XXVIII

Embrace the darkness

Note de l'auteur : Le suicide par l'écriture, vous connaissez ? Moi non, jusqu'à ce que j'écrive ce chapitre. Donc, maintenant que mon cerveau s'est fait la malle par mes oreilles pour des vacances d'une durée indéterminée à Bali, je vous laisse à votre lecture.

Si vous êtes encore vivant(e)s après ça, dites-moi ce que vous en avez pensé ;)


Le jardin devant la maison était très agréable. Ombragé, sans vis-à-vis, assez grand pour que les chiens puissent s'ébrouer. Mais, il y avait une chose que j'appréciai presque plus. Le balcon de notre chambre. Exposé Sud-ouest, il offrait une vue imprenable sur Paris, la Tour Eiffel qui paraissait presque petite d'ici et l'Arc de Triomphe. Je ne me lassai pas de ce panorama. Moi, qui avais toujours préféré vivre proche de la nature, je m'extasiais devant l'architecture haussmannienne de la capitale, ses rues interminables, droites et parallèles. La pollution était un problème, bien sûr, et il faudrait que je m'y accommode. Heureusement, cela était supportable en hauteur comme nous l'étions.

J'y étais accoudé ce soir-là, alors que le soleil se couchait quelque part derrière la maison. Dans quelques minutes, la tour de fer s'illuminerait, et ce spectacle était toujours un émerveillement. Mes pensées voguèrent vers Hannibal que je savais dans la douche que je venais de quitter cinq minutes auparavant. J'imaginai l'eau s'écouler sur son corps nu, ses muscles roulant sous sa peau au passage de ses mains, sa chute de reins affolante, son torse large, l'odeur du musc, celle de son shampoing à la menthe. Et je fus rapidement à l'étroit dans mes sous-vêtements, en m'étonnant, une fois de plus, d'être pantois rien qu'à le voir derrière mes paupières alors que je n'avais jamais regardé un homme de cette manière auparavant.

Hannibal me rejoignit, ouvrant la porte-fenêtre au moment où les lumières illuminaient Paris, comme si elles ne s'allumaient que pour l'accueillir. Ce qui était ridicule tout autant qu'à la hauteur de son ego. Il était habillé d'une robe de chambre bleu cobalt faite d'une soie certainement hors de prix. Ses pieds nus laissèrent des traces humides sur les dalles en pierre quand il s'approcha de moi, pour se coller à mon dos, alors que je lui souriais par-dessus mon épaule.

« À quoi penses-tu ? » Me demanda-t-il au creux de l'oreille, avant de déposer un baiser dans mon cou, ses cheveux humides chatouillant ma joue.

« À toi sous cette maudite douche. » Répondis-je avec ma franchise habituelle. Je savais qu'il appréciait cette qualité.

« Oh. Je vois. » Ou plutôt, il le sentit, quand il posa sa main sur mon érection par-dessus mon pantalon de pyjama. « J'ai réfléchi. » M'apprit-il, en appuyant sa caresse. Mes phalanges blanchirent sur la rambarde, un soupir passa mes lèvres et je me cambrai contre lui. « Tu sais que j'abhorre la banalité, n'est-ce pas ? »

« Si tu penses à me faire l'amour sur ce balcon, je ne suis pas foncièrement contre l'idée. Je ne peux juste pas garantir d'être suffisamment silencieux pour ne pas rameuter tout le voisinage et peut-être même quelques touristes. »

« L'image est tentante, mais ce n'est pas de cela que je parle. » Me détrompa-t-il, alors que ses gestes contredisaient quelque peu ses paroles, puisqu'il glissa sa main coupable dans mon boxer.

Ses doigts tièdes se refermèrent sur moi et je laissai ma tête retomber en arrière sur son épaule pour lui voler un baiser. Son autre paume se faufila sous mon t-shirt, exposa mon ventre à la moiteur de cette nuit d'été. Ses ongles griffèrent doucement le léger relief de la cicatrice qui barrait mon abdomen, avant de remonter taquiner un téton.

