LIV
I found love where it wasn't supposed to be
Note de l'auteur : Oui, je suis un peu sadique, mais je suis gentille, puisque je reprends au moment où je me suis arrêté au chapitre précédent. J'espère que ça vous plaira. Certains d'entre vous le savent peut-être, Hugh Dancy n'a pas une voix dégueulasse (si quelqu'un me parle de "Don't Go Breaking My Heart" et Ella Enchanted, je risque d'avoir des paroles malheureuses XD), et cela faisait un moment que je songeais une des scènes de ce chapitre. Beaucoup de références dans ce chapitre : Une Nounou d'Enfer, Sherlock Holmes, et même Lady Gaga XD Quant à la fin, c'est LÀ que je voulais en venir depuis un sacré bout de temps et je suis très contente d'y parvenir enfin.
Bonne lecture et à très vite !
Idoines : Ta review m'a fait très plaisir et cela mériterait un message privé, mais puisque tu n'as pas de compte, je vais essayer de faire court. Ma "technique" d'écriture... Comment dire... c'est un joyeux bordel ! XD Procédons point par point. Je fais des plans ET j'écris à l'instinct. Avant je le faisais de tête, mais depuis Noël, j'ai un magnifique petit carnet fait main par mon adorable correctrice anglophone. Donc j'écris dedans toutes les idées que j'ai pour la suite. Par contre, je fais confiance à mon instinct quand il s'agit de décider où et quand les écrire. Mon idée de fin ? Ils sont très vieux, dans une maison de campagne, avec plein de chiens et ils meurent ensemble dans leur sommeil... Je déconne, je ne compte pas écrire jusqu'à leur mort. Au rythme où avance l'histoire, je risque de mourir avant d'avoir fini XD Non, honnêtement, je pense que je m'arrêterai quand je le sentirai. Par contre, je sais comment vont se boucler toutes mes intrigues dès que je les débute. Genre, Cynthia, depuis que j'ai créé le personnage, je voulais en arriver à ce chapitre. En ce qui concerne les "ficelles" scénaristiques, chez les autres, je n'aime pas quand elles sont en grosse corde, donc je fais en sorte que les miennes soient fines comme du fil de pêche. Ce n'est pas qu'il n'y en a pas (sinon l'histoire n'aurait aucune cohérence) c'est juste qu'elles ne sont pas forcément là où on les attend. Après, il y a tout de même un certain nombre de choses très prévisibles, je ne peux pas tout le temps rester dans le mystère total, ce serait trop frustrant pour vous. Je n'aimerais pas lire une histoire où je suis incapable de deviner quoi que ce soit. Voilà, j'espère t'avoir un peu éclairé. Merci !
Fannibal : Tu as bien raison de croire que cette histoire de photo n'est pas terminée, mais ce ne sera pas pour ce chapitre, malheureusement. Je suis contente que cela t'ait autant chamboulé que moi. Ignatus va continuer à apparaître régulièrement, parce que je l'aime beaucoup. Quant à Sandra... tu verras ^^ Et oui, j'ai beaucoup aimé écrire cette dispute. Voilà la suite, pour me faire pardonner de m'être arrêté au mauvais moment XD
Blue : J'ai failli essuyer une larme aussi en l'écrivant XD Si tu veux voir leur "réconciliation", je t'invite à lire ce chapitre lol
Annamejai : J'espère que les musiques te plaisent ;) Après ce chapitre, tu pourras rajouter "I found" de Amber Run à ta playlist. Je ne sais pas pourquoi, je les vois mal bouder XD Will est sa frimousse, comment résister XD Sandra refera son apparition quand ce sera le moment ^^
Le sol était dur. Le tapis, un piètre matelas. L'oreiller, une maigre consolation dans le creux de mes reins en feu. Les fibres du tissu rêches m'irritaient les omoplates et il faisait une chaleur à mourir. Mais pour ainsi dire, je n'en avais rien à foutre. La seule chose sur laquelle j'arrivais à me concentrer, c'était les jointures de nos corps. Là où nos êtres s'emboîtaient parfaitement, dans une nouvelle danse vieille comme l'humanité elle-même. Ses paumes brûlantes, glissantes sur ma peau en sueur. Le tranchant de ses dents, qui me marquait comme sien. Les rancœurs flottaient entre nous, donnaient de la rage à ses coups de reins. Nous n'étions pas parfaits, n'est-ce pas ? Même si nos étreintes l'étaient. Mais ma totale soumission sonnerait le glas de notre relation. Je devrais composer avec l'ambivalence d'Hannibal. Son besoin de dominer et sa satisfaction d'être face à un être capable de lui tenir tête, de le faire plier.
