XVI

Seasons call and fall

Note de l'auteur : Alors, voilà la liste des noms de chiens que l'on m'a proposés, entre mes reviews sur fanfic comme AO3 et mes amis :

Pirate, Lester, Billy, Rex, Le Hun, Anubis, Groot, Speedy, Gambit, Flyod, Roxy, Brisby, Bosley, Hollister.

Il y en a trop pour le nombre de chiens a nommé, mais ceux que je ne choisirai pas seront sûrement utilisés pour certains pensionnaires du refuge, à l'occasion. Merci encore pour votre participation.

En attendant, un nouveau chapitre ^^ bonne lecture!


Les journaux locaux avaient à peine parlé du meurtre du boucher. Quoique spectaculaire, selon la description qu'en firent les journalistes, l'homme n'avait pas que des amis, loin s'en fallait. Et la thèse d'un règlement de comptes était la plus populaire. Aucun réel suspect ne se dessinait. Aucune preuve matérielle n'avait été trouvée. Nous y avions veillé. Et l'affaire se tassa rapidement.

Mes premiers jours au refuge s'étaient déroulés comme je l'imaginais. Passer mes journées en plein air me faisait un bien fou. Et à mes chiens aussi. Prendre soin d'animaux également. Je renouais avec cette part de moi que j'avais presque oubliée. Celle qui est capable de faire du bien à ceux qui le méritent. Et ces bêtes étaient de ceux-là. Tout comme Daniela. Elle faisait partie de ces gens que j'aurais voulu rencontrer plus souvent dans ma vie. Dénuée de tout mauvais sentiment, d'une beauté simple, elle me rappelait parfois ce qui m'avait plu chez Molly, au début. Certes, elle parlait beaucoup. Suffisamment pour deux. Mais, elle racontait surtout sa vie, sans poser de question sur la mienne. Et cela me convenait parfaitement. Je sentais bien qu'elle était curieuse, mais elle comprenait également qu'il ne fallait pas trop creuser. Cependant, ce jour-là, après deux semaines en ma compagnie, elle se jeta à l'eau, alors que la matinée touchait à sa fin.

« Nous n'en avons jamais reparlé, mais, lors de notre première rencontre, tu m'as dit que tu ne vivais pas seul. »

« C'est vrai. Je partage ma vie avec quelqu'un. » Admis-je, car il n'y avait aucune raison de le nier.

« Et… J'avais également cru comprendre que c'était un homme. » Continua-t-elle, avec hésitation.

« C'est exact. Tu as un problème avec ça ? » L'attaquai-je.

« C'est qu'il mordrait ! » S'exclama-t-elle, en souriant.

Et je compris qu'elle essayait juste d'en savoir plus sur moi.

« Désolé. » M'excusai-je. « Nos premiers contacts avec les locaux n'ont pas été des plus… Tolérants. »

« Ça ne m'étonne pas. Moi, je m'en fiche, si ça peut te rassurer. Je viens aussi des États-Unis, comme tu le sais déjà, et j'ai encore du mal avec les mentalités d'ici. J'aimerais beaucoup rencontrer ton copain d'ailleurs. »

J'allais répondre un prétexte quelconque pour retarder ce rendez-vous, quand Franco, un de nos collègues, nous interrompit.

« Will ! Un type bizarre pour toi, à l'accueil. » M'informa-t-il, avant de retourner à ce qu'il faisait.

« On dirait que je vais être exaucée. » S'enthousiasma Daniela.

Et avant que j'aie pu dire quoi que ce soit, elle se précipita dans le bâtiment. Je m'empressai de la suivre. Si Hannibal était là, cela ne pouvait signifier que deux choses. Il s'était passé quelque chose qui ne pouvait pas attendre ou il était rentré plutôt et voulait voir de ses yeux là où je travaillais. Quelle que soit la réponse, quand je l'aperçus dans l'entrée, dans son costume, rien ne transparaissait sur son visage. Il portait le masque qu'il enfilait en société. Sourire poli, posture avenante. Et Daniela s'approcha sans méfiance.

