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Cut through your skin
Note de l'auteur : Chapitre 30! Je suis comme une dingue XD
Certains d'entre vous l'auront peut-être remarqué, j'ai commencé à publier cette fic en anglais. Je m'occupe moi-même de la traduction, et Astrid, une fannibal que j'ai rencontrée récemment, corrige mes ignobles fautes d'anglais. Elle fait vraiment un travail merveilleux, parce que je suis encore loin de maîtriser cette langue.
Bonne lecture ^^
Fannibal : J'aime beaucoup décrire ces petites scènes, en parallèle des meurtres, de l'angoisse et des scènes de sexe. Ça rend les choses plus concrètes, les personnages plus vivants.
Julia : Déjà un rôti dans ce chapitre. On verra plus tard pour le deuxième XD
Hannibal m'avait dit que je choisirai les magasins et les tenues. Et j'avais accepté, par fierté. Mais, la réalité me rattrapa, quand il gara la moto dans une rue qui me semblait interminable, bordée d'hôtels particuliers. Certains paraissaient sortis d'un autre siècle, d'autres encore arborés des drapeaux étrangers, dont celui des États-Unis. Des ambassades, conclus-je. Par intermittence, des boutiques de luxe, dont je reconnus certaines marques. Hannibal se stationna sur un parking deux roues, juste en face d'un commerce nommé Valentino, et je réfléchis rapidement à ce que j'allais bien pouvoir dire. La vérité, c'est que je n'y connaissais rien, tout simplement. Les enseignes me disaient vaguement quelque chose, bien entendu – même moi, je savais qui était Coco Chanel – mais j'étais bien incapable de me figurer les styles de vêtements des uns et des autres. Dans le même temps, il était hors de question de demander finalement de l'aide à Hannibal. J'espérais juste ne pas me planter royalement.
J'enlevai mon casque, alors qu'il en faisait de même, et ouvris prestement mon blouson en cuir, déjà mort de chaud à l'intérieur. La sécurité avant tout, disait Hannibal. Ou encore : les gens qui roulent en short et t-shirt sont des motards du dimanche qui finiront par laisser leur peau sur le macadam. Sur le principe, j'étais plutôt d'accord. Dans les faits, j'eus l'impression que mon épiderme avait fusionné avec le tissu de la doublure quand je tentai de le retirer. Hannibal me donna un coup de main, et je pus enfin sentir la brise fraîche qui soufflait sur mes bras.
« Alors, où veux-tu aller ? » Me demanda-t-il alors.
Et j'eus la désagréable impression qu'il savait très bien ce qu'il en était. Je ne me laissai pas démonter pour autant et traînai mes yeux aux alentours, en faisant semblant de réfléchir. Mon regard tomba sur la boutique devant laquelle nous nous étions arrêtés. La devanture était entièrement noire et contrastait étrangement avec les tons très clairs des immeubles qui sillonnaient toute la rue. Au-dessus de la porte, en lettres blanches, on pouvait lire « Saint Laurent Paris. ». Sur la poignée, je reconnus le logo emblématique où se mêlaient un Y, un S et un L.
« Ici. » Décidai-je, en essayant de paraître tout à fait sûr de moi.
« Très bon choix. » Me dit-il. Et un poids s'envola de ma poitrine.
Nous entrâmes alors et, immédiatement, une hôtesse s'occupa de nous débarrasser de nos casques et nos blousons. L'intérieur se mariait très bien à l'extérieur. Le noir et le blanc semblaient être les seules couleurs ornant les murs, les sols et les étagères. Très peu d'articles étaient exposés. Je savais que c'était synonyme de prix exorbitants et m'en voulus presque tout de suite de l'avoir entraîné là-dedans.
« Je connais ce regard. » Chuchota-t-il à mon oreille. « Arrête de réfléchir et profite. Choisis ce que tu veux. »
À ma droite, sur un présentoir, se trouvait un sac bandoulière bleu marine, en toile et en cuir. Par curiosité, je me penchai pour déchiffrer la minuscule étiquette et pus y lire : 595,00 €.
« Il te plaît ? » Me questionna Hannibal, en se fourvoyant sur mes intentions.
« Pas vraiment. » Prétendis-je, alors que je le trouvais très beau.