Comme s'il lisait le défi dans mon regard, il serra une main autour de ma gorge. Pas assez pour cela me gêne réellement, mais suffisamment pour qu'un vertige me prenne et que ma respiration devienne sifflante. Il m'observa de ses yeux où des volutes de vin rouge se mélangeaient à de l'or liquide, me cloua au sol, captura mon sexe demandeur dans l'étau de ses doigts agiles. La mort et le sexe étaient liés si intimement dans cette étreinte qui avait un goût de vengeance. Me tuerait-il si je le trompais ? Le ferait-il lentement ou rapidement ? Me regarderait-il souffrir des heures durant, avant de m'achever ?
Ses lèvres happèrent les miennes dans un baiser vengeur, mordant. Penser à ma propre fin, alors que mon cœur semblait près d'exploser, pompant frénétiquement le sang jusqu'à ma tête sur le point d'éclater, jusqu'à mon bas-ventre au bord de la rupture, était excitant au-delà de toutes mesures.
Quand je vins sur mon ventre, sous le traitement abrupt de sa poigne punitive, alors qu'il comprimait un peu plus mon larynx, je manquai de perdre connaissance. Mais il continua à me pilonner, inexorablement, ses hanches claquant contre mes cuisses écartées pour l'accueillir. L'air dans mes poumons sembla de feu, quand il me relâcha. Je fus étourdi par l'apport soudain d'oxygène dans mon cerveau, mes membres s'engourdirent jusqu'à ce que je ne sente plus que sa virilité qui allait et venait en moi impitoyablement. Il n'était certainement pas doux, mais c'était si bon que je tuerai pour ne jamais perdre ça. S'imaginait-il réellement que je pourrais trouver ailleurs le plaisir qui faisait convulser mon corps à l'instant même, se heurtait à chaque molécule qui me composait ? Les femmes qui traversaient brièvement mon existence n'étaient que des pantins désarticulés, dans lesquels il m'arrivait de vider ma frustration et mon dégoût de l'humanité. Mais lui et moi étions au-dessus de cela. Plus que des êtres humains. Nous arpentions le maillon supérieur de la chaîne alimentaire. En cela, notre union était complexe. D'amour et de haine mêlés. De faims de posséder, de dévorer, de ne faire qu'un. Prédateurs parmi les ignorants agneaux de Dieu.
Son membre frappa violemment le point convergent de mon plaisir, une dernière fois, avant que tout son corps se contracte et qu'il se déverse en moi, ses traits crispés, mon nom sur ses lèvres comme un élixir. Hannibal était magnifique dans l'orgasme. D'une façon étrangement similaire, que dans le meurtre. Son regard prenait la même teinte, son visage affichait la même satisfaction. La sueur remplaçait simplement le sang, et ses mains se faisaient caressantes.
Mon esprit saturé abandonna la partie et je me laissai aller sur le tapis, terrassé, rassasié. Il s'étendit à côté de moi, posa sa tête sur mon épaule. À tâtons, je trouvai mon t-shirt abandonné et m'essuyai sommairement avec, avant de le jeter plus loin. Hannibal se détendit contre mon flanc gauche, passa une jambe entre les miennes, cala sa joue contre ma poitrine, et je passai un bras autour de son torse.
Étendu sur le dos, mon regard se perdit par une fenêtre ouverte, d'où entrait une brise fraîche qui annonçait la fin de l'été. Le ciel d'un bleu lipide était parcouru de quelques timides nuages qui flottaient tranquillement. L'image était apaisante, et je me surpris à fredonner une chanson entendue récemment. Les paroles me revinrent, sans que je sache vraiment comment, et je chantai plus franchement, ma voix s'élevant craintivement, peu sûre de ses accords, avant de trouver le bon ton.
