XVIII
Deadly game
Note de l'auteur : Ce chapitre ne devait absolument pas commencer ainsi, mais Will en a décidé autrement et, j'en suis sûre, personne ne le blâmera XD
Essayez de ne pas trop me haïr pour cette fin de chapitre et profitez bien ;)
Quand j'ouvris les yeux, le soleil n'était pas encore levé. Dans l'obscurité, je distinguai les contours de nos costumes de la veille encore éparpillés dans la chambre et le souvenir du cadeau qu'Hannibal m'avait fait me revint en mémoire. Un frisson me parcourut. À mes côtés, il dormait toujours. Les traits de son visage anguleux semblaient paisibles. Sa poitrine découverte se soulevait doucement au rythme de sa respiration profonde. Ma main vola vers sa joue, suivit la courbe d'une pommette saillante, caressa ses lèvres du pouce, descendit furtivement dans son cou, puis sur son torse. Mes doigts glissèrent entre les fins poils sur ses pectoraux, taquinèrent un téton au passage, avant de creuser des sillons sur son ventre en passant sous le drap. Il soupira dans son sommeil, vint inconsciemment au contact de ma paume, quand elle se posa sur son membre au repos. Il se cambra légèrement, durcit sous la caresse appuyée, et je dévorai des yeux son corps qui s'éveillait, en rejetant le tissu au pied du lit. Comme fasciné, je regardai mes phalanges aller et venir sur cette colonne de chair épaisse et ferme, son gland turgescent, humide, appétissant. Et je ne résistai pas d'y laisser ramper ma langue. Une main empoigna mes cheveux, son souffle n'avait plus rien de régulier, je levai mes yeux vers lui, en le faisant glisser dans ma bouche, ses paupières s'ouvrirent et son regard brillant ne me quitta plus.
« Will… » Murmura-t-il, d'une voix encore rauque.
Il saisit ma nuque, d'abord tendre, sans réellement y appuyer, il accepta mon rythme lent, alors que je le savourais, l'accueillais le plus loin possible. Puis, il leva ses hanches vers moi, buta sur le fond de ma gorge, griffa mon cuir chevelu, et je le pris plus vite, en resserrant mes lèvres sur lui. Il gémit, frotta contre mon palais, frôla l'intérieur de mes joues, s'abandonna complètement à mes attentions. Et j'aimais vraiment le voir ainsi, ses doigts se refermant sporadiquement sur les draps, son corps agité en proie au plaisir, ses soupirs saccadés, ses lèvres fines entrouvertes, ses abdominaux contractés de désir, sentir la veine palpitante de son sexe pulser contre ma langue, le goût addictif de sa peau, son odeur entêtante. Il agrippa plus fortement mes mèches brunes en bataille, perdit un peu plus le contrôle de son bassin, de sa voix, et je sus qu'il était proche, car il tenta de se dérober. Mais je raffermis ma prise sur lui, le plaquai d'une main au matelas, l'aspirai tout entier, m'abreuvai de ses gémissements, de sa semence âpre, alors qu'il se tendait contre moi.
Puis il se détendit, passa sa main sur son front en sueur, caressa mes cheveux, ma joue, avant de me tirer à lui. Je me blottis sur son corps, il me vola un baiser. Je l'embrassai doucement, laissant sa respiration s'apaiser et son cœur ralentir, puis je me détachai de lui pour me lever.
« Où vas-tu ? » Me demanda-t-il.
« Prendre une douche. Je dois passer au refuge ce matin. » L'informai-je.
« Nous sommes dimanche et je ne me suis pas occupé de toi. »
« Les chiens n'arrêtent pas de vivre le dimanche, Hannibal. Tu auras tout le temps de me le rendre quand je serai rentré pour déjeuner. »
« N'oublie pas que le plombier arrive à onze heures et demie, ce matin. » Me rappela-t-il.
