XLVIII

It's gonna be everything you've ever dreamed

Note de l'auteur longue mais importante : Ce chapitre sera le dernier avant Noël. Je posterai de nouveau la semaine prochaine, je pense.

Il y a deux mises en place dans ce chapitre, deux parties. L'intrigue Clarice continuera bientôt, mais ici l'heure est aux intrigues secondaires. Les deux que j'installe ici, me trottent dans la tête depuis un certain temps, et je voulais vous en parler un peu avant de vous laisser lire.

La première est l'intrigue "Secrétaire". Cette intrigue est en réalité un exercice thérapeutique pour moi, conseillé par une amie. J'ai des choses à extérioriser à propos d'une personne de mon passé avec laquelle je suis dans l'impossibilité de régler mes comptes (distance géographique etc.). Cette amie m'a donc suggéré de le faire à travers un personnage que j'aurais créé. Ainsi est née Cynthia. Je vous la présente, pour le moment, de la même manière que je l'ai perçue quand je l'ai rencontré. Par la suite, sa personnalité deviendra plus complexe, comme je l'ai moi-même finalement découvert. Je tiens tout de même à ce que cette intrigue reste quelque peu humoristique, je ne compte ni m'acharner sur le personnage, ni exagérer ses défauts, ceci n'est pas une vendetta tordue.

La deuxième intrigue, que j'ai nommé "Wait and see", concerne un personnage secondaire que vous connaissez déjà et que, je l'espère, vous retrouverai avec plaisir, parce que moi, je l'apprécie beaucoup. Contrairement à la secrétaire, cette intrigue-là sera rapidement bouclée (peut-être pas définitivement, je n'ai pas encore décidé). Il s'agit simplement de savoir ce qu'il se passerait si, pour une fois, Hannibal et Will avaient à leur table quelqu'un qu'ils apprécient et qui les apprécie, mais qui ne sait presque rien d'eux. (en dehors de Nancy).

J'espère que ceux qui attendent Clarice avec impatience ne seront pas déçus, mais je compte prendre mon temps avec Mademoiselle Starling. Il faut d'abord qu'elle comprenne qu'il est arrivé malheur à Jack, qu'elle remonte sa trace, puis qu'elle trouve un moyen de venir en France. Ce qui ne lui prendra pas 2 jours, bien évidemment. Mais elle sera là bientôt ;)

Bonne lecture et bonnes fêtes de fin d'année. Passez de bons moments avec vos familles, vos amis. Amusez-vous, ne mangez pas trop et dites-moi ce que vous avez eu comme cadeaux ^^

Fannibal : C'est pour toutes ces raisons que j'ai décidé de faire un chapitre tout doux, après tout ce stress. Je suis contente si tu as aimé ^^ L'avenir leur réserve pas mal de choses. Et vraiment, Clarice ne sera pas une menace pour leur couple. Bonnes fêtes et à très vite ;)

Crystal blue : Ah? Et il avait bon goût mon chapitre? XD Manger en sous-vêtement quand il fait chaud, c'est la vie lol Moi aussi j'aimerais voir tous les dessins d'Hannibal. Il doit y en avoir tellement de Will ^^ Les chiens sont enfin de retour oui, et ils m'avaient manqué aussi. C'est ma première fic Hannigram, mais pas ma première fic tout court. J'ai beaucoup écrit sur Star Trek avant et un peu sur Sherlock et Harry Potter (dans laquelle je parle de Snape ^^ mais elle est pas toute jeune cette fic et je n'ose plus la relire XD) aussi, tu peux trouver toutes mes fics sur mon profil en cliquant sur mon pseudo. Et oui, j'ai une bêta, heureusement sinon je te raconte pas les fautes que je fais. Je ne compte pas faire un chapitre spécial Noël (parce que c'est pas Noël dans ma fic, donc ça aurait été bizarre) mais par contre, j'ai un OS crossover en cours d'écriture spécial Noël que je pense poster juste après le 25. Passe de bonnes fêtes et à très vite.