« De quoi s'agit-il, dans ce cas ? » Murmurai-je ensuite contre sa joue.

« Le problème, c'est que nous sommes sur une terrasse, avec cette vue, et qu'en cela, c'est déjà un cliché. Cependant, nous séjournons à Paris. Et qu'est-ce qui n'est pas un cliché dans cette ville ? »

« J'avoue… Que je ne te suis pas. Mais… En même temps… J'ai un peu de mal à me concentrer… Mon Dieu oui, comme ça… » Articulai-je difficilement, alors que sa main accélérait encore.

« J'ai donc pensé que cela te surprendrait peut-être plus, si je te le demandais en te donnant un orgasme. »

Ses mots parvinrent à mes oreilles, mais mon cerveau saturé fut incapable de leur donner un sens. J'avais dû rater quelque chose.

« Hanni… Je ne sais pas… De quoi tu parles… Bon sang. Mais si tu continues… Je vais vraiment… Merde, t'arrête pas… »

« Ce n'est pas mon intention. »

Je mordis ma lèvre au sang pour rester silencieux, en guettant le moindre mouvement alentour. Hannibal pointa une langue et lécha le liquide carmin, avant de m'embrasser. Mes gémissements allèrent se perdre dans sa bouche, sous pouce caressa une nouvelle fois l'extrémité sensible de mon membre et je m'agrippai désespérément au garde-fou pour ne pas me laisser glisser à terre alors qu'il me serrait contre lui et que mes genoux tremblaient. Ses lèvres descendirent sur ma gorge, ses dents grignotèrent ma pomme d'Adam.

« Will... »

Le plaisir enflamma mon bas-ventre et je plongeai dans son regard fauve où se reflétaient les lumières de la ville, au bord du gouffre. Je perdis quelque peu le contrôle de ma voix, mes muscles se tendirent.

« …Veux-tu m'épouser ? »

La question me percuta de plein fouet quand je jouis dans le creux de sa paume et il me retint fermement de son bras alors que je m'effondrais contre lui, le souffle court et incapable de répondre durant de longues secondes. Mon cœur semblait vouloir sortir de ma poitrine, tambourinait durement.

« Si tu veux me tuer, il y a des manières beaucoup plus radicales, tu sais. » Soufflai-je, en retrouvant mes appuis.

« Mais tu n'y prendrais pas autant de plaisir. »

« C'est cela que tu avais en tête toute la journée ? » Lui demandai-je, en me remémorant son comportement curieux.

« Pour être honnête, j'avais initialement l'intention de briser la nuque de ce bijoutier proprement exécrable qui m'a vendu les alliances que j'ai choisies pour remplacer celles que nous portions durant la croisière, et de lui écarter les côtes pour déposer l'écrin sur son cœur encore chaud. Mais, j'ai manqué de temps et je ne voulais pas que tu t'imagines que j'allais faillir à ma parole. » M'expliqua-t-il, en rajustant quelque peu ma tenue, après s'être essuyé la main à l'aide d'un mouchoir sorti de sa poche.

« De toute manière, après le cadeau que tu m'avais laissé dans cette chapelle à Palerme, je ne suis pas certain que ça m'aurait réellement impressionné. » Le taquinai-je. « Là, au moins, on peut dire que je ne m'y attendais pas. »

« Tu m'en vois ravi. » Dit-il, alors que je me retournais pour me blottir contre son torse.

« Et si nous allions profiter de notre nuit de noces ? » Chuchotai-je à son oreille.

« Pour cela, il faudrait qu'il y ait quelque chose à fêter. Or, tu ne m'as pas encore répondu. »

Je reculai légèrement pour le regarder et eu la décence de paraître gêné.

