XXIII
Something in you
Note de l'auteur : J'ai eu un week-end éprouvant. Donc voilà enfin mon chapitre, qui va sûrement vous laisser avec plus de questions encore XD
Bonne lecture!
La nuit tombait doucement, alors que je revenais du chenil après une bonne heure passée à me ressourcer avec mes chiens. Je composais tous les jours avec mes instincts claustrophobes, luttais contre l'envie de descendre à la prochaine escale pour ne jamais remonter. Être sur un bateau réveillait en moi les souvenirs de ma propre traversée de l'Atlantique. Mon embarcation était bien plus modeste, minuscule en comparaison, et pourtant, je me sentais plus étouffé ici, où je devais refouler tous mes penchants, toutes mes pulsions, et paraître ce que je n'étais pas. Je ne vivais que pour les moments avec mes animaux et mes nuits avec Hannibal dans la quiétude de notre lit.
J'arrivai dans notre cabine pour la trouver déserte. Sur le bureau, un simple mot griffonné sur un bloc-notes. « Piscine ». Cela me fit sourire, car c'était tout à fait son genre d'aller nager en dehors des horaires d'affluence. Et je n'eus pas trop à réfléchir, avant de sortir d'un tiroir le maillot que j'avais acheté dans la boutique du navire et de retirer mes vêtements, avant de l'enfiler et de mettre une tenue plus décontractée. Puis, je jetai une serviette par-dessus mon épaule et me mis en route.
Le couloir du pont était peu fréquenté à cette heure-là. Je saluai une femme qui me disait vaguement quelque chose – sûrement la compagne d'un des hommes d'affaires avec lesquels nous avions discuté l'autre soir – puis descendis au niveau inférieur, quand à l'angle d'un corridor, une main ferme se referma sur mon bras. Je fus plaqué contre un mur et immédiatement, mes doigts se serrèrent autour de la gorge de mon agresseur. Le temps se suspendit quelques secondes, quand je reconnus Alejandro. Sa posture n'était pas réellement menaçante, il voulait simplement être certain que je l'écouterai, quoi qu'il ait à dire, et je détendis légèrement ma prise, pour le laisser parler, sans pour autant le lâcher.
« Je sais ce que vous êtes. » Affirma-t-il, en me fixant avec détermination. « Et vous n'avez rien à faire avec lui. »
« Je vous demande pardon ? » Répondis-je, en feignant l'innocence.
« C'est inutile de me jouer la mascarade que vous servez aux autres passagers. Je suis comme vous, Gabriel. Enfin… si c'est bien votre vrai nom. »
« Bien sûr que c'est mon vrai nom. Qu'allez-vous imaginer ? Et que pensez-vous que je sois ? » Répliquai-je, avec aplomb.
« Vous sentez cette vibration sous vos doigts, maintenant que vous me touchez. Je la sens aussi. Vous avez le don de l'imagination, celui de ressentir, je l'ai senti dès que je vous ai vu. Et votre mari est un foutu psychopathe. Comment vous êtes-vous retrouvé avec un homme comme lui ? »
« Je crois me souvenir que vous étiez là, quand nous avons raconté la manière dont nous nous sommes rencontrés. » Rétorquai-je.
« Je ne parle pas de la belle petite histoire que vous nous avez servie l'autre soir. »
Il sourit. Je pouvais voir dans ses yeux qu'il ne mentait pas.
« Je ne vous suis pas. Qu'est-ce que vous voulez ? »
« Vous. » Répondit-il, sans détour.
« Je suis flatté. Mais, je suis ne pas intéressé. »
« Vous y viendrez. » Dit-il simplement, avant de plaquer ses lèvres sur les miennes.
Je resserrai ma prise sur son cou, sans lui rendre son baiser, pour le repousser. Mais cela ne dura qu'une seconde et l'instant d'après, il s'éloignait dans le couloir. Je restai adossé au mur un moment, indécis sur ce qu'il venait de se passer. Cet homme était dangereux, comme je le pensais. Je n'avais juste pas imaginé qu'il le serait de cette manière.
