XLI

It's like you're my mirror

Note de l'auteur : Je ne sais pas si je dois être choquée de pouvoir taper "comment couper une jambe" sur Google et d'avoir une réponse claire, concise, étape par étape, et même des vidéos. (que je n'ai pas regardé, parce que franchement, "il coupe la jambe de son pote dans une baignoire", je sentais que j'allais le regretter) Bref, vous l'aurez compris, ceci est un chapitre où l'on apprend à couper une jambe et quelques autres choses sur la chirurgie en général, que les scies électriques ont le même effet sur Will que Voldemort sur Harry Potter, que les livreurs devaient être moins curieux s'ils veulent survivre et que cuisiner, c'est toujours aussi fun.

Bonne lecture !

EDIT : Un grand merci à Anastasya24. J'ai eu de la chance qu'elle commente assez tôt sur AO3 car, travaillant dans le milieu médical, elle a su relever des erreurs grossières dont je n'avais pas connaissance. Le texte a donc été modifié en conséquence.

Fannibal : Bedelia elle est foutue hein XD La pauvre. Pourquoi bizarre ? Moi je trouverai ça étrange qu'il ne s'en soucie absolument pas. C'est quand même, en quelque sorte, la première personne (et la seule avant Will) dont il est tombé amoureux. Et ça ne s'est pas vraiment très bien fini, comme on le sait. J'imagine qu'il appréhende un peu de se retrouver en face d'elle. Ce n'est pas non plus la terreur absolue hein XD Eh ouais, 40 chapitres quoi ! (41 maintenant) et oui, on peut voir ça comme des épisodes. C'est un peu ainsi que je les construis. Merci !


Méticuleux. Hannibal était ainsi. Le mot était presque un euphémisme pour qualifier sa maniaquerie. Je l'avais vu méticuleux en tant que cuisinier, psychiatre, dessinateur, musicien et dans les nombreux autres domaines où il brillait, comme si tout ce qu'il touchait se transformait miraculeusement en or. Il n'était pas étonnant, avec le recul, que l'homme eut été si difficile à attraper. Et à cet instant, j'étais témoin de ce même soin du détail, alors qu'il rassemblait ses instruments par ordre d'utilité sur une petite tablette à roulettes. Avant ça, il m'avait mené dans la salle de bain pour nous laver les mains et les avant-bras durant plusieurs minutes. Nous portions à présent des gants en latex, des masques chirurgicaux sur le visage et des combinaisons à usage unique par-dessus nos vêtements. J'attendais patiemment ses instructions, mon regard voyageant sur le corps endormi de Bedelia sur la table métallique. Le coma artificiel la rendait sereine dans une situation où elle aurait dû hurler, se débattre. À la place, la pièce était plongée dans un profond silence, pas même perturbé par un quelconque scope ou tout autre appareil de mesure, puisque nous n'en avions pas en notre possession. Cette variable rendait Hannibal nerveux, je le sentais. Sans en avoir été témoin moi-même, je ne doutais pas qu'il disposait d'un tas d'équipement à Baltimore, qu'il avait dû abandonner derrière. Pour lui, c'était comme si le grand chirurgien d'une clinique réputée se retrouvait à opérer des patients en plein tiers-monde, avec les moyens du bord.

La difficulté résidait dans le fait qu'Hannibal souhaitait qu'elle survive un certain temps. Les drogues qui l'aideraient dans ce sens n'avaient pas été si difficiles à se procurer apparemment. Le matériel de base pour poser une perfusion ou suturer une plaie, les scalpels et autres scies chirurgicales, non plus. Il avait dû dévaliser une pharmacie ou user d'un stratagème quelconque dans l'hôpital le plus proche. Mais les moniteurs cardiaques ou les stérilisateurs ne se planquaient pas facilement sous le manteau. Surtout quand il faisait trente-cinq degrés dehors et que l'on n'en portait pas. Je savais qu'il existait des blocs opératoires « portatifs ». Mais je supposais qu'ils ne s'achetaient pas sans d'abord justifier du pourquoi, du qui, du où et du quand.

