XLV

You should be scared of me

Note de l'auteur :je vais de ce pas me fournir en protections auditives pour me préserver de vos hurlements.
Bonne lecture et, si vous savez des questions (Du genre : comment ?! Pourquoi ?! Mais que va-t-il se passer ?! What the fuck?!) je ne garantis pas de répondre avec exactitude. Il faut bien que je garde le suspense.

Fannibal : ravie que ce début de chapitre t'ait plu ^^ Si tu as eu peur après la dernière fin de chapitre, qu'est-ce que ça va être avec celui-ci XD (pardon, je suis un peu sadique)

Crystal blue (Océane) : ma serial revieweuse ^^ Merci pour tous tes compliments. En ce qui concerne Hannibal en dessous, pour moi, Will est aussi un mâle alpha. Il est tout à fait capable de dominer son entourage et de manipuler qui il veut. Pour moi, il est naturel, même si Will laisse plus souvent volontiers Hannibal prendre le dessus, qu'ils varient les plaisirs ^^ Je n'ai aucune intention de tuer Hannibal, ne t'inquiète pas ;) Bon courage pour tes bagues et pour ton idée de Will malade/Hannibal docteur, je vais réfléchir à une manière de l'intégrer dans un chapitre, mais ce ne sera pas pour tout de suite.


Le regard que me lança Hannibal était suffisamment clair pour que je n'aie pas à lui demander à voix haute si lui aussi avait entendu. Entendu quoi ? C'était la question. Il y avait eu un bruit suffisamment étrange pour que mon cerveau l'identifie comme une menace et me réveille brusquement. Une vitre brisée ? Une serrure crochetée ? Nous étions à l'étage et mon ouïe n'avait rien d'exceptionnel. Cela devait être autre chose.

Je tendis mon bras et ouvris silencieusement le tiroir de la table nuit, où j'avais rangé l'arme de Jack. Elle était chargée et son poids dans ma main me rassura. Le temps d'enfiler nos pantalons sans allumer la lumière, et nous étions dans le couloir, l'oreille tendue. Le sol était tiède sous mes pieds nus, alors que je prenais garde à ne pas faire grincer le parquet à chacun de mes pas, en tenant le pistolet à deux mains, en position basse, contre ma cuisse. J'osais à peine respirer, attentif au moindre son. À mes côtés, Hannibal était prodigieusement silencieux, comme si son corps n'obéissait plus aux lois élémentaires de la physique.

Nous atteignîmes le haut de l'escalier au moment où un brouhaha se fit entendre. Comme si l'on tapait sur le sol à intervalles réguliers. Et même si le son était étouffé, je compris alors que je le connaissais déjà. C'était le bruit que faisait le fauteuil roulant dans lequel nous transportions Jack, contre les marches, quand nous le remontions de la cave.

Nous descendîmes furtivement au rez-de-chaussée et je pointai mon arme, droit devant moi, en tournant à gauche. La porte du sous-sol était fermée, mais de la lumière filtrait en dessous. La serrure de l'entrée, elle, avait été forcée et le battant laissé ouvert sur la nuit noire. Un vieux parapluie gisait sur le carrelage. L'intrus avait dû le faire tomber en entrant. Voilà donc l'origine du bruit qui nous avait réveillés.

Le tapage continuait, de plus en plus fort à mesure qu'il se rapprochait. Dans quelques secondes, la porte s'ouvrirait sur le coupable. Et nous nous tenions prêts pour le recevoir. Hannibal alla se placer de l'autre côté, de sorte que l'homme qui sortirait certainement dos au couloir, m'aperçoive en premier et n'ait pas le temps de le voir venir.

La poignée s'abaissa lentement, en couinant légèrement, puis l'homme apparut d'abord, en poussant le battant avec son dos, immédiatement suivit du lourd fauteuil où il avait installé Jack. Je reconnus instantanément l'individu au souffle court et au front en sueur, juste avant qu'il ne croise mon regard. Ses cheveux très blonds, ses yeux perçants, sa carrure d'athlète, aucun doute, j'étais face à Ditlev, si tel était vraiment son nom.

Son attention se porta rapidement sur le pistolet que je braquais sur lui, au détriment du reste, et ce fut son erreur. Brutalement, je saisis un accoudoir du fauteuil et le tirai vers moi. À la seconde, Hannibal poussa Ditlev dans l'escalier qu'il dévala sans parvenir à se rattraper à la rampe, avant de finir sa chute sur le sol de la cave, inconscient.

