LII
A fresh poison each week
Note de l'auteur : L'intrigue Cynthia fait un bond en avant dans ce chapitre. J'espère que vous aimerez la détester, parce qu'elle est plus étrange qu'elle en a l'air et elle commence à semer la zizanie. Le grand retour de Lady Murasaki et Chiyoh également, qui s'étendra dans le prochain chapitre.
Bonne lecture et à très vite !
PS : Je me trompe peut-être, mais il me semble que le prénom de Lady Murasaki n'a jamais été mentionné dans les romans. Si je suis dans l'erreur, s'il vous plaît, corrigez-moi, parce que j'ai besoin de cette information. Sinon, je suis ouverte aux propositions. C'est un personnage important, j'aimerais autant ne pas tomber dans les prénoms japonais classiques. Si vous en connaissez des jolis, je suis curieuse.
Réponses du chapitre 50 :
Fannibal : Tu n'es pas la première à relever l'ironie de ma note d'auteur en premier chapitre ^^ ça me fait bien rire aussi. Je ne reviendrai pas sur ma dernière notre d'auteur, et non, Ig ne sera pas vraiment un fils de substitution, plutôt comme le protégé d'Hannibal. Il veut qu'il devienne un artiste accompli. Pour Lady Murasaki, la gifle et le câlin, c'est la base quoi XD J'aime cette femme.
Idoines : Merci beaucoup ^^
Blue : C'est dommage que tu n'aimes pas Ignatus, mais chacun ses goûts comme on dit. Désolé, mais oui je l'aime beaucoup et oui, il reviendra. Pas dans leur lit, mais il ne sortira pas de leur vie pour le moment.
Réponses du chapitre 51 :
Fannibal : Fanfiction a parfois des bugs, c'est comme ça. Là c'est mal tombé, c'était les fêtes et ils ont mis plusieurs jours à réparer. Mais c'est bien si t'es toujours sur le qui-vive, c'est le but XD mais inutile de partir au quart de tour XD Merci pour les compliments, j'imaginais aussi la scène du bureau comme dans la série, quand par exemple, dans le dernier épisode, Will rend visite à Hannibal à l'hôpital et qu'on voit la chapelle au lieu de la cellule. Je les aime aussi seulement tous les deux, j'apprécie juste qu'ils s'amusent de temps en temps ^^ Le Roi Arthur n'est pas le film du siècle, c'est sûr, mais rien que pour Mads et Hugh et les similitudes Hannibal/Tristan et Hugh/Galahad, ça vaut le coup.
Le vendredi suivant, une rencontre du cinquième type eut lieu dans notre maison. Comme convenu, Cynthia se présenta suffisamment tôt pour prendre ses marques, et immanquablement, croisa Stanislas Siméon quand ce fut l'heure de sa consultation. Hannibal n'avait pas jugé bon d'informer ses patients de l'embauche de sa nouvelle employée, car après tout, il n'y avait rien de surprenant dans le fait qu'un médecin ait une secrétaire. C'est ainsi que les deux individus se retrouvèrent face à face dans le hall, quand la jeune femme se chargea d'ouvrir la porte au visiteur. Et on ne pouvait pas dire que ce fut le coup de foudre au premier regard.
J'avais beau prendre du recul – après tout, cela concernait le travail d'Hannibal, pas le mien – je n'y pouvais rien, quelque chose me dérangeait profondément chez cette fille. Il était évident qu'elle n'avait pas un mauvais fond, loin s'en fallait. Mais beaucoup de secrets, de cela, j'étais certain, et une face cachée qui commença, doucement mais sûrement, à ressortir. Bien sûr, il était normal qu'elle ne déballe pas sa vie devant nous, et que finalement, nous en sachions peu sur elle. N'était-ce pas toujours le cas, dans le cadre professionnel ? C'était ce dont j'essayais de me persuader, en tout cas, en m'abstenant d'en parler avec Hannibal, pour le moment. Je n'avais aucune envie qu'il me regarde avec son sourire narquois sur le visage, persuadé d'être en face d'un cas typique de jalousie mal placée. En grande partie parce que c'était un peu vrai. Mais pas totalement.