Il en était donc là. Avec de simples rideaux, une fenêtre et une porte en bois comme remparts contre l'extérieur, une banale lampe sur pied comme éclairage d'appoint en plus de l'ampoule au plafond de la pièce, une perfusion accrochée au portemanteau que nous avions monté de l'entrée, et un homme qui avait les hôpitaux en horreur en guise d'assistant.

Mais cela ne l'empêchait pas de garder un parfait contrôle sur lui-même et sur la situation. Et malgré ces conditions toutes particulières, où je ne parvenais pas à me débarrasser totalement d'un certain malaise, je ne pus m'empêcher de le trouver époustouflant dans ce rôle-là.

Il me jeta un regard par-dessus son masque, avant de faire une nouvelle injection directement dans la poche de la perfusion. Il s'empara ensuite d'un instrument que je ne connaissais pas. Muni d'un manche en métal, il se déplia dans un claquement sonore et dévoila une deuxième partie ressemblant à la lame d'une petite pioche. Hannibal se plaça ensuite derrière la tête de Bedelia et en la penchant en arrière, enfonça la lame dans sa gorge, lentement, en regardant au fond. Puis il introduit un tuyau, avant de retirer l'outil en métal avec précaution. Il raccorda alors un ballon au tube et commença à pomper de manière régulière.

« C'est pour cela que je vais avoir besoin de toi Will. » Me dit-il, même si je m'en doutais.

Je pris donc sa place alors qu'il se munissait d'un scalpel, après avoir posé un garrot sur une jambe, et je sus que nous allions commencer. Hannibal avait agi seul, à plusieurs reprises, par le passé. Il devait avoir un respirateur à l'époque, mais cela devait faire partie de ces appareils trop volumineux. Il n'avait donc pas réellement besoin de moi, à part pour ventiler, et voulait surtout que je l'observe à l'œuvre. Dans une espèce de désir masochiste de tester les limites de ce que je pouvais endurer, d'expérimenter jusqu'à quel point je supporterai de m'enfoncer dans les recoins les plus sombres de son palais de mémoire. Une part de moi, dont l'équilibre mental était certainement discutable, souhaitait surtout ne pas le décevoir. Une autre, sûrement plus saine d'esprit, décida d'attendre et de voir. Mais pas un seul atome de mon être ne désira quitter la pièce. Il n'y avait rien d'intolérable dans le fait de couper un membre à une personne anesthésiée. Cela arrivait tous les jours dans les hôpitaux. Mon subconscient semblait davantage redouter le dîner. Se nourrir d'une personne déjà décédée sans souffrance inutile, dans l'intimité de notre foyer, était une chose. Partager ce repas avec ladite victime, dans un lieu encore peu connu où je ne me sentais pas chez moi, en était une toute autre. J'avais déjà vu les ravages des petits mélanges made in Lecter, sur Mason Verger par exemple ou sur moi-même, et je ne craignais pas que la soirée tourne à la catastrophe. Si Hannibal voulait que Bedelia se tienne tranquille et reste docile, elle le serait. Je redoutais de ne pas parvenir à franchir cette barrière ténue où la vache devenait bifteck, en présence de la vache en question. Cela venait peut-être du fait que je ne comprenais pas entièrement ce que ça lui apportait, de l'obliger à se manger elle-même. Peut-être que demander une explication, quand nous serons en cuisine, m'aiderait à y voir plus clair.

Je sortis de mes pensées, en continuant à pomper machinalement, quand le scalpel entama la peau fine du tibia droit. Il l'incisa tout autour de l'os et du muscle, à quelques centimètres sous le genou, lentement.

« L'incision doit être pratiquée en dessous de l'articulation qui sera sectionnée, afin de conserver des morceaux de peau qui serviront à former le moignon. » Commenta-t-il, comme si j'étais un étudiant en médecine et lui, mon professeur.

Regarder les chairs s'écarter et l'os apparaître, si blanc au milieu de tout ce rouge, avait quelque chose de fascinant. Une fois la plaie béante et le tibia bien dégagé, il jeta son instrument dans un bac rempli de désinfectant et se munit de la petite scie.

« Il faut ensuite couper l'os. Cela va être bruyant. » Ajouta-t-il, presque comme s'il s'adressait à un patient pour lui dire que ça allait faire un peu mal.