« I'll use you as a focal point. I've moved further than I thought I could. But I miss you more than I thought I would. I'll use you as a warning sign that if you talk enough sense then you'll lose your mind. I found love where it wasn't supposed to be, right in front of me. Talk some sense to me… »
Hannibal m'écouta sans rien dire, les yeux fermés, son oreille collée à mon thorax, la pulpe de ses doigts dessinant des arabesques comme du feu liquide sur mon ventre.
« … I'll use you as a makeshift gauge of how much to give and how much to take. I'll use you as a warning sign that if you talk enough sense then you'll lose your mind. I found love where it wasn't supposed to be, right in front of me. Talk some sense to me. »
Ma voix mourut, la dernière note flotta une seconde dans l'air encore vibrant de nos gémissements, et le calme s'écoula doucement sur nous.
…
Le lendemain, juste avant l'arrivée de Cynthia que je n'avais absolument pas envie de croiser, je harnachai les chiens excités à la perspective d'une sortie en dehors de notre jardin, après avoir lacé mes baskets. Puis, ils me tirèrent à l'extérieur quand j'ouvris la porte. J'avais besoin de prendre l'air, plutôt que de m'enfermer avec mes cours de français dans le salon. Et courir me ferait du bien.
Prendre le métro avec mes compagnons à pattes était mission impossible, je portai donc mon choix sur le Parc des Buttes-Chaumont qui se trouvait à une vingtaine de minutes en courant. L'endroit était idéal pour les joggeurs. On se serait cru en dehors de Paris. Beaucoup de verdure, des allées larges et dégagées, un grand dénivelé, un lac, des ponts traversants des ruisseaux. J'en fis le tour à une allure tranquille, les chiens trottinant autour de moi, attirant la curiosité des gens et les caresses des plus jeunes. Ils avaient ce pouvoir, attirer mes semblables tout en les gardant à une certaine distance. Et cela me convenait parfaitement.
…
Une bonne heure plus tard, je revins en marchant. Mes compagnons me devançaient toutes langues dehors et queues battant l'air. Nous rentrâmes à la maison, où je remplis de grandes gamelles d'eau, avant de les poser dans le jardin. Ils s'y précipitèrent et je les observai un instant se désaltérer, avant d'entrer en faire de même. C'était l'heure de l'entre-séance, et après un crochet par le frigo pour boire de longues gorgées d'eau et me rincer le visage dans l'évier, je décidai d'aller voir Hannibal, avant de monter me doucher.
J'enlevai mes chaussures et mes chaussettes, que je laissai dans l'entrée. Mes pieds laissèrent des empreintes humides sur le carrelage tiède, alors que je me dirigeais vers le cabinet. J'ouvris la porte sans m'annoncer, car je savais que je ne le dérangerai pas. Enfin ça, c'était avant de voir Cynthia assise sur un coin du bureau d'Hannibal, les jambes croisées, comme le faisait cette gouvernante à la voix nasillarde, avec son patron, dans cette série télévisée qui passait parfois l'après-midi. L'image me fit serrer la mâchoire dans un spasme nerveux, pour m'éviter d'avoir un geste inconsidéré envers la jeune femme. Elle tourna la tête vers moi, en me voyant arriver, mais ne fit pas mine de descendre de son perchoir, comme si elle était exactement à sa place. Hannibal leva les yeux des documents qu'il lisait et son regard accrocha le mien. Ce que j'y lus m'apaisa quelque peu. Cela faisait sûrement partie de son jeu. La laisser faire ce qu'elle voulait, pour voir jusqu'où elle irait en sachant que je pouvais débarquer n'importe quand. Mais si, toutes mes entrées lui faisaient le même effet que celle-ci, le divertissement risquait de virer au pugilat. Car elle sembla tout simplement se contrefoutre de ma présence et me servit un sourire en coin que je n'appréciai absolument pas. J'ai le droit de m'amuser avec ton mari autant que je souhaite, me disait ce rictus. Peut-être que la prochaine fois, ce sera sur ses genoux que je la surprendrai. Et je n'avais aucunement l'intention d'attendre simplement que cela se produise. Cette plaisanterie devait changer de règles ou s'arrêter tout de suite.
« Ta course fut-elle bonne ? » Me demanda Hannibal, mais je l'ignorai.
« Je dois m'entretenir avec mon époux, Cynthia. Vous pouvez disposer, merci. »
« Mais, le prochain patient sera là dans quelques minutes. Je n'ai pas fini ma journée. » Répondit-elle, en se remettant debout.