J'allais m'adresser à Hannibal, pour savoir ce que nous allions faire de ce type, quand une main agrippa fermement mon poignet, dans l'intention de retourner mon arme contre moi. Je me débattis, alors qu'Hannibal enroulait son bras autour du cou de Jack pour le faire lâcher prise. Il finit par retomber dans son fauteuil, asphyxié par la prise solide sur sa gorge. Je remarquai alors la goutte de sang qui coulait sur son bras. Sa perfusion avait été arrachée, certainement dans la hâte de le faire sortir d'ici. Dans peu de temps, les drogues qui le maintenaient docile allaient suffisamment cesser de faire effet pour lui permettre de se défendre.

Jack était un adversaire à ne surtout pas sous-estimer. Une véritable force de la nature, si on lui en laissait l'occasion. Si je n'avais jamais eu à l'affronter physiquement, Hannibal y avait goûté, à Florence, et il ne se laisserait pas avoir de nouveau. Trompe-moi, une fois honte à toi. Trompe-moi deux fois, honte à moi.

Nous devions le redescendre, pour l'entraver au plus vite. En bas des marches, Ditlev ne bougeait plus. Hannibal prit donc le risque de s'y engager avec le fauteuil, sans plus tarder. L'homme ne remua pas un cil, même quand Hannibal roula sur sa main, sans aucun scrupule, en faisant craquer quelques phalanges. Une de ses jambes formait un angle improbable avec le reste de son corps et sa tête saignait.

Hannibal s'occupa de remettre la perfusion en place et en profita pour changer la poche, avant d'attacher solidement Jack aux accoudoirs et aux trépieds avec de la corde, je me baissai donc pour hisser Ditlev sur mon épaule, avant de le laisser tomber sur le lit de camp sans délicatesse. L'homme grogna alors, comme s'il reprenait conscience, et je m'empressai de l'attacher avec les menottes, avant de reculer. Il braqua alors sur moi des yeux pleins de colère, en se débattant, avant de gémir de douleur quand il bougea sa jambe. La fracture était moche et je me dis qu'à sa place, je serais probablement tombé dans les pommes. Mais il semblait avoir une bonne résistance à la douleur, ce qui n'était pas bon signe. Hannibal éloigna suffisamment le fauteuil du lit pour que les deux hommes ne puissent pas s'entraider, puis nous remontâmes au rez-de-chaussée, sans refermer la porte du sous-sol pour ne pas perdre nos captifs de vue. Par l'entrée encore ouverte, le jour se levait à peine. Il s'avança pour la verrouiller, avant de revenir vers moi.

« Je vais devoir sortir, pour me procurer du thiopental plus tôt que prévu. Nous devons les faire parler tous les deux, pour savoir si d'autres viendront les chercher. J'ai besoin que tu restes ici et que tu les surveilles. Assieds-toi en bas des marches, assez loin pour qu'ils ne t'atteignent pas. Ne leur réponds pas, mais surtout, ne les quitte pas des yeux. Si ce Ditlev a su trouver cette maison, c'est qu'il est dangereux et loin d'être bête. Ne les laisse pas seul, sous aucun prétexte. Si tu as une envie pressante, utilises une bouteille ou ce que tu veux, mais ne sors pas de cette cave. Je ferais au plus vite. »

Son ton était directif et je retins la réplique acerbe qui chatouilla ma langue, car il me contourna pour monter s'habiller. Le temps jouait contre nous, Nancy finirait par venir prendre de nos nouvelles, et je savais que cela le stressait. J'étais aussi conscient d'y être pour quelque chose. Quand il devait s'occuper uniquement de lui, les choses étaient plus simples. Il n'avait qu'à disparaître quand cela tournait mal. Maintenant, il s'inquiétait pour moi, pour mes chiens, et de ce que j'étais capable de supporter pour préserver notre liberté. S'il savait à quel point je me foutais des détails.

Je préférai finalement m'asseoir en haut des marches et posai mon arme à côté de moi. De là, je pouvais les voir, alors qu'ils ne pouvaient pas me parler sans élever la voix. Et comme si le fait d'en parler provoquait la chose elle-même, j'eus subitement l'impression que ma vessie rétrécissait. Autant me demander de ne pas me gratter le nez.

Hannibal redescendit au bout de quelques minutes et s'accroupit derrière moi.