« Vous êtes l'ami de Will ? Je suis Daniela. Ravie de vous rencontrer. » L'aborda-t-elle immédiatement, en tendant une main amicale, qu'évidemment, il serra sans hésitation.

« Will vous a parlé de moi ? » S'étonna-t-il, en me lançant un regard par-dessus l'épaule de la jeune femme.

« Seulement il y a quelques minutes. Il est très discret dans son genre. Je ne connais même pas votre nom. » S'empressa-t-elle de clarifier, craignant certainement d'avoir dit une bêtise.

« Hannibal. » Murmurai-je, en me glissant entre elle et lui. « Qu'est-ce qui t'amène ? » Lui demandai-je, avant de déposer un baiser aérien sur ses lèvres, pour qu'il comprenne qu'il n'y avait aucun malentendu.

« J'étais curieux de visiter enfin ce lieu, puisque j'avais du temps devant moi. »

Ce qui, en langage Lecter, signifiait qu'il s'ennuyait de moi, seul à la maison et qu'il appréciait toujours moyennement que je passe mes journées avec Daniela. Ce n'était pas un problème de confiance, mais la crainte qu'elle tente de trop s'immiscer dans ma vie.

Je lui fis faire le tour du propriétaire, en lui expliquant à quoi servaient les installations et comment s'était passée ma matinée. Daniela nous suivit, participa à la conversation, et Hannibal fut des plus agréable avec elle, malgré ses réticences.

Nous rentrâmes ensuite pour déjeuner. Je savais que sa visite avait une tout autre motivation qu'une simple curiosité, mais décidai de ne pas m'en formaliser. Car cela me flattait, d'une certaine manière. Cette possessivité, justement parce qu'il savait qu'il ne pourrait pas me retenir, si je choisissais de partir. Nous nous appartenions, parce que nous le voulions. Et pas – plus – parce que l'un d'entre nous dominait complètement l'autre. Cette vie était ce qu'il avait toujours voulu, pour moi, pour nous. Une vie pleine et entière. Sans jugement.

« Je dois l'admettre, tu avais raison. » Me dit-il, alors que nous mangions l'un en face de l'autre.

Je lui lançai un regard intrigué.

« Cette Daniela est tout à fait charmante. »

Je cachai mon sourire derrière mon verre.

« Mais, tu as ouvert une brèche. Fais juste en sorte qu'elle ne s'y engouffre pas. » M'avertit-il.

« Tu penses qu'elle va poser plus de questions. » Compris-je. « Je garderai mes distances, ne t'inquiète pas. »

« Je n'en doute pas. » Approuva-t-il. « J'ai un service à te demander. Pourrais-tu rentrer plus tôt ce soir ? »

« Oui. Je vais m'arranger. Pourquoi ? » Le questionnai-je, curieux.

« C'est une surprise. » Répondit-il simplement.

Et je n'en sus pas plus.

L'après-midi se passa dans une ambiance en apparence détendue. Comme à son habitude, Daniela fit la conversation pour deux. Elle ne semblait pas se formaliser de mon manque de répondant. Elle savait que je l'écoutais. Sans que je puisse réellement y faire quelque chose, mon cerveau enregistrait tous les détails de sa vie qui pourraient m'être utiles, le cas échéant. Si elle savait qu'elle me donnait elle-même les matériaux de base pour faire d'elle ce que je voulais… Mais, je perçus également qu'elle se retenait de m'interroger sur mon mystérieux compagnon, qu'elle devait trouver aux antipodes de moi. J'avais beau être devenu lui, d'une certaine manière, mon don d'empathie me ferait toujours paraître plus humain que lui, moins froid. Ce qui, dans un sens, était totalement faux.

Quand il fut temps pour moi de partir, elle m'accompagna aux vestiaires où je sortis mon sac d'un casier, en attendant patiemment qu'elle prenne une décision. Elle voulait mieux me connaître, mais, inconsciemment, elle devait aussi percevoir que ma discrétion n'était que l'arbre qui cachait la forêt.

« Je… Ce serait bien que l'on dîne tous les trois, un soir. » Proposa-t-elle, finalement.

Elle préférait donc l'innocente invitation au questionnement direct. Un choix prudent.

