LVI
Another one bites the dust
Note de l'auteur : Vous allez me détester. C'est tout. Je vous le dis à titre informatif. Et si vous et moi on partage le même humour, vous allez sûrement bien rire aussi.
Bonne lecture ^^
Danseet4saisons : C'toi la belette ! XD Merci pour tous ces beaux compliments, et tu sais que le TopWill, ça reste assez rare ;)
Blue : Merci de m'avoir signalé la faute ;) c'est corrigé. Pour l'expression sur Moïse, je vais être honnête hein, je regardai la Nounou d'Enfer et elle a dit cette phrase (tu te souviens peut-être qu'elle est juive) et ça m'a fait sourire, donc je l'ai reprise. La mort d'Alan, j'ai déserté internet pendant deux jours, puis j'ai remonté la pente. J'ai pris un sacré coup. Leonard Nimoy et lui étaient deux acteurs que j'admirais énormément.
AnnaMejai : La scène du chapitre 54 est particulièrement rude, mais j'ai adoré l'écrire. Pour ta fic, je te souhaite une bonne continuation ;)
La maison n'était pas exactement comme je l'avais imaginée. Beaucoup plus grande et luxueuse en réalité. Bien plus que la nôtre, moins que celle de Lady Murasaki, mais ce n'était pas le sujet. J'aurais préféré faire tout cela de nuit, mais Hannibal ne pouvait sûrement pas retenir le propriétaire bien longtemps. Le soleil déclinait à peine, il ferait plus sombre dans une heure, mais je n'avais pas le luxe d'attendre. Je me garai dans l'allée entre la demeure en question et celle des voisins. Le quartier était principalement résidentiel et calme. J'avais trouvé l'adresse assez facilement, à l'aide du GPS. Maintenant, il me fallait étudier attentivement mon objectif.
Je sortis de la voiture, en regardant autour de moi, pour être sûr qu'aucun indiscret ne m'observait. Mais le passage était désert. Je pris mon sac-à-dos, où les organes choisis par Hannibal reposaient dans une petite glacière puis, l'air de rien, comme si je ne faisais que me promener, je passai une fois devant la propriété. Ce que je vis était de très mauvais augure pour moi. Sur un petit panneau, planté dans un carré de pelouse, l'on pouvait voir le logo d'une compagnie de sécurité privée et de gardiennage. Le genre qui, si l'alarme se déclenchait, vous appelait sur votre mobile pour vérifier que tout allait bien et envoyait un agent en quelques minutes si ce n'était pas le cas. Je n'avais donc rien à espérer du côté de la porte d'entrée, qui semblait très solide, et craignais qu'essayer d'entrée par un quelconque autre accès ne donne le même résultat.
Discrètement, je contournai la maison, sans trouver une seule fenêtre laissée ouverte par inadvertance, et tombai sur un grand jardin, à l'arrière. Entourée de plants de fleurs et de chaises longues, une piscine de taille relativement modeste reflétait le ciel sur sa surface parfaitement plate. Je cherchai un moyen d'entrer par là, quand la baie vitrée s'ouvrit subitement. Je me cachai rapidement dans un buisson et suivis des yeux la femme qui en sortit. Elle portait un maillot deux-pièces qui ne laissait pas beaucoup de place à l'imagination et ne devait pas être plus vieille que Ignatus. Elle posa sa serviette sur un transat et mit une barrette dans sa bouche, pour libérer ses mains et ramasser ses longs cheveux blonds en chignon, avant de les attacher. Quand elle leva ses bras, sa silhouette svelte s'étira et sa poitrine plantureuse remonta légèrement. La jeune femme avait un physique typique des pays de l'Est – Russe, peut-être – des yeux d'un bleu très clair, des pommettes saillantes, des lèvres pulpeuses, un corps de mannequin. C'était, du moins, l'image que je me faisais des filles de l'Est.
Je ne savais toujours pas avec certitude chez qui j'étais, même si j'avais une théorie ou deux sur le sujet, mais une chose était sûre, cet homme avait du goût. Je n'étais pas friand des femmes trop artificielles, refaites à outrance et qui abusaient du bistouri. Mais chez celle-ci, tout était naturel, cela se voyait. Elle était encore bien assez jeune pour ne pas se préoccuper de ce genre de choses pour le moment.