Il leva un sourcil amusé. Il savait que je mentais. Je levai les yeux au ciel. Un vendeur s'approcha, nous souhaita la bienvenue et proposa ses services, le tout d'une voix assurée et visiblement rodée à l'exercice, à grand renfort de gestes que je qualifierais de gracieux. Certainement habitué à des clients de tous les horizons, l'anglais s'imposa naturellement. Persuadé d'avoir trouvé mon sauveur, je m'empressai d'accepter. Le jeune homme aux cheveux d'un blond étonnamment clair et aux yeux d'un bleu givré, portait un costume sobre et aussi sombre que la décoration. Il m'inspira immédiatement de la sympathie. Il nous guida dans les rayons, en me posant quelques questions quand il apprit que nous étions là pour moi. Hannibal s'arrêta devant des vestes de costumes et j'en profitai pour me pencher sur l'employé.
« Cette virée résulte d'une discussion quelque peu houleuse où j'ai voulu m'affirmer en prétendant pouvoir me débrouiller. Le problème, c'est que je n'y connais rien. Pitié, aidez-moi. »
Il pinça ses lèvres fines en se retenant visiblement de rire, puis me sourit.
« Dans ce cas, nous allons vous trouver ce qu'il faut et vous serez à tomber. Vous êtes mignon comme un cœur, et apparemment, il veut que tout le monde le voie. Commençons par une chemise. Celle que vous portez correspond-elle à votre style habituel ? »
Je le suivis vers une penderie où plusieurs chemises étaient présentées, parfaitement alignées.
« Pas vraiment. » Avouai-je. « Quel est votre nom ? »
« Ignatus. Mais, appelez-moi Ig. Mes parents sont du genre original. »
« Je suis Will. Et mon mari aussi verse dans les prénoms étranges. Il s'appelle Hannibal. »
Il réfléchit un instant, avant de se saisir d'un vêtement, de le plaquer sur mon torse, pour finalement changer d'avis et en prendre un autre que ne lui plu pas également.
« Il est particulier, n'est-ce pas ? Cela se voit tout de suite. Je comprends ce que vous lui trouvez. Vous êtes un peu aux antipodes lui et vous. »
« On peut dire ça, oui. »
Il fit un nouveau choix et sembla cette fois satisfait du résultat. À mon grand étonnement, la chemise était ornée de carreaux gris et noirs, tout à fait le genre que j'appréciais. Cet homme avait un don.
« Nous allons aussi en prendre une noire. C'est un basic, tout le monde devrait en avoir une dans sa garde-robe. » M'assura-t-il, en joignant les gestes à la parole. « Maintenant, un pantalon. » Décida-t-il ensuite. Et je lui emboîtai le pas.
Hannibal nous rejoignit, curieux.
« Trouves-tu ton bonheur ? » Me demanda-t-il.
« Ils font des chemises à carreaux. » Lui appris-je, encore étonné.
Il sourit en coin, visiblement ravi de mon enthousiasme soudain.
« Vous être du genre à préférer les jeans, je me trompe ? » Me questionna Ig, en se tournant vers nous avec une sélection de pantalons pliés sur son bras.
« Je m'y sens plus à l'aise, oui. » Admis-je. Il avait encore tapé juste.
« Jean ne veut pas dire inélégant. La matière est brute, mais les coupes et les couleurs, c'est une autre histoire. Allons faire quelques essayages, voulez-vous. »
Les cabines étaient spacieuses, fermées par de lourds rideaux blancs parfaitement propres. Durant près d'une demi-heure, je me pliai à l'exercice, surpris de constater qu'en effet, un jean pouvait être chic. Pendant ce temps, Ig faisait des allers-retours pour me proposer d'autres sortes de vêtements, dont un polo à manches courtes en coton bleu marine avec un col en cuir noir, une veste de smoking cintrée de la même teinte dont les revers étaient satinés, la sacoche que j'avais aperçue en arrivant et un lourd manteau en cachemire gris foncé.
« Pour l'instant, il fait chaud, bien sûr. Mais, l'hiver sera vite là et ils sont parfois rudes à Paris. Je ne sais pas de quelle région vous venez, mais il vaut mieux être paré. » M'assura Ig.
Je m'observai longuement dans la glace. J'avais passé la chemise noire satinée, la veste de smoking, un jean skinny d'un bleu très foncé, avec le manteau par-dessus. Ig agrémenta le tout d'une paire de chaussures type ranger en cuir noir et du sac. L'ensemble était incontestablement saisissant. Et le regard qu'Hannibal coula sur moi me confirma mon impression.
« Qu'est-ce que tu en penses ? » Lui demandai-je.
« Que ce vendeur a très bon goût. » Ig cacha son sourire derrière sa main et je pris un air faussement offensé. « Tu es parfait. » Ajouta-t-il, en posant une main sur ma nuque.
