XIX
The chase to end all time
Note de l'auteur : J'ai fait un choix important dans ce chapitre. Certains d'entre vous n'approuveront peut-être pas. Mais, on ne peut pas maintenir l'inertie. Le chaos reprend toujours ses droits. J'espère que vous passerez un bon moment et que vous continuerez à me suivre dans cette aventure. Ce sont vos commentaires qui me poussent à continuer.
Bonne lecture.
« Bonsoir, Will. »
« Bonsoir, Alana. »
Son regard s'égara sur ma silhouette toujours enveloppée de mon manteau que je n'avais pas retiré.
« Tu as l'air en forme. » Commenta-t-elle.
« Que fais-tu ici ? Ta relation avec Margot a-t-elle mal tourné, pour que tu viennes te suicider dans mon salon ? »
« Je n'ai pas l'intention de mourir ici. »
Une arme reposait tranquillement sur ses genoux.
« Nous ne pouvons nous permettre de te laisser partir. » Répliquai-je. « Tu veux quelque chose à boire ? Un café ? » Enchaînai-je, en me levant pour aller vers la cuisine.
« Oui. Avec un sucre et sans drogue, s'il te plaît. »
Et je souris, avant d'apercevoir Hannibal dans l'entrée au fond du couloir, en me dirigeant vers la machine à café. Il me vit et me suivit silencieusement, puis s'approcha, me vola un simple baiser, avant de me tendre une tasse. Je mis l'appareil en marche et regardai le liquide noir couler lentement dans le récipient en porcelaine, en m'appuyant contre Hannibal, avant d'en faire un deuxième pour moi. Je revins ensuite dans le salon, seul, avant de servir Alana et de me rasseoir. Nous nous regardâmes en silence, alors qu'elle goûtait à sa boisson avec méfiance.
« Tu ne m'as toujours pas dit ce que tu faisais ici. » La relançai-je.
« Après l'enterrement de Jack, l'affaire s'est rapidement tassée. Tout le monde voulait croire que vous étiez morts. »
« Mais pas toi. »
« Non. Cela me paraissait trop beau pour être vrai. Alors, j'ai commencé à vous chercher, avec l'aide de Margot. Hannibal n'allait pas reproduire les mêmes erreurs deux fois, n'est-ce pas ? Cela ne fut donc pas simple de vous trouver. Je savais bien que vous ne pouviez être qu'en Amérique du Sud, mais ce n'est pas pour rien que beaucoup de gens se réfugient ici. Il est difficile d'obtenir des informations. » M'expliqua-t-elle.
« Qu'est-ce qui nous a trahis ? » Demandai-je, curieux.
« Le meurtre de ce boucher. Vous n'auriez pas dû si bien le signer. Personne n'a fait le lien, bien évidemment, mais je savais ce que je cherchais, donc j'ai remonté la piste. Ce que la police locale est apparemment infoutue de faire correctement. Certes, vous n'êtes pas stupides. Il n'y a rien qui vous relie réellement à cet homme. Mais, encore une fois, je savais juste quoi chercher, où regarder. »
Savoir Hannibal quelque part dans la maison m'apaisait, me permit de rester calme et de presque prendre plaisir à discuter avec une vieille amie.
« Ta nouvelle vie te plaît ? »
Voilà donc la raison de sa présence.
« Elle est très satisfaisante. »
« Vraiment, Will ? Tuer et manger des gens qui, selon vous, le méritent ? » Railla-t-elle.
« Hannibal a su voir en moi ce que vous avez toujours tous refusé d'imaginer. Ici, je peux enfin être moi-même, j'ai mes chiens, l'océan et quelqu'un qui me comprend, m'accepte. Ce qu'aucun de vous n'a jamais fait. Dis-moi, ce n'est pas trop dur de savoir que tu en es responsable ? » L'attaquai-je en retour.
« Je te demande pardon ? » S'offusqua-t-elle.
Hannibal passa derrière elle et s'appuya contre le mur, un couteau dans la main, en attente.