« Je m'en souviens. Ne t'inquiète pas, je te rejoindrai à temps. » Le rassurai-je, en baisant ses lèvres une derrière fois, avant de disparaître dans la salle de bain.
…
« Tu as l'air de bonne humeur, aujourd'hui. J'en déduis que la soirée s'est bien passée. » Me lança Daniela, en me voyant arriver.
« C'était pompeux, plutôt ennuyeux et la bouffe n'était pas terrible. Mais, Hannibal a le don de rendre ce genre d'événements très intéressant. » Lui résumai-je, en m'emparant d'un énorme paquet de croquettes pour commencer ma tournée.
« Et c'est à cause de ça ton sourire débile ? » Me taquina-t-elle, en me suivant avec une pile de gamelles.
« Non. Ça, c'est dû à des choses que tu n'as pas envie de savoir. » Répliquai-je, alors que les chiens se précipitaient autour de nous.
« Pitié, n'en dis pas plus ! » S'écria-t-elle. « Mon Dieu, maintenant je vais devoir me débarrasser de toutes ces affreuses images mentales. »
« Je ne suis pas sûr de savoir comment le prendre. » Répondis-je, en bataillant avec les bêtes pour ne pas en mettre partout.
« Ce n'est pas toi. Tu es très mignon, gentil et intelligent. C'est lui. » Je relevai la tête vers elle. « Ne le prends pas mal. Je sais que tu l'aimes beaucoup, mais il y a quelque chose chez lui qui me met mal à l'aise. Puis, il a un drôle de visage quand même. »
J'éclatai de rire face à la drôle de grimace qu'elle afficha.
« C'est ce qui me plaît chez lui. Ça et le fait qu'il soit très cultivé et charmant. C'est le genre de personne qu'il faut connaître intimement pour réellement l'apprécier. »
« Pour ça, il faudrait que je fasse autre chose que le croiser de temps à autre. Tu lui as parlé de ma proposition de dîner ? » Me relança-t-elle.
J'eus la politesse de paraître embarrassé.
« Je suis désolé, Daniela. Ça m'est complètement sorti de l'esprit. » Et c'était vrai. « Je lui demanderai aujourd'hui, promis. » Ajoutai-je, incapable de dire non à sa mine déconfite.
Immédiatement, elle retrouva son sourire.
« Merci. Par contre, je dois te prévenir que je suis végétarienne. »
J'essayai vraiment de ne rien laisser transparaître, mais j'imaginai déjà ce qu'Hannibal en dirait. J'eus une vague pensée pour Freddie Lounds et espérai qu'il prenne cela comme un défi culinaire.
« Je ferai parvenir tes exigences au chef. » Plaisantai-je, en lui faisant un clin d'œil.
Et la matinée fila, sans que je la voie passer. À onze heures, je quittai le refuge, pour rentrer en courant sur la plage, comme je le faisais parfois. J'aimais l'idée que mes muscles soient chauds, mes sens totalement en éveil et mon esprit parfaitement clair, quand j'arriverai et que le plombier serait là.
La maison se dressa devant moi et j'ordonnai aux chiens de rester dehors, ce qu'ils firent avec plaisir, pour ne pas les avoir dans les pattes. Rapidement, je montai les marches, car j'avais déjà quelques minutes de retard et pénétrai dans l'entrée, quand j'aperçus, sur le portemanteau, ma propre combinaison en plastique qui m'attendait sagement sur un cintre, ainsi qu'une paire de gants en latex sur le guéridon et des chaussures jetables. Le message était clair, donc j'enfilai prestement le tout, avant de m'avancer dans le salon. Il était vide, je virai donc vers la cuisine. Là, l'homme gisait sur le carrelage. Une plaie béante sur sa tempe saignait abondamment.
Hannibal apparut alors, avec un de ses lourds bibelots à la main. L'objet était plein de sang et il le posa dans l'évier, me vit, jeta un œil à l'horloge, puis de nouveau sur moi. Et je levai les yeux au ciel, en percevant le reproche.