…
La piscine était aussi déserte que je m'y attendais. Dans le couloir le plus à droite, le corps puissant d'Hannibal se propulsait à travers l'eau chlorée jusqu'à toucher une extrémité, avant de faire demi-tour. J'avançai jusqu'au bord du bassin, mes pieds nus claquant sur le sol mouillé, puis m'appuyai sur la rampe de l'échelle, avant de m'immerger. Hannibal termina sa longueur et nagea jusqu'à moi. Ses mains agrippèrent le rebord, de chaque côté de mon torse, les miennes se nouèrent autour de son cou, pour rester en surface, et il m'embrassa doucement, mordilla ma lèvre inférieure, avant de se perdre dans mon regard. Les reflets de l'eau donnaient à son visage des reliefs irréels, ses yeux semblaient teintés de gris.
« Quelque chose ne va pas ? » Murmura-t-il.
« J'ai croisé Alejandro en venant te rejoindre. Il tenait à me dire ce qu'il voulait. »
« Et que désire-t-il de nous ? » Me demanda-t-il.
« Moi. »
Il leva un sourcil surpris.
« Te plaît-il ? »
« Ne dis pas n'importe quoi. » Répliquai-je, en m'accoudant au rebord.
« Tu ne peux pas nier qu'il est plutôt séduisant. »
« Je n'ai pas dit le contraire. » Je nouai mes jambes autour de sa taille. « Simplement qu'il ne m'intéresse pas. Il m'a dit qu'il était comme moi. »
Il se colla contre moi.
« Un empathique ? »
« Oui. Il pense que je n'ai rien à faire avec toi. Et il se doute que nous mentons. Cela risque de devenir problématique. »
« Tu sais bien que nous devons faire profil bas un moment. Au moins jusqu'à notre arrivée. » Me rappela-t-il.
« Il m'a embrassé. »
Il y eut un instant de flottement, où seuls les clapotis de l'eau furent audibles, puis il inspira profondément.
« Nous allons nous occuper de Alejandro. Je n'ai pas l'habitude de jouer avec la nourriture, mais nous ne pourrons pas attenter à sa vie avant notre débarquement. En attendant, voyons ce que nous pouvons faire de lui. »
« Qu'as-tu en tête ? »
« Tu vas gagner sa confiance. Te connaissant, ce ne sera pas bien compliqué. Fais-lui croire que tu as besoin de lui pour te soustraire à mon influence, mais que tu ne peux rien faire de risqué tant que tu es à bord. » M'expliqua-t-il.
« Tu veux que je le voie en cachette ? » Lui demandai-je, malgré moi amusé par l'idée. « Il est cependant hors de question que je… »
« S'il te touche encore une fois, je l'égorge et je le donne à manger aux poissons. » Me coupa-t-il, en devinant mes pensées. Et je savais qu'il le pensait vraiment. « Contente-toi de l'embobiner. »
Je souris, avant de happer ses lèvres de nouveau.
« Tu veux faire quelques longueurs avec moi ? » Me questionna-t-il.
« C'est pour ça que je suis venu. »
Satisfait, il recula et reprit son crawl. Je le suivis.
…
Nager m'avait détendu. J'avais pu presque oublier, le temps d'une petite heure, que nous serions encore enfermés sur ce navire pendant deux semaines. Le sport me manquait également. J'y avais pris goût, à Buenos Aires.
Nous rentrâmes dans notre cabine, fraîchement douchés dans les vestiaires, pour nous changer avant d'aller dîner.
« Rappelle-moi qui se joint à nous, ce soir. » Dis-je, en me déshabillant.
« Ricardo et sa femme. » Répondit-il, en m'imitant, avant de sortir un costume de la penderie.
« Je devrais peut-être inviter Alejandro, si tu es capable de garder tes couverts à leur place. » Le taquinai-je, avant de me coller à son dos nu en refermant mes bras sur sa taille.
