XXXIII

We are the predators

Note de l'auteur : Désolé pour cette absence. J'ai été très occupée cette semaine.

Parfois, avoir débuté cette fic avant le final de la saison 3, engendre certaines frustrations chez moi. Il m'arrive d'être sur le point de parler d'une cicatrice sur la joue de Will, où de mentionner un événement qui ne s'est jamais produit dans cette histoire. Pour évacuer tout ça, vous l'avez peut-être déjà remarqué, il m'arrive de glisser çà et là des répliques ou de réécrire des scènes des trois derniers épisodes. C'est encore le cas dans ce chapitre.

La convention de ce week-end et les paroles de Mads ont également été une grande source d'inspiration pour ce chapitre où beaucoup de choses sont dites et faites.

Bonne lecture.

Fannibal : Will cassera les oreilles d'Hannibal quand il aura quelque chose à lui faire payer XD Et ouais, Bedelia est de retour, mais... Je ne dirais rien XD Hannibal va laisser cette histoire de parfum féminin de côté pour le moment. Il sait très bien que Will n'irait pas le tromper. Bien sûr qu'ils vont se battre, ils ne sont pas prêts à abandonner leur nouvelle vie.


Assis face à face à la table de la salle à manger, nous dégustions notre dîner. Les chiens dévoraient leurs gamelles sur le porche et Jean-Sébastien Bach jouait les Variations Goldberg.

« Nous devons avant tout découvrir ce qu'elle fait à Paris. »

Nous parlions de Bedelia, bien entendu. Depuis que j'étais rentré, plus tôt dans l'après-midi, Hannibal avait reçu son dernier patient, alors que je prenais ma douche. Entre-temps, nous avions réfléchi à ce que nous allions faire à propos d'elle.

« Si ce n'est qu'un court séjour, si elle s'est installée ici ou si elle est sur nos traces. » Continua-t-il.

« Je ne saurais dire si elle nous croit morts ou si elle nous imagine vivants quelque part, mais je suis à peu près certain qu'elle ne nous cherche pas. Si elle était là pour nous trouver, elle ne se promènerait pas nonchalamment sur le Champ de Mars en faisant son shopping. Elle serait consciente que le risque de nous croiser par hasard est trop grand. La preuve, cela a fini par arriver. »

« Cela ne serait qu'une coïncidence fortuite ? »

« Les chances n'étaient pas élevées, mais oui, je le pense. Tu lui as fait la promesse de la manger, un jour. À moins qu'elle n'ait des pulsions suicidaires, s'il y a bien quelqu'un qui ne s'amuserait pas à nous courir après, c'est elle. »

Il prit son verre de vin, avant d'en boire une gorgée, en approuvant silencieusement.

« Il serait peut-être temps de tenir cette promesse, n'est-ce pas ? »

« Tu es un homme de parole, après tout. » Ajoutai-je malicieusement, avant d'avaler une bouchée de viande.

« Elle ne dispose pas des mêmes moyens que moi pour disparaître. J'imagine qu'elle vit ici sous son vrai nom. Elle ne devrait pas être trop difficile à débusquer. »

« Qu'est-ce qu'il s'est passé entre vous exactement, quand vous étiez à Florence, pour que tu ne la tues pas ? » Demandai-je soudainement.

Je n'avais jamais vraiment pris le temps d'aborder ce sujet avec lui. En grande partie parce que je voulais laisser tout ça derrière nous et ne penser qu'à notre avenir. Mais, puisque notre ancienne vie semblait prendre plaisir à nous rattraper régulièrement, tel un fantôme des Noël passés, je décidai de saisir l'occasion.

« La réponse à ta question sous-jacente est oui. » Répondit-il, concentré sur le contenu de son assiette qu'il découpait avec soin.

« Essayais-tu de m'oublier ou a-t-elle toujours été à ton goût ? » Osai-je surenchérir.

« Vas-tu réellement m'obliger à m'abaisser au point d'avouer que tu me manquais atrocement et que je n'arrivais tout simplement pas à passer à autre chose ? Faut-il également que je confesse avoir tout mis en œuvre pour que tu viennes me chercher et pour me faire prendre ? C'est avec toi que je voulais vivre à Florence, Will. Bedelia était juste le substitut le plus supportable. Nos conversations me rappelaient celles que nous avions toi et moi. »

« Je ne sais pas comment prendre le fait que tu m'aies provisoirement remplacé par une femme. » Répliquai-je, amusé.

« À la mesure de l'intelligence et la beauté de la femme en question. Puisque, pour moi, le genre de mes partenaires n'a aucune importance. »

Une expression de surprise se peignit sur mon visage.

