XLVI

Who is in control?

Note de l'auteur : Beaucoup d'interrogations dans ce chapitre, ainsi qu'une page qui se tourne définitivement. Beaucoup vont sûrement se demander si les avertissements de Jack sont fondés et je ne dirai rien ! XD Ne m'en voulez pas de m'arrêter là, j'estimais simplement que la suite de la scène de fin n'avait pas sa place dans ce chapitre. Bonne lecture !

Filou : Ne t'excuse pas ^^ Tu lis et tu commentes quand tu peux/veux ;) Merci pour tes compliments. Un film?! Carrément XD Tu sais que c'est Bryan surtout qui dans l'idée de réunir Will et Clarice sur un écran, dans la saison 4 ^^

Fannibal : C'est le but que tu te poses des tas de questions XD Et j'adore le personnage de Clarice personnellement, donc il ne faut pas s'attendre à ce que je l'expédie en deux coups de cuillère à pot.

Crystal blue : Écoute. Tu n'as pas de compte et ceci est ma seule manière de te répondre. Crois-le, cela ne me réjouit pas de la faire aux yeux de tous, mais tu m'y obliges. J'ai bien compris que tu étais sûrement très jeune et je trouvais tes reviews mignonnes et marrante au début. Sauf que depuis la publication de mon dernier chapitre, il s'est écoulé plusieurs jours, car j'ai été très occupé, et à présent, je me sens franchement harcelée. C'est un mot grave, mais pardon, parfois jusqu'à 5 reviews par jour, c'est du harcèlement. J'ai une vie à côté de mes fics et ces derniers temps elle est loin d'être rose, je subis beaucoup de pression et je n'ai aucune envie de recevoir une avalanche d'injonctions m'ordonnant de poster un chapitre de manière plus ou moins vindicative. Relis-toi objectivement et tu comprendras où je veux en venir. Fais très attention au pouvoir des mots, tu ne sais jamais comment ils vont être interprétés. Je suis consciente que tu n'es pas une mauvaise personne et que tu ne vois pas à mal, mais il faut que tu prennes réellement conscience que de ce que tu fais (au cas où tu le ferais à d'autres qui pourraient encore plus mal réagir on ne sait jamais). Et en sachant que ceci est donc ma seule manière de te répondre, non, je ne te donnerai ni mon âge, ni mon Skype. J'ai pour habitude de garder une certaine distance avec les lecteurs, que je pense indispensable pour ne pas se laisser submerger. Certaines étaient déjà des amies AVANT de lire cette fic, ce n'est donc pas la même chose, c'est pour cela que leurs reviews peuvent te semblaient très familières. Mais je n'échange certainement pas mes coordonnées (skype, fb, n° de tel) là où tout le monde peut les lire et avec des gens que je ne connais pas, à moins d'avoir immédiatement de vrais atomes crochus, ce qui reste rare. Je n'ai rien contre toi et je te remercie néanmoins pour ton enthousiasme et tes compliments. Mais je te demande gentiment d'arrêter d'exiger de moi un nouveau chapitre, tous les jours, plusieurs fois par jour et d'inonder ma boîte mail.


La nuit tombait doucement à travers la fenêtre. Je me tenais devant la baie vitrée du salon, dans le noir, mon regard perdu dans le bois qui s'étendait derrière la maison. Dans la cave, le calme régnait depuis quelques heures. Nous avions séparé Jack et Ditlev, chacun dans une des deux pièces, et Hannibal s'était décidé à soigner convenablement la jambe abîmée du Danois. Même moi, j'étais capable de voir qu'il aurait certainement boité le restant de ses jours, s'il était sorti d'ici vivant. En l'occurrence, il n'aurait pas à supporter cette souffrance. L'homme m'intriguait réellement, mais ce qui piquait d'autant plus ma curiosité, c'était le rapport entre toute cette histoire et l'élève modèle qu'était Clarice Starling.

Nous avions longuement discuté d'elle, après qu'Hannibal ait administré un calmant à Jack. Même si mes informations sur elle se limitaient à pas grand-chose.