Elle marcha ensuite pieds nus sur les dalles de pierre qui traçaient un chemin jusqu'au bassin. Ses hanches se balancèrent sensuellement, de gauche à droite. Elle se déplaçait comme si elle avait un public en permanence. Puis elle descendit lentement chaque barreau de l'échelle qui s'enfonçait dans l'eau, avant de faire quelques brasses en prenant garde de ne pas trop mouiller sa chevelure dorée.
Je me secouai un peu pour retrouver mes esprits. Je n'étais pas là pour me rincer l'œil comme un voyeur. Même si la demoiselle était une distraction des plus plaisantes, elle représentait également mon accès à la maison. Sa présence non-prévue témoignait certainement de l'inactivité de l'alarme et elle avait laissé la porte-fenêtre grande ouverte sur son passage.
J'attendis qu'elle soit inattentive, flottant sur le dos, les yeux fermés, pour m'élancer silencieusement vers la maison et me glisser à l'intérieur. J'entrai directement dans un vaste salon, lumineux et richement meublé, attenant à une cuisine ouverte et moderne. L'agencement me rappela notre demeure en Argentine, spacieux, clair, avec peu de cloisons, comme je les aimais.
Sans m'attarder, je me dirigeai vers le frigo et ouvris le congélateur, avant de vider mon sac et de déposer le contenu de la glacière entre les légumes surgelés et une boîte de cônes glacés à la vanille. Puis, je refermai la porte sans un bruit. Je devais maintenant trouver un moyen de retourner à la voiture et de sortir le corps du coffre sans être vu, pour le déposer dans la cave.
Plié en deux, pour ne pas être visible de l'extérieur, je partis à la recherche de l'accès au sous-sol, en jetant un œil au jardin pour m'assurer que la jeune femme était toujours dans la piscine. Mais, ma fouille fut infructueuse. La maison n'en était tout simplement pas dotée. À la place, je trouvai une trappe au plafond d'un couloir qui menait à un grenier qui devait faire la même superficie que l'édifice. Cela n'était pas une bonne nouvelle. Les restes du cadavre pesaient un certain poids et le tapis qui l'enveloppait était encombrant. Transporter le tout à l'intérieur serait déjà un challenge en soi, mais le hisser là-haut serait vraiment problématique. Si les lieux étaient déserts, j'aurais peut-être pu m'en sortir, mais si jamais elle rentrait prendre une douche ou boire quelque chose, au moment où j'étais occupé à gravir l'escalier amovible, elle aurait tout le temps de courir chercher de l'aide avant que j'aie pu faire quoi que soit. Il me fallait une autre solution et, de préférence, une qui ne nécessitait pas de la tuer. Me contenter des organes dans le frigidaire et me débarrasser du corps ailleurs, n'était pas une option. Les preuves devaient s'accumuler, si nous ne voulions pas que la police explore d'autres pistes quand notre bouc émissaire clamerait son innocence et crierait au complot. Je n'avais pas le choix, je devais y aller au culot.
Je sortis rapidement par la porte de devant et rejoignis mon véhicule en prenant grade de ne pas être vu par le voisinage. Puis j'ouvris la portière, jetai mon sac et mes gants sur la banquette arrière, rangeai mon alliance dans la boîte à gant – son originalité la rendait beaucoup trop reconnaissable – et m'accroupis devant le rétroviseur pour arranger mon apparence. Une fois satisfait, je retournai devant l'entrée d'une démarche beaucoup plus naturelle, avant de sonner. Je savais qu'elle risquait de ne pas m'entendre ou de mettre du temps à venir, alors, pour être crédible, j'insistai deux ou trois fois. Elle finit par m'ouvrir, visiblement essoufflée de s'être précipitée. Elle avait passé une sortie-de-bain bleue nuit et très courte, qu'elle avait mal fermée, et ses cheveux gouttaient sur ses épaules et ses clavicules.
« Bonjour. Puis-je vous aider ? » Demanda-t-elle, en français, avec un accent soviétique qui lui faisait rouler les « r ».
« Bonjour. Votre… » Il y avait une alliance à son annulaire. «… Mari m'envoie. »
« Il y a un problème ? » S'inquiéta-t-elle immédiatement.
« Oui, mais rien de grave, rassurez-vous. Il m'a demandé de récupérer quelque chose pour lui, dans son bureau. »
« Oh. Vous travaillez avec mon mari ? » Me questionna-t-elle, en s'appuyant contre le chambranle, dans une posture charmeuse.
