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The only heaven is when I'm alone with you
Note de l'auteur : Commençons par les trucs chiants. Vous l'aurez peut-être remarqué, depuis quelques jours, le site fonctionne mal. Par exemple, je reçois les mails de vos reviews, mais je ne peux ni les lire, ni y répondre (cela s'applique aussi aux guests, désolé, pas de message pour vous cette fois-ci). Donc ne vous inquiétez pas, je ne suis pas décédée et je prendrai le temps de répondre quand ce sera réparé.
Maintenant, j'aimerais parler de la fic en général et de ce chapitre en particulier. Je ne m'en cache pas, je suis le genre d'auteurs qui aiment enterrer des mines dans tous les coins et les faire exploser à retardement. Vous l'avez sûrement déjà compris. Mais, et ce n'est pas la première fois que je le dis, il y a une chose qui est inébranlable dans cette histoire. Alors, pour ceux et celles qui sont adeptes de la théorie du complot, écoutez bien : Personne ne se mettra entre Will et Hannibal. Ni Ignatus, ni Clarice, ni Murasaki, et encore moins cette foutue secrétaire. PERSONNE! Vos reviews me font toujours beaucoup rire, mais pour votre propre santé mentale et pour ménager vos petits cœurs, arrêtez de vous inquiéter dès qu'un personnage s'approche d'un peu trop près. Oui, on essaiera de les séduire. Oui, certains tenteront possiblement de les séparer. Mais personne ne va réussir. Et dans ce chapitre, peut-être plus que dans tous les autres, vous pourrez constater qu'Hannibal et Will sont mieux seuls, tous les deux. J'espère d'ailleurs que vous apprécierez cette scène quelque peu fantasmagorique.
Pour la scène de fin, pour celles et ceux qui n'ont pas vu le film auquel je fais référence (Je vous mets le titre en note de fin, pour ne pas spoiler) je vous le conseille. Il se laisse regarder et il est bien sympathique, sans être un chef-d'œuvre. Pour les autres, qui comprendront vraiment la référence, sachez que c'est juste pour le plaisir. Ce n'est pas le début d'une intrigue et ça n'aura aucune conséquence sur la suite. J'ai juste pensé à ça la dernière fois, parce que j'ai beaucoup aimé cette scène du film.
J'espère que vous avez passé un bon nouvel an. Bonne année et bonne lecture !
Lady Murasaki était rentrée chez elle, avec Chiyoh et quelques promesses dans sa poche. Celle de revenir, celle d'une visite prochaine de notre part, celle de ne pas être mêlée à nos histoires, et bien d'autres choses encore qui me laissaient cette impression d'ambivalence. La tante d'Hannibal était une femme fière, belle, impétueuse, orgueilleuse et humble en même temps. Et visiblement, elle m'appréciait, tout en étant sur la réserve.
Ignatus s'était assoupi sur le canapé après le déjeuner, dans ma chemise trop grande pour lui et mon jean qui descendait sur ses hanches. Ses cheveux d'un blond presque blanc brillaient d'un éclat doré sous le soleil couchant. Il respirait paisiblement, allongé sur le dos, comme si cette maison était l'endroit le plus sûr dans l'univers. Pour lui, c'était peut-être bien le cas. Hannibal avait décidé de le pousser, jusqu'à ce qu'il devienne ce à quoi il était destiné. Nous serions donc amenés à le revoir.
Je m'accroupis devant lui, avant de dégager quelques mèches de son front et d'y déposer un baiser. Il cligna plusieurs fois des paupières, comme s'il avait du mal à se rappeler où il se trouvait. Puis ses yeux se focalisèrent sur moi et il sourit.
« Il se fait tard. » Lui dis-je. « Si tu travailles demain, tu veux peut-être rentrer chez toi ? »
« Oui, merci. Je suis désolé, je me suis endormi. » Répondit-il, en se redressant.