J'avais rejeté les candidatures des postulantes les plus attractives – c'était peut-être une erreur avec le recul, ne serait-ce que pour le plaisir des yeux – car je ne voulais pas que ce genre de créatures, qui semblaient tout droit sorties d'un magazine de mode, tourne autour de mon cher mari. Mais après réflexion, j'aurais sans doute dû me méfier d'autant plus de Cynthia, qui derrière son aspect négligé, cachait quelques armes secrètes. Le problème ne venait pas du fait que ses charmes risquaient d'agir sur Hannibal. Une telle perspective me paraissait ridicule. Mais je devais me rendre à l'évidence. Elle comptait bien essayer et ne m'appréciait pas du tout pour une raison qui m'échappait.
Elle pensait certainement être subtile, bien entendu. Et de mon point de vue, il n'y avait rien de pire que les gens persuadés d'être subtile, mais qui ne l'étaient absolument pas.
La tempête Cynthia percuta donc l'ouragan Siméon dans notre entrée, et je me retrouvai dans l'œil du cyclone, alors qu'Hannibal patientait dans son bureau. Je ne connaissais pas l'origine du litige et je n'en avais, pour ainsi dire, rien à foutre. Stanislas était un homme froid, mais extrêmement poli. Le problème devait probablement venir de la jeune femme. Il n'empêche que j'étais dans le salon, à travailler sur mes cours de français, et la dispute brisa ma concentration. Je me levai donc, passablement énervé, et les rejoignis pour mettre un terme à cette histoire.
« Cynthia, pourriez-vous vous contenter d'accompagner monsieur, sans faire autant de bruit, s'il vous plaît ? » Lui demandai-je, dans un français correct nouvellement acquis.
Elle se tourna vers moi, comme si je venais de l'insulter.
« Vous appelez-vous Hannibal ? » Me demanda-t-elle.
La question me laissa perplexe, même si je compris parfaitement les mots.
« Je vous demande pardon ? »
« Vous ne vous appelez pas Hannibal, donc vous n'êtes pas mon patron. Je travaille pour le docteur Junoska, pas pour vous. Vous n'avez pas d'ordre à me donner. »
Je restai bouche bée quelques secondes, échangeai un regard avec Stanislas qui semblait compatir à mon sort, en admettant que cet homme en soit capable, puis je pris une profonde inspiration.
« Premièrement, c'est Docteur Junoska – Harris. Ce qui signifie que nous sommes mariés, au cas où ce fait vous aurait échappé. Deuxièmement, vous êtes ici chez moi, je suis donc en droit d'exiger le calme dans ma propre maison. Troisièmement, si vous souhaitez faire long feu à ce poste, je vous conseille de ne plus me manquer de respect. »
Ma tirade sembla lui clouer le bec, même si elle me lança une œillade dans laquelle je pus lire que je ne perdais rien pour attendre, et passa à côté de moi sans un mot. L'homme la suivit après avoir pris le temps de me dire bonjour. Puis, ils disparurent tous les deux dans le bureau et le calme retomba enfin.
…
Le français était une langue bien compliquée. Toutes ces voyelles muettes, qui ne servaient à rien, à première vue. Ces accents, ces conjugaisons barbares. J'avais fait beaucoup de progrès à l'oral, m'exprimais plutôt facilement même si me débarrasser de tout accent semblait impossible, et comprenais très bien quand on me parlait, à présent. Mais l'écrit restait ma faiblesse. Je persévérais néanmoins, quelques heures par semaine, le vendredi le plus souvent, quand Hannibal était occupé avec ses patients. Car il passait les quelques minutes entre chaque consultation avec moi, pour me relire et me corriger. Enfin, ça, c'était avant que Cynthia commence à travailler apparemment, puisque je ne l'avais pas vu jusqu'à maintenant. Il ne quittait pas son cabinet, accaparé par son boulot. Je savais qu'il s'en excuserait dès qu'il en aurait l'occasion et que son aide pour mon apprentissage n'était que partie remise à ce soir. J'aurais voulu être le mari parfait et m'accommoder de ces nouvelles dispositions, mais mon regard se perdit trop souvent vers cette porte fermée, derrière laquelle je ne savais pas ce qui se passait. Hannibal avait aménagé un deuxième poste de travail dans un angle de la pièce pour Cynthia, de façon à ce que les patients oublient bien vite sa présence. Il n'empêche que cette fille avait accès à ce qui m'était interdit jusque-là. Et je ne pouvais m'empêcher de détester ça. Ce qui était stupide, bien évidemment, puisque la tâche essentielle de la secrétaire était de retranscrire à l'écrit dans des carnets, les séances qu'Hannibal enregistrait sur son magnétophone. Donc, se donner la peine de lui allouer une autre pièce serait une perte de temps et d'argent. De plus, une bibliothèque bien placée séparait symboliquement Cynthia du reste de la pièce.