« Je ne suis donc pas le premier homme dans ta vie. J'aurais dû m'en douter, au vu de l'étendue de tes connaissances dans ce domaine. »

Je dis cela plus pour le taquiner que par amertume.

« Tu as peut-être déjà remarqué que ma nature m'a jusque-là privé des joies d'une relation amoureuse. Mais oui, j'ai déjà eu des relations sexuelles avec d'autres hommes. »

« Charmant. » Raillai-je, malgré moi irrité de me prendre l'information en plein visage.

« Ne pose pas une question si tu n'es pas prêt à en entendre la réponse. »

« C'est juste qu'à toujours vouloir appeler un chat, un chat, tu manques parfois de tact. Savoir que tu as eu une vie avant moi est une chose, que tu me le jettes aussi crûment en pleine figure en est une autre. » Le rembarrai-je.

Il garda le silence, visiblement déconcerté, et je regrettai mes paroles. Mais avant d'avoir pu ajouter quoi que soit, il parla de nouveau.

« Excuse-moi. Tu n'es peut-être pas le premier homme avec qui j'ai été intime, mais tu es indubitablement le seul auquel j'ai fait l'amour, l'unique personne qui me connaisse aussi profondément, qui m'accepte et me comprend. Tu ne sais pas à quel point tu m'es précieux. »

Je restai bouche bée, incapable de répondre à ça durant de longues secondes où ma fourchette resta abandonnée sur le bord de mon assiette.

« Continue comme ça, si tu veux que je te prenne sur cette table. » Dis-je finalement, on ne peut plus sérieux, en reprenant mon repas.

Une lueur passa dans son regard, le temps d'une seconde, puis il sourit en coin.

« Ma compassion pour toi a longtemps été un inconvénient, Will. » Répliqua-t-il, sans accepter ni refuser ma proposition. Je pris donc ça pour un oui.

« Lorsque l'on aime le bœuf, il est gênant d'éprouver de la sympathie pour la vache. » Résumai-je, avant de boire une gorgée de vin. « Songes-tu encore à me tuer, parfois ? »

Il sembla tourner plusieurs fois ma question dans sa tête.

« Une part de moi voudra toujours te dévorer. » Répondit-il avec son honnêteté désarmante.

« Une part de moi voudra toujours serrer mes mains autour de ta gorge. » Lui retournai-je.

« Nous sommes des prédateurs, Will. Les mâles n'ont pas pour habitude de vivre ensemble. Et nous n'avons fait que tester les limites l'un de l'autre, dans des proportions parfois inappropriées, je l'admets… »

« Inappropriées ? » Le coupai-je, avant d'éclater de rire.

Il me fixa un moment, en goûtant visiblement à la plaisanterie.

« Si je t'avais réellement ouvert le crâne et mangé ton cerveau, ce jour-là, j'aurais éprouvé l'incommensurable, mais très éphémère, satisfaction de connaître enfin la saveur de ta chair, mais je l'aurais également regretté amèrement. J'étais aveuglé par ma colère d'avoir de nouveau été trahi. Cela en dit long sur mon envie de te tuer. Je ne peux simplement pas m'y résoudre. Maintenant plus que jamais. »

« Je suis tout aussi incapable que toi de te retourner la faveur. » Admis-je sans détour.

Je croisai son regard teinté de rouge et m'y perdis un instant. Puis nous terminâmes nos assiettes dans un silence confortable. Hannibal se leva alors pour débarrasser. J'attendis qu'il revienne de la cuisine pour prendre ce qui restait, avant de lui barrer la route au moment où il allait repartir. Il recula jusqu'à la table derrière lui et y reposa les verres à vin qu'il avait dans les mains.

« Avant que nous nous occupions de cette chère Bedelia, ma proposition tient toujours. » Dis-je, avant de plaquer mes mains sur son torse et de le pousser en arrière.

Il percuta le meuble qui recula de quelques centimètres. Les verres tanguèrent, l'un d'eux se renversa sur la nappe avant de rouler et de se fracasser sur le sol.