« Ne t'excuse pas. Tu devais avoir besoin de te reposer. Nous n'avons pas beaucoup dormi cette nuit. »
« C'était une nuit fantastique. » Souffla-t-il.
« Pour moi aussi. »
« Mais… » Il hésita.
« Mais ? » L'encourageai-je.
« Je ne suis pas sûr de ce que vous attendez de moi. »
« C'est-à-dire ? Nous ne voulons rien, Ig. À part que tu sois heureux, je suppose. »
« Je veux dire… En échange de la proposition d'Hannibal, pour le Conservatoire. J'en ai plus appris sur moi cette nuit, que ces dernières années. Rien que d'y repenser… » Il rougit. « Mais, je… »
« Attends. » L'arrêtai-je. « Tu penses que nous attendons une compensation en nature ? »
Face à son air mortifié, je compris que oui, et ne pus me retenir d'éclater de rire, en m'asseyant sur le tapis.
« Je ne vois vraiment pas ce qu'il y a de drôle. »
« Ce qui est drôle, c'est que cette idée absurde ait pu te venir à l'esprit. Tu es libre de faire ce que tu veux, Ig. Tu ne nous dois rien. Si Hannibal veut te donner les moyens nécessaires, c'est par amour de l'art. Il a horreur de voir des talents gâchés… quels qu'ils soient. »
« Il l'a fait pour toi aussi, n'est-ce pas ? » Me demanda-t-il, en voyant mon regard lointain. « Quel est ton talent, Will ? »
« Je suis un empathe. J'ai le don d'incarner la personnalité des autres, de me mettre à leur place. Quand il m'a rencontré, cela était sur le point de me rendre fou. »
« Il t'a aidé à canaliser tes capacités ? »
« Je pense que l'on peut résumer les choses ainsi. »
« À t'entendre, on ne dirait pas. »
« Notre histoire est compliquée. Disons que nous nous sommes fait beaucoup de mal, avant d'en arriver là. »
« J'ai peine à l'imaginer. C'est plutôt évident que vous vous aimez plus que de raison. »
« C'est… »
« Compliqué ? »
« Oui. »
« Ce qui compte, c'est qu'aujourd'hui, vous êtes ensemble. Peu importe le prix que vous avez dû payer, ça en vaut la peine. J'aimerais tellement que quelqu'un me regarde comme il te regarde. » Conclut-il.
« Tu trouveras cette personne. Parfois… Parfois, elle est juste sous nos yeux, depuis longtemps, mais nous nous obstinons à regarder ailleurs, parce que nous ne l'acceptons pas. Garde l'esprit et les yeux ouverts, et tu remarqueras peut-être cet homme. Tu le mérites. »
Il sourit, avant de me voler un baiser et de se lever.
« Où est Hannibal ? »
« Dans son bureau. Quelquefois, il a besoin d'être seul. » Répondis-je, en le suivant.
« C'est la visite de sa tante qui l'a perturbé ? C'est une femme étrange, je trouve. »
« Ils ne s'étaient pas vus depuis plusieurs années. Ne t'inquiète pas pour lui, tout ira bien. Je veille sur lui. »
« Je n'en doute pas. Je vais monter me changer, puis je rentrerai chez moi. »
« Tu peux garder mes vêtements, si tu veux. Hannibal te fera ramener ton costume, nettoyé et repassé. Donne-moi ton adresse et ton numéro de téléphone, pour que nous puissions te recontacter. »
Il accepta et nota rapidement ses coordonnées sur un papier.
« Tu penses que je peux aller lui dire au revoir ? » Me questionna-t-il ensuite, hésitant.
« Il ne va pas te manger, tu sais. »
Il me fallut quelques secondes, avant de me rendre compte du très mauvais choix d'expression. Je dus me mordre la joue pour ne pas rire, en le guidant jusqu'à la pièce où Hannibal s'était retiré. Puis, je frappai à la porte, avant de l'ouvrir et de laisser le jeune homme entrer, en attendant dans l'encadrement.
