XXVII

Fearless

Note de l'auteur : Chapitre installation dans la nouvelle maison. J'aime les imaginer dans des tâches aussi domestiques parfois. J'espère que vous y verrez également la raison principale qui m'a fait ramener Hannibal à Paris. Le grand retour d'une chose que j'avais fantasmée avant de la voir dans la série, mais durant un laps de temps beaucoup trop court à mon goût. Vous me direz : "quel rapport avec Paris ? Il peut faire ça n'importe où." Oui mais non, j'avais envie que ce soit dans la capitale. J'aime tellement cette idée. Je vous laisse la découvrir.

Bonne lecture!

China : pardon j'ai oublié de te répondre au dernier chapitre. Merci d'avoir fait suivre pour la traduction. On verra bien. Si elle est occupée, c'est pas grave, c'est que partie remise.

Fannibal : Non ce n'est pas la fin rassure-toi lol. La demande en mariage je ne la perds pas de vue, ne t'inquiète pas. Un peu de patience ^^


Nous entrâmes dans la maison que même Hannibal visitait pour la première fois. Si j'avais bien compris, il l'avait achetée sur les conseils de Nan et après avoir vu quelques photos. Si, de l'extérieur, je lui avais trouvé beaucoup de charme, à la seconde où nous posâmes nos sacs dans le hall, un léger malaise me prit. Il y avait une vibration dans les murs. Ténue, très lointaine, mais suffisamment familière pour que je la reconnaisse immédiatement. Nous passâmes près de l'escalier qui menait à l'étage et, une fraction de seconde, je vis le corps disloqué d'une femme au pied des marches, une tache de sang sur le mur. Je levai les yeux vers le plafond et aperçus un homme qui se balançait au bout une corde attachée à la rambarde, le temps d'un clignement de paupières. Dans le salon, une adolescente gisait dans un fauteuil, un trou sanguinolent dans la tête, avant qu'ils ne disparaissent l'une comme l'autre. L'odeur métallique du sang, un cri résonna, puis la main d'Hannibal sur mon épaule me fit sursauter.

« Qu'est-ce que tu vois ? » Me demanda-t-il doucement.

Derrière lui, Nan me regardait étrangement.

« Des gens sont morts ici. »

« Comment le savez-vous ? » Répliqua-t-elle d'une voix blanche. « Ton mari est une espèce de médium ou quelque chose comme ça ? » Questionna-t-elle Hannibal.

« Quelque chose comme ça. » Lui répondit-il.

« Je suis doté d'une empathie exacerbée. Cela me donne une imagination sans limite et une sensibilité aux émotions. Il n'y a rien de surnaturel là-dedans, je vous rassure. Je suis simplement capable de capter certains… Résidus, je dirais. » Tentai-je maladroitement d'expliquer.

« Donc, vous ne communiquez pas avec l'au-delà ? »

« Non, pas du tout. Il ne s'agit pas de ce type de sensibilité. Mais, on peut dire que cette maison a un sacré vécu. »

« Je suis désolé. » S'excusa Hannibal. « Je pensais que l'incident était suffisamment antérieur à notre emménagement. Tout a été refait à neuf, du sol au plafond. »

Je ne m'étonnai même pas qu'il qualifie le drame « d'incident », comme s'il parlait d'un dégât des eaux. Il était ainsi fait. Incapable de remords ou de réelle compassion envers des étrangers. Hannibal avait une sensibilité qui n'avait rien à voir avec la mienne. D'une certaine manière, elle était plus saine. Pour sa propre santé mentale, du moins.

« Ce n'est jamais vraiment assez ancien pour moi. Mais, ne t'inquiète pas, en l'état, je serais bien incapable de reconstituer quoi que soit. Je n'ai même pas réellement vu leurs visages. C'est juste comme… »

« Un écho. » Compléta-t-il, justement.

« C'est ça. Cependant, j'aime cet endroit. » Affirmai-je. Et c'était vrai.

« Comment cela fonctionne ? » Me demanda Nan, en s'activant dans la cuisine ouverte sur le salon.

Elle sortit des tasses et une théière. Sa curiosité était sincère, franche, et cela me changea des questions que les psychiatres m'avaient souvent posées par le passé.