Peut-être la garce s'était-elle subitement trouvé des goûts vestimentaires durant la semaine écoulée, peut-être était-ce une amie qui lui avait prêté cette robe qui, sur elle, paraissait d'une vulgarité à faire pâlir Lady Gaga. Mais elle n'était visiblement pas à l'aise dedans, contrairement à ce qu'elle voulait laisser paraître, puisqu'elle tira sur le tissu pour le descendre le plus bas possible sur ses maigres cuisseaux. Le geste eut pour effet d'accentuer son décolleté, mais elle ne sembla pas s'en rendre compte. Quand on en rajoutait d'un côté, cela en enlevait forcément de l'autre. Élémentaire, mon cher Watson. Elle n'avait qu'à trouver des vêtements à sa taille et ne pas venir travailler habillée comme professionnelle du plaisir masculin. Hannibal avait dû se rayer la cornée en voyant cette pièce de tissu bordeaux, étriquée sur ce corps filiforme, mettant ses petits seins en valeur, avant de rire intérieurement devant son manège peu subtil. Elle se croyait sûrement sexy. Le plus rageant étant qu'elle l'était, sexy. À la manière des gens qui n'ont pas conscience de leurs atouts, avec ses lèvres mutines et brillantes de gloss rosé, ses escarpins noirs avec lesquels elle ne marcherait probablement pas plus d'un quart d'heure avant de finir pieds nus, et ses cheveux ramassés dans un chignon volontairement négligé.
« Nous nous passerons de vos services pour aujourd'hui. Nous nous débrouillerons, merci. » Insistai-je.
Elle fit alors une chose qui m'énerva profondément. Elle chercha le regard d'Hannibal, comme si mon avis ne comptait pas et que seul un ordre de sa part pouvait faire décoller son cul d'ici. Elle en prit pour son grade, puisqu'il soupira, avant de se ranger à mon avis. Son visage se décomposa quand il lui demanda de partir également.
« Je vous recontacterai dans la semaine, si vous avez un temps libre, pour rattraper votre travail. Et cet après-midi ne sera pas décompté de votre salaire, bien entendu. »
Néanmoins, elle insista. Bien décidée à ne pas se laisser faire, alors que je fulminais sur place.
« Sortez d'ici, immédiatement, si vous souhaitez garder cette place. » Susurrai-je entre mes dents serrées.
« Vous allez me menacer de me virer, à chaque fois que je refuse de faire ce que vous voulez, Monsieur Harris ? »
Je n'eus pas l'occasion de la reprendre sur mon nom. Comme s'il avait senti que j'atteignais ma limite – qui ne s'étendait pas très loin, je l'admets – Hannibal se leva et la raccompagna vers la sortie, en lui expliquant calmement que nous devions discuter et que cela ne la regardait pas.
Quand il revint et ferma la porte de son bureau derrière lui, je l'attendais assis sur son fauteuil, poussant alternativement sur mes pieds pour tourner dans un sens, puis dans l'autre. Cela eut l'air de l'agacer et je continuai par pure provocation.
« Nous n'allons pas revenir sur notre conversation de la semaine dernière… »
« Non, en effet. Elle ne remettra plus les pieds ici, c'est tout. »
« Tu es conscient que dans ce pays, on ne vire pas les gens sans raison, Will. »
Il s'appuya sur le bord de son bureau, me surplombant de toute sa hauteur, pour marquer son propos.
« Comme si tu l'avais engagée légalement. » Le narguai-je, lui apprenant par là même que j'étais tout à fait au courant que la jeune femme n'était pas encore déclarée, Hannibal faisant volontairement traîner la procédure.
Moins d'éléments la relieraient à nous, mieux ce serait.
« Elle risque d'aller se plaindre quand même et on lui donnera raison. »
« Cela ne tient qu'à toi qu'elle ne soit plus en état de le faire. »
Un sourire narquois se dessina sur les lèvres.
« Certes, mais qui vais-je engager ensuite ? »
« Moi ? »
« Toi ? » S'étonna-t-il.
« Oui, moi. Je suis tout à fait capable de retranscrire ce que tu dis. » Dis-je, presque vexé.
« Je parle français avec mes patients, Will. » Précisa-t-il.