« Je reviens le plus rapidement possible. Soit prudent. Je n'aime pas l'idée de te laisser seul avec eux. »

« Au moindre geste suspect, notre nouvel ami se prendra une balle dans l'autre jambe. Je sais viser, ne t'inquiète pas. » Le rassurai-je.

Il caressa mes cheveux, et je vis alors qu'il tenait un de mes t-shirts dans sa main. Il me le tendit et je l'enfilai, avant de l'embrasser et de laisser partir. La porte claqua derrière lui et le silence retomba.

Chacun à un bout de la pièce et Jack de nouveau dans les vapes, ils n'essayèrent même pas de communiquer à voix basse. Ditlev me jetait régulièrement des regards en biais, tout en étudiant discrètement ses menottes. Même s'il y trouvait une faille, il n'aurait même pas le temps d'essayer de les défaire.

« Jack m'a parlé de vous. N'est-ce pas, Jack ? » Dit-il soudainement.

Crawford acquiesça vaguement d'un mouvement de tête. Je m'abstins de répondre. L'homme avait un fort accent. Germanique ou scandinave. Peut-être russe. C'était difficile à dire à cette distance et alors qu'il était légèrement sonné.

« Il m'a dit que vous étiez amis et qu'il espérait vous ramener à la raison. Mais j'ai l'impression que ce n'est pas gagné. »

Je souris narquoisement. Il ne pensait pas si bien dire. Son ton était courtois, aimable, pour mieux m'amadouer certainement. Ainsi, il semblait moins menaçant. Mais je savais reconnaître un être sans pitié quand j'en voyais un. Où Jack avait-il dégoté un gars pareil et comment l'avait-il convaincu de bosser et de risquer sa vie pour lui ?

« Je suis curieux. Comment tombe-t-on amoureux d'un monstre ? »

« Il faut en être un soi-même. » Répliquai-je, agacé.

« Vous êtes un démon qui a l'air d'un ange. J'aime ça. »

« Ravi de l'entendre. » Raillai-je.

Et il rit, comme si je venais de faire un trait d'humour particulièrement drôle. Un rire franc, comme si la situation n'était pas proprement catastrophique et sa vie sur le point de prendre fin.

« Vous avez du cran, Monsieur Graham. »

Il connaissait donc mon nom. Évidemment, Jack s'en était chargé. Plus que le reste, c'est ce qui signa définitivement son arrêt de mort.

« Et vous, peu d'instinct de survie, apparemment. »

De nouveau ce rire incongru. L'homme était-il à ce point indifférent à son propre sort ? Je savais que je n'étais pas censé dialoguer avec lui. Je savais très bien que c'était lui ouvrir une brèche. Mais il s'exposait également, en faisant cela. Peut-être pourrais-je l'amadouer, si je lui plaisais tant. Impulsivement, je pris mon arme et descendis les marches, avant de m'asseoir sur la plus basse.

« Dites-moi, Ditlev… » Débutai-je. « Vous vous appelez bien Ditlev ? »

Je n'eus droit qu'à un sourire énigmatique.

« Disons que oui. » Repris-je. « Dites-moi, Ditlev, comment un homme comme vous, se retrouve-t-il à travailler avec un homme comme Jack ? » Demandai-je, en prenant garde de dire « avec », et non, « pour ».

Son sourire s'agrandit.

« Nous avions des intérêts communs. » Répondit-il vaguement.

« Je serais curieux de connaître les vôtres. »

« Je n'en doute pas. »

Ce qui signifiait qu'il ne comptait nullement m'en faire part. Malgré moi, j'admirai son stoïcisme. Seul son visage couvert de sueur témoignait de la douleur qu'il devait endurer. Son pantalon s'était imbibé de sang, là où son tibia avait troué sa peau. Sur sa tempe, une vilaine plaie suintait encore. Mais cela ne l'empêchait pas d'avoir de la répartie et de se foutre ouvertement de ma gueule.

« Tout ce que je dis, c'est que vous préféreriez sûrement discuter avec moi volontairement, que de parler contre votre gré avec Hannibal. »

Il esquissa un rictus qui l'enlaidit considérablement, aucune peur ne brilla dans son regard. Un pur psychopathe narcissique.

« Qu'aurais-je à y gagner ? » Me questionna-t-il finalement, tout à fait conscient qu'il ne sortirait pas d'ici vivant, à moins que je commette une erreur.