« Soyons clairs. Je ne crois pas aux esprits, à tous ces trucs de fantômes. Simplement, il s'avère que les événements à fort potentiel émotionnel laissent des traces, des stigmates dans l'âme même des lieux où ils se déroulent. Disons que je suis capable de les voir et, éventuellement, de les interpréter. »

Elle mit une bouilloire sur le feu, après l'avoir remplie d'eau, puis se tourna de nouveau vers moi, alors qu'Hannibal se perchait sur un des tabourets du comptoir. Naturellement, je me rapprochai de lui, pour me caler entre ses jambes, dos à son torse.

« Cela ne concerne pas forcément que les actes violents donc ? »

« Aucunement. »

« Il ne doit pas être évident de vivre avec ce don. Dites-moi, quel métier exercez-vous ? Cela vous sert-il au quotidien ? »

Une légère pression de la main d'Hannibal sur la mienne fut suffisante pour me faire comprendre que je ne devais pas en dire trop. La bouilloire siffla et Nan versa de l'eau chaude dans chaque tasse, avant d'y plonger des sachets de thé, alors que je choisissais minutieusement mes mots.

« Je suis doué pour réparer les moteurs. J'aime travailler avec les animaux. J'ai sciemment évité la moindre carrière en rapport avec cette capacité. Je l'ai longtemps considérée comme une malédiction, plutôt qu'un don. Une partie de moi voit toujours les choses ainsi d'ailleurs. »

« Vous avez l'air d'avoir beaucoup souffert, mon garçon. Vous m'en voyez peinée. Une belle âme comme la vôtre… »

Sa main se posa sur mon bras, dans un geste de réconfort plein de bonne volonté. Mais je dus réprimer mon envie première de m'y dérober, pour ne pas paraître rustre. Son contact n'était pas désagréable, c'était une bonne personne.

« Il ne faut pas. Je vais beaucoup mieux maintenant. »

Elle sourit et je sucrai mon thé pour me donner une contenance, avant de touiller le breuvage avec une cuillère.

« C'est une perle que tu as trouvée là, Hannibal. Je suis curieuse. Comment vous êtes-vous connus ? »

Sa question manqua de me faire renverser ma tasse, alors que je m'en saisissais pour boire une gorgée et je réfléchis rapidement à une histoire crédible, mais Hannibal me devança.

« Will était mon patient. » Dit-il simplement.

Nan leva un sourcil étonné.

« Cela ne me semble pas très éthique, jeune homme. »

Et je dus me faire violence pour ne pas éclater de rire en voyant Hannibal se faire gronder.

« Notre relation a débuté après la thérapie de Will, Nan. Je sais rester professionnel. »

Cette fois, je dus me mordre l'intérieur de la joue, pour ne pas réagir au souvenir du « professionnalisme » dont il avait fait preuve envers moi et de ses méthodes de persuasion coercitive.

« Je le sais bien. Je te taquinais, ne prends pas si facilement la mouche. »

Je n'avais jamais vu personne gronder ou taquiner Hannibal. De mon point de vue, je qualifierais cela d'actes suicidaires pour n'importe qui. Mais cette vieille dame et son caractère tout britannique avaient visiblement conquis son cœur.

La nuit tombait doucement. Nancy était rentrée chez elle, pour nous laisser investir les lieux. Dans le frigo et les placards de la cuisine, nous trouvâmes les courses sommaires qu'elle nous avait si gentiment faites, ainsi que la glacière inviolée d'Hannibal comme il l'avait demandé, et de la literie propre qui nous attendait sur notre lit, dans une vaste chambre à l'étage.

Cet après-midi-là, nous nous contentâmes donc de ranger nos affaires. La maison était richement meublée, nous ne manquerions de rien, mais la décoration manquait encore. Je ne sentais pas la patte d'Hannibal, et encore moins la mienne. Mais, cela attendrait le lendemain. Au rez-de-chaussée, en plus de la cuisine, du salon et de la petite salle à manger attenante, se trouvait un bureau qui l'intéressa immédiatement, avec ses larges bibliothèques encore vides et son mobilier d'un autre siècle. Hannibal n'était pas amateur des lignes épurées et métalliques des designs modernes. Il préférait le bois, les matières brutes et nobles. Et je le rejoignais sur ce point.