« Je voulais te remercier et te saluer. »
Hannibal sembla sortir de ses pensées et lui sourit.
« Veux-tu que je te ramène ? »
« Non. Je n'habite pas tout près, mais c'est rapide en métro. Merci. »
Hannibal se leva et caressa sa joue, avant de déposer un baiser aérien sur ses lèvres.
« Je te recontacterai bientôt. Rentre bien. »
…
Quand il partit, le silence retomba sur la maison. Même les chiens restèrent calmement dans leur pièce. Hannibal était toujours dans son cabinet et je le rejoignis sans faire de bruit. Je poussai la porte et entrai dans la chapelle palatine que nous partagions dans nos palais mentaux respectifs. J'aimais retrouver cet endroit quand nous étions seuls. Il s'était rassis derrière son bureau, au milieu de la nef. Son fauteuil tourné vers une haute fenêtre, il regardait le soleil couchant, pensif. Je m'avançai vers lui, lentement, marchai sur le crâne qui ornait le sol, avant de m'asseoir à cheval sur ses genoux. Il referma ses bras sur moi et je blottis mon visage dans son cou en inspirant son odeur épicée. C'était comme se retrouver après une longue absence. Ce qui était absurde. Mais, ni lui ni moi, n'étions faits pour être entourés en permanence. La solitude à deux avait ses avantages.
Nous restâmes ainsi durant un laps de temps indéterminé, mais je dus m'assoupir légèrement, car quand je relevai finalement la tête, la nuit était tombée. Hannibal n'avait pas bougé, comme si à aucun moment, mon poids sur ses cuisses ne l'avait incommodé. Il m'avait gardé contre lui, me retenant de glisser et de tomber, en équilibre précaire sur le fauteuil de bureau qui n'était pas prévu pour accueillir deux personnes. Le siège sur roulettes émit un grincement sinistre, quand je tentai de corriger ma posture, et Hannibal poussa sur ses pieds pour s'avancer contre le bureau en chêne verni, avant de m'inciter à m'asseoir dessus et de se caler entre mes jambes. Ainsi, je le dépassai de quelques bons centimètres et, sans un mot, il souleva mon t-shirt pour me le retirer. Le vêtement s'échoua dans un froissement léger sur le sol en marbre italien.
Les lueurs vacillantes des cierges qui brûlaient autour de nous, se reflétaient dans ses yeux quand il les leva sur moi, avant de frotter son nez contre mon ventre et d'en humer le parfum. Ses lèvres frôlèrent ma cicatrice, y déposèrent une kyrielle de baisers. Ses dents grignotèrent l'os de ma hanche, me faisant frissonner. Mes mains mirent sa coiffure en désordre, glissèrent dans son dos par le col de son haut. Sa langue retraça la ligne noire de mes poils, jusqu'à buter contre ma ceinture qu'il défit sans se presser, avant d'ouvrir mon pantalon. Je me soulevai légèrement pour lui permettre de le retirer. Il recula, tira sur le jean et l'envoya rejoindre mon t-shirt par terre, me débarrassa de mes chaussettes et mon boxer. Je me retrouvai nu sur le meuble massif.
Le bureau d'Hannibal avait quelque chose de sacré. C'était un sanctuaire, où ses patients étaient libres de parler de ce qu'ils voulaient, dans le plus absolu respect du secret professionnel. Faire l'amour dans cette pièce, c'était comme… Faire l'amour au milieu d'une chapelle. L'acte était presque blasphématoire, et en ça, d'autant plus jouissif. Le fait qu'Hannibal soit habillé d'une façon très décontractée, ajoutait un outrage supplémentaire au tableau, rendant le résultat presque surréaliste.