« Quelques heures de souffrance en moins ? »

Ma réponse parut l'amuser, pour une raison qui m'échappait.

« D'après ce qu'en dit ce cher Jack, le cannibale n'est pas du genre à torturer. Que va-t-il me faire ? M'injecter quelques produits bien choisis qui seront censés délier ma langue, mais qui me donneront surtout l'impression de planer complètement ? C'est tout à fait insurmontable, en effet. » Se moqua-t-il. « Vous, en revanche, c'est différent. Jack m'a aussi parlé de votre don. »

Il insista sur le dernier mot, comme s'il voulait dire « malédiction », en réalité. À une époque, je l'aurais approuvé. Aujourd'hui, je ne savais plus trop. Après tout, sans ça, je n'aurais jamais connu Hannibal. Jack non plus, d'ailleurs. Ma vie n'aurait tout simplement pas été la même. Pouvait-on parler de malédiction, dans ce cas-là ?

« Quel est le rapport ? » Le questionnai-je.

« À mon avis, si je craignais de souffrir, c'est de vous que je devrais me méfier comme la peste. »

Je ne pris pas la peine de nier. Le voir agoniser me ferait très plaisir, en effet. Il y avait chez cet homme quelque chose qui me poussait à la violence. L'arme dans ma main me rebutait. Je n'aimais pas l'idée de m'en servir. Peut-être pourrais-je monter chercher un couteau dans la cuisine ? Mais le regard de Ditlev m'en dissuada. Il brillait de satisfaction, comme si c'était exactement ce qu'il voulait. Que je m'absente ou que je montre l'envers de ma gueule d'ange, probablement les deux. Je n'allais pas lui donner ce plaisir. Dieu seul savait ce dont l'homme était capable, si on lui en donnait l'occasion. Je restai donc bien campé sur ma marche, en jouant avec le cran de sûreté du pistolet.

Hannibal rentra après ce qui me sembla une éternité. Je n'avais aucun moyen de savoir combien de temps s'était écoulé, mais le jour perçait par la porte de la cave laissée ouverte. Hannibal descendit les marches et parut soulagé de me voir en vie. Il était temps qu'il arrive. Ditlev n'allait pas bien, même s'il ne se plaignait pas et je commençais à me sentir claustrophobe.

Il passa à côté de moi et posa un sac à dos au sol avant d'en sortir des poches de perfusion, des fioles, des seringues. Avait-il dévalisé un hôpital ? Me demandai-je de nouveau. Il se concentra ensuite sur les dosages, durant de longues minutes de silence, où Ditlev suivait chacun de ses mouvements, comme s'il savait très bien ce qu'il en était.

« Ce que l'on appelle communément le sérum de vérité, n'est en réalité qu'un simple barbiturique. Il déprime le système nerveux central, un peu comme si le cerveau se mettait en veille, entraîne une hypotonie musculaire, et à trop forte dose, une détresse respiratoire. Il interfère également avec la capacité de jugement et les fonctions cognitives supérieures. Le sujet devient incapable de cacher ses émotions et très sensible à la suggestion. » Expliqua Hannibal, tout en injectant quelque chose dans la perfusion de Jack.

Il semblait décidé à ignorer l'état de Ditlev. Mais, après tout, le soigner reviendrait à lui laisser la possibilité de se reprendre et de contre-attaquer. Une jambe cassée n'allait pas le tuer. Hannibal planta ensuite une seringue dans le bras de Ditlev, alors que je le tenais fermement. Il devint immédiatement plus docile. L'effet était rapide et plutôt impressionnant. Alors que la tête de Jack reposait sur son torse, comme s'il était inconscient.

« Tu ne leur as pas donné la même chose. » Compris-je.

« Non. Nous devons les traiter l'un après l'autre. Le thiopental peut rendre les sujets agités. Donc, Jack va faire une petite sieste pendant que nous parlerons avec notre nouvel ami. »

En disant cela, il sourit en coin, en regardant Ditlev.

Soit l'homme était habitué au produit – ce qui ne serait pas si étonnant – soit son choc à la tête était plus grave que je ne le pensais. Quoi qu'il en soit, son discours resta décousu, il mélangeait le réel et l'imaginaire, le passé et le présent, révéla des choses très intimes sur lui-même, mais qui ne répondaient absolument pas à nos questions. Au moins, nous savions maintenant qu'il travaillait seul et qu'il était Danois. Ce qui pouvait vouloir dire que personne ne le rechercherait, mais ce n'était pas une certitude. Il avait un passé trouble, un certain nombre de cadavres dans le placard, mais rien ne le reliait à Jack. Au bout d'une heure, Hannibal laissa tomber et l'anesthésia pour le faire taire. L'homme commençait sérieusement à délirer et son flot de paroles sans discontinuité devenait insupportable. Il retomba endormi sur le lit de camp et ne bougea plus.