Dans le couloir qui menait au bureau se trouvaient deux portes. L'une donnait sur un escalier qui menait à une grande cave. Je ne doutais pas qu'Hannibal y trouverait rapidement une utilité et ne m'y attardai pas. La deuxième ouvrait sur une pièce supplémentaire à la fonction encore indéterminée. Certainement une ancienne buanderie ou peut-être une chambre d'ami. Et des amis à loger, j'en avais quelques-uns. D'un sifflement, j'appelai les chiens qui déboulèrent tous en même temps, heureux d'avoir enfin un peu d'attention au milieu de notre installation. Ils se précipitèrent dans la pièce, reniflèrent dans tous les coins, Buster se hissa sur ses pattes arrière pour jeter un œil par l'unique fenêtre, Pirate tourna sur lui-même en remuant la queue, Bosley et Roxy se coururent après, tout excités, Winston vint me lécher la main.

« Ça vous plaît ? » Demandai-je à la ronde.

Et une cacophonie d'aboiements me répondit. Hannibal, que j'avais laissé occupé à ranger les quelques livres dont il avait fait l'acquisition en Argentine, se glissa alors derrière moi et jeta un œil par-dessus mon épaule.

« As-tu trouvé ton bonheur ? » Chuchota-t-il à mon oreille. Un frisson remonta dans mon dos.

« Ils seront très bien ici. » Affirmai-je.

Je savais qu'Hannibal n'était pas un grand amoureux des animaux. Toute créature à l'intelligence limitée le laissait plus ou moins de marbre – à l'exception de Buster, pour une raison qui m'échappait – il les avait simplement acceptés comme des extensions de moi-même. Comme mes cheveux indomptables ou mon style vestimentaire parfois douteux. Et il se souciait un minimum de leurs bien-être, même si je savais qu'il souhaitait surtout ne pas voir les poils canins envahir son mobilier et ses tapis.

« Tant mieux. Parce que je ne veux pas les voir à l'étage. »

« Ne t'inquiète pas de ça. Ils savent ce qu'il ne faut pas faire avec toi, maintenant, et ils l'ont accepté. Et ils sont déjà très contents du jardin. » Le rassurai-je.

Même si ça ne vaudrait jamais une plage, pensai-je, sans le dire cependant. Hannibal n'y était pour rien si Alana avait tout foutu en l'air à Buenos Aires. À la place, je m'appuyai contre son torse, ses bras se refermèrent sur moi et nous observâmes paisiblement les chiens prendre possession de leur nouveau territoire.

Je montai ensuite mes sacs au premier. Dans notre chambre, ceux d'Hannibal s'y trouvaient déjà, attendant d'être ouverts. Je lui laissai le soin de s'occuper lui-même de ses vêtements hors de prix, mais veillai à lui garder la moitié des tiroirs de la commode et une bonne partie de la penderie, puisque ma maigre collection de costume était loin de concurrencer la sienne.

Quand je redescendis, une odeur délicieuse de viande grillée, d'herbes fraîches et d'ail chatouilla mes narines. Mon estomac gargouilla et je pris conscience que j'étais affamé. J'abandonnai donc provisoirement mon rangement et me dirigeai vers la cuisine. J'y retrouvai Hannibal derrière les fourneaux, occupé à finaliser le dressage.

« Ça sent bon. Quel est le menu ? »

« Poêlée de courgettes du jardin, foie et rognons, assaisonnés d'ail et de persil. J'ai fait au mieux avec ce que j'avais sous la main. »

Il se servit d'une fourchette pour me faire goûter la viande dont je connaissais très bien la provenance et je refermai mes lèvres sur le couvert avec appétit. Même avec des ingrédients aussi simples, les saveurs se mariaient parfaitement, comme toujours.

« C'est délicieux. » Le complimentai-je, en l'aidant à dresser la table, avant de m'asseoir en face de lui.

La salle à manger était intimiste et me rappela un peu celle qu'il avait à Baltimore. Nous mangeâmes en parlant de nos divers projets. Hannibal avait déjà dans l'idée de me traîner dans tous les musées de Paris et je me renseignai sur les parcs alentour où je pourrai aller courir avec les chiens. Le cachet de la maison me plaisait. Je m'y sentais bien, malgré les événements tragiques dont elle avait été le théâtre. Cela nous ressemblait assez après tout.