« Oups. » M'exclamai-je ironiquement. « J'espère que tu ne tiens pas tant que ça à ta vaisselle. »

« Si. Mais je te pardonne volontiers. »

Je fis un pas vers lui, sans rompre le contact visuel, avant d'encercler son visage de mes mains. Je l'embrassai avec ferveur, dévorai ses lèvres. Mes mains descendirent dans son cou. Je sentis son pouls battre dans ses artères, l'élasticité des tendons de sa gorge sous mes paumes. Puis je caressai ses épaules, ses biceps, avant de le saisir fermement et de le pousser à se retourner. Il se rattrapa de ses deux mains à plat sur la table, la nappe glissa, forma des vagues sur la surface en bois, le deuxième verre bascula. Je me collai à son dos, mon début d'érection contre ses fesses fermes, passai mes bras autour de son torse pour déboutonner sa veste, puis son gilet, avant de les tirer pour les enlever. Docilement, il mit ses bras en arrière pour m'aider. Je jetai le tout sur une chaise, puis m'attaquai à sa ceinture, le bouton et la fermeture éclair de son pantalon, jusqu'à ce qu'il se retourne uniquement habillé de sa chemise blanche qui tombait juste assez bas pour rendre la vue alléchante sans en montrer trop.

« Déshabille-toi. » Souffla-t-il par-dessus son épaule en croisant mon regard.

Et il ne me quitta pas des yeux, alors que mes vêtements tombaient un à un sur le sol. Il se redressa pour déboutonner sa chemise avant de la retirer et de la déposer sur un dossier. Puis il me présenta son dos robuste marqué au fer rouge, la chute affolante de ses reins, la musculature prononcée de ses cuisses légèrement écartées, ses pieds nus solidement ancrés sur le sol. J'étais tellement dur face à cette vision de débauche.

Je posai une main sur sa nuque, le poussai énergiquement contre le meuble, avant de promener mes doigts sur sa colonne vertébrale. Je perçus sa respiration lourde et profonde, m'aperçus qu'il agrippait la nappe avec appréhension, inspirai l'odeur enivrante de sa peau. Hannibal aimait jouer, mais pas s'il ne décidait pas des règles du jeu. Il fallait l'approcher comme on appréhende un animal sauvage qui risquait de mordre au moindre mouvement brusque. Je le sentis néanmoins plus détendu que par le passé.

Je me blottis contre son dos, entourai sa taille de mes bras, déposai un baiser entre ses omoplates, avant d'y frotter ma joue et de planter mes dents dans sa nuque dans un geste de domination. Puis je l'embrassai ardemment, son cou tendu vers moi, ma main sur sa joue à la pommette saillante, en mêlant nos doigts sur la table. Nos alliances brillèrent sous la lumière tamisée de la lampe au plafond.

Je salivai dans ma main droite, avant de la glisser entre les globes charnus de ses fesses tentantes. Je sentis l'entrée chaude et étroite sous la pulpe de mon majeur, la caressai, tournai autour doucement. Hannibal soupira, se pencha un peu plus. J'y insérai lentement une phalange glissante, puis deux, fouillai en lui de plus en plus excité par cette vision. Il déclara forfait, s'appuya sur ses avant-bras et posa son front contre la surface en bois et balançant ses hanches vers moi.

« C'est de ta faute. Tu en es conscient ? Ce sont toutes ces choses que tu m'as dites, qui m'ont donné envie de te prendre violemment sur cette table. » Murmurai-je près de son oreille.

Il tourna sa tête vers moi, sa joue contre la nappe, ses yeux comme deux ambres braqués sur mon visage.

« Peut-être que c'est exactement ce que je voulais. » Répliqua-t-il avec conviction, comme si sa position ne l'affectait absolument pas.

Son aveu me transperça, enflamma mon bas-ventre et se répercuta directement dans mon sexe déjà douloureux.

« Qui suis-je pour te le refuser ? » Rétorquai-je, en retirant mes doigts, avant de le pénétrer avec une lenteur calculée.

Il se cambra vers moi, reposa son torse sur le meuble, m'avala complètement, et je me laissai envelopper par sa chaleur, sentis sa chair s'étirer pour me recevoir, mes mains fermement agrippées à sa taille. Il mordit son poignet, étouffa un gémissement, ses paupières closes. Il était magnifique, abandonné sur cette table, mon sexe profondément enfoncé dans son corps, ses cheveux tombant sur son front perlé de sueur, ses doigts crispés sur le tissu de la nappe, les muscles puissants de son dos tendu. Je frôlai doucement le relief de la cicatrice du sceau des Verger, en ravalant la pulsion de l'arracher, la griffer. Hannibal n'appartenait à personne. Même pas à moi. Pas totalement. Mais Mason était mort, et avec lui, cette nuit d'horreur interminable.