Au Diable, Chiyoh, Murasaki et le monde extérieur. Clarice Starling pouvait bien venir à nous, si elle avait le courage et l'inconscience de fouler du pied le sol pavé de bonnes intentions, de l'enfer sur lequel nous régnions. Rien n'avait réellement d'importance, quand il me regardait de cette manière. Comme si j'étais l'être le plus précieux de l'univers et qu'il avait encore du mal à croire que j'étais vraiment là, offert, impatient et insatiable.
Toujours en prenant son temps, il prit un de mes mollets dans sa main, le porta à sa bouche, pour y déposer un baiser, et remonta lentement le long de l'intérieur de ma cuisse, distillant des frissons dans mon dos et des soubresauts dans mon bas-ventre. Ses lèvres atteignirent mon aine, évitèrent délibérément mon sexe tendu et avide, et redescendirent sur mon autre jambe. Quand il eut fini son manège, il plia mes genoux et les poussa contre ma poitrine. Ainsi exposé, je me sentais toujours vulnérable d'une façon que je ne pouvais supporter qu'en face de lui. Je m'allongeai complètement sur le bureau, laissai ma tête basculer en arrière, et vis, à l'envers, le Christ sur sa croix. Cela aurait dû me déranger, mais quand la bouche d'Hannibal se posa dans le creux de mon aine et que sa langue glissa sur mon membre jusqu'à son extrémité, je ne pus rien faire d'autre que fermer les yeux et me cambrer sur le meuble. Mon gémissement résonna vivement entre les hauts murs de la chapelle.
Je ne résistai pas longtemps à l'envie de l'observer. Hannibal, toujours assit dans son fauteuil, me dégustait avec le même appétit que lorsqu'il était à table, la même dévotion, le même respect qu'il avait pour la nourriture. J'étais une autre forme de plat, comme Ignatus était une autre forme de proie, la nuit dernière. Un plat qu'il aimait savourer sans assaisonnement, cru et sans restriction.
Il se leva, se pencha lentement sur moi et lécha mon ventre, mon torse, tel un félin fondant sur un gibier particulièrement alléchant. Puis, d'une main, il ouvrit un tiroir et en sortit une bouteille de lubrifiant qui n'avait décidément rien à faire là. Je le regardai, la bouche ouverte, totalement abasourdi.
« Tu avais prévu que ça finirait par arriver ! » M'exclamai-je.
« Je plaide coupable. » Admit-il, sans détour, ni honte.
Je pouffai, incapable de ne pas trouver ceci risible, néanmoins adorable. Il ne sembla pas goûter à la plaisanterie, même si je vis bien que ce n'était qu'une façade et qu'en réalité, il se retenait de sourire. Le plus sérieusement du monde, il déboucha le flacon et versa un peu de liquide dans sa main, avant de me pénétrer de ses doigts experts. Une fois de plus, j'eus l'impression irrationnelle de le retrouver après une longue séparation. La nuit dernière avait peut-être eu un impact sous-estimé sur mon psychisme, alors que paradoxalement, il était en droit de se montrer possessif. C'était moi qui m'étais perdu dans le corps d'un autre. Mais il continua à flâner, comme si rien ne pressait, comme s'il me réapprenait. Ses gestes étaient empreints d'une douceur que je ne lui connaissais que rarement. Cela m'émut presque aux larmes et je me sentis un peu stupide d'être si sentimental.
Quand il m'eut réduit à l'état de chair frémissante, suppliante, il se déshabilla lentement, prit le temps de plier ses vêtements sur le bord du meuble, l'ombre d'un sourire narquois au coin de ses lèvres mutines. J'en aurais pleuré de rage et de frustration, avant de le mordre et de me repaître de sa peau, de ses muscles, de sa viande. Mais quand il posa à nouveau ses mains sur moi, tout fut oublié. Seuls comptaient les points de contact de nos corps enflammés et transpirants. La pulpe de ses doigts, la pointe de sa langue, le tranchant de ses dents, et sa queue imposante et terriblement présente entre mes cuisses, se frayant un chemin en moi, impitoyable. Autour de nous, la chapelle s'effondra, laissant place aux murs de notre maison. Notre étreinte s'ancra pleinement dans la réalité, alors qu'il s'enracinait profondément en moi. Le bureau geignit, racla le tapis de plusieurs millimètres à chacun de ses coups de reins, des papiers churent sur le parquet, voletèrent çà et là, son agenda tomba dans un bruit mat, la lampe d'architecte vacilla sur son socle, sa lumière projeta des ombres monstrueuses sur la tapisserie, un imbroglio de silhouettes aux bois élancés, crochus, qui s'étendirent jusqu'au plafond.