Un adage populaire disait qu'on ne savait pas réellement ce que l'on voulait, avant de le trouver. Cela s'appliquait à Hannibal comme à moi. Or, alors qu'il n'était que onze heures du matin, en ce samedi, il apparaissait évident qu'il ne cherchait pas une secrétaire. Ou alors, la définition de ce mot avait changé quand j'avais le dos tourné. Sait-on jamais, je n'avais pas ouvert un dictionnaire depuis bien longtemps.

Le secrétariat n'était pas une sinécure. Cela demandait des diplômes ou au moins une formation, et un minimum d'expérience. Hannibal voulait le meilleur, bien évidemment, et donc, les jeunes femmes et le jeune homme qui avaient défilé dans notre salon, entraient tous dans cette catégorie. Et pourtant, il les avait tous congédiés, avec l'intention manifeste de ne pas les rappeler.

Certaines étaient bien trop jolies à mon goût, en plus d'être intelligentes, et un regard échangé avait suffi pour qu'il comprenne que c'était non. Mais d'autres affichaient un physique plus banal et je ne compris pas ce qu'il leur reprochait exactement. On aurait pu même dire de l'une d'entre elle que le balai qu'elle avait dans le cul, avait lui-même un balai dans le cul, tant elle était guindée. Elle avait l'air vieille avant l'heure et absolument pas intéressée ni par lui, ni par moi. Le seul candidat masculin, quant à lui, faisait un pied de nez aux stéréotypes, avec sa carrure de camionneur, son crâne rasé et ses tatouages. Mais son profil ne fut pas retenu non plus.

Ce n'est que quand elle entra à son tour, que je compris finalement son but véritable.

Elle s'appelait Cynthia, des cheveux châtain mi-longs, des yeux noisette, chétive et un peu trop maigre. Elle marchait légèrement voûtée, comme si elle avait peur de déranger, et nous servit un sourire timide en nous tendant un CV prétendument graphique, puisque c'était le domaine dans lequel elle menait ses études. Elle cherchait un travail alimentaire, en parallèle de la fac, et le vendredi était justement le jour où elle n'avait pas cours.

Elle avait un regard plutôt fuyant, ne savait manifestement pas se mettre en valeur, et aurait vraisemblablement préféré rester aussi invisible qu'elle l'était habituellement. Cela passait certainement pour de la timidité au premier abord, mais un œil comme le mien pouvait clairement voir le mal-être qui l'animait. Cynthia n'aspirait qu'à être quelqu'un d'autre. Quelqu'un d'important, dont tout le monde se souviendrait dans plusieurs siècles, sans pour autant être capable de parler d'elle en termes élogieux. Elle était si antipathique, que même ses qualités passaient pour des défauts.

Et pourtant, Hannibal lui accorda toute son attention, posa moult questions, parfois étranges qui la mirent mal à l'aise. Il fit cependant comme s'il ne le remarquait pas et elle n'osa pas le contredire. Le constat était plutôt limpide. Cette fille ferait ce qu'on lui demandait, quand on lui demanderait, sans poser de question et sans se plaindre. Et mieux encore, elle croirait n'importe quoi, du moment qu'on lui ficherait une paix royale.

Non, Hannibal ne voulait pas une secrétaire, il voulait un joli meuble qui serait capable d'accomplir uniquement les tâches pour lesquelles il avait été acheté, et rien d'autre. Et cette jeune femme possédait le profil parfait. Un caractère faible et malléable, un manque pathologique de confiance en soi, couplés à des capacités intellectuelles légèrement supérieures à la moyenne. Un mélange explosif, qui provoquait un certain nombre de désordres psychologiques qui en feraient certainement une patiente parfaite pour lui, dans d'autres circonstances. Mais, dans le cas présent, ses déficiences psychiques allaient servir son dessein. À savoir, éviter de se retrouver avec un témoin gênant à éliminer, ou prendre le risque d'être dénoncé. Celle-ci n'irait sûrement pas un peu trop fouiller dans le frigo, ni dans la cave si un jour elle nous servait, ni dans notre vie privée. Il ne faudrait pas non plus compter sur elle pour poser trop de questions. Pour autant, elle était tout à fait capable d'accomplir le travail pour lequel elle postulait, et personnellement, elle me fit autant d'effet qu'une table en kit, avec sa maigreur maladive. Une autre carence dans sa personnalité, elle souhaitait visiblement disparaître pour de bon.

