Disclamer : Je ne possède aucun droits. Pour ce que je pense des disclaimers, se référer à l'épilogue de « histoire d'enfants écorchés » de Lou des Bois.
Message de Jeremiah : Vous ne me croirez peut-être pas mais c'est réellement éprouvant d'écrire une OS sur une phobies. Entre nous, je ne suis pas astraphobe. Se mettre dans la tête de quelqu'un en pleine crise d'angoisse à cause de l'orage (et qui donc ne raisonne plus logiquement) a été très difficile. C'est comme pour l'agoraphobie (je ne suis pas non plus agoraphobe). Je vous jure que j'ai fini cette OS, j'en tremblais tellement me m'étais mise à la place de Mello ! J'espère que je n'en deviendrais pas astraphobe pour autant... ^^
Au fait, je ne suis pas chrétienne orthodoxe. Pour les prières, je me suis documentée sur internet. Si il y a des erreurs, ne me brûlez pas, dites-le moi, je corrigerai !
Si vous voulez attribuer une peur à un personnage ou simplement voir écrite une peur en particulier, faites-moi signe !
Personnage :
Mello : 7 ans
One-Shot 3 : Astraphobie
Astraphobie : peur de l'orage, de ce qu'il peut engendrer, mais plus fréquemment de l'orage en lui-même.
Il est minuit passé. Je suis allongé dans mon lit, tranquillement, et je relis pour la énième fois ce livre que m'avait offert à mon arrivée à la Wammy's House : « Alice's adventures in Wonderland ». Il me l'avait donné pour que j'apprenne un peu d'anglais : une page en anglais à gauche, la traduction en russe à droite, et un marque-page avec l'alphabet latin et sa phonétique. Pour l'instant, je n'ai pas de camarade de chambre. Cela ne gêne donc personne que je lise jusque très tard le soir. Et puis, de toute façon, moi, je suis comme Lawliet : je ne suis jamais fatigué.
Un bâillement franchit mes lèvres et je tourne la page.
J'en suis au passage avec le chat, Cheshire. J'aime bien ce chat, allez savoir pourquoi. Peut-être parce que c'est un des seuls personnages sensé du Pays des Merveilles, même si il le nie en adoptant une attitude de « fou ». C'est amusant je trouve. Enfin moi ce que j'en dis...
Je jette un coup d'œil par la fenêtres. Hum... Pas rassurant. On ne voit ni la lune ni les étoiles : elles sont cachées par d'épais nuages noirs.
Je n'aime pas ça.
Je n'aime pas ça du tout.
Il faut que je m'endorme.
Maintenant.
Je pose mon livre et éteins la lumière, puis m'allonge au milieu des draps blancs, frais, qui sentent le propre. Ça par contre j'aime bien. Pense positivement Mihael, c'est bien. Ne pense pas à ce qui risque d'arriver.
La pluie a commencé à tomber et bat maintenant les vitres comme si elle voulait les casser. La vent souffle fort. J'entends les volets grincer, claquer sous ses assauts. Ça ne me plaît pas du tout. Il faut que je m'endorme avant que ça ne commence.
Je me love sous mes couvertures, cale ma tête sur mes oreillers et me tourne sur le flanc droit (celui sur lequel je m'endors toujours). Je ferme les yeux. Reste calme Mihael, tu vas t'endormir. Ne t'inquiète pas, tu vas réussir à t'endormir à temps.
Mensonge.
Un flash blanc traverse mes paupières.
J'ouvre les yeux.
Trop tard.
Un grondement terrible retentit. Et je sens une angoisse terrible me mordre au creux du ventre.
Je tremble comme une feuille dans mes draps blancs. J'aurais dû m'endormir plus tôt. J'aurais vraiment dû m'endormir plus tôt. J'aurais dû fermer ce fichu livre que je connais de toute façon presque par cœur j'aurais dû...
Nouveau flash.
La lumière blanche et crue envahit ma petite chambre, anéantissant le cocon protecteur que je m'étais créé. Ma bulle éclate.
Et le tonnerre gronde à nouveau.
J'attrape mon rosaire sur ma table de chevet et le serre dans ma main. Je me terre sous ma couverture, roulé en boule. C'est que c'est dangereux l'orage ! De mes mains tremblantes, les yeux hermétiquement fermés pour ne plus voir ces flash de foudre qui m'agressent, je cherche le début de mon chapelet. Prier. Qu'est-ce que je peux faire de plus ? Je murmure mes prières dans le noir.
Première perle. Seigneur Jésus Christ, fils de Dieu Vivant, aie pitié de moi pécheur.
Du calme Mihael, respire, tout va bien. Surtout ne panique pas.
Deuxième perle. Mon Jésus, miséricorde.
Troisième perle. Saint Esprit j'ai... Le tonnerre fait à nouveau entendre son cri.