« Tu penses que c'est une coïncidence si, le jour où tu planifiais de le tuer, je l'ai fait évader ? »
Et je pus percevoir dans ses yeux, le moment où elle fit le lien entre les deux événements.
« C'est ce qui a tout déclenché. » Continuai-je. « Tu voulais me l'enlever, Alana. Je ne pouvais pas laisser ceci se produire. Il mérite tellement mieux que de mourir empoisonné par la nourriture immonde de l'hôpital. »
La révélation sembla la choquer. Elle ne nous comprenait toujours pas.
« Quel genre de lien tordu vous unit exactement ? Après tout ce qu'il t'a fait… »
« Je suis tombé amoureux de lui. » Soufflai-je, en le regardant lui, dans les yeux. « Même après… Quand j'ai vu ce qu'il était vraiment… » Je reportai mon attention sur elle. « Quand j'ai aperçu la noirceur de son âme. Je me sens chez moi dans ces ombres-là. Elles ressemblent aux miennes. Quant à ce qu'il m'a fait, je pense le lui avoir largement rendu. »
« Comment peux-tu l'aimer ? Et surtout, comment peux-tu croire que c'est réciproque ? Tu es juste son jouet favori, Will. »
« Il a renoncé à sa liberté, pour moi. Il t'a laissé l'humilier durant trois ans, m'a donné une chance d'avoir la vie que je pensais vouloir. Parce qu'il savait que je reviendrais vers lui. Il m'a ramené mes chiens. Me fait confiance. Nous prenons soin l'un de l'autre. Je ne te demande pas de comprendre. Juste d'accepter. »
« Il a égorgé Jack ! C'était ton ami ! » S'emporta-t-elle, en se levant.
« Il allait me tirer dessus ! » Le défendis-je.
Mais, elle ne m'écouta pas. Son regard s'était posé sur Hannibal et elle pointait son arme sur lui. Elle se pencha prudemment sur le canapé, sans le quitter des yeux et sortit son téléphone de la poche de son manteau, avant de le brandir comme un bouclier, quand il risqua un pas vers elle.
« Margot m'envoie un SMS toutes les deux heures. Un simple mot, auquel je dois répondre de la même manière. Ils sont aléatoires et appris par cœur. Inutile donc d'espérer les deviner. S'il m'arrive quoi que ce soit et qu'elle n'a pas de nouvelles, elle préviendra les autorités locales. Vous n'aurez le temps d'aller nulle part pour vous cacher. » Expliqua-t-elle rapidement, en reculant.
« Pourquoi ne pas simplement l'avoir fait en premier lieu ? Je suis curieux. » Lui demanda Hannibal.
« J'étais venu m'assurer que tu avais bien tenu ta parole. »
« De quoi parle-t-elle ? » L'interrogeai-je.
« Cette nuit-là, au manoir Verger. J'ai fait la promesse de te sauver, en échange de ma libération. » M'apprit-il.
« De le sauver de toi, Hannibal ! C'était mes termes exacts ! » S'écria Alana.
« C'est lui qui m'a choisi. »
Elle se figea, en me dévisageant.
« Il dit la vérité. J'aurais pu partir, à n'importe quel moment. Il ne m'a pas retenu de force, ni obligé à le suivre. »
Son portable sonna alors, nous interrompant. Elle ouvrit le message et tapa rapidement sa réponse. Hannibal me lança un regard et je compris. Il passa par-dessus le canapé et je m'emparai rapidement du calibre, avant de le jeter au loin et de la ceinturer, alors qu'il plaquait une main sur son visage. Elle se débattit, ses yeux paniqués grands ouverts sur moi, il obstrua son nez et sa bouche, jusqu'à ce qu'elle arrête de remuer dans mes bras. Nous la transportâmes ensuite au grenier, avant de la poser à même le parquet.
« On ne peut pas la tuer, ni la laisser partir. Quelle option nous reste-t-il ? » Le questionnai-je, en faisant les cent pas.
« Pour l'instant, nous allons la garder captive. Il y a un matelas dans le placard. Aide-moi à le placer contre ce mur. » Décida-t-il.
Et je le suivis, à peine étonné qu'il ait ce genre de chose rangé ici.
