LVII

I've got a thick skin and an elastic heart

Note de l'auteur : Mon Dieu, mon Dieu…

Fannibal : Will s'en prend toujours plein la gueule le pauvre, c'est un aimant à emmerdes XD Pardon, j'ai un jour de retard. Bon anniversaire ! J'espère que ce chapitre te plaira. C'est mon cadeau ;) Merci également pour ta review sur The devil is in the details ^^

Annamejai : [Que nous réserves-tu pour le prochain épisode ? Une petite fessée dans les règles de l'art, cul nul sur les genoux d'Hannibal ?] Comment te dire… euh… bonne lecture ? XD Merci aussi pour ta review sur The devil is in the details, eh oui, Hannibal est vilain XD

Blue : Elle était très belle et c'est du gâchis, en effet, mais il n'avait pas vraiment le choix le pauvre Will. Le rouge à lèvres à visiblement fait rire tout le monde XD


Le miroir de la salle de bain me renvoyait crûment la preuve irréfutable de ma faiblesse. Le rouge à lèvres contrastait sur ma peau, accentué par la lumière blanche du néon. J'ouvris le robinet et mouillai mon visage, avant de le savonner énergiquement et de me rincer longuement. Puis je me regardai de nouveau dans la glace, en m'essuyant. Mes yeux reflétaient ma culpabilité et mon épuisement.

J'avais encore l'impression de sentir les mains de cette bonne femme sur moi, malgré mes vêtements propres. Ma peau me démangeait désagréablement et j'aurais voulu prendre une douche, jusqu'à ce que mon épiderme rougisse de l'avoir trop frotté, pour être certain qu'il ne restait rien d'elle. Mais cela devrait attendre un peu, nous devions parler avant. De ce que nous allions faire quand la police vendrait nous interroger – une des victimes travaillait pour nous et le coupable désigné était un patient d'Hannibal, imaginer qu'ils ne viendraient pas jusqu'à nous pour avoir des informations, serait carrément stupide – et pour ajuster nos versions des faits. Il y avait des failles dont nous devions discuter. Comme le fait que Stanislas n'était pas chez lui, quand sa femme était décédée, et que le légiste, en datant l'heure de la mort, risquait de s'en rendre compte. Même si cette information n'était jamais très précise et que l'homme était rentré chez lui très peu de temps après. Nous devions décider de ce que nous allions dire. Hannibal pourrait se cacher derrière le secret médical, quand on lui demanderait de parler de son patient et de sa femme, dont j'ignorais jusque-là l'existence…

Une certitude me frappa brutalement, rampa sous ma peau, s'enroula autour de mes intestins et fit monter une colère indicible en moi.

Je jetai la serviette dans un coin et sortis de la pièce, avant de redescendre dans le salon d'un pas rageur. Hannibal était là, debout dans la pièce, réfléchissant certainement à une musique d'ambiance à mettre. Je fonçai droit sur lui, si bien qu'il fut presque surpris de me voir arriver, et le frappai avant qu'il ait pu esquisser le moindre geste.

Une de mes phalanges s'écorcha contre sa pommette et je retins un gémissement de douleur, en secouant ma main. Il encaissa le coup et releva les yeux vers moi. Je pus voir qu'il ne semblait absolument pas étonné de ma réaction.

« Tu savais… » Murmurai-je. « Tu savais qu'elle serait là. Il t'avait forcément parlé de sa femme et de leurs problèmes de couple, durant ses séances. »

« Oui, » avoua-t-il, sans détour.

« Pourquoi ? Pour me tester ? ! Pour te venger parce que j'ai embrassé cette fille ? ! Réponds-moi, Hannibal, et choisis consciencieusement tes mots, parce que sinon je risque de ne pas maîtriser mes actes. »

Il lécha nerveusement sa lèvre ensanglantée, en réfléchissant, alors que j'essayais vainement de me calmer.