« Parfait ! Je ferai d'une pierre deux coups, dans ce cas. Cela me permettra de perfectionner mon écrit. Je préfère largement le faire en écoutant ta voix, que celle du stupide logiciel avec lequel j'apprends sur mon ordinateur. »
Il soupira lentement.
« C'est vraiment ce que tu veux ? » Voulut-il s'assurer.
« Oui. En plus, tu es gagnant. Tu n'auras pas à me payer. »
« Tu comptes abattre tout ce travail gratuitement ? »
« Ce n'est pas ce que j'ai dit. Il y aura une compensation, mais elle ne sera pas pécuniaire, c'est tout. J'aime beaucoup ce bureau, tu sais… » Dis-je, en caressant la surface en bois brillant.
« On peut dire que vous savez vous vendre, Monsieur Graham – Lecter. »
Je souris et me levai pour me blottir dans ses bras et l'embrasser. Puis, je le poussai pour l'allonger sur le meuble.
« La prochaine fois, c'est moi qui te prendrai sur ce bureau. » Murmurai-je contre ses lèvres, quand on sonna à la porte.
« Comment pourrais-je refuser ? » Répondit-il, alors que je m'écartais pour le laisser se relever.
« Tu ne peux pas. » Affirmai-je, en allant vers la porte.
« Pourquoi ? »
« Parce que tu es un homme. Et que, comme tous les hommes, il suffit de te prendre par le bout de la queue pour te manipuler. » Répliquai-je, en sortant pour aller ouvrir au prochain patient.
« Surveille ton langage ! » Proféra-t-il, pour que je l'entende à l'autre extrémité du couloir.
Amusé, j'ouvris la porte à Stanislas Siméon qui me lança un regard interrogateur en guise de bonjour.
« Je viens de croiser cette blonde vulgaire qui vous sert de secrétaire. Serait-elle congédiée ? » Me demanda-t-il, plein d'espoir.
« C'est en cours de nég… »
« Oui. » Coupai-je Hannibal, qui nous avait rejoints. « Elle ne vous importunera plus. Je vous en prie, entrez. » Ajoutai-je, en m'effaçant pour le laisser passer.
Il hocha simplement la tête et nous dépassa pour se diriger vers le cabinet, après avoir salué Hannibal.
« Contrairement à ce que tu crois, je ne pense pas avec mon pénis, Will. Nous en reparlerons. » Chuchota Hannibal à mon oreille.
« Ce serait très excitant d'entendre des mots un peu plus crus dans ta bouche, de temps en temps. » Répondis-je, provocateur, avant de m'engager dans l'escalier et de le laisser en plan.
Amusé malgré lui, il suivit son patient, et je montai enfin me doucher.
…
Ce n'est que trois jours plus tard, que je compris enfin que j'avais commis une erreur de jugement. Hannibal jouait bien à un jeu avec Cynthia. Mais, ce n'était pas elle le sujet d'études. C'était moi.
Nous étions lundi, Hannibal travaillait au musée et j'étais sorti accompagner Ignatus à sa rentrée. Ce n'était plus un enfant et il n'avait sûrement pas besoin d'un chaperon, mais je tenais à lui montrer que nous étions toujours là pour lui. Je le laissai néanmoins devant l'imposant bâtiment, sans trop m'attarder, après qu'il se soit hissé sur la pointe de pieds pour déposer un baiser sur mes lèvres, devant tous ses futurs camarades. Être escorté par son petit ami plus âgé avait probablement plus d'envergure qu'un parent ou un grand frère, j'acceptai donc volontiers mon rôle, si cela pouvait faire qu'il ait toute la paix nécessaire pour se concentrer sur ses cours. Je lui souhaitai tout de même intérieurement, de rencontrer quelqu'un à sa mesure, entre ces murs.
J'avais dans l'idée de faire un tour dans le quartier, quand mon téléphone avait sonné. Hannibal m'avait demandé de rentrer dès que possible, car il avait pu libérer sa matinée et qu'il était sur le chemin du retour. J'allais lui poser des questions sur les raisons de ce congé, mais il avait écourté la conversation, et j'avais donc décidé de me dépêcher pour avoir le fin mot de cette histoire.
Quelle ne fut pas ma surprise, donc, quand je trouvai la maison vide. Les chiens étaient agités, comme si quelque chose les tracassait, mais nulle trace d'Hannibal. C'est alors que je vis la porte de son cabinet entrouverte, alors qu'elle restait fermée quand il ne se servait pas de la pièce. C'était donc là qu'il se trouvait.