À dire vrai, elle me fit plus de peine qu'autre chose, éveillant en moi le bon samaritain. Mais, j'avais décidé que sauver les gens n'était plus mon rôle, et elle serait, de toute manière, bien mieux chez nous, qu'aux services d'un patron tyrannique qui essaierait de la sauter sur son bureau, et loin de commérages de collègues plus expérimentées qui lui diront que si elle veut trouver un mec, il faudrait qu'elle songe à s'habiller plus féminine et à se maquiller un peu. Ici, elle pourrait jouer la petite souris discrète à loisir.

Il fut convenu qu'elle travaillerait exceptionnellement cet après-midi-là, pour rattraper le retard accumulé. Et puisque Hannibal était la politesse incarnée, il lui proposa de rester déjeuner, pour lui épargner un aller-retour inutile. Proposition qu'elle tenta de décliner, arguant ne pas vouloir déranger, avant d'accepter timidement face à l'insistance de mon cher mari. Hannibal appréciait tellement avoir de nouvelles personnes à sa table. Consentantes, de préférence, et absolument ignorantes de ce qui se trouvait dans leurs assiettes.

Elle s'installa et se fit toute petite dans sa chaise. Alors qu'Hannibal nous servait, je m'occupai du vin, en lui posant les questions d'usage. Mon français devait encore s'améliorer, mais je réussis à échanger quelques phrases avec elle dans cette langue. Pour le reste, Hannibal faisait volontiers l'interprète. Malgré son jeune âge – 23 ans – elle avait déjà un certain nombre de galères à son actif. Mon empathie pour elle ne fit que s'accentuer de manière exponentielle durant tout le repas. Mais quelque chose me hérissait les poils chez elle. Quelque chose de profondément enfouit. Et je pris conscience assez rapidement que, si elle parlait beaucoup, elle ne disait pas grand-chose en réalité. Il faudrait sûrement patienter un certain temps avant de pouvoir mieux la cerner.

Quand elle eut abattu le gros du travail, elle proposa d'apporter le reste chez elle et de tout ramener le vendredi suivant. Hannibal accepta, et tant mieux, car j'avais vraiment besoin de sortir. Nous étions en milieu d'après-midi et les températures commençaient à peine à baisser. Le temps idéal pour flâner un peu.

La Place du Tertre, le marché Saint-Pierre, la Place Émile-Goudeau, puis la rue Lepic et son fameux café Les Deux Moulins où nous nous installâmes en terrasse. L'établissement ne payait pas de mine de prime abord, mais Hannibal m'expliqua qu'il était célèbre parce qu'il apparaissait dans un film français qui racontait l'histoire d'une certaine Amélie, dotée d'une imagination au moins égale à la mienne, ce qui me donna envie de le visionner.

Nous commandâmes deux verres de vin blanc frais, et je laissai ma tête basculer en arrière sur le dossier de ma chaise, pour offrir mon visage au soleil. Le quartier était animé, la chaleur un peu étouffante, mais cela faisait un bien fou de renouer un peu avec le monde extérieur et de profiter de notre temps libre.

Du coin de l'œil, je surpris Hannibal en train de m'observer et je souris bêtement.

« Tu regrettes de ne pas avoir apporté ton carnet à dessin ? » Le taquinai-je.

« Je n'en ai pas besoin. Je pourrai te dessiner de mémoire plus tard, si l'envie m'en prend. »

Mon sourire s'accentua, quand son regard fut soudainement attiré par un point par-dessus mon épaule. Je me contorsionnai pour regarder derrière moi et aperçus une personne qui m'était familière. Le jeune homme eut le temps d'arriver presque à notre hauteur, avant que je le reconnaisse.

« Ignatus ? » L'appelai-je, en me souvenant soudainement de son nom étrange.

Il s'arrêta subitement et nous regarda l'un après l'autre, en ayant un peu plus de mal à nous remettre.