« Je voulais te tester, mais pas de la manière que tu sembles croire. Le but était d'ajouter une inconnue dans l'équation et de voir comment tu allais gérer l'imprévu. Je n'imaginais pas qu'elle allait… »

« Quoi ? Essayer de me violer ? Dis-le, Hannibal, parce que c'est ce qui s'est passé ! Je n'y ai pris aucun plaisir et je n'ai certainement pas failli accepter ! Mon corps est comme il est, je ne maîtrise pas ses réactions, mais là… » Je pointai ma tempe. «… Je ne pensais qu'à sortir de ce merdier pour te rejoindre ! »

« Je sais. Quand tu es rentré et que tu m'as raconté ce qui s'est passé, je n'ai pas douté une seule seconde que c'était la vérité. Je te l'ai dit, Will. Tu dois apprendre à te sortir de n'importe quelle situation, sans moi. Un jour, je ne serai peut-être pas là pour t'aider. Un jour, peut-être qu'on m'arrêtera et que tu devras t'enfuir, ou peut-être qu'on nous appréhendera tous les deux et que tu devras te préparer à plaider la folie pour te sortir de là, à renier tous les sentiments que tu as pour moi, à prétendre m'avoir suivi sous la contrainte… »

« Certainement pas. Je préfère mourir, » répliquai-je, catégorique.

« C'est bien ce qui risque d'arriver, selon l'endroit où nous serons jugés. Et je ne le permettrai pas. »

« Parce qu'à ma place, tu le ferais ? Tu me renierais ? »

« Non. »

« Alors pourquoi t'attends-tu à ce que j'accepte de le faire, bon sang ? ! »

« Parce que ta vie est bien plus précieuse que la mienne. Tu n'as pas encore compris ? Ton âme est la plus belle chose qu'il m'ait été donné de voir. Tu es si pur, si éblouissant, que j'ai parfois l'impression de te souiller rien qu'en posant mes yeux sur toi. Je suis mort dans cette forêt, quand j'avais huit ans. Ce qui en est revenu n'avait plus rien d'humain. Mais toi… » Il prit mon visage en coupe dans ses mains. « Ton côté sombre m'attire comme un aimant, mais ton côté lumineux est d'autant plus captivant, il me rend meilleur. Ton empathie, ton imagination, cela te rend si ouvert, si tolérant. Je ne savais pas que c'était possible, avant de te rencontrer. Je n'ai connu que des gens qui étaient incapables de me comprendre, de m'aimer tel que je suis. Même ma tante a fini par me tourner le dos. Combien de mes soi-disant amis s'empresseraient de me donner aux autorités, s'ils apprenaient la vérité sur moi ? Combien de mes collègues de travail qui prétendent admirer mon intelligence et mon savoir ? Combien m'ont porté aux nues, avant de me cracher au visage ? Puis-je réellement leur en vouloir ? Non. Car, ce que je suis n'est pas humain. »

« Tu es humain, Hannibal. Sinon je ne pourrais pas t'aimer, » répondis-je, alors qu'il n'avait pas lâché ma mâchoire.

Ma colère grondait toujours dans mon ventre, mais toutes ces choses qu'il me disait, me frappèrent en plein cœur.

« Tu es le seul être à avoir la capacité de m'aimer, Will. Les autres m'admirent ou me craignent. Certains me détestent parce que je suis plus intelligent qu'eux. Certains me fuient, certains font tout pour rester dans mes bonnes grâces. Les plus futés sentent la menace qui plane sur eux. Mais toi, tu attires les gens. Parfois au détriment de ta propre santé mentale. Parce que tu as la faculté de comprendre n'importe qui. Et qui suis-je, pour y échapper ? J'ai fait preuve d'une grande vanité en niant la fascination que j'ai ressentie à ton égard, à la seconde où je t'ai vu. »

« Tu me fais la plus longue et extraordinaire déclaration de toute ma chienne de vie, en espérant que j'oublie que tu m'as jeté dans les griffes d'une nymphomane complètement tarée ? »

« Est-ce que cela fonctionne ? »

« Oui et non, » répondis-je, sans arriver à refréner un sourire.

« Tu es toujours en colère ? » Me demanda-t-il.

« Beaucoup. »

« Bien. »

« Bien ? »

« Va enfiler un pantalon de jogging, » dit-il, en guise de réponse.

« Quoi ? »

Mais il s'était déjà éloigné, pour pousser le canapé contre le mur.

« Monte mettre une tenue confortable et rejoins-moi ici, s'il te plaît. Il est grand temps de commencer ton entraînement et la colère est le meilleur des moteurs. »

« Il est surtout grand temps que tu cesses d'être aussi despotique avec moi. Me défouler dans une activité sportive ne me fera pas oublier que tu m'as volontairement mis dans une situation qui aurait pu très mal tourner. Elle aurait pu appeler la police ou même me blesser bien plus gravement qu'elle ne l'a fait… »

« Elle t'a blessé ? Où ça ? » Me coupa-t-il, en revenant vers moi.