« Je vais mettre ça sur le compte de ton cerveau saturé d'endorphine. » M'accorda-t-il dans sa grande mansuétude. « Alors ? »

« Bien sûr que je le veux, crétin. » Le rembarrai-je gentiment, en souriant.

Il leva un de ses délicats sourcils face à l'insulte, avant de sourire en coin d'un air satisfait.

« Quoi ? Tu craignais encore que je dise non ? »

« Je redouterai toujours de te voir disparaître, Will. »

Je savais parfaitement que ce n'était pas une question de confiance. Simplement, les rares personnes qu'il s'était autorisé à aimer n'étaient plus de ce monde ou l'avaient abandonné. Et c'était quelque chose que je comprenais tout à fait.

« Je ne compte aller nulle part. » Lui assurai-je, avant de déposer un baiser aérien sur ses lèvres.

« Mon côté rationnel le sait. »

Il sortit un écrin rouge de la poche de son peignoir, avant de l'ouvrir. À l'intérieur, sur le velours noir, deux alliances reposaient côte à côte. Les bagues, identiques, se composaient de trois anneaux soudés les uns aux autres.

« Le premier est en titane noir, celui du milieu en argent et le dernier en or. » M'apprit-il.

Il en retira une, avant de prendre ma main gauche nue de tout bijou, puisque nous avions retiré celle que nous portions sur le bateau à notre arrivée à Paris. La lumière d'un réverbère tout proche s'y refléta et j'aperçus les reliefs d'une gravure dans l'anneau. J'attrapai son poignet pour y jeter un œil et pus y lire « We're conjoined » écrit dans une police type manuscrite. Et je clignai rapidement des paupières pour ne pas devenir pathétique. C'était moi qui avais prononcé ces mots, il y avait une éternité, lors de nos retrouvailles à Florence. Non seulement, il s'en souvenait, mais il avait également su saisir la justesse de cette affirmation. Car nous étions liés, de beaucoup de manières.

Incapable de croiser son regard pour le moment, je restai fixé sur ses gestes. Délicatement, il le glissa à mon annulaire, avant de me tendre la petite boîte pour que je m'empare du deuxième. Et je l'imitai, avec tout autant de douceur et portai ses doigts à mes lèvres pour les embrasser, puis trouvai enfin la force de lever mes yeux vers lui pour croiser ses iris ambrés brillants de larmes contenues.

« C'est magnifique. » Dis-je simplement, la gorge nouée.

Et sans prévenir, il m'emporta dans un baiser dévorant, une main collée à ma nuque, l'autre agrippée au tissu de mon t-shirt. Puis il me poussa en arrière, me fit reculer jusqu'à la fenêtre et passa un bras dans mon dos pour l'ouvrir. Il m'entraîna ensuite dans la chambre éclairée uniquement par les lumières extérieures, vers le lit, me fit tomber dessus, avant de me déshabiller avec empressement, comme si me voir nu était tout à coup vital. Et je compris qu'il me voulait avec uniquement cet anneau à mon doigt. Puis il retira sa robe de chambre sous laquelle il ne portait rien et se coula sur mon corps comme une chape de chaleur bouillonnante. Ses lèvres tombèrent sur les miennes, ses mains parcoururent ma peau en sueur encore sensible après ma récente extase, distillant des frissons sous mon épiderme.

« Laisse-moi m'occuper de toi et profite. » Murmura-t-il à mon oreille.

Et je sus que je devais m'attendre à quelque chose d'éprouvant. Hannibal était un créatif anticonformiste qui prenait un malin plaisir à repousser toujours plus loin mes limites. « Profiter » s'apparenterait certainement plus à « ne pas perdre connaissance ». Il ouvrit le tiroir de sa table de nuit et en sortit, en plus d'une bouteille de lubrifiant, une large bande de soie noire.

« Je ne suis pas sûr d'avoir envie d'être de nouveau entravé. » Dis-je honnêtement.