Je compris qu'il appréhendait que cela brise le calme serein qu'il avait réussi à instaurer. Personne n'aimait entendre ce son. Moi, plus que les autres. Et quand il s'éleva dans la pièce, après qu'Hannibal ait mis des lunettes de protection pour se préserver d'éventuels éclats, je me concentrai pour repousser les souvenirs qui tentaient de refaire surface. Dans un réflexe inconscient, je frottai mon front d'une main, en continuant à pomper de l'autre, alors qu'une migraine totalement psychosomatique pointait le bout de son nez. Je sentis le relief de ma cicatrice sous la fine couche de latex et replaçai nerveusement quelques boucles brunes devant, avant de joindre de nouveau mes mains sur le ballon.

Hannibal ne vit rien de mon manège, car trop concentré sur sa tâche. Je reportai toute mon attention sur son expression appliquée, ses yeux perçants fixés sur la jambe, ses lèvres pincées, jusqu'à ce qu'il éteigne l'engin et le repose sur la tablette. J'eus l'impression que mes oreilles bourdonnaient bien après que le silence soit revenu. Il prit ensuite une pince coupante assez impressionnante.

« Je vais sectionner le péroné, qui est un os suffisamment fin pour cela. »

Le claquement résonna comme une gifle sur mon visage et je clignai des yeux sans pouvoir m'en empêcher. Hannibal retira ensuite la base de la jambe, avant de la poser dans une glacière prévue à cet effet. Contrairement à ce que j'imaginais, le sang n'était pas si abondant, grâce au garrot qui compressait l'artère fémorale.

« En l'absence d'appareil de mesure, nous devons nous assurer régulièrement qu'elle va bien, je vais donc prendre ses constantes. » Me dit-il ensuite.

« Je continue ce que je fais ? »

« Oui, ne t'arrête surtout pas. » Me répondit-il, en posant trois doigts au niveau la carotide de Bedelia, après avoir retiré ses gants.

Il fixa le cadran de sa montre durant une bonne minute, avant de hocher la tête d'un air satisfait et de s'emparer d'un tensiomètre. C'était un de ces modèles électroniques qui se mettaient autour du poignet et ne nécessitaient pas de stéthoscope. Il défit le scratch du bracelet, avant de le placer au bon endroit et d'appuyer sur un bouton. L'appareil prit les mesures et sonna. Sur le petit écran, deux nombres que je ne savais pas interpréter s'affichèrent.

« Le premier nombre, 100, correspond à la pression systolique. Le moment où le sang est poussé dans les artères. La pression est alors maximale. Le deuxième, 70, représente la pression diastolique. Le sang n'étant plus poussé dans les artères, la pression diminue jusqu'à une valeur minimale. Pour être considérées comme normales, ses mesures doivent être égales ou légèrement inférieures à 135/85 millimètres de mercure, avec ce type d'appareil, mais avec un patient sous anesthésie elles doivent être plus en dessous. Le résultat est donc satisfaisant, tout comme son rythme cardiaque. » M'expliqua-t-il de cette voix de praticien clinique que j'avais si souvent entendue de la bouche des médecins.

Je trouvais que l'observer endosser impeccablement ce rôle avait un côté érotique parfaitement indécent et me demandai vaguement ce qui n'allait pas chez moi, en me retenant de rire nerveusement. Hannibal me jeta un regard. Je pus voir ses pommettes se redresser derrière son masque et ses yeux pétiller. Il me souriait mystérieusement, comme s'il avait capté mes pensées.

Je me perdis ensuite dans la contemplation de ses mains gracieuses recouvertes de gants propres, qui suturaient le moignon avec une aiguille d'une taille conséquente et du fil. La pièce cloisonnée s'était transformée peu à peu en four. Je ne savais pas depuis combien de temps nous étions là, mais la chaleur stagnait, et même moi je savais que ce n'était pas des conditions idéales. Hannibal semblait pressé d'en finir, alors qu'il aurait certainement pris plaisir à s'attarder un peu plus en temps normal. La sueur perla sur son front, et dans un réflexe probablement dicté par les réminiscences d'une série télévisée stupide, je m'emparai d'une des serviettes qu'il avait apportées pour l'éponger d'une main, avant d'en faire de même pour moi, car je n'en menais pas large non plus. Il ne cilla même pas, comme si le geste lui était familier, même de manière lointaine, et termina de bander la plaie, après l'avoir nettoyée. Il fit ensuite une nouvelle injection, dans le bras cette fois-ci, avant de me dire d'arrêter et de retirer le matériel d'intubation. Il attendit, surveillant les constantes, puis se détendit visiblement.

