tréfonds... Puis, finalement, une voix se fit entendre, provenant des tréfonds mais relayée magiquement à la surface... Celle de Jaseux annonçant la fin des combats :
« A genoux ! A genoux tous devant votre seigneur et maître ! Saluez tous l'arrivé de la fin ! Saluez sa noirceur impériale, le pourfendeur des halfelins, le cauchemar des elfes, l'équarisseur des nains, le fléau des hommes, le destructeur des royaumes et des empires, celui qui est le point final de toute existence et de toutes choses ! Saluez tous L'OVERLOOOOOOOOOOOOORD ! »
La bataille d'Abondance venait de finir...
Le châtiment d'Abondance allait pouvoir commencer...