« Bien sûr. J'en parlerai avec Hannibal. »

Ne pas refuser. Rester ouvert. Sinon, ça ne ferait que renforcer sa curiosité. Promettre de prévoir quelque chose et ne plus en reparler, en espérant qu'elle oublie.

« Super. Parce qu'il est… Très poli et agréable. J'aimerais le connaître mieux. »

Non. Tu n'aimerais pas.

« Vous êtes très différents. Enfin, tu es poli et agréable aussi, ce n'est pas ce que je voulais dire, je… »

« J'ai bien compris, Daniela. » La coupai-je dans ses justifications.

« Bref. Je me demande comment deux personnes comme vous en viennent à finir ensemble, dans ce coin paumé, comme deux amants en fuite. » Dit-elle en s'esclaffant. Et son rire avait quelque chose de nerveux.

« Ne pose pas de question dont tu ne veux pas connaître la réponse. » L'avertis-je plus ouvertement.

Et cela eut le mérite de la réduire au silence durant un instant.

« C'est une menace ? » Demanda-t-elle, avec tout le courage qu'elle avait pu rassembler.

« Non. Un simple conseil. Tu es mon amie. Alors, je te le demande en tant que tel. Restons de simples collègues de travail qui s'entendent très bien. Tu n'as aucun problème avec l'idée de me parler de chaque membre de ton interminable famille, à tel point que j'ai l'impression de les avoir déjà rencontrés ? Soit, c'est ton caractère. Moi, je suis quelqu'un de réservé. Et crois-moi, il y a tout un tas de raisons à cela, dont certaines qui te dépasseraient complètement. »

« Message reçu. » Capitula-t-elle finalement, quelque peu mal à l'aise.

Et je sus que ça ne fonctionnerait pas. Ce que je regrettai amèrement. Mais, pour le moment, les choses resteraient ainsi, et je verrais bien. Peut-être me surprendrait-elle.

« Il faut que j'y aille. À demain. » Conclus-je, en enfilant ma veste.

Le temps se rafraîchissait et la plage était balayée par un vent violent et plein d'embruns. L'océan était déchaîné et les chiens me suivirent en fonçant vers les vagues, avant de se retirer quand l'eau manquait de s'abattre sur eux. Et nous arrivâmes, plus ou moins trempés, dans le réconfort de notre maison.

Comme je m'y attendais, Hannibal était déjà là. Dans le salon, il avait poussé le canapé contre un mur et fouillait dans une pile de disque de musique.

« Salut. » Lançai-je, en me déshabillant, avant de mettre mes vêtements à sécher et d'enfiler quelque chose de confortable. « Alors ? Pourquoi suis-je ici ? » Lui demandai-je ensuite, alors qu'il avait enfin trouvé ce qu'il cherchait et qu'il insérait le CD dans la chaîne hi-fi.

Les premières notes d'une valse s'élevèrent alors dans la pièce et il tendit simplement une main vers moi.

« Tu es sérieux ? » Plaisantai-je, en acceptant néanmoins l'invitation.

Il posa sa paume droite dans le bas de mon dos et, naturellement, ma gauche finit sur son épaule, alors qu'il joignait nos autres mains. Nous commençâmes alors à pivoter doucement.

« Suis mes pas. Ne regarde pas tes pieds, regarde-moi. » Chuchota-t-il, près de ma bouche.

Nous étions très proches l'un de l'autre et, après quelques maladresses, je trouvai mon rythme.

« Le musée organise un gala, pour fêter l'acquisition récente d'une œuvre que l'artiste viendra présenter en cette occasion. » M'expliqua-t-il enfin, en continuant à me guider à travers la pièce.

« Tu veux que je t'y accompagne ? Alors que Lucas sera là ? Tu verses dans la provocation maintenant ? » M'étonnai-je, amusé.

Il sourit, en posant son front contre le mien. Je continuais à suivre ses mouvements, de plus en plus aisément.

