XVII
Grace and uniform
Note de l'auteur : Je ne vais pas m'étendre sur ma vie, mais hier, des obligations m'ont retenu à l'extérieur jusqu'à tard le soir et j'étais vraiment trop crevée pour achever ce chapitre comme il se doit. Et ce matin, petit déjeunant devant Tumblr, j'ai manqué de m'étouffer en tombant sur un fanart de rednoonsun qui a juste liquéfié mon cerveau. Puisque fanfiction refuse d'afficher les liens, vous pourrez le trouver dans les notes du chapitre sur AO3 où j'écris sous le même pseudo, n'allez pas voir avant de lire le chapitre, ce serait dommage de vous gâcher la surprise. Parce qu'immédiatement, j'ai eu l'envie irrésistible de l'écrire, ce qui fait que ce chapitre est presque deux fois plus long que d'habitude. Ce qui, je l'espère, rattrapera mon petit retard. J'espère que le gala vous plaira et que la scène qui suit également. J'espère que vous avez envie autant que moi de voir Lucas sur un barbecue et que vous profiterez bien de ces quelques nouveaux moments paisibles, car mon idée pour le prochain chapitre est encore un rêve que j'ai fait et que ça promet d'être étrange et pas très joyeux.
Bonne lecture !
Je rentrai de mon footing matinal, trempé de sueur et par la légère pluie qui tombait ce jour-là. Les chiens se secouèrent dans l'entrée, avant d'aller se réchauffer sur leurs couvertures. J'abandonnai mes baskets dans le hall et retirai mon t-shirt, frissonnant sous le tissu mouillé, avant d'entrer dans notre chambre. Hannibal y était, devant le miroir, en simple chemise et pantalon, en train d'évaluer plusieurs costumes pendus sur leurs cintres. Nous étions samedi et le gala aurait lieu ce soir. Je m'arrêtai près de la porte et l'observai un moment, amusé par son souci du détail. Tout à fait conscient de ma présence, il me lança un regard en coin.
« Va prendre une douche, avant d'attraper une pneumonie. J'ai besoin de toi en pleine forme pour cette soirée. » Dit-il, en détaillant ma tenue.
« J'ai envie d'un bain. Tu viens me frotter le dos ? » Répliquai-je, en me dirigeant vers la salle de bain.
Il ne répondit pas, mais je savais très bien qu'il viendrait. J'ouvris les robinets, puis retirai le reste de mes vêtements, avant de les mettre dans la panière. Ma peau était fraîche et je refermai mes bras autour de moi, dans une tentative désespérée de me réchauffer. La baignoire se remplit doucement, la vapeur envahit légèrement la pièce, et Hannibal s'approcha derrière moi, avant de me serrer contre lui.
« Je vais te salir. Je suis tout transpirant. »
« C'est sans importance. » Murmura-t-il, avant de déposer un baiser sur ma peau salée.
Puis, il me contourna pour couper l'eau et verser des sels dans le bassin, avant de m'inviter à y entrer. Toujours touché par ses attentions, je m'immergeai avec un plaisir non-feint. Il retroussa ses manches jusqu'aux coudes et s'agenouilla derrière ma tête.
« À quelle heure doit-on y être ? » Lui demandai-je, en m'enfonçant jusqu'au cou dans le liquide presque brûlant qui me réchauffa immédiatement.
« Vingt heures. Il y aura un apéritif dînatoire, puis une réception. » M'expliqua-t-il, en versant du shampoing sur mes cheveux, avant de commencer à les masser.
« Ce n'est pas toi qui régales. La nourriture risque d'être décevante. »
« Ainsi que le vin et le champagne. Mais, je ne peux pas me permettre de ne pas m'y présenter. »
Je fermai les yeux en souriant. Un soupir d'aise m'échappa, sous les caresses de ses doigts sur mon crâne.
« Je serai là pour te soutenir moralement. » Plaisantai-je, en imaginant déjà son palais délicat hurler à la mort.
Je plongeai ma tête, pour me rincer, restai un instant englouti par le silence, avant de remonter en frottant mes yeux. Hannibal se munit de l'éponge, fit mousser le savon et frotta mes épaules, ma nuque, avant de descendre sur mon torse. Je me redressai un peu, pour lui faciliter la tâche.
« Quel est le vrai but de cette soirée, pour toi ? » Le questionnai-je finalement.