« Aide-moi à la mettre dans le lit, ensuite nous aurons terminé. » Me demanda-t-il, en poussant doucement la table métallique jusqu'à la coller contre un côté de la couche aux draps propres et désinfectés.

Je m'occupai de le suivre avec la perfusion, pour ne pas qu'elle s'arrache, puis nous la soulevâmes à son signal, avant de la reposer sur le lit. Hannibal ne grimaça même pas, mais je savais qu'il avait mal à l'épaule. Avant de le laisser s'attaquer à la préparation du repas, j'allais insister pour qu'il se repose.

La literie d'un blanc immaculé accentuait la pâleur de Bedelia. Hannibal reprit une derrière fois ses constantes et changea la poche qui s'écoulait dans les veines bleues de sa « patiente ». Certainement un produit qui l'aiderait à se réveiller en douceur et qui la garderait groggy pour ne pas qu'elle panique en se rendant compte de son état ou qu'elle tente de s'évader. Nous n'étions pas suffisamment stupides pour croire qu'une simple jambe en moins serait capable d'arrêter cette femme. Puis il la couvrit et dégagea une mèche blonde de son front, avant de nettoyer et ranger le matériel. Je l'aidai dans cette tâche, en suivant ses instructions pour la décontamination. Seulement ensuite, nous ouvrîmes la fenêtre, en laissant les rideaux clos pour la préserver des regards curieux des voisins, avant de quitter la pièce et d'apporter la glacière dans la cuisine.

J'avais la tête vide et cotonneuse. Hannibal m'entraîna dans la salle de bain et je le laissai me déshabiller et me guider dans la douche sans protester. Il régla le jet tiède et je me blottis contre son torse, alors que l'eau me rafraîchissait agréablement.

« Comment te sens-tu ? » Me questionna-t-il, en repoussant mes cheveux en arrière pour scruter mon visage.

« Dans un état étrange, une euphorie apathique, qui me rappelle vaguement la sensation que j'avais ressentie en tuant Richard, le gardien de l'hôpital psychiatrique de Baltimore, la précipitation et la panique en moins. »

Il hocha légèrement la tête, comme s'il voyait exactement ce que je voulais dire et que ce constat le satisfaisait. Puis, il prit le temps de me laver, en me laissant en faire de même pour lui. C'était comme un palier de décompression, avant de continuer.

Quand nous redescendîmes au rez-de-chaussée, quelqu'un sonna à la porte. Je pensai d'abord que c'était Chiyoh, qui avait de nouveau disparu – sûrement chez la tante d'Hannibal. Je n'avais pas eu beaucoup à réfléchir pour en venir à cette conclusion – mais elle n'avait jamais eu besoin de se manifester de cette manière pour entrer où que ce soit. Hannibal ne sembla absolument pas surpris pourtant et alla ouvrir d'un pas serein. Sur le perron, un livreur se présenta, lui demanda s'il était bien l'infirmier qui avait passé commande, avant de tendre un formulaire que mon mari signa sans hésiter.

« Vous voulez que je les rentre à l'intérieur ? » Demanda le jeune homme.

« Ce serait très aimable à vous, merci. »

« Je vais vous aider. » Proposai-je, avant qu'il ne force à nouveau sur son épaule dont nous venions de changer les bandages après la douche.

À l'arrière de l'utilitaire gardé en marche arrière dans l'allée, se trouvaient deux fauteuils roulants bien emballés. En évitant de montrer le moindre signe de surprise, j'en déchargeai un, pendant que le livreur s'occupait de l'autre. Puis nous les transportâmes dans l'entrée.

