XLIV
You make me fall for you
Note de l'auteur : Si vous n'avez pas perdu trop de neurones après ce début de chapitre, vous apprendrez deux ou trois choses sur : comment se débarrasser d'un corps, ou quel genre de produit fait parler quelqu'un contre sa volonté. Will réfléchit à beaucoup de choses dans ce chapitre, il va falloir qu'il règle toutes ses questions.
Bonne lecture !
Fannibal : Eh oui, Bedelia n'a pas entièrement tort. Sauf que Will est allé trop loin et Hannibal aussi, pour que ça ait de l'importance.
Ta review m'a fait réfléchir, donc je te dédicace le début de ce nouveau chapitre ^^ J'espère que ça te plaira.
Crystal blue : Tu me tues ! XD J'ai jamais vu quelqu'un reviewer plusieurs fois le même chapitre. J'adore! ^^ Vu que c'était ton anniversaire, je t'offre officiellement ce nouveau chapitre aussi ^^ Pour te remercier de tes gentils commentaires aussi. Pour les sex-toys, pour moi, c'est en dehors de leur caractère. Certains accessoires, sans souci (genre liens, bandeau sur les yeux...) mais le reste, je n'arrive pas à les imaginer s'en servir.
Je suis contente si le gâteau au chocolat et Will qui fait du pied t'ont plu XD
Je publie très souvent, ne t'inquiète pas, tu ne mourras pas d'impatience lol
Je suis une fille, répondant au prénom de Nathalie :)
Je sus dès qu'il ouvrit les yeux, ce matin-là, qu'il s'était finalement lassé de Bedelia et de son mutisme. Ses iris avaient cet éclat froid teinté de rouge, dans la lumière matinale, et il me sourit quand il croisa mon regard sur l'oreiller. Puis il voulut tendre son bras vers moi et grimaça.
« Tu as mal à l'épaule. Ce n'était vraiment pas raisonnable de me porter ainsi, l'autre soir. Même si cela était plus que plaisant, tu ne guériras pas correctement si tu ne fais pas attention. À croire que, de nous deux, ce n'est pas toi le médecin. »
Il ne trouva rien à répondre à ça et se réinstalla plus confortablement sur les oreillers.
« Laisse-moi jeter un coup d'œil. » Lui dis-je, en me rapprochant.
Doucement, il se redressa un peu, pour que je puisse défaire son bandage. En dessous, le cercle irrégulier de l'impact de la balle reflétait ma propre cicatrice. Je passai mon pouce dessus, avec précaution. La plaie était correctement refermée, et même si la peau était encore un peu rouge, il n'y avait aucune trace d'infection.
« Souffres-tu du dos aussi ? »
La balle n'avait peut-être pas traversé, mais le muscle avait dû être abîmé, néanmoins. Il hocha vaguement la tête et je l'incitai alors à s'allonger sur le ventre, avant de m'asseoir à cheval sur ses hanches. Je frottai ensuite mes paumes sur le haut de son dos.
« Détends-toi. Laisse-moi prendre soin de toi. Rien ne presse, aujourd'hui. » Murmurai-je, en me penchant sur son oreille.
« Il y a une bouteille d'huile de massage dans le tiroir. Je l'ai achetée il y a quelques jours. » Marmonna-t-il, le nez dans le coussin.
Je suivis ses instructions et trouvai facilement le flacon en verre. Si je ne reconnus pas la marque, ce n'était certainement pas un produit acheté dans une station-service. Cela n'empêcha pas les souvenirs de remonter à la surface avec une extrême clarté et un sourire de se dessiner sur mes lèvres, alors que je me demandai une nouvelle fois, comment est-ce qu'il pouvait songer à s'offrir ce genre de choses dans des moments pareils.
« Quelque chose de drôle ? » Demanda-t-il, en m'observant du coin de l'œil.
« Je repensais au miroir au plafond de cette chambre d'hôtel. » Lui confiai-je, en versant de l'huile dans la paume de ma main, avant de la chauffer et de l'étaler sur son dos.
« Tu voudrais qu'on en installe un chez nous ? »
« Ces choses-là ne deviennent-elles pas lassantes, si on les a sous les yeux tout le temps ? » Demandai-je, en déliant ses muscles.
Il soupira d'aise en se détendant sous la prise ferme de mes doigts.