Je me souvenais très bien d'elle, même si notre dernière entrevue datait de plusieurs années maintenant, à l'époque où j'étais encore son professeur. Une jeune femme brillante, aux origines aussi modestes que les miennes et qui semblait vouloir en découdre avec le monde entier. Je ne la connaissais pas vraiment, puisque je ne fréquentais pas mes élèves en dehors de mon cours, mais elle me laissait le souvenir de quelqu'un de remarquable tout en étant discrète. Un physique à la fois banal et tout ce qu'il y avait de plus attirant, un charme qui n'avait besoin d'aucun artifice pour opérer sur ses camarades masculins, un esprit vif et une intelligence particulière. Elle posait souvent des questions très pertinentes.

Ce qui m'échappait encore, c'était pourquoi Jack, parmi toutes les personnes disponibles, avait choisi un jeune agent fraîchement sorti de l'école comme gardien du secret de sa survie, ainsi que de la nôtre. Il restait toujours la possibilité qu'il ne lui ait pas dit qui il traquait, qu'elle sache simplement qu'il était vivant et à la poursuite de quelqu'un. Mais je n'y croyais pas trop. Peut-être lui avait-il laissé des instructions précises, comme une police d'assurance. Peut-être devait-elle donner l'alerte si Jack ne lui téléphonait pas au bout d'un certain temps et rendre notre existence publique. Dans ce cas, Interpol nous traquerait et nous ne serions plus en sécurité nulle part, à moins de nous exiler en Inde ou au fin fond de la Sibérie. Cela voudrait dire recommencer à zéro ailleurs et passer notre temps à regarder par-dessus notre épaule. Une semi-liberté en somme, une vie en sursis. Jusqu'à maintenant, nous devions notre survie au fait que tout le monde nous croyait mort et que personne ne nous cherchait. Mais nous étions dans l'erreur, car Jack savait. Et maintenant, nous devions découvrir si Starling savait également et, dans ce cas, l'éliminer proprement. Sauf que, si elle était gentiment restée bien au chaud à Baltimore, elle serait inatteignable. Nous devions espérer qu'en digne tête brûlée qu'elle semblait être à l'époque, elle ferait cavalier seul et viendrait chercher Jack par elle-même. Un déplacement qu'elle aurait des difficultés à justifier à sa hiérarchie, néanmoins. C'était également pour cela que je ne comprenais pas pourquoi Jack l'avait choisie, puisque à l'évidence, elle n'avait que très peu de pouvoir exécutif.

Maintenant que j'y repensais, j'avais pu constater qu'elle vénérait également Jack comme Dieu le père, quand il venait me rendre visite à la fin de mes cours. J'en avais déduit, à ce moment-là, que le sien devait être mort ou démissionnaire. L'expérience m'avait appris que les femmes n'arrivaient jamais dans des institutions comme le FBI par hasard. Là où les hommes suivaient les traces du paternel ou avaient simplement la vocation de jouer les cow-boys, les jeunes filles qui atterrissaient sur les bancs de cette école avaient souvent des choses à prouver, ou à fuir, quand ce n'était pas les deux en même temps. Il me semblait me souvenir que Jack m'avait dit, une fois, que Starling en avait plus dans le pantalon que certains agents chevronnés de sa connaissance. Dans tous les cas, s'il l'avait désignée comme son seul allié au Bureau, c'était certainement pour de bonnes raisons. Elle était dangereuse. La sous-estimer par rapport à son jeune âge et son manque d'expérience serait une grosse erreur.

Cependant, attendre et voir si la gendarmerie française allait nous tomber sur le coin de la gueule au détour d'une rue n'était pas une option. Nous étions face à un dilemme. Relâcher Jack et le suivre, pour voir ce qu'il ferait – après tout, il ne connaissait ni notre adresse sur Paris, ni les noms que nous utilisions, et ne pouvait pas faire appel à la police pour l'aider – ou s'en tenir au plan initial et le tuer, en s'attendant à des représailles. Si Hannibal avait été seul, il l'aurait certainement égorgé, avant de monter dans le premier avion en partance à Charles-de-Gaulle. Mais il ne l'était plus et j'avais la désagréable impression que ma présence dans sa vie faussait parfois son jugement et le faisait remettre en question des solutions qui auraient pourtant réglé nos problèmes plus rapidement. Mais, il y avait les chiens, pour ne citer qu'eux. Le fait que nous soyons deux, et donc plus remarquables. Sans compter qu'il était toujours taraudé par la peur que je décide de partir si la situation devenait trop oppressante. Ce que je ne ferai pas, bien évidemment. Mais on ne débarrasse pas un homme de plusieurs décennies de réflexes de survie et de méfiance en claquant des doigts.