« Vous êtes ce couple. Je n'oublie jamais une silhouette comme la vôtre. » Me dit-il en anglais.

Hannibal poussa du pied, la chaise entre nous deux. Le message était clair et il accepta l'invitation.

« Que voulez-vous boire ? » Lui demanda Hannibal.

« Un soda, ça ira, merci. Je supporte mal l'alcool quand il fait aussi chaud. » Répondit-il, et je fis signe au serveur qui prit la commande. « Vos vêtements vous plaisent, j'espère. » Ajouta-t-il, quand il fut servi.

« Beaucoup. Vous êtes de bon conseil. »

Un silence étrange s'installa. Ignatus était le vendeur qui m'avait conseillé avec tant de goût, mais ce fut la seule fois où nous le croisâmes et la conversation n'était pas naturelle entre nous. Principalement parce qu'il ne savait visiblement pas s'il devait se départir de la réserve due à un client, ou si nous étions plus proches de devenir amis. Je le trouvai mignon, empêtré dans cette timidité inattendue. Et Hannibal décida visiblement de le laisser venir à nous.

« Sinon, vous faites quoi dans la vie ? J'ai cru comprendre que vous n'étiez pas vraiment du coin. » Dit-il finalement.

Entrée en matière plutôt banale, mais sans risque et qui pouvait lui en apprendre beaucoup sur nous. Je laissai Hannibal répondre.

« Nous venons des États-Unis. Mais seul Will est Américain. Je suis Lituanien. »

« Je ne suis jamais allé en Lituanie. C'est un beau pays ? » S'intéressa-t-il.

« J'avoue ne pas y être retourné depuis si longtemps, que je serais bien incapable de vous décrire à quoi il ressemble à présent. »

« C'est bien dommage. Et quel est votre travail ? Vous connaissez déjà le mien, c'est votre tour. » Plaisanta-t-il, en se détendant un peu.

« Je suis responsable de la collection permanente du Musée d'Orsay et psychiatre. »

Ignatus le regarda, impressionné.

« Existe-t-il compétences plus hétéroclites ? La science et l'art mêlés. Vous êtes un homme étonnant. Et vous ? »

Il se tourna vers moi.

« Pour le moment, je profite encore de Paris, je découvre la ville, la culture. J'apprends le français. »

« Vous avez raison. Profitez de la richesse de votre mari. » Répondit-il, en se penchant vers moi, sur le ton de la confidence.

Son sourire était franc. Il plaisantait en disant cela, mais le pensait tout de même un peu. Cependant, Hannibal ne s'en formalisa pas. Il m'avait suffisamment répété que son argent était le mien et que je pouvais prendre le temps de décider quoi faire.

« Et vous ? Y a-t-il quelqu'un dans votre vie ? » Demanda Hannibal, sans préavis.

La question venait un peu trop tôt dans la conversation, à mes yeux. Mais il la posa de manière si naturelle, que le jeune homme ne s'en offusqua pas. Moi, en revanche, je m'interrogeai sur ce qu'il avait derrière la tête. Voulait-il savoir s'il manquerait à quelqu'un s'il venait à disparaître subitement ? J'espérai que non, car je n'avais aucune envie d'attenter à la vie de Ignatus. Mais il était charmant et poli. Je ne voyais donc pas où Hannibal voulait en venir.

« Malheureusement, non. Ce n'est pas l'envie qui manque, mais je n'ai pas encore trouvé la bonne personne. »

« Je suis certain que vous finirez par rencontrer cette personne. En attendant, les expériences forgent le caractère. Quel âge avez-vous ? »

Une étrange lueur passa dans les yeux bleu clair de Ig, et je craignis subitement de comprendre où Hannibal voulait en venir.

« J'ai 24 ans et quelques expériences assez décevantes. » Avoua-t-il sans détour, et je trouvai qu'il avait de cran.

Cela me fit sourire.