« Aimerais-tu, dans ce cas, passer un week-end dans un hôtel qui en serait doté ? »
« Avec plaisir. Où irions-nous ? » Le questionnai-je avec enthousiasme.
« Où tu voudras. Cela pourrait nous faire du bien d'être loin de la capitale. »
« Je ne sais pas encore ce que ce pays offre en matière d'escapade romantique. Il faudra m'aider à choisir. »
« Je vais y réfléchir. » Conclut-il finalement.
Mes phalanges huilées glissaient sur sa peau, firent rouler ses trapèzes, suivirent la courbe de ses vertèbres, alors que mon esprit faisait abstraction des reliefs de la brûlure lovée contre la colonne. La chute de reins d'Hannibal avait toujours eu quelque chose d'affriolant. Une cambrure presque féminine, couplée à une musculature puissante, sa manière de se tenir, de marcher. Sa manière d'être alangui sous mes caresses.
Je me penchai sur lui, redessinai l'arc de ses épaules, les contours de ses bras qu'il aligna le long de son corps, assouplis ses biceps, avant de reculer entre ses chevilles et de verser de l'huile sur ses jambes. Je retraçai ensuite le galbe de ses mollets, massai ses cuisses fermes, sans me presser, prenant mon temps, repassant plusieurs fois, même si j'étais incapable que quitter des yeux son cul rebondi que je ne faisais que frôler volontairement.
Cela débuta de manière presque imperceptible. Des contractions répétées de ses quadriceps, ses mains qui remontèrent pour agripper le coussin sous sa tête, ses genoux qui s'écartaient lentement à mesure que je promenais mes paumes sur lui. Mais aucun mot ne franchit ses lèvres entrouvertes, d'où s'échappaient de discrets soupirs. Je n'étais même pas certain qu'il soit conscient de l'impudeur de sa position.
Je posai finalement mes mains, rendues brûlantes par la friction, sur les ovales charnus de ses fesses, avant d'y insinuer mon pouce. En réponse, il gémit doucement, en soulevant légèrement son bassin.
« Aurais-tu l'ambition secrète de me faire perdre la raison ? » Le taquinai-je, en ajoutant deux doigts.
« Je te retourne la question, mon cher mari. » Répondit-il, en me lançant un regard plein de défi, par-dessus son épaule.
« Sais-tu à quel point tu es désirable dans cette posture ? » Le provoquai-je, en continuant à le préparer.
Je m'appuyai ensuite sur ses reins et me laissai glisser contre lui en suivant la ligne de ses vertèbres, pour déposer un baiser sur sa nuque. Sa peau sentait la lavande, ses cheveux chatouillèrent mon nez. Je poussai ses cuisses vers le haut avec mes genoux et frottai mon érection contre lui, avant de sentir son corps se crisper.
« Si tu ne veux pas… »
« Fais-le. »
Sa voix ne fut qu'un murmure, mais elle vibrait de désir contenu. Alors, en continuant mon massage, je le pénétrai progressivement, jusqu'à être profondément ancré en lui. Ses phalanges blanchirent en se cramponnant aux draps, ses dents mordirent sa lèvre inférieure, et j'attendis que ses muscles se relâchent de nouveau sous mes soins, avant de le prendre à un rythme lancinant, délibérément lent, presque paresseusement. Il se cambra un peu plus contre moi, en étouffant ses gémissements dans la taie de son oreiller.
« Il n'y a que moi qui peux te voir de cette manière, cette part de toi n'appartient qu'à moi. » Chuchotai-je. « Je t'aime, Hannibal. »
La tension retomba alors et il s'abandonna à moi, en murmurant qu'il m'aimait aussi. Sans jamais céder à l'animalité qui rampait sous ma peau, je laissai le plaisir monter progressivement, avant de le tirer vers moi pour plaquer son dos à mon torse et l'asseoir sur mes cuisses. Ses doigts glissèrent dans mes cheveux, empoignèrent mes boucles brunes, alors qu'il tournait sa tête pour m'embrasser dans un chaos de langues, de dents et de souffles erratiques. J'accélérai la cadence, le pris un peu plus fort, en agrippant sa taille.