« Tu n'es pas un trophée avec lequel je compte me montrer, si c'est ce qui t'inquiète. »
« Je le sais bien. Mais, tu es tellement habitué à vivre caché, depuis toujours, que j'ai du mal à comprendre cette soudaine envie de t'afficher. » Répliquai-je, alors qu'il se penchait sur moi, pour laver mon ventre où souriait toujours la cicatrice qu'il m'avait laissée. Son avant-bras glissa sous l'eau. Sa manche s'imbiba légèrement.
« Justement. Je ne veux pas t'ajouter à la longue liste des choses que je cache aux yeux du monde. Fort heureusement, nous vivons à une époque où l'homosexualité n'est plus illégale, contrairement aux aspects de notre vie qui doivent rester dans l'ombre. » Développa-t-il, en m'invitant à me pencher en avant, pour s'attaquer à mon dos.
« Je ne suis pas homosexuel. »
« Je sais. Moi non plus. Mais, c'est ce qu'ils croiront, dans leurs petits esprits étriqués. »
« Tu es sûr que c'est ce que tu veux ? Donne-moi un bateau de pêche, une dizaine de chiens, et je serai l'homme le plus heureux du monde. Mais toi, tu as toujours évolué dans ces sphères-là. J'ai vu le château où tu as grandi, Hannibal. Tu as ça dans le sang. Cette culture du paraître, cette opulence. Ces types sont honteusement friqués et regardent de haut un peuple qui crève de faim, jugent tout le monde. Et même si rien ne me ferait plus plaisir que de voir leurs mâchoires se fracasser sur leur luxueux sol en marbre italien et que je sais que tu n'es pas comme eux, c'est certainement ce qu'ils s'imaginent sur toi. Tu travailles peut-être avec eux sous un nom qui ne signifie rien pour personne, mais tu as réussi à t'y faire une place. Sais-tu à quel point tu attires l'attention, rien qu'en étant présent dans une pièce ? »
Il me tira en arrière, pour que je me réinstalle, et me vola un baiser.
« C'est toi qui ne sais pas à quel point tu as attiré mon attention depuis la première fois que je t'ai vu. »
Un rire secoua mes épaules.
« J'étais un véritable phénomène de foire. » Raillai-je.
« Parce que tu laissais ton don dominer ta vie. J'ai vu ce qu'il y avait derrière. Celui que tu es aujourd'hui. Et je veux que tu aies l'attention que tu mérites. Tu n'es pas une œuvre d'art dont j'ai fait l'acquisition et que je garde jalousement dans mon salon. Ils se posent beaucoup de questions sur notre situation, comme s'y attendait Lucas. Je tiens à clarifier les choses une bonne fois. Ça leur donnera une vraie raison de médire sur mon dos. »
« Au risque de perdre ta place ? Tu ne peux pas vivre sans art. »
« C'est sans toi que je ne peux pas vivre, Will. »
Hannibal ne me disait jamais qu'il m'aimait. Pas depuis la seule fois où il m'avait dit « oui », quand je lui avais posé la question, après que nous avons vaincu le Dragon. Mais, ce genre d'affirmation me frappait en plein cœur plus sûrement que n'importe quelle déclaration.
Je tirai sur son bras, pour qu'il se décale sur le côté. Il poussa sur ses pieds, glissa sur le carrelage écru et se pencha par-dessus le rebord pour m'embrasser. Je m'agrippai à sa nuque, l'eau déborda, mouilla le sol et éclaboussa ses vêtements. Il dérapa et tomba à moitié dans la baignoire, alors que j'éclatai de rire.
« Il va falloir enlever cette chemise maintenant. Elle est trempée. Le pantalon aussi d'ailleurs. »
« Vos méthodes sont très sournoises, Monsieur Graham. » Plaisanta-t-il, en commençant à défaire quelques boutons.
« J'ai été à bonne école. » Rétorquai-je, en me levant pour sortir du bain avant d'ouvrir la bonde pour le vider.
Ma remarque lui tira un sourire, alors qu'il retirait ses habits avant de les mettre à sécher. Je m'emparai d'un peignoir et m'emmitouflai dedans, puis me plantai devant la glace au-dessus des lavabos.
« Tu voulais faire quelque chose de mes cheveux ? » Lui rappelai-je, en ébouriffant mes mèches dégoulinantes.
Je vis son reflet s'approcher derrière moi, en simple boxer à présent. Il passa son bras par-dessus mon épaule, ouvrit l'armoire à pharmacie et s'empara d'une paire de ciseaux. Un sourire narquois s'afficha alors sur ses lèvres.