« À la tête. Je m'en suis occupé. Mais ne change pas encore de sujet. Si tu ne me penses pas capable de gérer… »

« Au contraire, » m'interrompit-il de nouveau. « Si je ne t'en croyais pas capable, je n'aurais jamais fait ça. Mais je voulais savoir ce que tu allais faire. Si tu allais trouver un moyen de contourner le problème ou la tuer directement, sans te poser plus de questions. J'avoue que je n'avais pas anticipé la tournure inattendue des événements. Pour répondre à ta question, Stanislas m'a parlé d'elle, mais pas en des termes aussi injurieux que toi. Soit il n'était pas très conscient de son état, soit il a délibérément éludé certaines informations, par embarras ou autre. »

« C'est pour cette raison que tu as fini par paniquer ? » Lui demandai-je.

« Je n'ai pas paniqué, » nia-t-il, en recommençant à déplacer les meubles.

« Cinq appels et je ne sais plus combien de SMS, tu appelles ça comment ? » Le taquinai-je, avant de quitter la pièce, pour monter à l'étage.

« De l'inquiétude ! » Lança-t-il, à travers la porte.

Et je levai les yeux au ciel, en souriant.

Quand je revins dans le salon, habillé uniquement d'un bas de survêtement, Hannibal avait retiré sa chemise, ses chaussures et repoussé tous les meubles pour dégager un espace suffisant au centre de la pièce. Il m'attendait, en étirant ses épaules et ses bras.

L'initiation fut éprouvante. Hannibal ne retenait pas ses coups, alors je lui rendais chacun d'entre eux, en mettant tout mon ressentiment dans mes attaques. Et plus il esquivait la plupart d'entre elles, plus je devenais violent. En sueur et essoufflé, je m'épuisai rapidement. Seule ma rage me maintenait debout. Et c'était visiblement ce qu'il voulait. Pour sa part, il ne montrait aucun signe de fatigue, comme s'il économisait ses forces, savait exactement où frapper. Ma douleur à la tête pulsait au rythme frénétique de mon cœur, mes bras étaient endoloris, et il me souriait d'un air profondément satisfait, qui me donna envie de l'étrangler.

« Je crois que le seul moment où je te trouve plus beau que lorsque tu es en colère, c'est quand tu jouis, » dit-il, avant de fondre sur moi et de me plaquer au sol, sans que j'aie le temps de parer le coup.

Mon dos frappa durement le tapis et il bloqua mes bras le long de mon corps. Je me débattis avec mes dernières forces, alors qu'il semblait m'épingler par terre sans trop d'efforts, visiblement très amusé par la situation. Je cabrai, n'hésitai pas à le mordre dès qu'un morceau de peau était à portée de mes dents, mais il s'insinua fermement entre mes jambes et je pus sentir très distinctement que ses intentions avaient changé.

Je réussis, après plusieurs minutes de luttes acharnées, à glisser un genou contre sa poitrine et poussai avec ardeur. Il bascula en arrière et je me retournai à plat ventre, pour ramper loin de sa prise, à bout de souffle. Je commençai à comprendre pourquoi personne ne survivait à cet homme, à partir du moment où il avait décidé de vous tuer.

Une poigne d'acier agrippa ma cheville, il tira sur mon pantalon pour me ramener vers lui. Sans aucune prise à laquelle m'accrocher, mon torse frotta contre le tissu rugueux, puis il m'écrasa de tout son poids, son buste appuyé contre mon dos. J'en eus le souffle coupé.

Il passa son bras sous ma gorge, m'obligeant à me redresser à quatre pattes pour ne pas étouffer. De son autre main, il baissa mon jogging sur mes cuisses, et claqua sèchement sa paume contre ma fesse droite.

« Ah ! » Criai-je, en battant des jambes pour me libérer. « Aurais-tu perdu l'esprit ? ! »

Ma peau chauffa, quand la deuxième fessée tomba, comme pour me punir de mon insolence, et cette fois, je plantai mes dents dans son poignet et lui arrachai un sifflement de douleur. Je sentis alors, ses doigts humides de salive se frayer un chemin en moi, jusqu'à trouver le bon endroit. Mes jambes se mirent à trembler, fatiguées de me porter, de se débattre, et de plaisir. Mes bras me lâchèrent, mais il me rattrapa, m'empêchant de m'étaler par terre.