« Cela pourrait être intéressant. »
Je ris doucement, en déposant un baiser entre ses omoplates, avant de mordiller sa nuque. Mes mains glissèrent sur son ventre, caressèrent ses cuisses.
« Will, nous n'avons pas le temps. » Murmura-t-il, avec un manque flagrant de conviction.
« Prenons-le. Ils attendront. » Exigeai-je, en empoignant son érection fermement.
Il soupira en agrippant mon poignet, comme pour m'arrêter, avant de pencher sa tête en arrière sur mon épaule, et de finalement poser ses doigts sur les miens pour m'accompagner dans le mouvement.
« Tu veux toujours te préparer ? » Chuchotai-je à son oreille, en jouant avec mon pouce sur l'extrémité de son membre.
Sans répondre, il se retourna et me poussa subitement sur le lit derrière moi. Je tombai sur le matelas, en souriant, avant de relever les yeux sur lui. Il me surplomba de toute sa hauteur, viril et beau, en s'avançant. Je le détaillai sans pudeur, en m'allongeant dans une invitation silencieuse. Il me rejoignit, s'insinua entre mes jambes, dans ma chair, lentement et je l'accueillis dans mes bras, affamé de sa peau, enivré par son odeur. Ses lèvres dévorèrent les miennes, alors qu'il me faisait sien une fois de plus. Il me garda contre lui, en me prenant plus fort, ses dents râpèrent contre l'épiderme sensible de mon cou, mes ongles se plantèrent dans ses épaules. Nos gémissements résonnèrent dans la chambre, mes talons s'enfoncèrent dans les muscles tendus de ses fesses, mon dos en sueur se cambra sur les draps, quand il me saisit durement dans sa main jusqu'à ce que je m'abîme dans les affres d'un orgasme foudroyant. Puis il me prit avec plus de fougue, perdit peu à peu le contrôle de son corps, murmura mon nom, alors que je pouvais percevoir son plaisir arriver à son paroxysme.
« Viens pour moi, Hannibal. » Réclamai-je, avant de l'embrasser, de m'abreuver de son souffle saccadé.
Puis je le dévorai des yeux, quand il jouit, tendu contre moi. Je le gardai une éternité entre mes cuisses, apaisé. Il posa sa tête contre la poitrine, caressa mes flancs, écouta mon cœur ralentir, et je glissai mes mains dans ses cheveux décoiffés en reprenant ma respiration.
« Nous sommes vraiment en retard maintenant. » Souffla-t-il, en jetant un œil à la petite horloge sur la table de nuit. « Tu me fais faillir à tous mes devoirs en m'aguichant. C'est déloyal. »
Et j'éclatai de rire, avant de déposer un baiser sur sa tempe.
« Je suis sûr qu'ils ne nous en voudront pas. » Affirmai-je. « Habillons-nous sobrement et allons chercher ce cher Alejandro. »
…
Hannibal et moi n'avions apparemment pas la même définition de « sobrement ». Mais, son costume pourpre lui allait si bien, que je ne pus que l'admirer. Pour ma part, j'avais préféré un ensemble noir mat, agrémenté d'une simple chemise d'un rouge cerise profond. Comme convenu, nous fîmes un crochet par les quartiers de Alejandro, et je me retins d'afficher un air satisfait, quand il ne parut pas savoir où se mettre en nous trouvant derrière sa porte quand il ouvrit. Visiblement, l'invitation le prenait au dépourvu et il accepta comme par automatisme, certainement incapable de réfléchir à une excuse crédible. Et nous prîmes tous les trois la direction du restaurant, alors que je me réjouissais intérieurement qu'il n'ait même pas eu le temps de s'apprêter plus que ça. Il portait la même tenue que plus tôt dans la soirée, quand je l'avais croisé.
Nous arrivâmes finalement avec un petit quart d'heure de retard. Le couple patientait à notre table autour d'un apéritif et nous accueillit, absolument pas contrarié. Serena, la femme de Ricardo, était une femme délicate, contrairement à son mari. Élancée, mince, une peau caramel, de longs cheveux bruns ramassés dans un chignon complexe, des yeux noisette brillant d'intelligence, je la soupçonnai immédiatement d'être avec lui pour son argent. Cela ne l'empêchait pas d'être de très bonne compagnie, puisqu'elle nous salua chaleureusement.