…
J'observai mon image dans le miroir de la chambre, incertain.
« Tu es sûr pour la couleur ? » Demandai-je à Hannibal, alors qu'il admirait le résultat, lui-même habillé d'un costume noir mat rehaussé d'une chemise sang de bœuf, une cravate anthracite striée de liserés argentés et une pochette grenat.
« Nous devons être accordés. Et le rouge te va très bien. » M'assura-t-il.
Il m'avait fait endosser un costard bordeaux, chemise et pochette blanches, ainsi qu'une cravate du même noir que sa veste. Mes cheveux, un peu plus courts à présent, étaient coiffés en arrière. Quelques mèches récalcitrantes refusaient obstinément de se laisser dompter. J'y passai mes doigts, une fois de plus, toujours un peu septique. Hannibal vint se coller à mon dos, passa ses mains sur mon ventre, et je dus admettre que nous étions époustouflants l'un à côté de l'autre.
Une fois prêts, nous nous mîmes en route, avant d'être trop en retard. Hannibal m'avait expliqué qu'il était d'usage de ne pas arriver pile à l'heure à ce genre de soirée, mais pas trop tard non plus. Juste ce qu'il fallait pour se faire désirer, sans devenir impoli. Et ce n'était qu'un détail parmi tant d'autres rituels et codes qui régissaient ce type d'événements et avec lesquels je n'étais pas familier. C'était dans ces moments que j'appréciais mon don d'empathie et la capacité de mimétisme qu'il me donnait. Je n'aurais qu'à suivre les mouvements d'Hannibal et tout irait bien.
Le trajet en voiture se déroula dans un silence impatient de son côté et légèrement tendu du mien. Les bains de foule n'avaient jamais été ma tasse de thé. Plutôt un vieux cauchemar. Et ses gens m'insupportaient. Mais, je faisais ça pour lui, pour nous. Parce que cela ne me plaisait pas plus qu'à lui qu'ils me considèrent comme un joli meuble dans sa maison, alors qu'ils ne me connaissaient même pas. Ce soir, nous allions entrer dans cette salle et les défier d'avoir suffisamment de couilles pour dire ce qu'ils pensent.
Nous nous garâmes devant le majestueux édifice rouge brique et un voiturier prit le relais contre un pourboire. Nous montâmes les marches qui menaient aux trois grandes portes d'entrée vitrées, passâmes sous quatre immenses colonnes et pénétrâmes dans le hall plein des autres invités, où nous déposâmes nos manteaux dans un vestiaire. Hannibal m'offrit très sérieusement son bras et, pour la première fois, nous évoluâmes ouvertement en public. Heureusement, cette soirée était privée, et nous ne serions pas des centaines, mais c'était déjà trop pour moi. Mon regard parcourut la pièce luxueusement décorée sans jamais se fixer sur quoi que ce soit, analysant chaque détail, enregistrant chaque visage, alors qu'Hannibal chuchotait leurs noms à mon oreille en me les désignant discrètement. À notre gauche, un large buffet, derrière lequel une armée de serveurs s'affairait, était pris d'assaut.
Certains regards s'attardèrent sur nous. La plupart, en réalité. Et nous nous frayâmes un chemin à travers l'assistance quand Lucas et sa femme nous firent signe de loin. Je vis clairement le visage rond de l'homme engoncé dans son costume gris, se figer à mesure que nous approchions.
« Buenas tardes. » Les salua Hannibal.
« Buenas tardes, señores. » Lui répondit Lucas, en nous serrant la main. « Je vois que vous avez amené votre ami. » Releva-t-il immédiatement, en coulant un regard quelque peu hautain sur moi.
« Oui. Je tenais à ce que William m'accompagne. »
« Je déplore que vous n'ayez toujours pas trouvé de joven mujer(1) à votre goût, mais je m'attendais à ce que vous veniez seul. Je n'ai rien contre votre amigo, mais je pensais avoir été clair, l'autre soir. Tout le monde vous regarde. C'est embarrassant. » Dit Lucas tout bas, sur le ton de la confidence, en serrant les dents.
« L'amigo est ici et n'apprécie pas spécialement que l'on parle de lui comme si ce n'était pas le cas. » Répliquai-je, avant qu'Hannibal ait pu répondre quoi que ce soit.