Le silence retomba, assourdissant, et Hannibal retourna vers Jack. Il injecta de nouveau un liquide dans sa poche et instantanément, Jack se réveilla en sursaut, en respirant comme s'il paniquait. De l'adrénaline, compris-je. La sensation n'était pas agréable du tout. Puis, il regarda Hannibal lui administrer le Penthotal, en se débattant sur son fauteuil, avant de se détendre à nouveau. Son regard devint vide, lointain, il sembla tout à coup ne plus nous voir.

« Jack, vous m'entendez ? » Lui demanda Hannibal, en lui donnant une légère gifle.

Crawford fit un effort pour se refocaliser sur ce qui l'entourait.

« Oui. » Souffla-t-il.

« Nous voulons seulement vous aider, Jack. »

Hannibal recommença de la même manière, suggérant que nous ne lui voulions aucun mal.

« Il faut que je sorte d'ici. » Articula difficilement Jack.

« Vous sortirez. Mais j'ai d'abord besoin de savoir si quelqu'un d'autre sait que vous êtes là. »

« Vous allez lui faire du mal aussi… » Murmura-t-il, en perdant de nouveau sa concentration.

Il y avait donc une autre personne ? Ou pensait-il parler de Ditlev ? La phrase avait été prononcée comme si l'idée le peinait. Était-il attaché au Danois ?

« Non, Jack. Nous voulons simplement savoir qui prévenir, pour que l'on vienne vous chercher. Vous êtes malade, il faut que quelqu'un s'occupe de vous. »

Jack sembla revenir dans le monde réel quelques secondes et regarda Hannibal comme s'il allait soudainement le sauver. Mon mari était bon à ce jeu, il n'y avait rien à redire.

« Oui, vous avez raison. Je ne me sens vraiment pas bien… »

Si sa peau foncée pouvait verdir, j'étais sûr qu'elle aurait pris la teinte d'une belle pomme granny bien mûre, car une seconde après, il vomit aux pieds d'Hannibal qui recula d'un pas ou deux.

« Est-ce normal ? » Demandai-je. Il ne faudrait pas qu'il nous lâche avant d'avoir parlé.

« Il tolère difficilement le produit, mais cela ne fait qu'augmenter la sensibilité à la suggestion. » M'expliqua-t-il. « Jack. Comment s'appelle cette personne ? Pour que nous puissions la contacter. »

« Alana… » Je lançai un regard surpris à Hannibal. « … L'aime bien. »

« Alana apprécie cette personne ? C'est bien cela ? Donc elle la connaît ? »

« Oui. » Fut la seule réponse de Jack, avant qu'il ne se perde de nouveau dans ses pensées.

« Jack, restez avec moi. J'ai besoin de savoir comment cette personne se nomme, vous comprenez. Je ne voudrais pas déranger le Docteur Bloom avec cette histoire. À moins qu'elle sache, elle aussi, que vous êtes ici. »

« Non ! » Hurla Jack, avant d'éclater de rire, me faisant sursauter. « Vous auriez vu sa tête, à mon enterrement. » Dit-il, comme si l'image était désopilante, avant de soudainement se mettre à pleurer. « Laissez-moi tranquille… »

« Jack, encore un petit effort. Dites-moi simplement qui je dois chercher. Après, vous pourrez dormir. » Promis Hannibal, en s'accroupissant à sa hauteur.

Instinctivement, je me rapprochai aussi, au cas où, si bien que j'entendis distinctement le nom qu'il prononça. Deux mots qui allumèrent une pièce dans mon palais mental. Une pièce que je n'avais pas visitée depuis une éternité. Je pus presque voir clairement l'amphithéâtre même avec les paupières ouvertes, sentir l'odeur du vieux bois, la texture de mon bureau sous mes doigts. Entre les rangées vides, elle était là.

Hannibal posa sa main sur mon épaule, pour m'ancrer avec la réalité. Je croisai son regard teinté d'inquiétude et de curiosité mêlées, quand il me posa la question.

« Will, qui est Clarice Starling ? »