« Vous êtes visiblement plus mature que votre âge le laisse supposer. Je ne suis pas étonné que vous soyez souvent déçu, si vous vous cantonnez aux hommes de votre génération. »

« Qui vous a dit que j'étais homosexuel ? C'est parce que je travaille dans la mode ? Je vous aurais pensé au-dessus de ce genre de clichés. » Répondit-il du tac au tac, mais sans cesser de sourire amicalement.

Il appréciait la joute verbale apparemment et moi, je prenais plaisir à les observer, surtout quand Hannibal lui répondit avec ce regard qui disait ouvertement : « Bitch, please. »

« Veuillez m'excuser, loin de moi l'idée de me fier aux stéréotypes. Cela vient plutôt de la manière que vous avez de regarder mon mari. » Contre attaqua-t-il, et je me retins de rire.

Ainsi, le problème venait de là. Étrangement, Hannibal semblait le prendre à la légère. Il fallait dire que le jeune homme n'était pas une grande menace. Ce n'était pas comme s'il faisait le poids. Mais mon cher et tendre avait déjà tué pour moins que ça. J'attendis donc la suite, mais c'est ce moment que choisit Ignatus pour s'éclipser aux toilettes. À peine eut-il passé la porte du bar, que je me penchais sur Hannibal.

« À quoi joues-tu ? »

« Ce jeune homme a de la répartie. Je l'apprécie. Et toi aussi. »

« Je ne le connais même pas. Comment peux-tu affirmer une telle chose ? Je n'avais même pas remarqué qu'il me regardait d'une certaine manière. »

« Parce que malgré ton don, tu n'as jamais su voir quand on te draguait, Will. Ni quand cela venait de Alana, ni quand cela venait de moi. »

« Ce n'est pas vrai. » Niai-je, avant de boire une gorgée de vin, pour me donner une contenance.

« Bien sûr que si. » Insista-t-il.

« Et quel est le but de ton petit jeu ? Le mettre si mal à l'aise qu'il priera pour ne plus jamais nous croiser ? »

« À la base, peut-être. Mais plus maintenant. Il a su me surprendre, il ne manque pas de courage. Cela m'intrigue. Je suis curieux de savoir ce qu'il se passerait si nous l'invitions à dîner chez nous. »

« Si tu veux qu'il accepte, commence par arrêter de lui lancer de piques. » Lui conseillai-je, en vérifiant que Ig ne revenait pas encore.

« Cela signifie-t-il que tu es curieux aussi ? » Je levai les yeux au ciel, en lui faisant comprendre qu'il avait gagné. « Je suis sûr qu'il acceptera l'invitation, juste pour le plaisir de me provoquer. Tu lui plais et je l'intrigue. »

« Et quand nous l'aurons à notre table, que ferons-nous ? »

« Nous ? Rien. C'est lui qui finira par agir d'une manière ou d'une autre. »

« Je t'avoue que j'apprécierais qu'il reparte vivant. Si tu n'y vois pas d'inconvénient. » Précisai-je, à voix basse pour ne pas être entendu de nos voisins de table.

« Tu as ma parole. » M'assura-t-il, alors que le jeune homme revenait.

Il se rassit, toujours souriant. Ses cheveux d'un blond presque blanc brillaient au soleil.

« Voudriez-vous venir dîner chez nous, ce soir ? » Lui demanda Hannibal, sans transition.

« Le voir cuisiner est un véritable plaisir pour les yeux. » Ajoutai-je, pour l'appuyer.

« Décidément, vous êtes un homme plein de surprises. Je ne voudrais pas rater ça. »

Ses yeux bleus étaient rieurs, son sourire canaille. Il ne savait pas où il allait mettre les pieds, mais ne semblait pas y accorder de l'importance. Hannibal fouilla dans son sac et en sortit une carte de visite avant de la poser sur la table. Le rectangle en carton brillant était à son image. Blanc, avec une sobre écriture noire qui annonçait simplement sa profession de psychiatre, ainsi que notre adresse et le numéro de la ligne de son bureau. Ignatus le prit, lut rapidement les informations et l'empocha.

« Nous allons faire quelques courses et je vous propose de venir pour 19 heures. » Conclut Hannibal, en faisant signe au serveur pour payer l'addition.