Le conservateur me fixa, la bouche entrouverte, durant un instant, avant de platement s'excuser pour son impolitesse. Nous les laissâmes ensuite, en prenant deux coupes de champagne à un serveur qui passait par là. Je suivis Hannibal qui me présenta à plusieurs personnes dont j'oubliai presque instantanément les noms, des collègues, des figures importantes. Il n'en appréciait réellement aucun, puis-je deviner à sa manière de s'adresser à eux. Tout en finesse, mais teintée de mépris. Régulièrement, il me glissait à l'oreille des commentaires, des anecdotes, sur l'un ou sur l'autre, sur la nourriture plutôt passable d'après lui et l'alcool qui ne venait manifestement pas de France. Cela me fit sourire, parfois m'esclaffer, et l'apéritif en fut presque agréable. Nous nous tenions proches, sans être indécents. Comme pour apaiser mon malaise en public, il conservait un contact physique quasi-permanent avec moi. Que ce soit une paume dans le creux de mes reins, une main sur mon bras ou des doigts serrés sur mon épaule. Et beaucoup ne semblèrent pas savoir sur quel pied danser. J'en fus très amusé également.
La cérémonie en elle-même débuta au bout d'une heure. Lucas monta sur une estrade qui surplombait la salle et présenta rapidement l'artiste, qui le rejoignit, ainsi que son œuvre. Le tableau était beau, je devais l'admettre, mais l'homme me parut quelque peu déplacé dans le décor. Certainement qu'il préférait son atelier de peinture aux galas mondains. Et je fus en totale empathie avec lui tout le long de son discours maladroit. Les applaudissements furent cependant à la hauteur de son talent, même s'il paraissait pressé de s'en aller. Lucas dit encore quelques mots, puis l'orchestre, qui jouait une musique d'ambiance depuis le début de la soirée, entama alors une valse à trois temps. Les premiers couples s'avancèrent sur la piste, une légère montée d'angoisse m'envahit. Ce n'était vraiment pas comme danser dans notre salon et la sérénité de ce moment me paraissait bien loin, à présent. Nous n'avions pas vraiment répété et les autres convives ne manqueraient pas de nous scruter. Je ne voulais surtout pas faire honte à Hannibal en écrasant ses belles chaussures vernies.
« Ne regarde pas tes pieds. Regarde-moi. » Me chuchota-t-il.
Et ses paroles firent écho dans mon esprit. Nous nous élançâmes alors parmi les couples virevoltants sur le sol brillant et quand mon regard se perdit dans le sien, le reste de la salle disparut. Naturellement, nos corps s'épousèrent, ses mouvements devinrent les miens et nous tournoyâmes longuement, au rythme des notes. Un petit sourire se dessina sur ses lèvres pour ne plus les quitter et je compris qu'il était fier. Instinctivement, je me rapprochai un peu plus, légèrement étourdi. Sa prise se raffermit sur ma taille. Nos bouches se frôlèrent sans jamais se toucher réellement, et même le décor somptueux me parut fade à côté de l'or de ses yeux. Je perdis la notion du temps, ne voulais pas de nouveau affronter les œillades désapprobatrices de certains. Mais, la musique ralentit, jusqu'à s'estomper, et les réjouissances arrivèrent sur leur fin. Les premiers invités se retirèrent peu à peu.
Quand nous quittâmes la piste, son bras persista sur mes hanches et je me collai contre son flanc. Je me sentais transporté, presque euphorique, le champagne me montait certainement un peu à la tête. C'est alors que Lucas s'approcha de nous. Sa femme, elle, n'était nulle part en vue. Peut-être s'était-elle retirée.
« Je ne voulais pas provoquer un escándalo, mais vous avez été l'attraction de la soirée. Et pas pour de bonnes raisons. Je ne comprends pas quel est le but de tout cela, Hannibal. Si je vous ai froissé d'une quelconque manière, je m'en excuse, mais nous pouvions en discuter sans que vous vous sentiez obligé de m'humilier publiquement. »
« La seule chose que j'ai faite, c'est de vous laisser en venir à des conclusions erronées sans vous détromper. » Riposta Hannibal.
« J'ai peur de comprendre. »
« Alors, c'est que vous avez compris. Et, à partir de maintenant, j'apprécierais de ne plus essuyer de remarques déplacées sur mon couple dans le cadre de mon travail, Monsieur González. Sur ce, je vous souhaite une bonne fin de soirée et vous remercie de nous avoir invités ce soir. » Conclut Hannibal, avant de simplement le planter là, la bouche ouverte.
Et nous sortîmes dans la fraîcheur du soir, après avoir récupéré nos manteaux.