« Que faisons-nous ? » Lui demandai-je.
Pour toute réponse, il se pencha, agrippa les épaules de notre captif, en me jetant un regard. Et je me saisis des pieds sans aucune hésitation.
…
Le frigo était plein. Et vu la grandeur de l'appareil ce n'était pas peu dire. Ce qui ne pouvait signifier qu'une chose.
« Qui as-tu invité ? » Demandai-je à Hannibal, en refermant la porte, alors qu'il redescendait du grenier.
Une maison sur pilotis avait le désavantage de ne pas posséder de cave. Il avait donc aménagé une pièce sous les combles, donc l'entrée était difficile à trouver. C'est là-haut que nous avions monté le corps, avant de simplement le dépecer. Quitte à se comporter comme un porc avec sa femme, autant qu'il finisse de la même manière. Et tout est bon dans le cochon, paraît-il.
« Lucas, Sofia et deux collègues que je t'ai présentés au gala. » M'énonça-t-il, en retirant ses gants.
« Qu'as-tu derrière la tête exactement ? » Le questionnai-je, en entendant la liste des invités.
« J'ai dans l'idée de me faire pardonner pour notre audace d'hier soir. » Je haussai un sourcil, en attendant la suite. « Tuer Lucas, s'il refuse de nous adresser la parole, risque d'être problématique. Il faut que je revienne dans ses bonnes grâces, si je veux arriver à mes fins avec lui. »
« Et tu penses qu'un dîner entre collègues arrangera les choses ? » Répliquai-je, en jetant mes gants avec les siens.
« Si nous ne sommes pas seuls, il sera certainement moins incisif dans ses propos et peut-être capable de prendre du recul sur la situation. » M'expliqua-t-il, en s'approchant pour déposer un baiser sur ma tempe.
« Et de se rendre compte que nous sommes un couple tout à fait charmant. » Ironisai-je, ce qui lui tira un sourire.
« Exactement. Nous nous débarrasserons du corps ce soir, quand il fera nuit. En attendant… » Il glissa une main dans le creux de mes reins et me colla à lui, avant de m'emporter dans un baiser qui n'avait rien de sage.
Puis, il prit ma main et me mena en silence jusqu'à la salle de bain.
…
Le soleil était couché depuis longtemps, quand Hannibal fit démarrer la voiture. Nous roulâmes un long moment, avec le corps soigneusement emballé dans le coffre, jusqu'à la Planta Norte, la station d'épuration de Buenos Aires. Il trouvait la cuve des eaux usées parfaitement appropriée pour un plombier de son envergure. C'est donc là que nous le jetâmes, où il ne serait découvert que le lendemain, quand il serait déchiqueté par les filtres et attaqué par les produits chimiques.
Nous rentrâmes ensuite, mes muscles encore délicieusement courbaturés d'avoir fait l'amour toute l'après-midi. Car Hannibal tenait toujours ses promesses et qu'il m'avait rendu au centuple le réveil que je lui avais réservé ce matin. En parlant de promesse, cela me rappela quelque chose, alors que nous nous déchaussions dans l'entrée et que je faisais rentrer les chiens pour la nuit.
« Daniela veut que nous dînions ensemble. Je n'ai trouvé aucune raison de décliner. »
Il sembla réfléchir un instant à la proposition, en accrochant sa veste sur le portemanteau.
« Invitons-la à se joindre à nous, lors du repas avec Lucas et sa femme. Elle est charmante, très polie et nous apprécie. Elle pourrait être un atout. » Répondit-il finalement.
Et l'idée me parut bonne.
« Je le lui dirai demain. Pour quand as-tu prévu cette soirée ? » Lui demandai-je, en entrant dans notre chambre.
« Mardi soir. Il ne faut pas attendre que la viande se gâte. » M'apprit-il, en se déshabillant, avant de se mettre au lit.