« Tant mieux, parce que tu ne le seras pas. Je n'aime pas les plats réchauffés. » Me répondit-il avec un sourire taquin qui ne me rassura que moyennement. « Me fais-tu suffisamment confiance pour que je te prive de ta vue ? » Me demanda-t-il ensuite, très sérieusement.

L'idée me tentait autant qu'elle m'effrayait. Mais, comme souvent avec Hannibal, je décidai rapidement de ravaler mes angoisses injustifiées et de me laisser porter. Je hochai donc la tête pour lui signifier mon accord et il banda mes yeux en prenant garde de ne pas trop serrer le tissu. L'étoffe douce et fluide obstrua totalement mon champ de vision et je me retrouvai dans le noir.

« Détends-toi. Si cela devient trop inconfortable, dis-le-moi, nous l'enlèverons. »

« Ça ira. Ma curiosité l'emporte, une fois de plus. »

« C'est ce que j'espérais entendre. » Affirma-t-il avec un sourire dans la voix. Il posa ses mains sur mon torse et je sursautai légèrement sans pouvoir m'en empêcher. « À la base, la privation sensorielle était une méthode de torture… »

« Merveilleux. » Ironisai-je.

Mais il savait que le sarcasme était un mécanisme de défense bien rodé chez moi et ne s'en formalisa pas.

« …Avant de devenir une pratique sexuelle plus éprouvante qu'elle n'en a l'air. La privation du sens de la vue, sur laquelle nous avons tous tendance à trop nous appuyer, accroît de manière exponentielle l'ouïe, l'odorat et, plus particulièrement, le toucher. Petit à petit, ton corps et ton cerveau, pour pallier ce manque, vont tenter par tous les moyens de combler les vides. Pour ton confort, je ne vais donc pas cesser de te parler régulièrement. Comment te sens-tu ? »

« Impatient de savoir ce que tu as en tête. » Dis-je, après un instant de réflexion.

« Bien. Mets-toi sur le ventre. »

Je m'exécutai sans me faire prier, alors qu'il se poussait sur le côté pour me laisser libre de mes mouvements. Une fois confortablement installé, mes bras passés sous un oreiller, j'attendis avec appréhension. Et je compris à quel point il avait raison, quand je fus capable de sentir la chaleur irradier de son corps quand il se pencha sur moi, alors qu'il ne me touchait même pas. Son souffle chaud mourut contre ma nuque et mes cheveux se hérissèrent. Imperceptiblement, ma respiration s'accéléra. Puis, je perçus la douceur de ses lèvres et la caresse mouillée de sa langue qui glissa entre mes omoplates. Et je me cambrai, frissonnant, alors qu'il descendait dans le creux de mes reins, en prenant garde que cette langue traîtresse reste notre unique point de contact, jusqu'à ce que ses paumes se posent sur mes fesses. Puis il se recula, comme s'il prenait le temps de m'observer un instant, offert et quelque peu vulnérable, quand brusquement, le muscle humide s'enfouit dans un endroit proprement inattendu et la sensation déroutante me secoua d'un soubresaut, avant que le plaisir soudain ne m'arrache un gémissement tout à fait indécent. Hannibal m'empoigna plus durement pour me maintenir immobile, alors que sa langue creusait un peu plus en moi, me faisant m'accrocher à la tête de lit pour ne pas perdre pied.

Il me prodigua cette caresse grisante et inconnue jusqu'alors, durant d'exquises minutes. Puis, aussi vite que cela avait commencé, tout s'arrêta. Privé subitement de son contact, je repris mon souffle, quelque peu tremblant, dans l'expectative. Je pris alors conscience de l'ampleur du côté « torture » de la chose. L'attente était difficilement supportable.

« Tu es sublime. » Murmura-t-il beaucoup plus proche de mon oreille que je ne le croyais, et mon cœur eut un raté.