…
Quand elle se réveilla, Hannibal était en bas, dans la cuisine, en train de préparer le dîner. J'étais resté sur place, pour être là quand elle ouvrirait les yeux. Elle s'assit brusquement sur sa couche et testa la solidité de la chaîne autour de sa cheville, avant de s'apercevoir de ma présence.
« Elle est assez longue pour te permettre d'arpenter la pièce. Ce n'est pas la peine d'y chercher une arme, ni de crier, la pièce est parfaitement insonorisée et la seule fenêtre est sans tain. Il y a un pot, pour les commodités, et nous t'apporterons à manger et à boire tous les jours. » Énonçai-je, d'une voix calme, alors qu'elle tirait un peu plus fort sur son lien solidement accroché au mur.
« Tu ne peux pas me garder ici ! Si Margot… »
« Et tu vas continuer à lui répondre. Enfin, nous allons continuer à lui répondre, dans… » Je regardai ma montre. « … Une heure. Tu vas nous donner cette liste de mots. »
« Ou je vais simplement attendre. » Répliqua-t-elle, en se calmant.
« Je ne te le conseille pas. Il peut s'en passer des choses en une heure, Alana. Et Hannibal n'a pas son pareil pour garder les gens en vie. Il était chirurgien, tu te souviens ? »
« Tu es vraiment devenu comme lui, n'est-ce pas ? » Demanda-t-elle, d'une voix blanche.
« Non. Je suis simplement ce que j'ai toujours été. Je ne tire aucun plaisir à te savoir ici. J'aurais préféré que tu ne viennes jamais. Mais, je ne reculerai devant rien pour protéger ma famille. »
« Tu avais une famille, Will ! Une vraie ! Avec une femme, un fils… »
« C'est elle qui m'a quitté ! Parce qu'elle ne me comprenait pas. Pas comme lui. J'ai fait le meilleur choix pour moi. » La coupai-je, blessé qu'elle évoque Molly pour m'atteindre.
« Combien de temps vais-je rester là ? Vous ne pouvez pas m'emprisonner éternellement. Il faudra bien que je rentre. »
« Le temps qu'il faudra pour que nous trouvions un plan. Maintenant, je t'écoute. Quels sont ces mots ? » Abrégeai-je, en me saisissant de mon téléphone pour les noter.
Et elle les énonça un à un, en sachant qu'elle le paierait très cher, si elle mentait et qu'elle n'obtiendrait aucune aide de ma part.
…
Je redescendis dans la cuisine, où une délicieuse odeur embaumait la pièce. Hannibal s'y trouvait, affairé derrière le piano de cuisson, et je me glissai dans son dos, avant d'encercler sa taille. Dans une poêle, de la viande grillait avec des herbes et des oignons. C'était ce qui sentait si bon. Dans une casserole, une farandole colorée de légumes mijotait doucement. Sans un mot, je me saisis d'une cuillère en bois qui reposait sur le plan de travail, pour les remuer, en restant coller à son dos. Je déposai un baiser sur sa nuque, alors qu'il retournait les trois steaks dans l'huile frémissante.
« Je ne pense pas qu'elle voudra en manger. » Fis-je remarquer.
« Quand elle aura faim, elle n'aura pas le choix. » Conclut-il, avant de tourner sa tête vers moi pour m'embrasser.
Je lui rendis son étreinte, avant de m'éloigner vers le frigidaire et d'en sortir les morceaux que j'avais réservés pour les chiens. J'ouvris ensuite un placard, y trouvai une grande marmite et la remplis d'eau, avant de la mettre à chauffer sur un des feus restants et d'y plonger la viande. Comme s'il savait ce que je mijotais, Winston fit son apparition, suivit de Buster qui se frotta aux jambes d'Hannibal, et en quelques secondes, toute la troupe était là. Je distribuai quelques caresses, tout en vérifiant la cuisson, alors qu'Hannibal dressait son plat sur le comptoir. Buster se dressa sur ses petites pattes arrière, très intéressé et je le rappelai à l'ordre, en sortant les gamelles de sous l'évier, avant de les remplir et de les poser par terre. Ils se jetèrent dessus, comme à leur habitude et je me lavai les mains, avant d'aider Hannibal à mettre la table pour deux. Il mit ensuite le troisième steak dans une assiette, sans aucun autre accompagnement qu'une maigre portion de légumes, avant de soigneusement le couper en morceaux. Puis, il posa le tout sur un plateau, qu'il agrémenta d'un verre d'eau, d'une serviette en papier et d'une cuillère à soupe.
