XXXVII

If you wanna go to heaven you should fuck me tonight

Note de l'auteur : Je décline toutes responsabilités quant aux lésions cérébrales et autres séquelles irréversibles que provoquera la lecture de ce chapitre. Installez-vous confortablement, préparez une bassine pour ne pas inonder vos claviers de bave et vérifiez que votre mère ne regarde pas par-dessus votre épaule.

Bonne lecture!

Fannibal : Merci! J'ai bien ramé pour cette histoire, donc je suis contente qu'elle plaise. Et Will jaloux c'est juste un régal à écrire. Il boude presque quoi! XD

Filou : En effet, quand j'ai lu la deuxième review, j'avais comme une très grosse impression de déjà-vu. J'ai d'abord cru à un bug du site (ce ne serait pas la première fois) mais en fait non, t'as posté deux fois lol Pas grave, au moins ça prouve que tu penses ce que tu dis ^^

Alors, pour ta remarque sur le parfum, il y a deux choses à savoir sur Hannibal :

1/ Il n'oublie jamais RIEN

2/ Il est TRÈS patient

Merci pour tes review!


La forêt de conifères s'étendait à perte de vue. Elle ne semblait pas avoir de fin et la lumière de la Lune peinait à percer la cime des arbres. La neige crissait sous mes chaussures, je m'y enfonçais jusqu'au mollet à chacun de mes pas. Un brouillard irréel flottait autour de moi, je n'y voyais pas à cinq mètres. Des volutes de vapeur s'échappaient de mes lèvres gercées au rythme saccadé de ma respiration. Le poids mort d'Abigaïl sur mon dos m'obligeait à me courber pour avancer péniblement. Je ne parvenais pas à m'orienter. J'étais pourtant persuadé qu'il y avait une route quelque part. L'impression de tourner en rond me décourageait, mais je ne devais pas abandonner, ou nous serions condamnés tous les deux.

J'avais mal à la tête, un vertige me prit et je tombai à genoux dans la poudreuse. Le corps inerte qui pesait sur moi glissa doucement sur le côté. Je fermai les yeux et respirai profondément pour combattre une violente nausée. Des larmes de douleur coulèrent sur mes joues, avant d'être gelées par le froid. Puis, venu de nulle part, un souffle brûlant caressa mon visage. Une langue chaude réchauffa mes pommettes, effaça mon chagrin. Un museau large effleura mon front, humide et tiède. Sans ouvrir mes paupières, je glissai mes doigts dans les plumes noirs qui ornaient le cou du cerf-corbeau, me redressai pour frotter ma figure contre son encolure. Il m'aida à me relever et j'ouvris les yeux pour croiser le regard sombre et sans fond de la créature. Puis je hissai Abigaïl sur son dos, avant de remarquer que ce n'était pas elle, mais une petite fille aux cheveux blonds. Elle reprit conscience et me fixa de ses iris ambrés que j'aurais pu reconnaître entre milles. Elle se blottit contre la fourrure charbonneuse pour combattre le froid mordant de cet hiver sans fin et la créature se mit en route. Je la suivis, mes doigts serrés autour de la minuscule main de Mischa. Elle me sourit.

Notre marche dura une seconde. Ou bien était-ce une éternité ? Quand je relevai la tête et aperçus un chalet. La panique m'envahit.

« Non ! Arrête ! Nous ne devons pas aller là-bas ! » Hurlai-je dans le vent glacial.

Mais le cerf-corbeau m'ignora et sortit dans la clairière, avança vers la cabane. Subitement, un groupe d'hommes sans visage en sortit. L'un d'eux tenait une hache. Un autre brandissait un couteau rouillé. Un troisième s'était armé d'un bâton. La créature tenta de s'enfuir, mais il était trop tard. La lame d'acier s'enfonça profondément dans son cou, le sang gicla, macula la neige. Le cerf brama avant de s'effondrer, son cri transperça le silence de mort. Les hommes s'acharnèrent, puis s'attaquèrent à l'enfant. Je hurlais sans m'en rendre compte et allai m'élancer vers eux, quand une poigne de fer me retint.

« Will ! »

Hannibal agrippa mes épaules et me secoua, répéta mon nom, une fois, deux fois, trois fois.