« Ce serait dommage, en effet. Mais, il faut aussi que tu saches que Daniela est végétarienne. » Ajoutai-je, en le rejoignant sous les draps.
« Mes préférés. » Ironisa-t-il.
Ce qui me fit rire. Il me prit dans ses bras et je me blottis contre lui comme j'en avais l'habitude, en soupirant d'aise. Nous restâmes ainsi, après avoir éteint les lumières, profitant simplement de la chaleur de l'autre, avant de nous laisser glisser lentement vers le sommeil.
…
La journée du lendemain fut chargée. Très tôt ce matin-là, Daniela m'avait appelé pour m'annoncer que nous avions recueilli un nouveau résident plutôt mal en point. Un chien d'une race indéterminée, comme beaucoup d'entre eux, que nous nommâmes Brisby, car il avait de petites oreilles rondes, comme celles d'une souris. Cela nous prit des heures, pour le laver, le soigner, le nourrir, mais nous finîmes par lui rendre un aspect beaucoup plus acceptable, même s'il lui faudrait plusieurs jours pour reprendre un poids normal.
Je quittai donc le boulot plus tard que d'habitude, ce jour-là, pour rattraper le retard sur les autres tâches, mais ne me pressai pas pour autant. Hannibal m'avait prévenu qu'il rentrerait tard, car il devait assister à une réunion. C'est donc en marchant tranquillement le long de la plage, seul, car j'avais préféré ne pas amener mes chiens pour ne pas encore plus perturber notre nouveau pensionnaire, que j'arrivai enfin en vue de notre maison.
Heureux de me voir enfin revenir, ils accoururent vers moi, en remuant dans tous les sens. Et passé la joie de les retrouver, je me rendis compte que ce n'était pas normal. Quelqu'un leur avait ouvert la porte, les avait laissés sortir et ce n'était pas moi. Hannibal était-il rentré finalement ? Je décidai de l'appeler, pour m'en assurer. Cette vie me rendait paranoïaque parfois. Je m'emparai de mon téléphone. La tonalité retendit une fois, deux fois, trois fois et j'allais raccrocher, quand il répondit.
« Que se passe-t-il ? » Me demanda-t-il immédiatement.
Et je sus que ce n'était pas lui qui m'attendait à l'intérieur.
« Je n'en suis pas encore très sûr. Je suis parti sans les chiens, ce matin. Je viens d'arriver et ils sont dehors. Quelqu'un les a vraisemblablement laissés sortir. Cependant, ils vont bien et sont plutôt calmes. Ce qui n'est pas une bonne nouvelle. » Lui résumai-je.
« Parce que cela suggère qu'ils connaissent la personne en question. » Comprit-il. « Peut-être Rodrigue est-il passé à l'improviste ? »
« Sa voiture n'est nulle part en vue. Et… J'ai un mauvais pressentiment. » Lui avouai-je.
« Je suis en route. Ne fais rien d'inconsidéré. » Conclut-il, avant de couper la communication.
J'empochai mon portable et m'avançai d'un pas prudent, jusqu'à pénétrer dans le hall. La porte grinça légèrement et je la laissai volontairement ouverte derrière moi, pour permettre à Hannibal de faire preuve de plus de discrétion. Immédiatement, je perçus une présence. Familière, tout en étant lointaine, enfouit dans ma mémoire. Quelque chose de doux et de tranchant à la fois. Un parfum que je fus incapable de reconnaître tout de suite, même si Hannibal exerçait régulièrement mon odorat. Je m'avançai vers le salon, entrai silencieusement dans la pièce, avant de l'apercevoir. Sur le canapé, sa robe rouge se découpait telle une tache de sang frais sur le tissu blanc. Je m'assis alors dans un fauteuil à sa droite, alors qu'elle coulait sur moi un regard indéchiffrable.
« Bonsoir, Will. »
Sa voix résonna comme un fantôme venu du passé. Et un sourire en coin s'afficha sur mes lèvres.
« Bonsoir, Alana. »