Hannibal me protégeait depuis que nous avions mis les voiles. Buenos Aires avait été notre havre de paix, Paris la ville qui nous avait vus nous unir. Il construisait des forteresses autour de nous pour que je m'y sente en sécurité et s'occupait de tout dans l'ombre. Cela devait être une pression énorme, même pour lui et il était temps qu'il me laisse le décharger d'une partie de ce poids. Je n'avais pas besoin qu'il me fasse croire que tout allait pour le mieux, d'autant plus que ça ne fonctionnait pas. Je ne relâchais jamais mon attention. Il n'était pas le seul à trimballer derrière lui des années de conditionnement. Ma nature m'avait toujours poussé à ne faire confiance à personne et à m'isoler du reste du monde. Mais maintenant nous arpentions cette route à deux. Ce que, lui comme moi, n'avions pas l'habitude. Les longs mois écoulés n'avaient pas réussi à ébranler les solides fondations de nos existences. Nous nous faisions mutuellement confiance, mais refusions toujours de nous appuyer complètement l'un sur l'autre. Et cela devait changer.

L'atmosphère de la pièce se modifia imperceptiblement. L'odeur cuivrée du sang chatouilla mes narines. Dans le reflet de la vitre, je vis la silhouette d'Hannibal s'approcher de son pas félin. Immobile, je le laissai venir à moi. Deux mains chaudes se posèrent sur ma taille, un torse puissant épousa les formes de mon dos, deux lèvres possessives se posèrent sur ma nuque. Je relâchai mon souffle et me reposai contre lui, en repensant à la réflexion que je venais de me faire. M'appuyer entièrement sur lui ne me demanderait pas beaucoup d'effort. Alors pourquoi ne le faisais-je pas ?

« Comment va Ditlev ? » Demandai-je.

« Sa jambe ne s'infectera pas. » Répondit-il, comme si j'avais précisément posé la question.

Cette manière qu'il avait de lire entre mes lignes.

« À quoi penses-tu, seul dans le noir ? »

« Cette histoire ne me plaît vraiment pas. Il y a trop d'inconnues et je n'aime pas ça. Où se trouve Starling ? Quel sera son prochain mouvement ? Devons-nous craindre qu'elle prévienne d'autres personnes ? Sait-elle que Jack est à Paris ? »

« Il ne sert à rien de te torturer avec ces questions. Elles trouveront une réponse très bientôt. Si Jack a prévu quelque chose avec cette jeune femme, c'est sûrement déjà en marche, ou ça le sera dans peu de temps. Concentrons-nous plutôt sur les choses sur lesquelles nous pouvons agir. Si elle vient jusqu'ici, nous devons nous tenir prêts, tout en donnant l'impression de ne rien savoir. »

« Tu veux que l'on rentre simplement chez nous et que l'on reprenne notre vie comme si rien ne s'était passé ? » M'étonnai-je, en me tournant vers lui pour poser ma joue sur son torse.

Quand il me répondit, sa voix résonna à mon oreille dans sa cage thoracique.

« Si elle est aussi intelligente que tu le dis, elle ne s'approchera de nous seulement si elle est certaine d'avoir encore un coup d'avance. Il ne faut pas qu'elle pense que nous l'attendons, et même, qu'elle doute que nous soyons responsables de la disparition de Jack. Et quand elle frappera, nous serons parés à la recevoir. »

« Tu n'as pas peur d'elle. » Constatai-je.

« Je n'ai peur de personne. La peur fait prendre de mauvaises décisions. »

Nous restâmes un instant d'éternité, enlacés alors que la Lune se levait.

« Fais-moi une promesse, Will. »

« Non. »

« Tu… »

« Non, si tu te fais prendre, je ne fuirai pas en te laissant derrière. » Dis-je, en relevant la tête pour le regarder dans les yeux.

Même s'il me dépassait d'une tête, ma détermination ne faiblit pas.

« Le ferais-tu, à ma place ? » Le provoquai-je.