« Oui. Je viens de commencer. Et qu'il ait assez confiance pour me demander ce genre de service est plutôt bon signe. Je ne voudrais pas faire de baffe, vous comprenez. »
« Gaffe. »
« Pardon ? »
« On dit : faire une gaffe. Une baffe, c'est une gifle. Vous n'êtes pas français, vous non plus. Je peux l'entendre à votre accent. Américain ? »
« Australien. » Improvisai-je.
« Vraiment ? Je pensais que tous les Australiens étaient surfeurs et blonds, » plaisanta-t-elle, avant d'éclater de rire. « Je vous taquine. Entrez, je vous en prie, » ajouta-t-elle, avant de retourner vers la cuisine.
« Taquine ? » Répétai-je, en la suivant, en prenant garde de ne rien toucher, ni la porte, ni la poignée.
« Embêter. Si vous préférez, nous pouvons converser en anglais, » répondit-elle, en me démontrant qu'elle maîtrisait plutôt bien la langue de Shakespeare.
Je n'avais aucune idée du métier de son mari et priai pour qu'elle ne pose pas de question sur ce sujet.
« Je veux bien, merci. »
« Voulez-vous quelque chose à boire ?» Me proposa-t-elle, en sortant deux verres d'un placard. « Vous avez bien le temps de me tenir un peu compagnie. »
Refuser paraîtrait impoli et louche. Je m'assis donc sur un des tabourets du comptoir.
« Bien sûr. »
« Whisky ? Vodka ? »
« Il est un peu tôt pour ça, non ? »
« Un soda, dans ce cas ? »
« C'est parfait, merci. »
Elle ouvrit le frigo et un frisson d'anticipation remonta le long de ma colonne vertébrale. Mais, je savais que les boissons ne se trouvaient pas dans le freezer, comme j'avais pu le constater plus tôt, et fis tout mon possible pour paraître détendu. Il fallait que j'arrive à la convaincre de retourner se baigner et de me laisser seul dans le bureau qui se trouvait juste à côté de la trappe du grenier. Tout en réfléchissant, j'ouvris la bouteille dégoulinante de condensation qu'elle me tendit, et versai du Coca-Cola dans mon verre. Il faudrait que je pense à les emporter avec moi.
« C'est agréable de voir un nouveau visage. Je m'ennuie beaucoup, toute seule ici, toute la journée, » dit-elle, en se servant elle-même.
« Vous n'avez aucune amie que vous pourriez inviter ? »
Je décidai de lui faire la conversation durant quelques minutes.
« Ce n'est pas vraiment d'une amie, dont j'ai besoin… »
Je déglutis, en souriant nerveusement. Le sous-entendu était suffisamment clair, même pour moi, et je me demandai ce que j'avais bien pu faire pour mériter de me retrouver dans ce genre de situation.
Ah oui, c'est vrai, j'avais tué cette secrétaire.
Je soupirai, en faisant mine de peser le pour et le contre, et choisis finalement de décliner la proposition.
«J'ai vraiment besoin de ce travail, vous savez. Je ne voudrais pas avoir d'ennui avec votre mari. »
« Je peux vous assurer qu'il n'en saura rien, » dit-elle, en laissant son peignoir tomber par terre. « Il ne doit pas rentrer avant plusieurs heures, il dîne avec un ami, ce soir, » ajouta-t-elle, en dénouant le haut de son maillot de bain.
Le tissu humide tomba à ses pieds et je manquai de lâcher mon verre. Dans un coin encore opérationnel de mon cerveau, je me dis que l'ami en question devait être Hannibal, ce qui me laissait une large marge de manœuvre. Son opulente poitrine s'affaissa légèrement sous son propre poids, me confirmant qu'elle était tout à fait authentique. Et tout à fait attrayante. Elle retira ensuite le bas, qu'elle jeta par-dessus son épaule, avant de s'approcher de moi, alors que je restai figé, incapable de réagir.
« Je… Je ne dois pas m'attarder, » tentai-je, en voulant me lever.
Mais elle prit mon poignet et posa ma main sur son sein gauche avec fermeté. C'était chaud, doux et lourd. J'essayai de rester parfaitement calme, sans grand succès, et de ne pas rougir, sans y parvenir. Elle sentait légèrement le chlore, la crème solaire et un parfum féminin que je ne connaissais pas. Puis, elle se pencha à mon oreille, appuyant un peu plus son cœur battant la chamade contre ma paume moite.