La moto filait comme le vent à travers la nuit, zigzaguant entre les quelques voitures qu'elle dépassait. Mes mains gantées cramponnées au cuir du blouson d'Hannibal, mon casque contre le sien, j'observai la route défiler à vive allure par-dessus son épaule. La lumière des lampadaires se reflétait dans sa visière et sur la carrosserie d'un noir d'encre à intervalle régulier, la puissante machinerie vibrait entre mes jambes. Hannibal prit un virage serré à droite et je déportai mon poids en même temps que lui, collé à son dos. L'engin suivit une courbe élégante, puis repartit en ligne droite dans les rues de la capitale. Le rugissement du moteur résonnait sur les façades tristes des immeubles, faisait se retourner les passants sur notre passage.

Hannibal l'avait dénichée deux jours auparavant, juste après notre arrivée. Encore une facette de lui que je ne connaissais pas. Il aimait la vitesse et les grosses cylindrées. Un goût que nous avions en commun, du moins sur l'aspect mécanique, puisque je ne pilotais pas ce type de véhicule. Être le passager d'Hannibal, néanmoins, me plaisait beaucoup. Je me sentais en sécurité et transporté par les sensations.

Il se gara devant la maison et mes mollets vibraient encore quand je posai le pied terre, alors qu'il rentrait la moto dans l'allée du jardin, avant de sortir nos courses des sacoches en cuir accrochées sur les côtés. J'ouvris la porte et le devançai dans le hall où les chiens nous accueillirent avec enthousiasme. Je les calmai, alors qu'Hannibal disparaissait dans la cuisine, avant de le rejoindre. Dans le salon, la Primavera ornait un mur dans son cadre neuf, juste au-dessus d'un imposant clavecin. Nous avions également encadré ma mappemonde à gratter qui surplombait le canapé. Une télévision dernier cri trônait fièrement sur son meuble. Ni lui ni moi n'étions friands des programmes qu'elle proposait, mais un lecteur DVD l'accompagnait et l'idée de passer des soirées devant de bons films, blotti contre lui, avec peut-être quelques pop-corn, me plaisait.

La veille, nous avions sillonné la capitale pour parfaire notre décoration et je me sentais déjà plus chez moi à présent. Cependant, je souhaitais ajouter une dernière pièce au tableau. Elle se trouvait dans mon sac, acheté en secret alors qu'Hannibal était trop occupé à parcourir les rayons d'une épicerie fine. Je vérifiai qu'il ne regardait pas dans ma direction et posai rapidement le petit cadre sur le guéridon près des fauteuils. Un sourire orna mes lèvres, puis j'allai l'aider à ranger nos victuailles.

Une fois les chiens nourris et nous aussi, Hannibal s'installa confortablement dans le canapé, à la lumière d'une lampe sur pied et sur fond de Vivaldi, avec un ouvrage dont il avait fait l'acquisition l'après-midi même. C'était un de ces moments où il souhaitait être seul. Nous étions deux solitaires qui s'essayaient à la vie de couple et cela demandait immanquablement quelques aménagements. Alors, je lui volai un baiser, avant d'enfiler une veste pour aller passer du temps avec les chiens dans le jardin.

« Tu pensais réellement que je ne la remarquerais pas ? » Me demanda-t-il, alors que j'étais sur le point d'ouvrir la porte.

Je revins sur mes pas, dans d'entrée du salon.

« J'espérais qu'elle se fondrait dans le paysage. » Avouai-je, en sachant très bien de quoi il parlait. « C'est un de mes seuls souvenirs de Buenos Aires. J'aime l'avoir sous les yeux. »

« Je ne t'ai pas demandé de l'enlever. » Dit-il simplement.

Un sourire orna mes lèvres.

« Je la planquerai quand nous aurons des invités. » Lui proposai-je en échange. « Cette photo de toi et Buster n'appartient qu'à moi. »

Il me rendit mon sourire, par-dessus la couverture de son livre, et je sortis dans la tiédeur de la nuit, les chiens sur mes talons.