Quelques mèches d'un blond argenté irréel, tombèrent sur son front, y restèrent collées par la sueur. Son torse puissant, où courraient mes mains avides, vrombissait sous les grondements qui faisaient vibrer ses cordes vocales, comme un instrument complexe, entre harmonie et dissonance. Ses doigts empoignaient, caressaient, creusaient des sillons, des frissons, dans ma peau. Ses dents marquaient, revendiquaient, écorchaient. Alors qu'il allait et venait en moi, toujours plus fort, quand je le lui demandais. La douceur avait fait place nette, pour la sauvagerie et la faim qui animaient nos âmes abîmées. Je me raccrochai à ses bras tendus, à ses épaules larges, à son dos trempé de sueur, resserrai mes cuisses autour de ses hanches quand le plaisir monta dans mon ventre, avant d'éclater dans sa main et de couler sur mon abdomen, sous son regard bordeaux se délectant de chaque détail. Puis je vis le frisson de l'orgasme secouer son corps, ses paupières se fermer, ses phalanges se crisper, sa mâchoire se contracter alors qu'il murmurait mon nom, avant de sentir sa chaleur m'envahir.
Il s'appuya sur ses avant-bras et posa son front humide sur mon torse, à bout de souffle. Il reposa doucement mes jambes, remonta dans mon cou, embrassa ma tempe, avant de jeter un œil critique au véritable désastre qu'était devenu son bureau, comme s'il n'en était pas du tout responsable. Puis il recula, se rassit un peu lourdement dans son fauteuil, et je retrouvai ma place sur ses genoux. Je me collai à son corps, ma peau moite glissant comme la sienne, ses mains se nouèrent dans mon dos.
Nous restâmes imbriqués ainsi de longues minutes de silence supplémentaires. Nous avions à peine échangé deux mots depuis le départ de Ignatus, mais beaucoup de choses avaient été dites, beaucoup de paroles avaient circulé par des voies inconscientes.
« Est-ce que tu as faim ? » Me demanda-t-il finalement.
« Je suis affamé. »
« Allons manger, dans ce cas. »
Ce n'est que tard dans la nuit, après un repas copieux que nous préparâmes à deux, dans une ambiance apaisée, que nous montâmes nous coucher. Hannibal ne mentionna pas Lady Murasaki de toute la soirée. S'il ressentait le besoin d'en discuter, il le ferait en temps voulu et je n'avais aucune intention de lui forcer la main.
…
La plaine s'étendait, vertes et luxuriante, sous un ciel de plomb chargé de promesse de pluies à venir, entourée de montagnes à perte de vue. Le pas des chevaux rythmait ma respiration, leurs sabots projetaient des mottes de terre, leurs souffles chauds exultaient de la vapeur dans l'air glacial. Nous étions sept. Je le savais sans avoir besoin de compter mes compagnons. Nous nous connaissions depuis bien des années maintenant. Nous nous dirigions vers une ville, dont j'aurais dû me rappeler du nom, et une promesse de libération. La conversation allait bon train et tournait autour d'un Romain.
« Galahad, tu ne connais pas les Romains. Ils ne se grattent pas le cul sans cérémonie. »
Galahad. C'était mon nom, je crois. Mais j'étais incapable de me souvenir des leurs.