Puis j'ouvris les yeux dans l'obscurité. Un cri passa ma gorge irritée – ce n'était visiblement pas le premier – l'air refusa d'entrer dans mes poumons, ses mains glissaient sur ma peau couverte de sueur. Douleur, tristesse, désespoir, les émotions m'étouffaient. Il me serra contre lui, très fort, et je sanglotai contre son épaule.

« Je suis désolé. J'ai essayé de la sauver. » Murmurai-je à son oreille.

Il resserra encore sa prise.

« Je sais. » Souffla-t-il, comme s'il avait pu partager mon cauchemar.

J'imaginai sans peine qu'il devait être similaire à ceux qu'il faisait parfois.

Il me berça jusqu'à ce que les tremblements de mon corps cessent et que je retrouve mes esprits. Puis il repoussa les draps et se leva.

« Viens. » Dit-il, en prenant mon bras.

Je le suivis, encore désorienté, et il m'emmena dans la salle de bain. Sans allumer la lumière – et je le remerciai mentalement pour cela – il me guida sous la douche. Malgré la chaleur, je frissonnai. L'odeur âcre de ma sueur agressait mes narines et je me demandai vaguement comment Hannibal pouvait le supporter. Mais il ne fit aucune remarque et régla l'eau bien chaude, avant de m'accompagner sous le jet. Puis il me savonna de ses mains nues.

« C'est moi qui devrais faire ça, pour toi. » Remarquai-je. « C'est toi qui as fait l'effort de replonger dans ces souvenirs horribles, pour moi. »

« Tu viens d'endosser ma souffrance, Will. Et je ne doute pas qu'elle devait être au moins égale à la mienne. Je ne t'ai pas raconté ces événements avant, car je savais que tu m'allégerais d'une partie de ce fardeau. Et je ne voulais pas que cela pèse sur tes épaules. »

Ses doigts pleins de mousse passèrent sous mes aisselles, sur la cicatrice de mon ventre, dans le bas de mon dos. Les senteurs boisées du gel douche m'apaisèrent quelque peu.

« Je sais que, techniquement, toi et moi ne sommes pas passés devant le Maire, mais je suis presque certain qu'une partie des vœux du mariage parle du meilleur et du pire. » Ironisai-je

« Jusqu'à ce que la mort nous sépare. » Compléta-t-il, dans un murmure.

« Si elle en est capable. » Ajoutai-je, avant de lui faire face. « N'hésite jamais à partager la moindre souffrance avec moi, Hannibal. Tu ne dois pas voir le mauvais versant de mon don comme une raison de me laisser dans l'ignorance. Je ne suis pas fragile et je ne me sens plus instable à présent. »

Je m'emparai du gel douche et en étalai généreusement sur son torse, ses épaules, ses flancs où l'impact d'une balle était encore visible, à droite. Il observa les mouvements lents de mes mains, soupira quand elles caressèrent son cou, puis quand elles se glissèrent dans son dos. Je sentis les reliefs de la brûlure sous la pulpe de mes doigts et me collai à lui. Puis il reprit ses attentions, continua à me savonner lentement, minutieusement, laissa l'eau emporter les derniers fragments de mon cauchemar. Son sexe pesait sur mon bas-ventre, pas très loin du mien, mais semblait pour le moment décidé à l'ignorer, concentré à me détendre, attendant que j'amorce le prochain mouvement. Il me laissait choisir de quelle manière trouver mon réconfort, malgré l'envie évidente qui pulsait contre mes abdominaux.

Quand le jet brûlant acheva de nous rincer, il déposa un baiser sur mes lèvres, puis coupa le robinet, avant de sortir de la douche. Il enroula une serviette autour de sa taille, je l'imitai et nous retournâmes dans la chambre. Hannibal s'approcha du lit et tira les draps, avant de les jeter dans la panière à linge. Je lui vins en aide pour en mettre des propres, en me retenant de formuler des excuses que je savais inutiles.

Puis, il retira sa serviette, la posa sur le dossier du fauteuil et se glissa dans la literie qui sentait bon l'assouplissant. Et j'approuvai d'autant plus son initiative, car il n'y avait rien de mieux pour achever de repousser les dernières images de mon rêve. Je le rejoignis, me blottis contre lui et constatai que son désir était toujours présent contre mon aine. Ma main se faufila sous le drap, effleura son ventre, avant de se saisir de son membre. Son visage à quelques centimètres du mien, je sentis son souffle se bloquer dans sa gorge. Il s'approcha encore un peu, se pencha sur mon oreille.