« Et voilà. Un pour les déplacements à l'extérieur et un plus confortable et modulable pour les soins et les déplacements à l'intérieur. » Lista-t-il. « La p'tite dame va bien ? »

Sa question me prit de court et je vis l'inquiétude se peindre sur le visage d'Hannibal, une fraction de seconde avant qu'il ne corrige son expression faciale.

« Elle se repose dans sa chambre. Elle ne vit pas très bien la dégradation soudaine de sa motricité. Heureusement, son petit-fils est là pour l'aider. N'est-ce pas, Hugh ? »

J'acquiesçai vivement, en endossant immédiatement mon rôle.

« Et monsieur est un infirmier très compétent. »

Je ne connaissais pas le nom qu'il avait donné pour la livraison et m'abstins donc d'en improviser un. Le livreur sembla satisfait de la réponse et nous quitta rapidement. Quand la porte se referma, je lançai un regard sceptique à Hannibal.

« Je ne pensais pas qu'il serait aussi curieux. » Se justifia-t-il.

« Et pourquoi deux fauteuils si différents ? »

« C'était le seul moyen d'en commander deux, à une adresse où seule une personne est déclarée, sans que cela paraisse étrange. »

« Tu as fait croire que tu étais l'infirmier de Nancy ? Je touche du bois pour que ça ne lui porte pas malheur. » Dis-je, en posant ma main sur un meuble comme pour conjurer le sort.

« Je suis sûr qu'elle ira très bien. » Conclut-il, avant de déballer nos nouvelles acquisitions.

Je me demandai vaguement ce que nous allions bien pouvoir faire de tout cela quand notre semaine de vacances arriverait à son terme. Mais je ne doutai pas qu'Hannibal avait prévu quelque chose pour s'en débarrasser ou les rapporter chez nous.

Je repris mon tablier de commis de cuisine avec une concentration renouvelée. La recette était complexe et riche en accompagnement. Des légumes de toutes les couleurs, cuits au four. Après avoir sectionné le pied, Hannibal me montra comment retirer la peau et préparer la viande avec l'os, pour la cuisson. La cuisine embauma rapidement une délicieuse odeur. Il ne connaissait pas bien la pièce dans cette maison et je fus impressionné que cela ne le freine presque pas, si l'on oubliait les quelques hésitations qu'il marquait devant certains placards. J'insistai pour qu'il se repose, il m'assura qu'il le ferait durant la cuisson, et cela me parut être un bon deal. Il essayait de me cacher sa fatigue et ses inquiétudes, mais cela ne fonctionnait pas. J'en arrivais presque à le lire aussi bien qu'il me lisait depuis notre rencontre. Et si je n'aimais pas être transparent, pour lui, c'était bien pire. Mais une part de lui aimait également que j'en sois capable. Cette compréhension instinctive était le ciment de notre relation. Il ne pouvait rien me cacher, ou presque, et moi non plus.

Quand il mit le plat au four, comme convenu, il lança la minuterie et consentit à me suivre dans le salon. Je m'assis sur le canapé et il accepta mon invitation à s'allonger en appuyant sa tête sur mes cuisses, sans se faire prier. À peine y posa-t-il sa joue et ferma-t-il les yeux, qu'il s'endormit rapidement sous la caresse de mes doigts dans ses cheveux. Je savais qu'il n'avait pas l'habitude encore, de se reposer ainsi sur qui que ce soit, et accueillis sa confiance comme un trésor de plus. Il me laissait prendre soin de lui, comme il prenait soin de moi. Sans camoufler ses faiblesses. Les choses ne se passaient pas comme il l'aurait voulu. Jack n'était pas censé être ici, Ditlev l'inquiétait et je partageais ses préoccupations. Mais parce qu'il était avec moi, il s'autorisait des moments de relâchement. Faisant confiance à mes yeux et mes oreilles, autant qu'à mon intuition. Je pris conscience qu'à nous deux, nous étions bien plus indestructibles et dangereux qu'il n'avait pu l'être par le passé. Et que cette force ne faisait que grandir à mesure que je marchais sur ses traces. Je fermai les yeux et basculai ma tête en arrière, en me laissant porter par le flot de la rivière. Sur la rive, le cerf était là et il veillait sur moi.