Haletant, je m'appuyai sur mes avant-bras, incapable de faire autre chose que subir ses phalanges toujours enfoncées en moi, qui remuaient, m'ouvraient minutieusement. Puis il s'agenouilla derrière moi et me pénétra d'une poussée brutale. Mes ongles griffèrent le tapis et une plainte écorcha ma gorge, quand il imposa immédiatement un rythme dur, implacable, qui écorcha mes genoux et irrita mes coudes, une main autour de mon sexe et l'autre pressée sur ma nuque. La douleur se mêla au plaisir, dans cette brève étreinte presque animale.

Terrassé, je finis par poser ma joue contre le sol, mes bras tétanisés, et abandonnai la bataille. Son membre imposant allait et venait dans ma chair, encore et encore, heurtait ma prostate, brisait ma résistance, jusqu'à ce qu'il se tende dans mon dos et vienne profondément en moi, avant de serrer sa main sur mon érection pour m'empêcher de jouir.

« Il serait fâcheux que tu taches ce tapis, » Murmura-t-il à mon oreille, en se retirant avec précaution, quand je gémis de frustration.

« Tu sais ce que j'en pense que ton putain de tapis ! Si tu ne termines pas ce que tu as commencé, je jure devant Dieu je vais te… »

Il agrippa mon épaule et me bascula sur le dos, sans préavis. Je le fixai alors, son corps dénudé et couvert de sueur, son souffle saccadé, ses cheveux en bataille, ses lèvres rougies, ses yeux plein de désir, de sauvagerie. Puis il se pencha sur moi et me prit dans sa bouche sans me laisser aucun répit, enroula sa langue autour de ma chair hypersensible, contracta sa gorge et me fit jouir en quelques mouvements, mes doigts empoignant ses cheveux.

Quand il me relâcha, je me laissai retomber au sol, inerte, en essayant de reprendre ma respiration. Il s'assit près de moi, caressa doucement mon torse, mon cou, ma joue, jusqu'à ce que mon corps s'apaise.

« Je vais nous faire couler un bain, » dit-il, en m'aidant à me relever prudemment.

J'eus un vertige, me rattrapai à lui et le suivis dans l'escalier, après avoir complètement retiré mon pantalon. Je n'avais aucune idée de l'heure, mais il devait être tard, car il faisait déjà nuit quand j'étais rentré, et je laissai Hannibal guider mon corps perclus dans la baignoire, une fois qu'elle fut remplie d'eau brûlante. La chaleur me recouvrit, détendit mes muscles, lava ma peau. Hannibal se glissa dans mon dos, avant de me savonner longuement.

« Si tous nos entraînements finissent comme celui-ci, mon espérance de vie risque d'être abrégée, » plaisantai-je, d'une voix fatiguée.

« Trop de ressentiment, trop de frustration. J'ai peut-être perdu quelque peu le contrôle, ce soir. »

« Peut-être ? Quelque peu ? Tu es la personnification de l'euphémisme, Hannibal. »

Il sourit dans mon cou et me serra contre lui.

« M'en veux-tu toujours ? »

« Pour m'avoir envoyé dans ce merdier, pour m'avoir mis au tapis ou pour m'avoir baisé sur le sol comme un animal ? »

Il mordit mon épaule, pour me punir de ma vulgarité. Je savais qu'il n'appréciait pas cela et forçai le trait juste pour l'emmerder.

« Un peu des trois. »

« Je suis trop épuisé pour être encore en colère. »

« Je suis désolé que cette expédition ait si mal tourné. »

« Hum, » marmonnai-je, en m'assoupissant contre sa poitrine.

« Allons nous coucher, avant que tu t'endormes dans cette baignoire, » ajouta-t-il, en me repoussant doucement, pour pouvoir sortir.

Il me tira ensuite à lui, en prenant garde de ne pas me faire glisser, et m'enveloppa dans un peignoir. Puis je le suivis, d'une démarche incertaine, jusqu'à notre lit, où je m'étendis avec soulagement. Ce n'est qu'à semi-conscient, que je le sentis me retirer la sortie-de-bain et me recouvrir du drap, avant de s'allonger contre moi. Et je dormais déjà, quand il me prit dans ses bras et embrassa ma tempe en me souhaitant une bonne nuit.