…
Le trajet du retour se fit dans un silence confortable. Je somnolai, appuyé contre son épaule. Il déposa un baiser sur ma tempe. Quand j'ouvris de nouveau les yeux, nous étions arrivés. Tranquillement, nous descendîmes de voiture, avant de marcher vers la maison, fondus dans l'obscurité de la nuit.
Les chiens nous accueillirent chaleureusement et je les envoyai faire un tour sur la plage. Nous laissâmes nos pardessus et nos chaussures dans l'entrée, puis nous réfugiâmes dans la tiédeur de notre chambre et je me plantai devant le miroir en ouvrant ma veste, pour desserrer ma cravate. Hannibal se glissa derrière moi, passa ses bras sur mon torse et la défit pour moi, avant de l'empocher dans son pantalon.
« Je voudrais te remercier pour ce soir. » Chuchota-t-il à mon oreille.
« Ce n'est pas nécessaire. » Lui assurai-je.
Il me retira ma veste, avant de la jeter sur le fauteuil qui trônait dans un coin de la pièce.
« J'insiste. Je sais que ce n'était pas évident pour toi. »
Il déboutonna ensuite ma chemise et lui fit subir le même sort.
« J'ai apprécié danser avec toi. »
« Moi aussi. »
« Et la tête de Lucas était impayable. » Plaisantai-je.
Ses mains se posèrent sur ma ceinture, pour la déboucler avec dextérité.
« Qu'est-ce que tu es en train de faire ? » Lui demandai-je, en souriant.
« Je te déshabille. » Répondit-il, en ouvrant mon pantalon.
« Merci, j'avais remarqué. Pourquoi ? »
« Je t'ai dit que je voulais te remercier. Tu as confiance en moi ? »
« Oui. » Répliquai-je, sans hésitation.
« Alors, allonge-toi sur le lit. » Exigea-t-il.
Je levai un sourcil interrogateur vers son reflet dans la glace, alors qu'il plongeait son nez dans mon cou pour sentir mon odeur, et je le contournai pour faire ce qu'il me demandait. Je m'assis sur le bord du matelas, avant de m'installer confortablement sur le dos, en attendant la suite. Hannibal se pencha sur moi pour me retirer mes derniers vêtements, puis se délesta de sa veste à son tour. Il enleva ses boutons de manchette, les posa sur la commode, puis releva ses manches sur ses avant-bras. Il sortit ensuite ma cravate de sa poche et revint vers moi, en se déplaçant de sa démarche presque féline. Appuyé sur mes coudes, je le regardai approcher, en apparence détendu, malgré ma nudité et mon appréhension. Il posa un genou sur les draps, puis deux, enjamba ma taille, avant de me pousser à m'allonger complètement et de se saisir de mes mains. Il enroula délicatement le tissu en soie autour de mes poignets, sous mon regard interrogateur, les remonta et les attacha à la tête de lit. Je réprimai mon envie de me débattre. Car je lui faisais vraiment confiance. Même si la vulnérabilité de ma position tendit chacun de mes muscles.
« Si être entravé t'insupporte réellement, dis-le-moi. »
« Je suis curieux d'en connaître la raison. Continue. » Le rassurai-je.
Il sourit, satisfait, puis s'assit sur mes hanches, avant de commencer à se déshabiller lentement. Je n'en ratai pas une miette. Mes yeux suivirent les mouvements de ses mains, se nourrirent de chaque centimètre de peau découverte. Mes dents mordirent ma lèvre, quand il se mit debout sur le lit, en me dominant de toute sa hauteur, pour enlever son pantalon. Puis, il se réinstalla sur mon bassin, en comprimant mon érection sous le poids de son corps, me faisant remuer sous lui. Il se pencha vers la table de nuit, en sortit le gel que nous avions l'habitude d'utiliser, avant d'en verser une généreuse quantité dans une paume et de l'étaler sur ses deux mains. Je l'observai, intrigué, en oubliant mon appréhension, quand ses doigts s'enroulèrent autour de son propre membre pour le caresser doucement. C'était la première fois qu'il m'offrait un tel spectacle et je ne pus m'en détacher, jusqu'à ce que son autre main passe dans son dos et glisse entre ses fesses. Un soupir lui échappa et il ferma ses paupières en rejetant la tête en arrière.
« Qu'est-ce que tu fais ? » Murmurai-je, subjugué par cette vision.