« Cela te dérange-t-il de le lui monter ? Je ne pense pas qu'elle ait très envie de me voir pour le moment. » Me demanda-t-il, en me le tendant.
« Je ne pense pas qu'elle veuille me parler non plus, mais soit, c'est sûrement mieux ainsi. » Répondis-je, en prenant mon chargement, avant de gravir de nouveau l'escalier jusqu'au grenier.
Alana, prostrée en boule sur le matelas, refusa de bouger, en m'entendant arriver. Sans rien dire, je posai simplement le plateau près de la porte, avant de la refermer à clé et de retourner dans la salle à manger.
Cette situation ne pourrait pas durer, elle avait raison. Mais, nos options étaient limitées. Et partir était encore la plus logique. Cela me peinait de l'admettre, mais le serpent avait franchi les portes de notre paradis et l'avait contaminé. La paix que nous avions trouvée ici était menacée.
Cependant, encore une fois, ce soir-là, nous nous attablâmes sereinement, alors que les chiens léchaient le fond des gamelles, avant d'aller jouer dans leur pièce.
« C'est très bon, merci. » Le complimentai-je, en goûtant mon plat.
« Tout le plaisir est pour moi. »
« Quel est le plan ? » Le questionnai-je, sans détour.
« Si nous devons partir, je dois prendre quelques dispositions. Nous ne pouvons pas juste disparaître. Je dois nous faire faire de nouveaux papiers. »
« Moi qui commençais à me faire à mon nouveau nom. » Plaisantai-je, avant de savourer le vin rouge. « Mais, tu vas peut-être pouvoir me faire visiter l'Europe, finalement. » Ajoutai-je malicieusement.
« J'aimerais beaucoup cela. » Confirma-t-il.
« Alors j'ai hâte d'y être. Combien de temps te faut-il ? »
« Je compte maintenir le dîner avec Lucas. Je lui annoncerai à ce moment-là. Puis, nous nous occuperons de lui, avant de quitter la ville. » M'expliqua-t-il, en mangeant avec appétit.
« Et Alana ? »
Il prit le temps de mâcher lentement, avant de me répondre.
« Tu es partagé à son propos. Elle a empiété ton territoire, cependant, tu ne prendrais aucun plaisir à la tuer. Parce que tu la comprends, tu es en empathie avec elle. »
« Et toi, tu veux la voir morte depuis longtemps. » Répliquai-je, sans chercher à nier ses conclusions.
« Si tu me le demandes, elle aura la vie sauve. » Dit-il, en se saisissant de son verre, avant d'en sentir le contenu et d'y tremper ses lèvres.
« Pourquoi ? »
« Tu sais pourquoi. »
« Ce n'est pas pour autant que je n'ai pas envie de te l'entendre dire. » Osai-je répondre.
Il se recula sur sa chaise, en s'essuyant la bouche, sembla hésiter.
« Je n'ai dit ces mots qu'à une seule personne… » Débuta-t-il, avant de s'arrêter.
« Mischa. » Compris-je. « Et ça ne l'a pas sauvé, n'est-ce pas ? » Il ne répondit pas. « Je n'ai pas quatre ans, Hannibal, ni besoin d'être protégé. Je n'irai nulle part. Plus maintenant. Il y a finalement une place pour toi dans mon monde. »
« Tout comme il y a une place pour toi dans le mien. Et je ne pourrai plus y vivre, si tu n'y es pas. »
Ma main trouva la sienne sur la table et la serra avec force. Il entremêla nos doigts, avant d'y déposer un baiser et d'y frotter sa joue.
« J'ai toujours voulu voir Paris. » Chuchotai-je alors.
Et il sourit.