« Tu n'as qu'à le tuer et te réformer toi-même. » Me dit un autre, ironiquement.
Bors, il me semblait.
« Je ne tue pas par plaisir. Contrairement à certains. » Répondis-je, avec aplomb, en jetant un regard à Hannibal, qui se trouvait quelques chevaux sur ma gauche.
Non, pas Hannibal. Tristan. Il s'appelait Tristan. Et il n'avait pas la classe d'Hannibal, même s'il portait le même visage. Ses cheveux cendrés, tressés par endroits, étaient longs et tombaient en mèches inégales devant ses yeux perçants. Il portait une armure, comme nous tous, et une épée dans son dos.
« Essaie. Ça te plaira peut-être. » Répliqua-t-il, nullement vexé par ma remarque.
Ce qui fit ricaner les autres. Nous parlions de liberté, de retour à la maison, et nous riions. Je me sentais bien, impatient. Tristan siffla vers le ciel et un faucon majestueux vint se poser sur son bras. Il semblait beaucoup aimer l'animal et cela me fit sourire.
J'ouvris les yeux dans l'obscurité, tiré de mon rêve par la sonnerie du réveil d'Hannibal qui reprenait le travail aujourd'hui. Il éteint l'appareil infernal et se blottit contre mon dos.
« Tu marmonnais dans ton sommeil, mais rien de distinct. Tu as fait un cauchemar ? » Chuchota-t-il à mon oreille, d'une voix encore endormie.
« Pas vraiment. C'était un songe étrange, il paraissait si réel. Nous étions des chevaliers, je crois, ou quelque chose de similaire. Nous portions des armures, des armes, et nous nous déplacions à cheval. »
« Nous deux ? »
« Oui, et d'autres personnes. Dans mon rêve, je les connaissais. Mais maintenant, leurs noms m'échappent et leurs visages aussi. »
« C'est tout à fait normal. Il n'est pas rare que l'inconscient pioche dans les souvenirs vagues d'inconnus que tu croises tous les jours, pour meubler les songes. Ils n'existent pas vraiment et perdent leur essence, une fois de retour dans le réel. » M'expliqua-t-il.
Je marmonnai en réponse. Il était beaucoup trop tôt pour les explications scientifiques.
« En tout cas, c'était agréable. Je ne fais pas souvent de rêves de ce genre. Nous étions proches et nous plaisantions. Tu avais même un faucon domestiqué. »
Il rit doucement dans mon cou, montrant par là qu'il appréciait l'idée.
« Le faucon est un symbole ascensionnel, de supériorité et de victoire. Mais aussi de liberté. »
« C'était ça. La liberté. Nous marchions vers la liberté. C'est l'impression que j'ai. » Je souris à ce souvenir. « À un moment, j'ai dit que je ne tuais pas par plaisir, et tu m'as conseillé d'essayer pour voir si j'aimais ça. Même dans mes rêves les plus absurdes, l'histoire se répète. C'est étrange. »
« Ton inconscient doit être encore en train de digérer le fait, qu'en effet, tu apprécies. »
« Tu as sûrement raison. » Approuvai-je.
Puis il se détacha de moi et s'assit au bord du matelas.
« Je dois me lever, si je ne veux pas être en retard. »
« Je viens aussi. Je dois m'occuper des chiens. » Répondis-je, en repoussant le drap.
Ce matin-là, je me sentais léger et serein, comme je l'avais rarement été. Le nombre de nos ennemis avait grandement diminué, nous étions bien entourés, et la menace Clarice Starling semblait pour le moment bien loin à l'horizon. C'est donc le sourire aux lèvres, que j'embrassai Hannibal quand il quitta la maison, satisfait de reprendre notre vie à deux, là où nous l'avions laissée.
"Le Roi Arthur", où Mads et Hugh jouent respectivement Tristan et Galahad, aux côtés d'Arthur et des autres chevaliers.