Quand Stanislas sortit de sa séance, il passa par le salon pour me saluer.
« Qui est cette jeune personne que votre mari a engagée ? Je n'ai pas fait de commentaire, mais il aurait pu trouver quelqu'un de plus raffiné. »
« Je suis désolé si elle vous a manqué de respect. Elle est du genre asocial. » Il me lança un regard surpris. « Je suppose qu'Hannibal l'a choisie dans le but de l'aider. Techniquement, c'est son premier jour. J'imagine qu'il va lui falloir un temps d'adaptation. » Improvisai-je.
Monsieur Siméon était sûrement le type d'homme capable de comprendre l'intérêt d'avoir une employée facilement manipulable et qui ne posait pas de question. Mais je préférai garder ces informations pour moi.
« Appelez ça une intuition, si vous voulez, mais vous devriez vous méfier d'elle. »
« C'est bien mon intention. Mais je ne pense pas qu'elle ait de mauvaises intentions. Elle veut simplement qu'Hannibal la remarque et l'apprécie, parce qu'elle l'admire, je pense. Elle fait des études de graphisme et Hannibal est aussi un artiste doué. »
« Je vois. » Dit-il, alors qu'il affichait toujours un certain scepticisme. « J'espère, alors, qu'elle s'améliorera rapidement. »
Hannibal serait sûrement ravi d'apprendre que sa nouvelle recrue menaçait la fidélité de sa clientèle.
« Nous allons en discuter avec elle, ne vous inquiétez pas. » Le rassurai-je.
« Je compte sur vous. S'il y a bien une personne qu'il écoute, c'est vous. »
J'acceptai volontiers le compliment, venant pourtant d'un homme qui passait seulement une heure par semaine chez nous et qui ne nous voyait jamais interagir.
« Je n'y manquerai pas. Bonne journée, Monsieur Siméon. »
…
Quelques minutes après le départ de son dernier patient, qu'il raccompagna lui-même à la porte pour clôturer cette journée, Hannibal vint s'asseoir à côté de moi, sur le canapé.
« Pardonne-moi, je t'ai un peu négligé aujourd'hui. » Dit-il, comme je m'y attendais. « Je devais guider Cynthia, pour être certain qu'elle faisait bien ce que je lui demandais. La semaine prochaine, j'aurai plus de marge de manœuvre. »
Tout en parlant, il lut en diagonale la page de traitement de texte ouverte sur l'écran de mon ordinateur portable, avant d'y apporter quelques corrections. Je sentis qu'il ne me disait pas tout.
« Il s'est passé quelque chose ? » Me risquai-je.
Il soupira doucement.
« Quand nous avons fait passer les entretiens pour le poste, j'ai accepté de me plier à toutes tes exigences. Parce que ton avis m'importe et que mon lieu de travail est aussi notre maison. Nous sommes finalement tombés d'accord sur cette jeune femme. Elle n'est pas parfaite, loin s'en faut, mais je te connais, je sais que tu as compris pourquoi je l'ai choisie. »
Je hochai la tête.
« Elle s'est plainte de notre accrochage plus tôt dans l'après-midi. »
Ce n'était pas une question, mais il confirma néanmoins.