Une boule se forme dans ma gorge. Les larmes me montent aux yeux. L'angoisse s'enserre de plus en plus fort au point que j'en ai du mal à respirer. Du calme Mihael, du calme. Tout va bien, Dieu te protège. Reprend ta perle.
Troisième perle. Saint Esprit, j'ai confiance en toi.
C'est bien, allez Mihael, quatrième perle.
Ma voix tremble, s'enroue. J'ai l'impression que mes intestins et mes cordes vocales font des nœuds, des double noeuds, des triple nœuds... Une larme brûlante déborde de mon œil humide et coule le long de ma joue.
Chaque nouveau coup de tonnerre m'arrache un sanglot.
Respire Mihael, respire. Mais respire bon sang !
Je suffoque. J'étouffe. Mais qu'est-ce qu'il fait chaud sous cette couverture ! Ma frange est collée à mon front par la sueur.
Dixième perle. Seigneur Jésus Christ, fils de Dieu Vivant, aie pitié de moi pécheur.
Merde, j'arrive plus à respirer ! Je sanglote doucement, mon dos agité par des soubresauts irrépressibles. Mon cœur bat si vite et si fort que je l'entend à mes oreilles, je le sens à mes tempes. Respire Mihael, respire. Nom de Dieu mais calme-toi Mihael !
Mes larmes me brûlent le visage. Mes yeux, toujours aussi fermés, commencent à me faire mal.
Et l'orage gronde toujours. Mais comment les autres font-ils pour dormir en sachant que la foudre au-dessus d'eux chauffe l'air à plus de 30000°C en quelques secondes et menace de les rôtir vivants ?
J'en peux plus.
Pitié, faites que ça s'arrête.
Seizième perle. Dieu, viens à mon aide.
Le souffle me manque, je ne peux plus rester sous ma couverture sinon je vais mourir étouffé. J'attrape stratégiquement mon oreiller. Allez, juste une dernière avant d'y aller.
Dix-neuvième perle. Dieu tout puissant, protège-moi.
Je m'arrache à ma couverture, inspirant une grande bouffée d'air frais et me précipite dans mon placard. Je claque la porte, serre mon oreiller dans mes bras et mon rosaire dans ma main. Ma respiration est difficile, rapide, saccadée, irrégulière. Je tremble de tout mon corps, au point que mes doigts menacent de ne plus pouvoir égrainer correctement les perles de mon chapelet.
Une nouveau grondement de tonnerre retentit, terrifiant. On dirait que le Diable se moque de moi. Ou que Dieu se fiche de mes prières. Mais Dieu ne ferait pas ça, n'est-ce pas ?
Un grondement si terrible qu'il fait trembler les volets répond à ma question muette.
J'ai peur !
MON DIEU J'AI TROP PEUR !
Les larmes n'en finissent plus de couler et les sanglots de me faire tressauter. Soudain, je me sens tout petit et tout faible, ballotté au milieu de la tempête. Je ne suis qu'un petit garçon blond en pyjama noir, terrifié, caché dans son placard en priant et en serrant son oreiller contre lui pour se protéger de la colère du ciel... de l'air chauffé à plus de 30000°C juste au-dessus de sa tête... de ma tête.
N'y pense pas Mihael, surtout n'y pense pas.
Vingt... euh... Vingt-et-unième perle. Seigneur Jésus, protège-moi, pauvre pécheur.
La seule lumière divine que le Ciel m'envoie est celle d'un éclair annonciateur de tonnerre que j'aperçois à travers les fentes entre le placard et sa porte. Ça y est, je pleure à chaudes larmes. La pluie bat les vitres avec une rage et un acharnement portés par le mistral puissant qui siffle tout ce qu'il a d'air et de violence.
Allez Mihael, tu as connu pire. Pense aux rues. Pense aux gangs des rues de Moscou. Pense à... à... Je n'arrive même plus à penser ! Mais pourquoi Dieu ne fait jamais rien ? Merde, qu'est-ce que je lui ai fais pour mériter ça moi ? J'ai rien fais ! Je ne lui ai rien fais !
Bouhouhou !
J'en peux plus !
Pitié faites que ça s'arrête !
FAITES QUE CA S'ARRÊTE !
AU SECOURS !
J'AI PEUR !
Je serre si fort la croix de mon rosaire qu'elle me scarifie la paume. Ça fait terriblement mal, mais moins que les sanglots saccadés que je cherche à étouffer au fond de ma gorge.
Perdu entre mes larmes et mes prières, je n'entend pas la porte de ma chambre s'ouvrir. Je pleure à moitié la prière de la trente-et-unième perle de mon chapelet de trente-trois fichues perles. J'entends vaguement un « Mello ? » noyé dans un terrifiant coup de tonnerre, la tête enfouie au plus profond de mon oreiller, le ventre noué.