Je le savais avare de gestes intimes en public, mais il sut faire passer toute son affection dans cette simple caresse. Je retournai ensuite dans la cabine pour me changer, alors qu'il se dirigeait vers la caisse, en ajoutant la chemise à carreaux et le polo à la pile de vêtements sur le comptoir. L'hôtesse qui nous avait accueillis semblait ravie et je n'osai imaginer le montant de la note. Je n'avais pas l'intention de lui poser la question d'ailleurs. Il avait suffisamment insisté pour que je ne me préoccupe pas de cela aujourd'hui.
« Merci. Nous reviendrons sûrement. Vous êtes très agréable. » Dis-je à Ignatus, avant de partir.
« C'est mon travail. Nous vous accueillerons de nouveau avec plaisir. Bonne journée, Messieurs. »
Nous récupérâmes nos casques et nos blousons, Hannibal chargea les sacs dans les sacoches de la moto, puis nous reprîmes la route.
…
Durant tout le trajet, je ne pensai qu'au soir qui s'approchait à grands pas et au bijoutier. Je me surpris à ressentir de l'impatience. Depuis quand étais-je impatient de tuer ? L'homme était certainement des plus exécrables. Je resserrai ma prise sur la taille d'Hannibal, il posa sa main qui ne tenait pas l'accélérateur sur les miennes quelques secondes, le temps d'une caresse, avant de prendre un virage.
Nous fîmes ensuite le tour de quelques épiceries fines. Hannibal avait sûrement une idée très précise de ce qu'il voulait cuisiner, comme toujours, mais je fus bien incapable de le déduire à partir de la liste des ingrédients.
« Sais-tu déjà ce que tu vas nous concocter ? » Le questionnai-je, alors que nous retournions à la moto, chargés de victuailles.
« J'y réfléchis depuis le jour où j'ai acheté nos alliances. » M'apprit-il.
« Tant mieux. Parce qu'il se fait tard et que je commence à avoir faim. » Répondis-je.
Et il comprit parfaitement de quelle faim je parlais.
…
La nuit tombait tard à cette période de l'année. Nous arrivâmes donc devant la bijouterie alors qu'il faisait encore jour, même si le ciel s'assombrissait doucement. Tout en descendant de la moto, j'eus une pensée pour Alejandro. Manipuler l'homme m'avait plu bien plus que je ne l'aurais imaginé. Mais, ce qui m'étonnait encore, c'était qu'entrer dans sa tête ne m'avait pas empêché de le tuer sans remords. Depuis que nous nous étions enfuis ensemble avec Hannibal, je m'efforçais de me couper émotionnellement des gens que nous chassions. Pour préserver ma santé mentale. Entrer en empathie avec nos victimes ne pouvait qu'être néfaste, n'est-ce pas ? C'était du moins ce que je croyais. Une part de moi redoutait de découvrir, un jour, qu'une de ces personnes ne méritait pas tant que ça son sort finalement. Le problème ne venait pas du fait que j'aimais le meurtre. J'avais embrassé ce côté de moi. Il venait du fait de ne pas tuer n'importe qui. Hannibal n'était certainement pas une espèce de justicier qui traquait les impunis. Cela aurait peut-être été plus simple. Courir après les violeurs et assassins. Mais non. Hannibal pourchassait les impolis.
Certes, jusqu'à maintenant, il ne m'avait donné aucune raison de douter. Cela partait peut-être souvent d'un mot plus haut que l'autre, d'un geste de travers, mais comme s'il avait un sixième sens pour les repérer, tous les gens qui étaient passés entre nos mains se trouvaient être de parfaits connards. Cependant, de par sa nature, Hannibal ne ressentait également aucun remords. Une chance – si je pouvais me permettre d'employer ce terme – que je n'avais pas. Et pourtant, je n'en ressentais aucun par rapport à nos actions.
« À quoi penses-tu ? Tu hésites ? » Me questionna Hannibal.
Je n'avais jamais songé à refuser un meurtre. Et donc, jamais songé non plus à sa probable réaction. Le prendrait-il mal ? Irait-il seul en me laissant le choix de me retirer ? Serait-il déçu ?
« Si tu ne veux pas… »
« Là n'est pas la question. » L'interrompis-je. C'était mon problème, pas le sien. « Pourrait-on prendre le temps d'échanger quelques mots avec cet homme ? En utilisant cette histoire d'ajustement de bague. »
« Crains-tu qu'il ne mérite pas le sort que nous lui réservons ? »
Cet homme lisait-il dans mon esprit ?
« Ce n'est pas vraiment ça. J'aimerais juste en juger par moi-même. »
« Très bien. Allons faire rajuster cet anneau. » Répondit-il avec un sourire mystérieux.