Sous moi, Hannibal montra des signes d'impatience. Alors, je repoussai mes souvenirs douloureux avant de lui faire l'amour avec moins de violence et plus de passion. Je voulais honorer ce corps qu'une vie d'infamies et d'atrocités avait changé en une arme redoutable habitée par l'âme d'un monstre féroce et sans pitié et l'esprit aiguisé d'un homme qui avait conservé, envers et contre tout, sa capacité à aimer. Il m'aimait, moi.

Et je l'aimais, lui, dans son entièreté. Et je le lui dis, le lui montai, le pris ardemment. La table grinça sur ses pieds, glissa sur le tapis sur lequel elle était posée, mais je n'y prêtai aucune attention, me perdant inlassablement en lui, attrapant une de ses épaules pour donner de l'amplitude à mes coups de reins. Puis je glissai une main sous son ventre, empoignai son membre dur et chaud. Ses hanches accompagnaient mes mouvements, il allait et venait lui-même entre mes doigts serrés fermement autour de lui. Même dans cette posture, Hannibal gardait toujours le contrôle, tout comme moi, quand je me cambrais sous lui.

Il gémit sous mes assauts répétés, arqua son dos humide de sueur. Je me penchai sur lui pour en goûter la saveur salée du bout de la langue, puis le tirai en arrière. Il se redressa, passa une main dans mes cheveux trempés pour me voler un baiser désordonné par-dessus son épaule. Il mordit ma lèvre inférieure, caressa ma langue de la sienne. Je le sentis pulser dans le creux de ma paume, proche de l'orgasme, et redoublai d'efforts, moi-même au bord du gouffre. Bach accompagnait nos souffles erratiques, nos soupirs, nos cris. Il agrippa une de mes cuisses, y planta ses ongles, avant de jouir entre mes doigts, tachant la nappe et le carrelage, au moment où je venais profondément en lui.

Il se rallongea à moitié sur la table, essoufflé, détendu sous les caresses de mes mains sur son dos. Je m'attendais presque à l'entendre ronronner et l'idée me fit sourire.

« Quelque chose de drôle ? » Murmura-t-il, en me jetant un regard interrogateur.

« Parfois, tu me fais penser à un chat, ou un de ses grands félins. » Avouai-je, hilare, en me retirant avec précaution.

Il se redressa lentement, en faisant craquer ses vertèbres, puis se retourna vers moi, avant de m'enlacer et de m'embrasser amoureusement. Je me blottis contre son torse et nous restâmes ainsi de longues minutes, nus au milieu de la salle à manger en désordre. Dehors, la nuit tombait doucement, tout comme le calme soudain qui s'abattit sur nous.

« Et si nous allions nous coucher. Le rangement attendra demain. » Chuchota-t-il contre mes lèvres.

Je levai un sourcil surpris.

« Je ne dis pas non. Je suis épuisé. » Répondis-je. « Je vais rentrer les chiens. Profites-en pour mettre un peu d'ordre. Je sais que tu n'as pas réellement envie de laisser ta chère cuisine dans cet état. »

Il sourit en coin. Je le connaissais trop bien.

Après un dernier baiser, je me baissai pour ramasser mon boxer et l'enfilai rapidement, avant de me diriger vers l'entrée, quand les chiens aboyèrent. Je pensai d'abord qu'ils me sentaient approcher, mais leurs jappements sonnaient comme une menace et instinctivement, je me tendis, aux aguets. Dans mon dos, je sentis la présence d'Hannibal qui approchait, alerté par le bruit. J'ouvris le tiroir d'un guéridon, sans allumer la lumière, et m'emparai d'un coupe-papier, avant d'ouvrir la porte d'un coup sec. Ce qui m'attendait derrière me laissa sans voix quelques interminables secondes, où elle me fixa, encerclée par mes gardiens à quatre pattes.

D'un sifflement, je rappelai les chiens, qui hésitèrent un instant, avant de finalement se bousculer dans mes jambes pour pénétrer dans la maison.

« Tu comptes entrer ou dormir dans le jardin ? » Lançai-je à la silhouette dans l'obscurité, en m'effaçant pour lui laisser le passage.

Sans hésiter, elle passa à côté de moi, sans un mot et se retrouva dans le hall, face à Hannibal qui avait remis son pantalon.

« Bonsoir Chiyoh. » Dit-il, à moitié plongé dans l'ombre.

« Bonsoir. Je dérange ? » Demanda-t-elle, en détaillant nos tenues.

« Nous allions nous coucher. » Répondis-je simplement.

« Mais, tu es sûrement là pour une bonne raison. Allons en discuter autour d'un verre de bon vin. » Ajouta Hannibal, avant de retourner dans le salon.

Je refermai la porte et les suivis.