« Je ne me vois pas y aller avec quelqu'un d'autre. Lucas peut bien en penser ce qu'il veut. Même dans ce pays, il ne peut pas me virer pour ça. »

« Avoue. Tu veux juste l'emmerder, avant que l'on trouve l'occasion de s'occuper de lui. »

Son sourire s'accentua et je me rapprochai pour poser ma tête contre son épaule, en riant doucement. Il frotta sa joue sur ma tempe, avant d'y déposer un baiser. Nous continuâmes à tourner doucement, alors que la musique ralentissait.

« Ma façon de danser est-elle satisfaisante ? » Lui demandai-je, après de longues minutes de silence paisible.

« Tu es parfait. » Murmura-t-il.

« Et quand aura lieu cette soirée ? »

« Demain. Il faut nous accorder sur nos tenues et que j'arrive à faire quelque chose de tes cheveux. »

Je m'esclaffai, nullement vexé par la remarque, en relevant la tête vers lui.

« Je croyais que j'étais parfait. »

« Tu l'es, pour moi. » Affirma-t-il, avant de m'embrasser.

Ces moments restaient rares et j'en profitai pleinement, jusqu'à ce que les notes s'amenuisent et s'éteignent, nous laissant dans un calme tranquille où nous prolongeâmes notre danse, au rythme des battements de nos cœurs.

Hannibal préparait le dîner, alors que je prenais l'air une dernière fois avec les chiens, avant de les faire rentrer pour la nuit. Assis dans le sable, mon regard perdu sur l'horizon, je regardai le soleil disparaître, jusqu'à ce que l'obscurité m'engloutisse. Les lumières de la maison, comme un phare, trouèrent alors la nuit, la porte grinça légèrement sur ses gonds, la moustiquaire claqua et l'ombre d'un cerf s'étendit lentement sur moi. Puis, Hannibal s'installa à côté de moi.

« Le repas est prêt. » Dit-il, plus comme une information que comme une injonction.

Et nous regardâmes un moment les chiens s'ébrouer, sans nous presser, son épaule contre la mienne.

Les bruits d'une dispute nous parvinrent alors de loin. La portion de plage était privée, mais le littoral appartenait à tout le monde et l'arpenter n'était pas interdit. Un couple se rapprochait. L'homme, trop occupé à hurler sur la femme, ne nous avait pas encore remarqués. Mais, cette dernière nous lança un regard indéchiffrable. Les mots devinrent plus distincts, mais restèrent incompréhensibles pour moi, puisqu'il parlait l'argot local. Cependant, son ton menaçant ne m'échappa pas. Et quand une gifle tomba, puis une deuxième, avant qu'il crie de plus belle, un frisson me secoua. Ils passèrent derrière nous, comme au ralenti, mon corps se tendit et tous mes sens se mirent en alerte. Sur le sable, les bois de nos ombres s'entremêlèrent, alors que nos yeux se croisaient, semblables.

Comme un seul être, nous nous levâmes doucement, avant de suivre le couple. La femme se retourna plusieurs fois, pour nous regarder, et l'homme finit par se rendre compte de notre présence, avant de nous hurler une phrase qui sonna comme une question.

« Il nous demande ce que nous lui voulons. » Me traduit Hannibal.

« Que faisons-nous ? »

« Ce que je fais toujours. » Répondit-il simplement, avant de s'adresser à l'homme en espagnol.

Je ne sus pas ce qu'il dit, mais il sembla intéressé et se détourna de sa femme, comme si elle n'existait plus. Puis, il fouilla dans ses poches, sortit son portefeuille et tendit quelque chose qu'Hannibal rangea dans sa veste, avant de le saluer et passer un bras par-dessus mes épaules pour me guider vers la maison.

« Tu m'expliques ? »

« Leur dispute portait sur le manque d'argent dans le foyer. Il lui reprochait de tout dépenser dans des choses inutiles. Et il parlait du manque de client, quand j'ai compris qu'il était plombier. Je lui ai donc parlé de la fuite sous notre évier et il m'a donné sa carte pour convenir d'un rendez-vous. » Me résuma-t-il, alors que nous montions les marches jusqu'à la porte.

« Hannibal ? »

« Oui ? » Répondit-il, en ouvrant pour me laisser entrer.

« Nous n'avons pas de fuite. »

« Je sais. »

Et un sourire prédateur se dessina sur ses lèvres.