« Je ne sais pas qui vous êtes. Mais si je suis sûre d'une chose, c'est que vous ne travaillez pas pour mon mari, tout simplement parce qu'il n'a aucun employé. » Je me figeai sur place. « Et si vous ne me donnez pas ce que je veux, je vais hurler si fort que vous pouvez être certain que la police sera là très rapidement, » chuchota-t-elle.
« Je ne peux pas, » parvins-je à articuler, quand elle recula et agrippa mon autre main pour la poser directement sur son entrejambe.
« Votre corps dit le contraire. »
En effet, je n'en étais certainement pas fier, mais je restais un homme. Et, sans attendre, elle caressa la bosse qui déformait mon pantalon, en s'empalant d'elle-même sur mes doigts. Sentir sa chaleur, sa moiteur, et le soubresaut de plaisir qui me traversa, furent comme un électrochoc, et je me levai précipitamment, en la repoussant, avant de ne plus répondre de mes actes. C'était définitivement la plus mauvaise idée possible.
C'est alors qu'elle eut la dernière réaction que j'aurais pu imaginer, face à ma retraite. Si bien, que je n'eus aucune réaction immédiate. Elle se gifla elle-même, plusieurs fois et fort, en criant au viol et en pleurant. Si je ne faisais rien, quelqu'un allait l'entendre.
« Arrêtez ! »
J'attrapai ses bras pour l'empêcher de continuer. Cette femme était complètement folle ! Elle se débattit, mais cessa néanmoins de hurler, avant de me pousser violemment en arrière. Je dérapai sur le carrelage et me cognai durement la tête en tombant. Un peu sonné, je mis trop de temps à me relever et elle s'assit sur mes cuisses, avant d'ouvrir mon pantalon.
« Ne faites pas ça, s'il vous plaît, » dis-je, le plus calmement possible, quand sa main se referma sur mon membre, avant de le caresser.
« Pourquoi ? »
« Je suis marié… Je n'ai pas envie de faire ça… Même si vous êtes magnifique. »
« Et alors ? Je suis mariée aussi. Et vous ne portez même pas votre alliance. »
Mon crâne saignait, je pouvais le sentir. Ça faisait un mal de chien et je me sentais groggy. Mon ADN était en train de gentiment s'étaler sur le sol de la cuisine et la situation échappait carrément à mon contrôle.
« Il y a une bonne raison à cela et elle n'a rien à voir avec vous. »
« Si vous ne travaillez pas pour mon mari et que cela n'a aucun rapport avec moi, que faites-vous là, dans ce cas ? Moi, je pense que vous m'avez aperçue dans le jardin et trouvé le premier prétexte venu pour vous retrouver seul avec moi. »
Elle souleva alors son bassin, pour s'asseoir directement sur mon sexe qui répondait favorablement aux attouchements sans que je ne puisse rien y faire.
« Non ! Attendez ! » Elle se figea. « C'est vrai, je l'admets. » Elle sourit, avant de se remettre en mouvement, mais je l'arrêtai de nouveau. « Je préfère… Je préfère mettre un préservatif. »
Ce fut la seule excuse qui me vint à l'esprit.
« Cela m'est égal. »
« Pas moi, » insistai-je.
Elle soupira.
« Très bien. Il y en a dans l'armoire à pharmacie. Allez les chercher, je vous attends ici, où j'ai une vue sur la porte d'entrée comme sur la baie vitrée. Vous avez intérêt à revenir. »
Et enfin, elle me lâcha et se releva.
« Je vais en profiter pour soigner ça, si vous n'y voyez pas d'inconvénient, » dis-je, en me remettant difficilement sur mes pieds, une main sur ma tête.
« Faites vite, » m'accorda-t-elle, et je quittai la pièce sans me faire prier.
J'ouvris la porte de la salle de bain à la volée et la refermai prestement derrière moi, avant de la verrouiller et de me mettre immédiatement à la recherche de n'importe quel objet pouvant servir d'arme, qui ne soit pas un ciseau à ongles. Je croisai mon reflet dans le miroir au-dessus du lavabo, en fouillant dans un meuble. Mes cheveux étaient un désastre, du sang séchait dans mon cou et mes vêtements étaient froissés. C'est alors qu'un sèche-cheveux attira mon attention. Je m'en emparai et le sous-pesai. L'appareil ne sembla pas assez solide pour assommer efficacement quelqu'un, d'autant plus que quelque chose me disait qu'elle avait dû en voir d'autres. Il ne me restait qu'une seule solution. Sa voix me parvint alors, elle s'impatientait. Sans m'attarder, je tirai sur le fil du séchoir et l'arrachai, avant d'en enrouler une extrémité autour de ma main et de la cacher dans mon dos. Je pris ensuite un préservatif dans l'armoire et retournai dans la cuisine.