« Caresse-toi. » Susurrai-je, en croquant le lobe d'une oreille. « Je veux te voir jouir. »
Comme si mes mots l'avaient transpercé, il se cambra en se mouvant en harmonie avec moi, en imposant lui-même sa propre allure, avant de se prendre en main. Cette main que je dévorai des yeux, alors qu'elle allait et venait, serrait son membre turgescent, avant de joindre mes doigts aux siens sans pouvoir m'en empêcher. Sa tête roula contre mon épaule, ses lèvres purpurines laissèrent échapper des sons indécents, mélodieux, quand il vint brusquement, sa semence s'écoulant entre nos phalanges entremêlées. Je me perdis encore quelques fois en lui, avant de le suivre dans sa chute, en le serrant contre moi.
Il se détendit dans mes bras, je brossai mon nez dans ses cheveux blonds, m'enivrai de l'odeur de sa peau après l'amour, avant de me blottir contre sa poitrine, quand il se rallongea. Il était encore tôt, la lumière du jour perçait à peine à travers les rideaux entrouverts, nous nous laissâmes donc aller au sommeil encore quelques minutes.
…
Ce ne fut qu'une heure plus tard que nous émergeâmes totalement, avant de prendre une douche et de nous habiller. Dans la chambre de Bedelia, une mauvaise surprise nous attendait.
Silencieusement, j'observai Hannibal constater l'évidence.
« Son cœur a probablement lâché dans la nuit. Il n'y a rien d'étonnant à cela. Je m'y attendais, mais peut-être pas si tôt. » Admit-il.
« Que faisons-nous ? Nous n'en avons pas terminé avec Jack, nous ne pouvons pas nous débarrasser d'elle de manière trop voyante. » Le questionnai-je, en fixant le regard vide du Docteur Du Maurier.
« Jack n'est qu'un mort qui marche, Will, ne l'oublie pas. Personne ne le cherche. Mais, tu as raison, nous devons tout de même être discrets. Ce meurtre serait trop proche, temporellement et géographiquement, de celui du bijoutier. »
« Et si nous voulons finalement nous occuper du cas de ce cuisinier qui nous a servi ce brunch immonde… »
« Exactement. » Confirma-t-il, en recouvrant le visage déjà très pâle avec le drap.
« Tu étais très organisé à Baltimore, n'est-ce pas ? Tu ne tuais jamais trop, ni trop souvent. »
« C'était une nécessité si je voulais préserver mon statut. J'étais seul à chasser, seul à couvrir mes traces, seul à mettre en scène mes victimes. »
Il enveloppa le cadavre qui se limitait à un tronc, un bras et une tête. Je l'aidai dans cette tâche et m'étonnai malgré moi de la petitesse du paquet blanc qui trônait à présent au milieu du lit.
« Tu ne prélèves rien ? »
« Nous aurons bien assez à faire avec Jack. C'était une femme qui tenait beaucoup à son apparence et nous l'avons suffisamment altérée comme ça. »
« Comment procédons-nous, alors ? »
« La soude caustique reste l'une des manières les plus efficaces de faire disparaître un corps. Nous allons la stocker dans le gros congélateur qui se trouve dans le garage et nous nous débarrasserons d'elle et de Jack en même temps. Il nous faudra des barils métalliques et un certain nombre de litres d'hydroxyde de sodium. » Décida-t-il, en prenant le fardeau à bout de bras, comme s'il ne pesait presque rien.
« N'est-ce pas le genre d'achats qui se remarquent, le cas échéant ? » M'inquiétai-je, en le suivant quand il quitta la pièce, pour s'engager dans l'escalier.
« Pas si nous achetons plusieurs bouteilles de déboucheur ménager, dans différents magasins assez éloignés les uns des autres. »
Je le précédai dans le couloir, pour déverrouiller la porte qui menait au garage, et nous entrâmes dans le box qui sentait une vague odeur d'essence et de poussière. Dans un coin, l'imposant freezer ronronnait paisiblement. Je l'ouvris, pour qu'il puisse y déposer son chargement.
« Je peux m'en occuper, si tu veux. » Proposai-je.
« Chiyoh s'acquittera très bien de cette course. J'ai besoin de toi ici. Ce jeu avec Jack a suffisamment duré. Il est temps qu'il parle, pour que nous sachions à quoi nous attendre. Même si je suis persuadé qu'il s'est fait passer pour mort aux yeux de tous, je préférerais en avoir la confirmation. » Me répondit-il, en refermant le meuble dans un bruit sourd.