« Pourquoi son attitude te dérange-t-elle soudainement ? »
« Elle manquait de respect à ton patient. Il ne l'a pas dit en ces termes, mais il est assez évident qu'il risque de mettre un terme à sa thérapie si cela se reproduit. Je ne connais pas les détails, mais je vois mal Monsieur Siméon commettre un impair qui justifie qu'elle élève la voix contre lui. Il n'a jamais eu la moindre parole déplacée envers moi. »
« Elle m'a rapporté la teneur de leur discussion, après son départ. Il lui a apparemment demandé qui elle était sur un ton, je cite : qui sous-entendait qu'elle n'avait pas un aspect convenable pour ce poste. Elle lui aurait alors fait part du fond de sa pensée, d'une manière un peu maladroite. » M'expliqua-t-il.
« Elle est sur la défensive, car elle a l'habitude qu'on la juge et qu'on la rejette. »
« Exactement. Et que tu sois venu la remettre à sa place à ce moment-là, a été perçu comme une attaque personnelle. »
« Je voulais simplement pouvoir étudier au calme. Et elle m'a jeté à la figure que je n'étais pas toi et qu'elle n'avait pas d'ordre à recevoir de moi. Excuse-moi, mais c'est déplacé. »
« Elle ne m'a pas présenté les choses sous cet angle, bien entendu. Et j'ai prétendu me rallier à sa cause. J'ai besoin qu'elle me soit loyale, Will. Il ne faudrait pas éveiller en elle un désir de se venger. »
« Qu'attends-tu de moi ? Que je la laisse agir à sa guise, en bonne chouchoute du boss ? » Raillai-je, peu ravi par cette perspective.
« Encore une fois, tu semblais l'apprécier la semaine dernière. Qu'est-ce qui t'as fait changer de point de vue ? » Me demanda-t-il, sans agacement.
Il semblait vouloir connaître mon avis.
« Quand elle s'est présentée, elle paraissait maladivement timide et réservée. Aujourd'hui, elle marchait en territoire conquis. À certains moments, elle a du mal à se contenir, la seconde d'après, elle est neurasthénique. À croire qu'elle souffre de bipolarité. Le pire, c'est qu'elle est dépourvue de méchanceté, ce qui en fait une personne difficile à détester, malgré son caractère changeant. »
Il réfléchit quelques secondes à mon expertise. Mais visiblement, je ne lui apprenais rien.
« Quel est ton plan, exactement ? » Ajoutai-je.
« Qui te dit que j'en ai un ? » Répliqua-t-il, avec un sourire narquois.
« Elle est très influençable et que tu pourrais en faire ce que tu veux. Tu as forcément une idée derrière la tête. »
« Je suis curieux de savoir ce qu'elle pourrait être capable de supporter, avant que son esprit se brise. Elle ne sera pas confrontée directement à quoi que soit, mais je voudrais disséminer des indices qui éveilleront ses tendances paranoïaques. »
« Dans quel but ? »
« Simplement de voir ce qu'elle fera. »
Je souris. Ça lui ressemblait tellement. Hannibal avait besoin de jouer de nouveau, comme il le faisait quand je l'ai connu. Après tout, nous pouvions enfin nous détendre un peu, avec Starling pour seule menace au-dessus de nos têtes, sans trop nous faire remarquer pour autant. Je préférais ça, que de parsemer la capitale de cadavres. Qu'il s'amuse avec sa souris autant qu'il le voulait.
Elle choisit ce moment pour nous rejoindre.
« J'ai terminé pour aujourd'hui, Docteur. J'emporte le reste chez moi. Je peux vous emprunter vos toilettes, avant de partir ? »
« Je vous en prie. » Lui répondit Hannibal.
« Si tu l'invites à rester dîner, je vais commettre un meurtre. » Chuchotai-je à son oreille, quand elle quitta la pièce.
L'idée le fit sourire. Il n'était apparemment pas contre assister à ce spectacle. Et peut-être même participer.
« Nous irons déjeuner chez Lady Murasaki, demain midi. Chiyoh m'a téléphoné tout à l'heure. Je préfère donc passer la soirée, seul avec toi. »
« Elle aurait pu prévenir plus tôt. Je ne sais pas ce que je vais mettre. » Me plaignis-je.