Son silence fut une réponse en soit.

Le lendemain, notre décision était prise. Nous n'allions pas nous attarder ici. Notre semaine de « vacances » arrivait à son terme et nous devions nous débarrasser définitivement de nos invités.

Une part de moi, infime mais bien présente, répugnait toujours à tuer Jack. Il représentait un tournant de mon existence. Parce qu'il l'avait parfaitement compris et à cause de ça, Hannibal semblait tenir à ce que je le fasse moi-même, comme on ferme une porte ou qu'une boucle se boucle. Ce meurtre n'appartenait qu'à moi.

Nous descendîmes à la cave alors qu'il était encore tôt. Ditlev réagit à peine en nous voyant arriver, dans un état second. Cela était presque dommage. Vu les capacités de l'homme, s'il n'était pas du genre à retourner sa veste pour être toujours du côté des gagnants, il aurait pu nous servir. Malheureusement pour lui, il en savait beaucoup trop et n'était pas fiable. Quand on menait ce type de vie, on acceptait aussi de tomber un jour sur plus coriace que soi.

Je lui accordai à peine un regard, Hannibal se chargerait de lui, et j'entrai dans la pièce où se trouvait Jack. Il leva ses yeux sur moi, alors que je fermai la porte derrière moi. Nous étions seuls et je n'avais pas d'arme. Je ne me voyais pas le tuer autrement qu'avec mes mains. Son regard paraissait beaucoup plus alerte, éveillé. Hannibal avait dû baisser la dose de narcotiques, pour qu'il soit tout à fait conscient de ce qui allait se passer. Je fis un pas vers lui, puis deux, jusqu'à entrer dans le halo de l'ampoule nue qui éclairait faiblement les lieux.

« Tu ne vas pas faire ça, Will. » Chuchota-t-il, en me fixant toujours.

« Ferme-la. »

Ma voix claqua dans l'espace réduit.

« Tu peux encore tout arrêter, il n'est pas trop tard. Je suis prêt à témoigner en ta faveur, si tu plaides… »

« Je t'ai dit de la fermer ! » Hurlai-je, avant que mon poing droit percute sa joue dans un craquement sinistre.

Venait-il de mes phalanges ou de sa mâchoire ? La douleur qui irradia ma main et mon avant-bras avait quelque chose de jouissif, presque apaisant. Il releva sa tête vers moi en léchant sa lèvre ouverte qui saignait abondamment.

« Crois-tu réellement que je l'enfoncerais pour sauver ma peau ? Que me resterait-il à sauver, s'il n'était plus là ? Nous nous appartenons, Jack. Corps, cœurs et âmes. Que serait ma vie sans lui ? Qui a fait le plus de choses pour moi ? Toi, qui t'es servi de moi ? Alana, qui a joué avec mes sentiments ? Molly, ma propre femme, qui m'a regardé comme si j'étais un monstre ? » Demandai-je de manière rhétorique. « Ne prends pas la peine de répondre, Jack. C'est inutile. Nous avons suffisamment discuté. Et ce n'est pas ce dernier sursaut de rébellion qui va changer quoi que soit. Tu as fait l'erreur de te croire plus malin que le Diable. Mais ne t'en fais pas, nous nous occuperons de Clarice Starling comme il se doit. »

Le nom de sa protégée le fit se débattre sur son fauteuil, l'air en colère et effrayé.

« Laissez-la tranquille ! »

« Il ne lui arrivera rien, si elle reste bien sagement à Baltimore. Mais, puisqu'elle t'a choisi comme mentor… Parce que c'est ce que tu fais, n'est-ce pas, Jack ? Elle aussi, tu l'as convaincue qu'elle ne devait reculer devant rien pour débarrasser le monde d'Hannibal Lecter ? Quel est le plan, Jack ? Elle aussi, tu lui as demandé de le séduire, comme tu l'as fait avec moi ? »

« Je ne t'ai jamais demandé de… »

« Ah non ? Et que penses-tu qu'il s'est passé exactement ? Comment appelles-tu le fait de lui faire croire qu'il m'obsédait, que j'avais finalement compris que j'étais comme lui et que je voulais m'enfuir avec lui ? Que devait-elle faire ? Nous approcher, faire notre connaissance et gagner notre confiance et notre affection ? »

« De quoi as-tu peur, Will ? Qu'Hannibal s'intéresse un peu trop à son nouveau jouet ? »

Il souriait de ses dents ensanglantées. Mon poing s'écrasa de nouveau sur son visage pour effacer son rictus. Cette fois, il se pencha en avant pour cracher par terre, avant de se redresser difficilement.