Elle m'attendait, toujours nue, assise sur le comptoir, et elle avait commencé sans moi visiblement.
« Dépêchez-vous, » murmura-t-elle, ses doigts allant et venant en elle, caressant son clitoris.
La tuer serait un véritable gâchis mais, je n'avais pas d'autre choix, et Hannibal le ferait, de toute manière, quand il apprendrait ce qu'elle avait essayé de faire. Car j'avais retenu la leçon avec Sandra. Plus de secret, entre lui et moi. Après tout, je n'y étais pour rien.
Ses gémissements me ramenèrent à la réalité et je pris conscience que je n'avais même pas refermé mon pantalon. Qu'importe, cela paraîtrait plus vrai. Je m'approchai d'elle, faussement conciliant, en déchirant l'enveloppe de la capote avec mes dents, avant de le dérouler sur mon érection. À une main, ce ne fut pas évident, mais elle ne sembla pas y prêter attention. Elle était complètement ailleurs, perdue dans son plaisir, totalement ouverte et quémandeuse. L'image transpirait d'érotisme.
Je me glissai entre ses cuisses et immédiatement, elle croisa ses chevilles dans mon dos. Je me penchai sur elle, en tentant d'ignorer sa fougue et la chaleur de son intimité contre laquelle mon membre se frotta. Elle se cambra contre moi et empoigna ma virilité pour la guider en son sein. Et l'embrassai alors ardemment, en ramenant mon bras qui tenait le câble au-dessus de sa tête sur le plan de travail. De mon autre main, je me saisis de l'autre extrémité du fil et, d'un geste brusque, l'enroulai autour de sa gorge gracile, avant de serrer de toutes mes forces.
Elle me lança un regard surpris, avant de réaliser ce qui se passait et de tenter de se débattre. Mais, la position dans laquelle elle s'était mise toute seule, ne jouait pas en sa faveur. Je la bloquai de tout mon poids sur la surface en marbre et ne lâchai pas prise, jusqu'à ce qu'elle cesse de bouger et s'affaisse contre le meuble.
Je fixai quelques instants ses yeux vides, avant de relâcher mes muscles et de dérouler le câble. Il s'agissait, à présent, de décider dans quel ordre j'allais procéder, et vite. D'abord le corps, quelqu'un pouvait l'apercevoir par une fenêtre. Je rajustai ma tenue et la basculai par-dessus mon épaule et la transportai dans la salle de bain, avant de la mettre dans la baignoire. Je n'avais pas d'autre choix que de la laver, mais avant, il fallait que je mette des gants. Ma paire était dans la voiture, mais heureusement, il y en avait en latex, dans une boîte. Je les enfilai prestement, avant d'ouvrir le robinet et de savonner longuement le corps, jusqu'à être sûr qu'il ne demeure aucune trace de mon passage. Je l'allongeai ensuite sur une grande serviette que j'avais étendue au sol, avant de la sécher. Puis, je sortis dans le couloir, tirai sur la trappe pour déplier l'escalier, et la hissai péniblement dans le grenier. Elle serait une victime supplémentaire sur le dos de son mari.
Enfin alors, je m'autorisai à souffler un peu et pris le temps de soigner ma plaie correctement. Je mis ensuite, dans un sac en plastique, tous les objets que j'avais touchés. Le sèche-cheveux et son fil, les fournitures médicales que j'avais utilisées, mon verre, la bouteille, ainsi que le maillot et le peignoir par mesure de précaution. Puis, je vérifiai mon apparence, et après m'être assuré qu'il n'y avait rien d'anormal, je marchai le plus naturellement possible jusqu'à ma voiture. J'ouvris le coffre, y jetai le sac et soulevai le tapis enroulé autour du corps de Cynthia, avant de le transporter rapidement dans la maison, en passant par-derrière, et de l'envoyer rejoindre la jeune femme dont j'ignorais toujours le nom. Et c'était probablement pour le mieux.