« Will Graham qui se soucie de son apparence. Voyez-vous cela. »
Je levai les yeux au ciel, amusé.
« Qui est Will Graham ? »
La voix de Cynthia, qui venait de revenir, fut une vraie douche froide.
« Un personnage de roman avec lequel je le taquine souvent, parce qu'il porte le même prénom et possède un caractère emporté. » Inventa Hannibal, rodé à l'exercice.
« Quel est le titre du livre ? Ça a l'air sympa. »
« Je vous le prêterai, si j'arrive à remettre la main dessus. Les déménagements, vous savez ce que c'est. Je vous raccompagne ? »
Il coupa court à la conversation, en la poussant gentiment vers la sortie. Quand la porte claqua, le silence retomba enfin sur la maison.
…
La penderie et le lit étaient un véritable champ de bataille. Avec Hannibal, je pensais être à l'abri des tribulations avec une hypothétique belle-famille. Mais cela n'était plus d'actualité. Ce n'était qu'un déjeuner chez sa tante, mais la femme l'avait tout de même élevé.
Hannibal la jouait décontracté. Sauf qu'il venait de changer de chemise pour la quatrième fois, alors que nous devions partir dans une demi-heure pour espérer ne pas être en retard. Tout espoir n'était pas perdu cependant, puisqu'il avait proscrit la cravate, car le repas se voulait décontracté et que les températures étaient toujours plus de clémentes.
Si c'était chez mon père que nous allions manger, un jean et un t-shirt auraient suffi – même si je n'aurais jamais réussi à convaincre Hannibal de s'habiller ainsi – mais Lady Murasaki était beaucoup plus impressionnante, distinguée et sophistiquée. Le charme du Japon, sans doute.
Je me souvenais avoir aperçu une armure de samouraï, dans la maison d'Hannibal à Baltimore. Un de ses biens qui devait lui manquer, j'en étais sûr. Et impossible à récupérer, bien entendu. Je pourrais me renseigner sur la manière de m'en procurer une autre. Peut-être que cela lui ferait plaisir, me dis-je, en boutonnant une chemise d'un bleu céruléen qui fit ressortir mes yeux, satisfait du résultat. À ma droite, Hannibal statua finalement sur un ensemble d'un bordeaux profond, rehaussé d'une chemise blanche. Même sans accessoire, il restait époustouflant.
« Nous y allons ? » Conclut-il, en arrangeant mes cheveux une derrière fois, avant de m'embrasser.
« En moto ou en taxi ? »
Il sourit mystérieusement en réponse.
…
Le vent sifflait dans mes oreilles par la visière entrouverte de mon casque, mes mains agrippaient le cuir du blouson qu'il insistait pour porter quel que soit le temps, le grain de la route défilait sous nos pieds, et nous récoltions les coups de klaxon haineux des automobilistes jaloux de nous voir zigzaguer entre les voitures, avant de filer comme le vent sur les quais de Seine. À cette allure, nous arrivâmes même légèrement en avance.
J'hésitai entre un manoir et un château, pour qualifier la bâtisse qui s'élevait au bout de l'allée de gravier où Hannibal venait de garer sa moto. La demeure devait être la plus grande que j'aie eu l'occasion de visiter. Blanche, lumineuse, mais mystérieuse. À l'image de sa propriétaire.
Chiyoh vint à notre rencontre, inhabituellement souriante, radieuse dans une robe traditionnelle. Vivre ici lui réussissait et sa bonne humeur était communicative. Elle nous introduisit dans la maison au hall spacieux donnant sur un double escalier. Couleurs claires, volumes épurés, moulures au plafond, carrelage brillant, hautes fenêtres, nos pas résonnèrent, quand nous la suivîmes dans un petit salon. Lady Murasaki se leva à notre arrivée, serra Hannibal dans ses bras, pressa gentiment sa main sur mon épaule, puis nous invita à prendre un apéritif. Le vin remplit les verres en cristal et l'ambiance se détendit peu à peu, jusqu'à ce que nous passions à table. Finalement, je ne regrettai pas d'être venu.