« Moi, c'est le fait divers qui me laisse perplexe. Je n'arrête pas d'y repenser et tout cela ne me semble pas très logique. Toi et Jack, vous avez saigné sur le sol de cette ruelle, sans compter que nous n'avons pas eu le temps de retrouver et de ramasser les douilles. Dans ces conditions, j'ai du mal à croire que la police en soit venue à la conclusion absurde que tout ceci n'était qu'une blague grotesque pour ne pas payer la note. » Lui expliquai-je, alors que nous rentrions.
Je le suivis dans la cuisine, où il s'attela à préparer le petit-déjeuner.
« J'y ai songé aussi. Quelqu'un a forcément effacé ces preuves. Ditlev est mon premier et seul suspect, bien entendu. Mais cela signifie qu'il souhaite autant que nous que l'existence de Jack reste secrète. À la demande de Jack ou pour son propre intérêt, c'est ce que nous devons découvrir. »
Je préparai distraitement le café, avant de nous servir deux tasses. Hannibal avait l'air détendu, malgré les contrariétés et j'espérais y être pour quelque chose.
« Comment allons-nous l'obliger à parler ? Il refuse d'ouvrir la bouche depuis qu'il est ici, que ce soit pour répondre à nos questions ou pour manger. »
« Son état est préoccupant et sa blessure ne guérit pas au mieux, malgré les antibiotiques que je lui ai injectés. » M'apprit-il, en mettant des tranches de bacons à griller.
L'odeur me rappela qu'en temps normal, Buster serait déjà en train de réclamer. Mes chiens me manquaient.
« J'ai du mal à emboîter l'image du Jack Crawford que j'ai toujours connu et celle de cet homme qui se laisse mourir au fond d'une cave. J'ai un mauvais pressentiment, Hannibal. Je ne saurais pas l'expliquer, mais j'ai l'impression qu'il fait tout ça à dessein. Comme s'il était… »
« En attente. » Compléta-t-il, en enfournant des toasts, avant de casser deux œufs dans une autre poêle.
« Oui. Et je n'aime pas vraiment ça. Nous sommes vulnérables dans cette maison. Elle est au milieu de nulle part, mal protégée, on peut pénétrer facilement sur le terrain et Chiyoh se trouve à plusieurs kilomètres d'ici la plupart du temps. À deux contre un, Ditlev n'a aucune chance. Si nous le voyons venir. Mais, s'il nous surprend dans notre sommeil ou qu'il ne vient pas seul… »
« Il en mène à rien d'essayer de prophétiser les agissements de cet homme. Nous ne savons rien de lui, hormis son nom et qu'il ne travaille certainement pas pour les autorités. Il pourrait très bien être Russe, Allemand ou Danois, pour ce que nous en savons. »
« Un être venu du grand Nord. Comme toi. » Plaisantai-je, en retrouvant mon sourire, qu'il me rendit en beurrant les toasts, avant de dresser deux assiettes sur la petite table qui meublait la cuisine.
Même un plat aussi simple prenait des allures raffinées entre ses mains expertes et mon estomac gronda, alors que je m'asseyais en face de lui. Il s'empara de ma main pour en embrasser la paume, alors que mon pouce retraçait le tranchant d'une pommette. Puis il entama son plat avec appétit.
…
Chiyoh arriva en début d'après-midi, comme souvent. Et Hannibal lui fit rapidement part de sa demande. Elle encaissa la requête sans sourciller, alors que je ne doutai pas une seule seconde qu'elle en devina aisément l'utilité.
J'avais été contraint de réviser mon jugement sur la jeune femme. Forcé de constater que ma relation avec Hannibal n'avait rien à envier à la sienne. Je me sentais bête, à présent, d'avoir exigé qu'elle s'en aille, sans pour autant trouver la volonté de m'excuser. Même si, sans elle, nous serions sûrement morts, ou au moins gravement blessés. Pourtant, elle ne semblait pas m'en vouloir, affichant sa neutralité habituelle. Elle n'était pas facile à lire, même pour quelqu'un comme moi, mais je ne sentais aucune animosité de sa part. Pour certaines raisons, que je ne cernais pas encore très bien, elle acceptait, tout simplement, tout ce qu'Hannibal décidait.