Pour seule réponse, il plongea ses yeux dans les miens et je me perdis dans ses iris teintés d'or, alors qu'il se surélevait pour s'empaler de lui-même sur moi. Je sentis la barrière de ses muscles céder peu à peu, la chaleur de sa chair autour de moi et mes mains tirèrent sur leurs liens comme possédées par l'envie d'agripper ses flancs, ma bouche s'ouvrit dans un cri muet. Il s'appuya sur mon torse, s'immobilisa un instant, en se délectant de la vue de mon être tremblant de désir, prit un plaisir évident à me faire languir. Mes hanches montèrent alors à sa rencontre, dans un sursaut presque involontaire, le besoin de bouger, et un soupir lui échappa. Son corps se mit enfin en mouvement, prit vie, et je m'abreuvai de ses gémissements, de sa peau qui se couvrit de sueur, du roulement de ses muscles tendus. Quelques mèches de ses cheveux tombèrent devant ses yeux qui ne me quittaient pas, sa langue passa sur ses lèvres sèches, la cravate irrita mes poignets comme je tirais encore dessus. Et je compris pourquoi j'étais attaché. Car la nécessité de le dominer me taraudait, de le renverser sur le lit et de le prendre avec force. Il s'offrait à moi, mais il devait contrôler quand et comment il le faisait. Ce qui donnait à ce cadeau une dimension vertigineuse dont je pris la mesure.
Le plaisir monta progressivement, grâce à sa parfaite maîtrise du rythme. Ses ongles s'enfoncèrent dans mes pectoraux. Il se pencha sur moi, dévora ma bouche, mordilla ma carotide palpitante, accéléra encore la cadence. Je me perdis avec délice en lui, accompagnai l'ondulation de ses hanches, gravai dans ma mémoire ses traits crispés, son regard empli de luxure, sa sensualité, les inflexions de sa voix. Le nœud de la cravate se desserra, je sentis sa résistance s'amoindrir jusqu'à ce qu'il cède. Hannibal le vit, mais ne fit rien pour y remédier. Il me retournait ma confiance et j'agrippai donc fortement la tête de lit, pour ne pas m'abandonner à mes envies. Il m'observa lutter, puis s'inclina, me vola un baiser, avant de décrocher mes doigts du montant, doucement, et de tirer mes mains pour les poser sur sa taille. Je croisai son regard indéchiffrable et acceptai son invitation, me cramponnai à ses omoplates pour me hisser contre son torse et le serrer contre moi.
Il se crispa face à l'initiative soudaine, mais accepta l'étreinte quand il comprit que nous resterions ainsi et que tout irait bien. Ses bras se refermèrent sur mon torse, il m'embrassa, griffa mon dos, mordit le creux de mon épaule, et je glissai une main entre nous pour m'emparer de son érection palpitante, alors qu'il lâchait prise et précipitait le rythme de ses hanches. Je l'observai alors chuter inexorablement, se rendre et venir sous la caresse de mes doigts, son front collé au mien, son souffle erratique contre mes lèvres meurtries. Moi-même au bord du gouffre, je resserrai ma prise sur sa taille et m'enfonçai en lui une dernière fois, ma conscience balayée par le plaisir.
Je me blottis dans son cou, en le gardant contre moi, durant de longues minutes d'un silence paisible uniquement troublé par nos respirations. Il ramena mes cheveux trempés en arrière, embrassa ma tempe, puis je me laissai retomber sur les oreillers en l'emportant dans ma chute. Il s'allongea à côté de moi, me prit dans ses bras et nous ramenâmes les draps défaits sur nous. Je glissai vers le sommeil, quand je fus pris d'un sursaut.
« Je dois faire rentrer les chiens. » Me souvins-je alors, en sortant du lit subitement.
En faisant fi de ma nudité, je retournai dans l'entrée et ouvris la porte, avant de siffler. Immédiatement, les sept boules de poils se précipitèrent sur moi. Winston me lécha la main, Pirate me bouscula, Buster passa entre mes chevilles poursuivit par Roxy et Bosley. Billy et Speedy fermèrent la marche et je verrouillai derrière eux pour la nuit, en profitai pour éteindre les lumières que nous avions oubliées, avant de rejoindre la chambre. J'y retrouvai Hannibal endormit, sa peau diaphane contrastant avec les draps couleur chocolat et me recouchai prudemment, pour ne pas le déranger, avant d'appuyer sur l'interrupteur de la lampe de chevet et de me pelotonner contre son torse. Dans son sommeil, il m'accueillit dans ses bras et je sombrai à mon tour.
(1) Jeune femme en espagnol