La pulpe de ses doigts frôla mes vertèbres, taquina mes côtes, effleura la courbe charnue de mon fessier, avant de migrer au dernier moment vers une cuisse, à l'arrière d'un genou. Et le désir me fit les écarter dans une demande silencieuse.

« Que veux-tu, Will ? » Osa-t-il me questionner, et je dus ravaler l'insulte qui me vint immédiatement à l'esprit.

« Toi. En moi. Maintenant. » Soufflai-je, à la place.

« Quelle impétuosité. Rien ne sert de se précipiter, mylimasis. » Susurra-t-il de sa voix chaude, sa langue roulant agréablement sur le mot tendre en lituanien.

J'entendis alors distinctement le bruit du bouchon de la petite bouteille, avant de sentir ses phalanges lubrifiées s'enfoncer en moi avec une atroce lenteur. Mes hanches allèrent à leur rencontre dans un mouvement involontaire, un son inarticulé passa ma gorge et le bois protesta sous ma poigne, alors que j'étais complètement submergé par les sensations décuplées. Il creusa plus profondément de ses doigts agiles, en s'extasiant, j'en étais certain, devant mes réactions incontrôlables.

« J'aime que tu sois dans cet état à cause de moi. » Ajouta-t-il, et je pus voir son air satisfait derrière mes paupières.

« Putain… »

Et son autre main claqua brusquement sur ma fesse gauche, comme pour me punir de ma vulgarité. Je sursautai en plantant mes dents dans l'oreiller pour étouffer la plainte qui m'échappa. Puis il me quitta soudainement, une fois de plus, me laissant dans une attente parfaitement insupportable à présent. Et je serrai mes lèvres fortement, refusant de le supplier.

« J'aime aussi quand tu refuses de te soumettre facilement. » Dit-il après un moment de silence. « Retourne-toi. » Me demanda-t-il ensuite.

Je basculai lourdement sur le dos, mes bras refusant de me porter. Le matelas s'affaissa sous son poids, quand il se déplaça entre mes jambes. Puis, je sentis son souffle brûlant contre mon aine et sa langue insidieuse frôla mes bourses, remonta lentement le long de mon sexe tendu, m'arracha un soupir impudique, avant de faire le chemin inverse. Et il souffla doucement sur le sillon de salive qu'il avait laissé sur son passage. Mes cuisses furent secouées d'un spasme. À l'aveugle, je tendis une main, jusqu'à rencontrer la texture fluide de ses cheveux. Il frotta sa tête contre ma paume comme l'aurait fait un chat, avant de subitement me prendre dans sa bouche. Un cri, que je fus incapable de réprimer, se répercuta dans la pièce, assourdissant à mes oreilles sensibles et mes doigts se crispèrent sur son crâne alors qu'il allait et venait impitoyablement sur mon membre. Ses phalanges s'insinuèrent de nouveau dans ma chair et je nouai mes mollets derrière sa nuque. Il remonta alors en mordant un de mes tétons au passage, avant de s'emparer de mes lèvres dans un baiser vorace auquel je répondis, en serrant mes jambes autour de sa taille. Puis je le sentis enfin me pénétrer avec une intolérable lenteur. Mes dents saisirent la chair tendre de sa lèvre inférieure, l'écorchèrent jusqu'à goûter la saveur cuivrée de son sang et un grondement monta dans sa poitrine comme une vengeance jouissive. Il s'enfonça alors d'une poussée brusque et je m'arc-boutai violemment sur le lit, transpercé par le plaisir mêlé de douleur, ma bouche ouverte dans un cri silencieux. Ma respiration se hacha, je déglutis avec difficulté et il embrassa ma gorge offerte pour se faire pardonner. Puis il se retira doucement, mon corps fut pris de tremblements, et mes mains s'agrippèrent à ses bras tendus sous l'effort, quand il prit un rythme lent mais dur, son bassin claquant contre l'arrière de mes cuisses d'une manière obscène. L'odeur de sa peau en sueur envahit mes narines, son goût salé chatouilla ma langue, ses soupirs résonnèrent à mes oreilles comme une mélodie, quelques murmures indécents lui échappèrent et je le serrai contre moi, possédé par le besoin écrasant de jouir. Mais je ne lui fis pas le plaisir de réclamer quoi que soit. Et il accéléra la cadence, me prit avec plus de fougue, ses dents plantées dans mon cou. Puis il se redressa sur ses genoux, hissa mes mollets sur ses épaules, agrippa mes hanches plus fermement, se perdit plus profondément en moi. D'une main, il empoigna alors mon érection, la caressa savamment, m'amenant au bord de la rupture avant de ralentir. Et je m'agaçai rapidement de sa capacité à me sentir venir. Même sans le voir, je pus aisément deviner ses traits crispés sous l'effort, ses yeux brillants de contentement, ses cheveux désordonnés, ses lèvres entrouvertes peut-être rehaussées d'un sourire carnassier.