J'entrai sans hésiter, surpris de trouver son bureau tout aussi vide, dans un premier temps, avant d'entendre le grattement discret d'un stylo sur le papier et de comprendre qui était là, en réalité.
« Cynthia. » Appelai-je.
Et j'eus le plaisir de la voir sursauter en retenant de justesse un cri de terreur.
« Qu'est-ce que vous faites là ? » Me lança-t-elle, passablement énervée.
« Pardon mais, je suis chez moi. Parlons plutôt de ce que vous faites là. »
« Le docteur Junoska m'a appelé, tout à l'heure, pour que je vienne rattraper le retard de vendredi. »
Allait-elle un jour intégrer cette histoire de noms de famille ? Probablement pas. À quoi jouait Hannibal exactement ? C'est ce que je me demandai, en digérant les paroles de la jeune femme, qui reprit sa tâche comme si je n'étais pas là. Une attitude qui m'irritait prodigieusement.
Sur le petit secrétaire qui lui servait d'espace de travail, reposait négligemment un très beau coupe-papier. Je m'en emparai et le fis tourner entre mes doigts. L'objet en argent appartenait à Hannibal, je l'avais déjà aperçu dans ses affaires.
« Il doit y avoir un malentendu. Nous avons décidé de votre licenciement. Il m'a d'ailleurs aussi téléphoné pour que je le rejoigne ici. J'ai dû le devancer et il ne devrait plus tarder, à présent. »
La réplique eut le mérite de capter son attention et elle cessa ses activités pour me fixer d'un air goguenard. Qu'y avait-il de si drôle, du point de vue de cette bécasse ?
« Il a pourtant été très clair. Il voulait que je m'occupe de ceci et il n'a pas précisé que vous viendriez, ni vous, ni lui. » Affirma-t-elle, avec un sourire sardonique.
Se foutait-elle ouvertement de ma gueule, par-dessus le marché ?
« Il va falloir que vous acceptiez la situation, vous savez. » Ajouta-t-elle subitement.
De quelle situation parlait-elle ?
« Lui et moi, ça fait un certain temps qu'on s'aime. Il n'ose pas vous le dire, mais comprenez-le. Ce n'est pas évident de discuter avec quelqu'un comme vous ? »
« Excusez-moi, mais le français est une langue que je ne maîtrise pas encore à la perfection. J'ai dû mal comprendre votre dernière phrase. Cela vous ennuierait de répéter plus lentement ? » Répondis-je, d'une voix teintée de menace.
Ce qu'elle fit, mot pour mot, d'un ton sarcastique, et je dus admettre que j'avais très bien saisi la première fois.
« Vous voulez me faire croire que mon mari et vous avez une liaison depuis… Quoi… Deux semaines ? C'est ridicule. »
« Vous pensez que si j'ai postulé pour être sa secrétaire, c'était par hasard ? Non, c'était le destin. Je l'avais déjà remarqué, au Musée d'Orsay. J'y suis retourné chaque week-end depuis que je sais qu'il travaille là-bas, pour le voir. Nous étions très discrets, bien sûr. Nous ne faisions qu'échanger des regards, des sourires, mais je sais quand je plais à un homme. Et quand je suis tombé sur cette annonce d'emploi qu'il avait publiée, j'ai su que c'était un message pour moi. C'est d'ailleurs moi, qu'il a engagé. »
C'est là que je compris que cette fille n'était vraiment pas nette. Quelque chose clochait carrément chez elle. Érotomanie ? Psychose paranoïaque ? Peu importe, Hannibal l'avait très certainement diagnostiqué le jour même où elle avait commencé à travailler pour lui. Je comprenais mieux son intérêt, à présent. Ainsi que mon rôle réel dans cette histoire. Elle devait disparaître, mais cela ne pouvait pas arriver alors qu'elle était censée être ici, avec nous. Et le jeu n'en valait la chandelle que si la décision venait de moi, et non de lui.
Je devais trouver mon dessein. Et dans l'immédiat, il avait la forme d'un coupe-papier en argent, dans lequel se reflétait mon visage à la peau noire et surmonté de bois. Le visage du Wendigo.
La chanson que Will chante : "I found" de Amber Run.