« Dois-je porter quelque chose en particulier ? »

« Venez comme cela vous plaira. J'ai confiance en votre bon goût. »

Le compliment fit rosir ses joues rondes comme deux fruits mûrs, et je me retins de rire de nouveau. Combien de fois Hannibal m'avait-il complètement déstabilisé avec ce type de phrases à la signification incertaine ?

Hannibal se leva alors, sans attendre de réponse, et je l'imitai.

« À ce soir, Ignatus. » Dis-je, en lui serrant la main.

Elle était plus petite que la mienne, mais douce, tiède, et les ongles bien entretenus. Il avait une poigne plus ferme que ne le laissait imaginer sa silhouette fine et élancée, presque féminine.

« Oui, et merci pour l'invitation, c'est très gentil. »

« Une dernière chose. » Le retint Hannibal, alors qu'il allait partir. « Mangez-vous de la viande ? »

« Bien sûr ! Un vrai carnivore. » Répondit-il, avec enthousiasme.

« Parfait. »

Je savais exactement ce qu'Hannibal avait en tête. Il comptait pousser notre nouvel ami dans ses retranchements, pour voir jusqu'où il serait capable d'aller, sans pour autant initier le moindre geste. S'il se passait quoi que ce soit, ce ne serait pas du fait d'Hannibal. Pas directement.

Il aimait ça. Provoquer des événements et voir ce qu'il se passait ensuite. Je l'avais compris il y a bien des années maintenant. Je m'y étais même essayé avec Chiyoh, en Lituanie. Mais c'était la première fois que nous allions le faire à deux.

Le temps nous manquait si nous voulions être à l'heure – ne pas l'être ne figurait tout simplement pas dans les options d'Hannibal – il proposa donc que nous nous séparions et me donna une liste de divers articles à acheter. Je le soupçonnai de préparer quelque chose, et il savait que je le savais, mais il n'en fit pas mention et partit de son côté. Je décidai d'attendre et de voir, cela était bien plus intéressant. Comme il le disait, il ne faut pas demander ce qu'il y a au menu, cela gâche la surprise.

Un peu plus tard, ce soir-là, tout était prêt quand Ignatus sonna à la porte. Les chiens aboyèrent et s'agglutinèrent autour de moi devant l'entrée quand j'allai ouvrir. Le jeune homme sembla surpris d'en trouver autant, quand il entra.

« Ils sont tous à vous ? » Me demanda-t-il, impressionné.

« Oui. Je suis légèrement obsédé par les chiens. » Avouai-je.

« Et votre mari l'accepte ? Je ne sais pas pourquoi, j'ai du mal à le voir en amoureux des animaux. »

Ce gamin avait décidément beaucoup trop d'instinct. Enfin… Le « gamin » n'en avait plus vraiment l'air, dans son costume gris perle, dont il avait dû économiser chaque centime et qui venait sûrement de la boutique où il travaillait. Je m'en voulus immédiatement, avant de remarquer les légères traces d'usure sur le tissu. Il en prenait grand soin, mais rien n'était éternel. Ce qui voulait dire qu'il n'avait pas fait cette folie juste pour venir nous voir, et cela me soulagea. Hannibal pouvait parfois pousser les gens à certaines extrémités pour lui plaire ou l'impressionner. Et Ignatus avait sorti ses plus beaux apparats, pour paraître moins modeste que le petit vendeur qu'il était. Vraiment beaucoup trop d'instinct.

« Disons que je m'y suis résigné. »

La voix d'Hannibal me ramena au présent et me sortit de mes pensées. Je levai les yeux au ciel, alors qu'il saluait notre invité avant de l'inviter à le suivre.

« Il adore ces bêtes, mais ne l'avouerait pas, même sous la torture. » Chuchotai-je.

« J'ai entendu ! » Cria-t-il depuis la cuisine.

Et Ignatus éclata de rire. Un son clair et franc qui se répercuta sur les murs, jusque dans mes os. Un ange foulait du pied l'antre du Diable, et je me jurai, à ce moment-là, que s'il devait y perdre des plumes, elles ne seraient pas ensanglantées.