Nous n'avions pas eu l'occasion de reparler, depuis le soir où nous avions débarqué ici dans l'urgence et je me demandais si elle allait de nouveau se fondre dans l'ombre dès notre retour chez nous. Au moins, nous savions où elle logeait. Cela soulevait d'ailleurs un autre problème duquel je restais volontairement éloigné, pour le moment. L'histoire d'Hannibal et sa tante semblait atypique, ou s'était au moins terminé de façon houleuse. Avait-elle découvert la véritable nature de son neveu ? Si oui, pourquoi ne l'avait-elle pas dénoncé ?
Je savais que je n'avais qu'à demander, pour avoir les réponses à ces questions. Les motifs qui me retenaient étaient tout autres. Cette lueur dans son regard quand Chiyoh évoquait Lady Murasaki, cette vibration à la surface de sa peau, ce tressaillement sur son visage. C'était douloureux pour lui, de penser à elle. Il ne l'avait d'ailleurs jamais évoquée durant toutes ses années, alors qu'il avait trouvé la force de parler de Mischa, une fois ou deux. Et cela me laissait l'impression désagréable que ce n'était pas juste une histoire entre une dame et son neveu orphelin. Il n'avait jamais fait mention de son oncle non plus, d'ailleurs. Il y en avait forcément un. Lady Murasaki étant Japonaise, elle ne pouvait donc qu'être une tante par alliance. Ou bien, le statut de tante n'était que symbolique.
L'autre raison qui me freinait, c'était l'idée qu'il me relate de nouveaux événements dramatiques. La femme était vivante, certes, mais cela ne voulait pas dire que la vie d'Hannibal auprès d'elle avait été un long fleuve tranquille. Une part de moi voulait tout savoir de lui, partager toutes ses souffrances, tous ses fardeaux. Une autre craignait de les absorber, que cela hante mes nuits.
Chiyoh partit rapidement, pour ne revenir qu'une fois la nuit tombée, avec dans le coffre de la voiture avec laquelle elle se déplaçait, les bouteilles de soude et deux barils de bonne taille. Durant l'après-midi, nous avions de nouveau tenté de dialoguer avec Jack. Son regard sur moi avait changé. À présent, il me regardait de la même manière qu'il fixait Hannibal. Avec ce mélange de haine et de dégoût. Il avait fait le deuil de ce professeur asocial et fuyant qu'il était venu débusquer dans sa classe, pour l'emmener sur le terrain, tout comme il avait renoncé au brillant psychiatre qui lui avait accordé son amitié. Cette personne était pourtant toujours là, à l'intérieur de moi.
Il n'ouvrit pas la bouche, sa carcasse affaiblie, affalée sur sa couche de fortune, ses yeux rendus quelque peu vitreux par les drogues qui circulaient dans son organisme, son poignet pendant mollement sur un des bracelets des menottes.
« Il faut que je me procure une dose conséquente de thiopental. » Me dit Hannibal, en remontant de la cave.
Le nom du produit ne m'était pas étranger. Plus connu sous le nom de Penthotal, c'était ce que l'on appelait vulgairement, un sérum de vérité. En acquérir serait problématique. Ce n'était pas le genre de choses que l'on achetait à la pharmacie du coin, surtout sans ordonnance.
Nous étions sur le point de préparer le dîner, quand Chiyoh rentra. Je l'aidai à stocker le matériel dans le garage, en échangeant quelques mots avec elle. Je lui proposai de rester manger, avec un regard entendu – elle ne consommerait rien qu'elle ne voudrait pas – mais elle déclina néanmoins l'invitation, arguant être attendue chez Lady Murasaki et s'éclipsa donc comme elle était venue.
Nous dînâmes donc, en tête-à-tête, d'une viande délicieuse et de vin coûteux au goût fruité, avant d'aller nous coucher, après avoir laissé un énième plateau aux pieds de Jack, sans qu'il fasse mine d'y toucher.
C'est au milieu de la nuit, que je me réveillai en sursaut, mon cœur battant fortement dans ma poitrine. Un bruit m'avait tiré du sommeil, mais j'aurais été incapable de dire s'il était réel ou non. Mais j'en eus la certitude, quand je croisai le regard tout à fait réveillé d'Hannibal, dans l'obscurité de la chambre.