Et je retirai mon alliance et la glissai dans ma poche avant d'enfiler mes gants en cuir, tandis qu'Hannibal sortait son sac de matériel d'une des besaces de la moto, avant d'y mettre les casques.
Nous entrâmes dans la boutique où notre proie se trouvait seule derrière le comptoir face à une cliente tardive. En faisant semblant de flâner devant les vitrines illuminées, nous patientâmes le temps qu'elle s'en aille. Le bijoutier nous accorda alors toute son attention. Quand il reconnut Hannibal, il s'adressa à nous dans un anglais correct, mais dont la prononciation laissait un peu à désirer.
« J'espère que vous n'êtes pas là parce que les alliances ne convenaient pas. Enfin, je suppose que non, puisque madame n'est pas avec vous. Que puis-je faire pour vous cette fois ? Je dois néanmoins vous informer que nous fermons dans quelques minutes. »
D'accord. C'était un parfait connard.
« Alors, c'est monsieur. Et j'aime beaucoup cette bague, merci de vous en soucier. Elle est juste un peu trop petite. J'ai les doigts plutôt fins, mais pas à ce point-là. »
L'homme, plutôt petit, arborait un visage qui me fit immédiatement penser à un rat. Il eut la décence de paraître gêné en prenant conscience de son erreur, une fraction de seconde avant de nous juger du regard comme indésirables.
« Votre… Ami semblait pourtant sûr de la taille. Il a été très insistant là-dessus. » Tenta-t-il de se justifier.
Je ne savais même pas comment Hannibal avait obtenu cette information sur moi, de manière aussi précise.
« Je n'en doute pas, Monsieur… ? »
« Marcelin Ratta. Je suis le propriétaire. Et quand on me demande une taille, je suis capable de répondre correctement à la demande. »
C'était mon idée, donc Hannibal ne tressaillit même pas. Sûrement curieux de voir où je voulais en venir.
« Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire, bien entendu. Mon mari voulait absolument que je ne me doute de rien, il s'est donc hasardé à deviner. Et il ne s'est pas trompé de beaucoup, elle me sert juste un peu. Je pense que je serai plus à l'aise une taille au-dessus. » Répliquai-je, en lui tendant la bague.
Il croisa mon regard, avant d'examiner l'anneau – pour s'assurer qu'il était en bon état, compris-je – et je pus y voir toute la rage qui l'animait. La bijouterie était un héritage dont il ne voulait pas. J'en fus certain pour une raison qui m'échappa. Quelque chose dans la manière dont il semblait vouloir se tenir loin de cet endroit, cette manière qu'il avait d'en toucher le moins possible. Enfant unique, parents décédés. Il pensait valoir beaucoup mieux que la vie qu'il mène et regardait le reste du monde de haut, comme s'il était persuadé qu'il aurait dû naître dans une autre famille. Dans une autre sphère de la société. Il haïssait ses clients pour cela. Eux qui avaient l'argent et la vie qu'il n'avait pas. Et je me surpris à ne ressentir aucune pitié pour lui.
« Cela risque de prendre un certain temps. » Nous annonça-t-il alors.
« Combien ? Car je vous avoue que je ne suis pas ravi à l'idée d'en être séparé trop longtemps. Vous comprenez, nous venons de nous marier… »
« J'entends bien, Monsieur. » Me coupa-t-il, en élevant la voix. Cette fois, Hannibal tiqua, mais ne dit toujours rien. « Si vous êtes tellement pressé, je peux vous l'échanger contre le même modèle une taille au-dessus. »
« C'est celle-ci que je veux. Elle est gravée et c'est celle qu'il m'a passée au doigt. Je n'en désire pas une autre. » Lui expliquai-je, en faisant un pas vers lui.
Il ne sembla pas apprécier que je me retrouve si proche de lui. Peut-être était-il doté d'un instinct de survie particulièrement développé.
« Dans ce cas, il va falloir être patient. »
« Dommage. Ce n'est pas ma plus grande qualité. » Conclus-je.
Ma main vola subitement jusqu'à sa gorge, la serra, puis je tirai dessus jusqu'à le mettre à plat ventre sur le comptoir. Il lâcha mon alliance et elle tomba au sol dans un tintement qui me parut fracassant.
« Les clés. » Dis-je simplement, alors qu'il se débattait en peinant à reprendre sa respiration.
Paniqué, il désigna évasivement un tiroir sous le meuble. Hannibal fit le tour et l'ouvrit, avant d'aller fermer la boutique, nous donnant ainsi l'intimité dont nous avions besoin. Je fis alors tomber l'homme à terre, où il toussa comme un damné en position fœtale. Je me penchai pour ramasser ma bague et la remis sous son regard plein d'incompréhension. Hannibal revint vers nous d'un pas lent, avant d'agripper ma nuque pour m'embrasser.