« Hannibal… » Susurrai-je, les dents serrées, quand une nouvelle vague de plaisir enflamma mon bas-ventre.

« Oui ? » Souffla-t-il, en me laissant insatisfait une fois de plus, alors que le mouvement de ses hanches se teintait de brutalité contenue.

Il voulait que je cède et que je l'implore, mais c'était hors de question. Même si le bandeau m'épargnerait l'humiliation de faire face à son air triomphant.

« Si tu continues… À jouer avec moi… Je te jure que je te le ferai payer. »

Et je l'entendis rire brièvement, avant qu'il n'accélère le rythme de sa main autour de moi et m'accorde enfin ma délivrance. Elle déferla sur moi, dévastatrice, alors qu'il frappait une fois de trop ce point sensible à l'intérieur de moi. Ma voix se cassa, mes ongles griffèrent ses biceps, quand mon cerveau sembla se disloquer sous le plaisir et je l'entendis confusément me chuchoter qu'il m'aimait, avant qu'il ne se tende contre moi. Et je regrettai brièvement de ne pas réellement le voir ainsi, même si je l'imaginai sans difficulté succomber à son tour, ses yeux magnifiques cachés derrière ses paupières crispées, sa mâchoire contractée, ses phalanges blanchies marquant ma taille, sa bouche ouverte d'où s'échappa un gémissement presque douloureux quand il se répandit en moi. Puis il se retint de justesse de tomber sur moi, ses lèvres frôlant les miennes avant de les embrasser plus franchement. Je sentis les soubresauts de son corps éprouvé, entre mes cuisses, contre mon torse alors que je peinais à reprendre mon souffle. Il abandonna ensuite la lutte et s'abîma à mes côtés, sa respiration lourde venant chatouiller ma joue.

« Je t'aime. » Lui répondis-je tardivement, flottant dans les brumes orgasmiques.

Il me serra alors contre lui, son front trempé de sueur calé dans le creux de mon épaule, son bras passé autour de ma poitrine. Avec précaution, il me retira mon bandeau, mais je n'ouvris pas les yeux et déposai un baiser sur sa tempe humide en ramenant ses mèches folles en arrière. Mes extrémités s'engourdirent, la chaleur étouffante et poisseuse de cette nuit d'été entrait par la fenêtre restée ouverte, nous enveloppant dans un cocon presque suffoquant. Du bout des doigts, je traçai des arabesques imaginaires dans son dos, pour l'apaiser, me laissai bercer par le rythme ralentissant de son cœur, ou bien du mien, je ne savais plus trop. Et c'est ainsi que le sommeil glissa sur nous doucement, suivant le cours de mes pensées, alors qu'à mon doigt, l'anneau brillait sous la lumière blafarde de la Lune.


Vous pouvez voir la bague qui m'a inspiré en tapant "bague homme titane triade" sur Google image. C'est celle de la première image.