« Qu'est-ce que tu veux, Will ? »

Je léchai mes lèvres sèches, en le caressant doucement.

« Baise-moi. » Susurrai-je dans l'obscurité.

Ses dents se plantèrent dans mon cou et je gémis autant de plaisir que de douleur. Il lécha la blessure, puis il me plaqua durement au matelas. D'un genou, il écarta mes jambes et s'insinua fermement entre elles. Sa bouche s'écrasa sur la mienne, il m'emporta dans un baiser ravageur, avant de se pencher sur la table de nuit pour s'emparer du tube de lubrifiant. Il l'ouvrit, enduit rapidement son érection et le jeta par terre, avant de repousser mes genoux contre ma poitrine et de me pénétrer d'un geste brusque.

Un cri déchira ma gorge, mes ongles se plantèrent dans ses flancs et je mordis ma lèvre inférieure jusqu'au sang. Il se baissa sur moi et lécha la plaie amoureusement, mêla sa langue à la mienne, puis commença à aller et venir en moi, lentement mais durement. Son bassin claquait contre l'arrière de mes cuisses à chacun de ses coups de reins abrupts et secs. La douleur, enchevêtrée au plaisir, s'estompa peu à peu et je soupirai de délice. Ses mouvements avaient perdu de leur grâce, ils étaient brutaux, féroces, sensuels, d'un érotisme qui me coupa le souffle. Ses muscles tendus me maintenaient en place, sa peau glissait contre la mienne, ses dents taquinèrent une clavicule, le creux d'une épaule, un téton. Ses mains m'agrippèrent, me griffèrent. Nos gémissements se mêlèrent, se confondirent. Il glissa son nez dans mon cou, renifla mon odeur.

« Tu te souviens, durant notre fuite, je t'avais dit que je te ferai crier mon nom un jour. » Murmura-t-il.

Je hochai vaguement la tête, en m'accrochant à ses omoplates.

« Cris mon nom, Will. » Ordonna-t-il, en me prenant plus fort, plus vite.

Mon sang galopa dans mes veines comme de la lave en fusion et je fis ce qu'il me demandait, alors qu'il changeait d'angle et tapait ma prostate. Mon bas-ventre s'embrasa et je tendis une main pour me caresser. Mais il me retint fermement par le poignet et bloqua mes bras sur le lit, en me lançant un regard qui n'admettait aucune protestation, en accélérant encore le rythme. Son nom passa encore mes lèvres, comme une supplique qui ne le fit pas changer d'avis. Implacablement, il s'enfonça en moi profondément, encore et encore, et une chaleur corrosive monta dans mes entrailles, dévasta mon corps, ravagea mon esprit et je jouis entre nos ventres sans qu'il ne m'ait touché. Il me dévora des yeux, de son regard affamé, avant de venir, tendu comme un arc contre moi. À bout de souffle, il se pelotonna sur mon torse et je l'encerclai de mes bras tremblants.

Je voulais dire quelque chose, mais les mots refusaient de s'organiser dans ma tête. À la place, je le serrai contre moi, en embrassant son front en sueur. Certains instants se suffisaient à eux-mêmes. Aucune parole n'était nécessaire. Nous avions tous les deux eu ce que nous voulions. Il s'allongea doucement contre mon flanc, remonta le drap sur nous. J'étais plus qu'épuisé par cette soirée. Il m'accueillit contre sa poitrine et je m'endormis en écoutant son cœur ralentir.

Le jeudi matin, nous fûmes levés tôt, malgré notre nuit agitée. Chiyoh était partie, je ne savais pas quand exactement, mais la chambre d'ami était vide. Aucune trace d'elle ne persistait dans la maison, comme si elle n'était jamais venue, pas même une lettre. Ma conscience me souffla que j'avais fait preuve de stupidité et qu'il ne faudrait pas pleurer si Hannibal prenait une balle. Mais je refusais de penser ainsi. Ce serait lui et moi, contre le monde, comme cela devait être.