Ce n'est que lorsque la porte de mon placard s'ouvre que je me rend réellement compte que je ne suis plus seul dans ma chambre. Dans l'embrasure se tient un adolescent de dix-sept ans, grand mais voûté, avec des cheveux ébène trop longs en bataille sur son front.
Un éclair me dévoile son visage maigre, pâle, aux grands yeux noirs cernés.
Lawliet.
Je lâche mon oreiller et mon rosaire et je me jette dans ses bras, qui se referment tendrement sur moi.
-Qu'est-ce que tu fais dans le placard ? Ce n'est pas très confortable pour dormir.
Lawliet est là.
Aucune prière, aucun oreiller ne sera jamais aussi efficace que lui.
-Tu ferais mieux de te coucher Mello. Les génies ont besoin de repos pour pouvoir réfléchir correctement.
Il me prend par l'épaule et me guide vers mon lit. Un nouveau coup de tonnerre retentit mais je n'ai plus peur.
Lawliet est là.
Je le laisse m'allonger sur mon lit puis je roule sur mon flanc droit, celui sur-lequel je m'endors toujours. Lawliet rabat la couverture sur moi. Puis il se tourne vers la fenêtre.
-Tiens, l'orage s'éloigne, remarque-t-il.
-Comment tu sais ça ?
-Il y a de plus en plus de temps entre l'éclair et le tonnerre. Une seconde correspond à environ 3 kilomètres. J'en déduis que l'orage dois être à environ dix-huit virgule sept kilomètres d'ici. Bientôt on ne l'entendra plus.
En effet, après un dernier coup de tonnerre beaucoup plus faible que les autres, l'orage se tait.
Enfin.
Il y a un long silence, puis Lawliet me demande :
-Tu as peur de l'orage Mello ?
Je ne répond rien. J'ai honte. Moi, le premier de la Wammy's House, peut-être le futur successeur de L...
-Accepter ses peurs, c'est comme accepter ses erreurs, continue Lawliet devant mon silence. C'est une étape indispensable à franchir pour un jour les surmonter.
-Surmonter ses peurs, c'est possible ?
-Oui. C'est difficile mais possible. Il faut les accepter, les assumer et ensuite il est possible de les surmonter. C'est un des nombreux mécanismes qui nous font partie de cet ensemble qu'on appelle « grandir ».
-Il faut surmonter ses peurs pour grandir ?
-Entre autres, oui. A présent je te laisse. Tout insomniaque que je sois, j'ai tout de même besoin de repos.
Il pose sa main sur mon front, juste quelque secondes. Ça m'apaise. Une sensation se bien-être se propage, partant de sa main pour s'installer dans tout mon corps. Avec ce simple contact, il reconstruit le cocon rassurant que l'orage avait brisé.
Puis il s'en va.
Juste avant qu'il ne passe l'encadrement de ma porte, je lui demande :
-Lawliet, comment tu as su que j'avais peur ?
Il me regarde, l'air surpris.
-Un surveillant de ton ancien orphelinat l'avait marqué sur ta fiche d'identité. « crises d'angoisse à répétition par temps orageux », pour être précis. Il semblerait que tu ai eu une crise assez impressionnante dans ton ancien orphelinat pour que ce soit recensé sur ta fiche. A partir de cette information, quand j'ai entendu l'orage, j'ai supposé que tu étais sans doute en pleine crise d'astraphobie. Apparemment, je ne m'étais pas trompé.
Il y eu un silence. On aurait dit qu'il s'attendait à ce que je dise quelque chose, que je pose une autre question ou que je fasse une remarque. Il se tourne et s'apprête à refermer la porte derrière lui lorsque j'interviens :
-Attend, Lawliet !
Sa tête ébouriffée passe par l'encadrement de la porte.
-Oui Mello ?
-Est-ce que c'est pour les mêmes raisons que tu ne dors jamais ?
Dans le noir, je distingue un sourire qui étire ses lèvres.
-Moi non plus je n'ai pas fini de « grandir » Mello.
-De quoi tu as peur ?
Nouveau sourire de sa part.
-Je te le dirais en temps voulu. A présent il est tard. Les crises d'angoisse peuvent être très fatigantes mentalement et tu ferais mieux de dormir. Bonne nuit.
-Bonne nuit Lawliet. Merci.
-Je t'en prie.
La porte se ferme. J'entends le bruit feutré des pas de Lawliet qui s'éloignent.
Ainsi, il faut accepter et assumer ses peurs pour les surmonter ? Je pense que la première étape est passée : je ne me mentirais pas à moi-même, ce serait idiot. Eh bien passons à la seconde étape pour espérer franchir la dernière.
Moi, Mihael Keehl, Mello, premier de la Wammy's House, j'ai peur de l'orage.
Fin
RAPPEL : Si vous voulez que j'écrive une fic sur une peur en particulier, faites-moi signe, je vous l'écrirait ! (dans la mesure du possible bien sûr, mais « impossible » n'est pas Jeremiah !)