« Ricardo m'a tellement parlé de vous, j'ai déjà l'impression de vous connaître. Vous devez être Gabriel. » Me dit-elle, en roulant ses « r » d'une manière presque musicale.
« Oui. Et voici mon mari, Zacharia et notre ami, Alejandro. Je suis enchanté de vous rencontrer enfin. »
« Asseyez-vous, Messieurs. Je meurs de faim. Pas vous ? » Intervint quelque peu grossièrement Ricardo, en faisant signe à un serveur qui passait par là, pour lui demander une chaise et un couvert supplémentaires.
Nous nous attablâmes néanmoins, sans relever. L'homme était ainsi et je trouvai cela distrayant au final. Il ne mâchait pas ses mots, disait les choses comme elles venaient, parlait haut et fort, mais Hannibal souhaitait apparemment continuer à le fréquenter. Ce qui voulait certainement dire qu'il l'appréciait, à sa façon. Le businessman avait pour lui le mérite d'être franc.
Quand Alejandro put s'installer, nous commandâmes, et la conversation tourna rapidement autour des affaires, jusqu'à ce que Serena montre de la curiosité pour notre vie privée. Les entrées arrivèrent et elle nous questionna sur notre quotidien, intriguée par la dynamique de notre couple.
« Nous sommes des égaux. » Tentai-je de lui expliquer, sous le regard scrutateur de Alejandro.
« Si j'avais voulu une femme, j'en aurais épousé une. Gabriel est aussi un ami loyal et un associé compétent. Le reste est venu naturellement, comme une évidence. Nous nous apportons mutuellement. » Me coupa presque Hannibal, en posant une main volontairement possessive sur ma nuque qui contredisait ses propos élogieux.
Je suivis le mouvement, en acquiesçant simplement, les yeux baissés. Et, du coin de l'œil, je remarquai que cela n'avait pas échappé à Alejandro. Le premier appât était au bout de la ligne et il mordit directement dedans en rapprochant sa chaise de la mienne, sur ma gauche, comme s'il comptait intervenir à tout moment pour défendre mon honneur. Je me concentrai pour ne pas sourire et mangeai silencieusement ma salade, en suivant la discussion de loin, me rendant disponible. Et il ne résista pas longtemps à l'envie de parler avec moi, tandis qu'Hannibal lançât les autres dans un débat enflammé pour me laisser l'occasion d'échanger discrètement quelques paroles.
« Avez-vous réfléchi à ce je vous ai dit tout à l'heure ? Je m'excuse platement si je vous ai trop brusqué, mais je n'ai pas pu résister. Vous êtes bien trop tentant, Gabriel. » Chuchota-t-il, penché sur mon oreille. « Lui en avez-vous parlé ? »
« Certainement pas. Vous n'imaginez pas l'état dans lequel il se mettrait s'il l'apprenait. » L'avertis-je.
« J'en ai une vague idée. Et je n'aime pas l'idée que vous soyez obligé de passer une nuit de plus avec cet animal. »
« Tant que nous serons en mer, nous voir seul à seul sera problématique. Si vous voulez vraiment m'aider, faites profil bas jusqu'à notre arrivée en France. » Lui demandai-je.
« Je ne peux pas vous garantir de rester à l'écart si je surprends des comportements qui me déplaisent. Moi, je ne vous ferai jamais de mal, Gabriel. Vous méritez qu'on permette à votre potentiel et à votre personnalité de s'exprimer. Je suis certain qu'il vous opprime, vous fait avoir une mauvaise opinion de vous. Mais moi, je vous vois tel que vous êtes. Un être sensible. »
Et je lui servis un sourire timide, comme si j'étais flatté par ses paroles. Hannibal avait raison, c'était presque trop facile.