« As-tu trouvé ce que tu cherchais ? » Me demanda-t-il.
« Oui. »
« Bien. »
Il se baissa alors pour attraper Marcelin – avais-je déjà entendu un prénom plus laid ? – par les épaulettes de sa veste avant de le soulever pour le plaquer violemment contre un des murs de la boutique. La vitrine la plus proche en fut ébranlée et je fus presque sûr d'entendre une vertèbre craquer. L'homme en eut le souffle coupé et tenta encore de se libérer. Mais Hannibal agrippa fermement son menton d'une main gantée de latex, avant de fracasser sa tête contre la tapisserie vieillotte. Il tomba mollement dans ses bras, inconscient.
…
Je pris garde de bien fermer ma combinaison en plastique, alors qu'Hannibal, affublé de la même tenue, fouillait derrière le comptoir.
« Qu'est-ce que tu cherches ? » Le questionnai-je, vérifiant que notre dîner faisait toujours la sieste.
« Le reçu de mon achat. Il lui fallait une carte d'identité, je n'ai pas eu d'autre choix que de la lui donner. Nous ne devons laisser aucune trace de notre passage. » M'expliqua-t-il, avant de trouver le fameux ticket et de le jeter dans son sac. « Je vais aller couper les caméras et effacer la dernière demi-heure. » Ajouta-t-il ensuite, avant de disparaître dans l'arrière-boutique, pendant que je gardais un œil sur le bijoutier.
Quand il revint, nous échangeâmes un dernier regard, avant de nous mettre en mouvement.
…
Mettre l'homme en vitrine apportait juste ce qu'il fallait d'ironie. L'éclairage blanc et dur donnait du relief à la scène, rendait le rouge plus vif. Nous n'avions laissé qu'une seule étagère dans le large meuble qui s'étendait presque jusqu'au plafond. Juste assez basse pour asseoir l'homme dessus. Un burin de bijoutier traversant sa gorge jusqu'à se planter dans le mur, le maintenait dans sa position. Dans ses mains ouvertes sur ses genoux, reposaient les plus belles pièces de la boutique, comme des offrandes. Sa chemise était imbibée du sang s'écoulant de sa poitrine ouverte, où il manquait son cœur et ses poumons, arrachés alors qu'il respirait encore.
La bijouterie était équipée d'une sortie de service. Cela allait nous servir. La façade du commerce resterait donc fermée de l'intérieur. L'homme étant orphelin et probablement sans famille proche, personne ne s'inquiéterait immédiatement de sa disparition, et les clients croiraient à un congé. Cela pourrait mettre des jours avant que quelqu'un le trouve. Entre-temps, la cliente qui nous avait vaguement vus nous aurait oubliés et nous avions bien pris garde à ne laisser aucun indice. Nous quittâmes donc les lieux par la ruelle plongée dans l'obscurité qui s'étendait derrière le bâtiment. Là, nous retirâmes nos combinaisons, les jetâmes dans le sac, avant d'en ressortir nos casques et nos blousons et de rejoindre la rue principale. Il était maintenant très tard, et même si Paris ne dormait jamais vraiment, nous nous trouvions dans un quartier commercial où tout était fermé. Nous ne croisâmes donc personne en retournant à la moto. Quelques minutes plus tard, nous étions déjà bien loin, filant à travers les rues de la capitale, direction la maison.
Note de fin :
1/ J'adore la mode. Si vous me connaissiez personnellement ça vous paraîtrait peut-être étrange, mais c'est un fait. Et j'ai mes créateurs favoris. YSL en fait partie. Mais, c'est le destin qui m'a fait le choisir dans ce chapitre. J'étais sur street view, à la recherche d'un parking deux roues dans la rue du faubourg saint honoré, quand j'ai vu qu'il y en avait un juste devant la porte de la boutique Saint Laurent. L'occasion était trop belle ^^ Tous les vêtements évoqués existent. Si vous êtes curieux de connaître le montant de la note, je vous renvoie vers le site : fr
2/ J'aime beaucoup le prénom Ignatus. Eh ouais, j'ai des goûts étranges.
3/ Par contre, Marcelin, je trouve ça horrible XD
4/ Les questionnements de Will me sont venus après une conversation avec une de mes lectrices, Ehsis, qui m'a fait m'interroger sur la place de l'empathie de Will dans les meurtres et sur le fait qu'il n'est pas réellement lui-même s'il étouffe son don. Mais, peut-être a-t-il simplement peur de se rendre compte que cela ne l'empêchera pas de tuer.