C'est en sueur, les bras, la tête et le dos douloureux, que j'entrepris de nettoyer derrière moi à l'eau de javel, avant d'ouvrir grand les fenêtres pour que l'odeur se dissipe d'ici le retour du propriétaire des lieux. La tâche fut ardue et le temps que je termine, il faisait nuit noire. Une fois sûr de n'avoir laissé aucune trace, la maison paraissait parfaitement normale, et je m'empressai de faire un dernier tour des lieux pour m'assurer de n'avoir rien oublié, avant qu'Hannibal soit à court d'excuse pour retenir sa proie. C'est alors que je la vis. La photo de mariage encadrée dans le salon. Aux côtés de la jeune femme qui reposait à présent dans le grenier, se tenait fièrement Stanislas Siméon.
…
Quand la portière claqua et que je démarrai le moteur, je m'autorisai enfin à respirer normalement, en quittant le quartier. Après quelques minutes de route, une fois de retour dans la circulation infernale de la capitale, j'entendis une vibration dans mon sac-à-dos. Je me souvins alors y avoir laissé mon portable, et d'une main, ouvris la poche où il se trouvait, pour regarder l'écran. Je vis alors trois choses qui manquèrent de me faire dévier de ma trajectoire. Que c'était Hannibal qui m'appelait, ainsi que ses cinq appels en absence et les quinze SMS qu'il m'avait envoyés. J'avais conscience d'être en retard sur l'horaire, mais je ne pensais pas qu'il s'inquiéterait à ce point-là.
Je trouvai rapidement un endroit où me garer quelques minutes. Entre-temps, les vibrations avaient cessé et je m'empressai donc de le rappeler. Il décrocha à la première sonnerie.
« Que se passe-t-il ? » Demanda-t-il immédiatement.
« Rien ne s'est déroulé comme prévu. J'ai dû improviser et pas qu'un peu. C'est une longue histoire et j'ai une dernière chose à faire avant de rentrer. On se retrouve à la maison dans une heure, » débitai-je à toute vitesse.
« Tu vas bien ? »
Sa voix était teintée d'inquiétude.
« Oui. »
« Alors rentre vite. »
« Je t'aime aussi, » conclus-je, avant de raccrocher et de jeter le téléphone sur le siège passager.
…
Sur le chemin du retour, je fis un crochet par la déchetterie, fermée à cette heure-ci, et trouvai un trou dans le grillage. Dans un coin reculé, après m'être assuré qu'il n'y avait personne, je brûlai le contenu du sac plastique, ainsi que le préservatif et mes vêtements, avant d'enfiler une tenue de rechange que j'avais apporté dans mes affaires.
Je regardai un moment les flammes dévorer les tissus et les objets, et quand il n'y eut plus que des cendres, je remontai en voiture, direction la société de location.
Ce n'est qu'une fois dans le métro, anonyme parmi les anonymes, que je me détendis un peu. Je me repassai mentalement les événements, étape par étape, jusqu'à être certain de n'avoir rien oublié, et ne songeai qu'à retrouver la chaleur des bras d'Hannibal. Certaines personnes me lançaient des regards amusés, pour une raison qui m'échappait. Cela commençait à m'angoisser, mais j'eus beau inspecter mes habits, je ne trouvais rien d'anormal. Mes chaussettes étaient assorties, je n'avais pas mis mon t-shirt à l'envers, ni oublié de fermer ma braguette. Je décidai donc de laisser couler, sortis prestement à la station Abbesses et inspirai profondément l'air du soir, avant de rentrer rapidement.
…
Hannibal m'avait devancé et ouvrit la porte quand les chiens aboyèrent. Je pénétrai dans le salon, avant de m'effondrer dans un fauteuil. C'était bon d'être à la maison.
Hannibal s'assit en face de moi, sur le canapé, et me questionna sans prendre le temps de m'embrasser. J'essayai de ne pas m'en formaliser. Il était certainement impatient de savoir si nous étions en sécurité.
Je lui racontai donc les événements de la soirée par le menu, sans omettre aucun détail, même si cela me coûta. Je vis qu'il fut tenté de m'interrompre quelques fois, mais n'en fit rien, jusqu'à ce que j'aie terminé. Seulement alors, il ouvrit la bouche, pour dire la dernière chose à laquelle je m'attendais.
« Avant de continuer, pourrais-tu aller nettoyer les traces de rouges à lèvres sur ton visage, s'il te plaît. C'est fort déplaisant. »
« C'était donc ça… » Murmurai-je pour moi-même, avant de me lever, mortifié, pour monter jusqu'à la salle de bain.
En chemin, je me fis la réflexion que j'aurais fait un piètre agent secret.