« Bien sûr que tu la crains. Tu n'es pas aussi stupide que ton mari. » Dit-il en vomissant le dernier mot, comme si le prononcer lui était presque insupportable. « Tu la connais. Tu sais qu'elle est belle et très intelligente. Le genre de femme qui pourrait lui plaire et causer sa perte. »

Il devait se taire. Maintenant. Tremblant de rage, je refermai mes mains sur sa gorge. Il tira sur ses liens, se cabra sur le fauteuil au point de faire claquer les roues sur le sol, mais il n'avait aucun moyen de s'échapper et la douleur qui irradiait mon bras droit m'indifférait totalement. Sous la pression, le fauteuil finit par basculer en arrière, dans un fracas métallique. Je suivis le mouvement, sans lâcher prise, montai à cheval sur son torse, l'étouffant un peu plus sous mon poids. Derrière moi, la porte s'ouvrit dans la hâte. Le bruit avait alerté Hannibal. Mais la scène devait le satisfaire, car il n'intervint pas, resta hors de mon champ de vision, à bonne distance.

Jack se débattit encore un peu, de plus en plus mollement. Son pouls affolé ralentit sous mes doigts. Ses vaisseaux oculaires éclatèrent, ses yeux se révulsèrent dans leurs orbites, sa langue sembla doubler de volume, jusqu'à ce qu'il s'immobilise totalement dans un dernier spasme et le calme s'abattit sur moi.

Mon souffle ralentit, mon cœur aussi. Mes muscles tremblaient encore de l'effort fourni et j'avais des fourmis dans les mains où deux de mes phalanges commençaient déjà à bleuir. Je n'y accordai aucune importance.

Un pas résonna, puis deux, et une paume chaude et rassurante se posa sur mon épaule. Hannibal m'aida à me relever, avant de me guider vers l'escalier, en se mettant entre Ditlev et moi. Son meurtre n'avait pas été aussi propre que le mien, vu les gouttelettes de sang que j'apercevais à présent sur sa chemise, son visage, ses bras. Rapide, mais sanglant. À l'image de son instigateur. Je le laissai me conduire, marche après marche, appuyé sur lui, comme en dehors de mon propre corps. Jack Crawford était mort, et c'était moi qui l'avais tué.

La journée commençait à peine et plus aucune menace ne pesait sur la paisible maison de campagne. Il m'allongea donc sur le canapé, mit les Variations Goldberg de Bach et redescendit pour sûrement remettre un peu d'ordres au sous-sol. Je fermai les yeux, me laissai bercer par la musique, totalement détendu, voire euphorique. Non, définitivement, le relâcher aurait été une erreur regrettable, du gâchis.

Je sursautai quand, un temps indéfini plus tard, Hannibal s'assit à côté de moi et prit ma main pour l'examiner de plus près.

« Tu t'es assoupi. J'en déduis que tu n'as pas vraiment mal. » Dit-il, en tâtant les phalanges meurtries.

« Ce n'est qu'une égratignure. » Confirmai-je, d'une voix qui me parut étrangement légère, presque lointaine.

Je croisai son regard rougeoyant, ses pupilles dilatées. Visiblement, il avait beaucoup aimé ce qu'il avait vu. Je ne devais pas avoir l'air dans un meilleur état, quand mes yeux glissèrent sur son corps piqueté de rouge. Nous n'avions pas eu souvent l'occasion de tuer sans protection. Mais la manière dont les corps allaient disparaître nous préserverait des preuves médico-légales et nous en avions profité. Comme beaucoup d'autres choses, cela était beaucoup plus satisfaisant ainsi. Sentir la chair contre la chair, les battements du cœur, la vie qui quitte le corps. Hannibal semblait penser la même chose que moi. Il me scruta encore quelques interminables secondes, puis il me plaqua contre le divan, avant de s'emparer de mes lèvres dans une étreinte qui embrasa littéralement nos êtres.