Nous avions prévu de nous rendre au salon de coiffure pour quatorze heures trente. Hannibal avait pris un rendez-vous sous un faux nom, pour une manucure. L'établissement proposait également ce type de soin, dans une petite pièce, au fond de laquelle se trouvait la sortie de secours, qui nous permettrait de ne pas être visibles de l'extérieur et Bedelia venait pour les mêmes raisons, en plus d'une coupe de cheveux. Il serait simple de l'appréhender dans un espace réduit. Et l'esthéticienne ne serait pas un problème insurmontable.

Hannibal était silencieux, tendu. Je savais qu'il gérait mal de ne pas tout contrôler. Si nous avions eu le choix du lieu, de l'heure et diverses variantes, nous n'aurions certainement pas fait des choix aussi risqués. Jack ne serait pas loin. Au moindre signe suspect venant de l'intérieur du salon, il interviendrait. Nous devions frapper fort et vite. Dans ce but, il rassemblait plusieurs affaires dans un sac. Nous n'aurions pas le luxe de contrecarrer les mesures médico-légales, comme nous le faisions d'habitude. Il nous faudrait être prudents, ne rien toucher directement et ne tuer personne pour que l'établissement ne devienne pas une scène de crime. La sortie de secours donnait sur une ruelle. Si Jack ne soupçonnait pas que Bedelia se savait suivie, il n'y avait aucune raison que des agents nous y attendent. Ils ne s'imaginaient certainement pas que nous frapperions en plein jour, dans un lieu public. Et l'effet de surprise restait notre arme principale. Si tout se passait comme prévu, ils ne se rendraient même pas compte de sa disparition avant de commencer à trouver le temps long.

Nous répétâmes plusieurs fois les différentes étapes du plan. La rhétorique le rassurait, j'en étais conscient, et me pliai volontiers à l'exercice. Plus il y croyait et plus c'était également mon cas. Il y avait beaucoup d'inconnus dans notre dessein. Bien plus que d'habitude.

Le repas du midi fut frugal et nous nous mîmes en route. Devant la maison, nous attendait une voiture de location, qu'Hannibal avait ramenée la veille. C'était une berline grise passe-partout, sûrement louée avec un faux permis, pour que personne ne remonte jusqu'à nous. Nous mîmes nos affaires sur la banquette arrière, puis Hannibal se mit au volant. La circulation dans Paris n'était jamais vraiment fluide. Mais sur ce point, au moins, l'horaire nous servait un peu. Moins que si nous étions au milieu de la nuit, bien entendu, mais bien mieux que si nous étions à l'heure de pointe. Il y avait un parking souterrain à proximité du salon. Nous en avions longuement parlé, car il y aurait sûrement des caméras, pour finalement y renoncer. Se garer dans la ruelle comportait moins de risques.

Nous arrivâmes sur place légèrement en avance et passâmes devant le salon. Aucune trace de Jack, mais cela ne signifiait rien. Des agents pouvaient très bien se balader en civil. Nous fîmes le tour et nous engouffrâmes dans la ruelle. Il était impossible d'y faire demi-tour et cela n'était pas idéal. Mais il n'était plus temps de penser aux détails. Hannibal prit le sac derrière nous et l'ouvrit sur ses genoux. Il me tendit la perruque de cheveux châtains que je m'empressai d'ajuster sur ma tête en me regardant dans le rétroviseur, alors qu'il en faisait de même avec une tignasse brune qui lui donna un air étrange. La couleur ne collait pas avec ses traits typiquement nordiques. À nos costumes, nous ajoutâmes chacun un chapeau, avant de sortir de la voiture. La saison, elle, ne nous servait pas. Impossible d'enfiler un manteau sans paraître étrange. Porter des gants n'était pas non plus une option. La moto nous aurait donné cette possibilité, mais il nous fallait trois places ou, éventuellement, un coffre, si Bedelia refusait de coopérer. Ce qui risquait d'arriver, puisqu'elle ne serait pas dupe sur nos intentions. Nos artifices nous serviraient avant tout à rentrer dans l'établissement par-devant, sans être reconnus par d'éventuels agents. Nous espérions que cela suffirait. Hannibal empocha une bouteille de chloroforme et une compresse dans une petite sacoche. Je glissai un couteau entre mon dos et mon pantalon, avant de le cacher sous ma chemise. Nous échangeâmes un dernier regard, avant de verrouiller le véhicule et de nous mettre en route. Il était temps de passer à l'action.