LXII

You're the king baby I'm your prince

Note de l'auteur : Vous ne le savez pas, mais écrire des cérémonies m'angoisse. Ça doit venir du fait que je n'y ai simplement jamais assisté, donc je ne sais pas réellement comment ça se passe, et faire participer beaucoup de personnages c'est toujours très compliqué. Puis, je ne voulais pas que le chapitre soit trop long. Je vous offre donc ce chapitre tout fluff et tout guimauve, pour me racheter de l'angoisse du précédent.

Bonne lecture !

Fannibal : Je suis curieuse, à quel moment as-tu deviné au chapitre précédent ? Sinon, c'était le but de vous angoisser, donc je considère que c'est réussi XD J'espère que ce chapitre te plaira ;)

Blue : Oui, je t'ai compris XD Merci pour cet enthousiasme. J'espère que tu aimeras ce chapitre ;)


La propriété était immense proportionnellement à la petite maison qui l'occupait. Hannibal m'avait appris que nous étions dans la résidence secondaire de sa tante, une modeste demeure plutôt proprette, qu'elle avait choisie, non pas pour son opulence, mais pour le vaste terrain et la portion de forêt qui s'étendaient à l'arrière. Les pièces n'étaient pas bien grandes, mais l'on retrouvait la griffe de Lady Murasaki dans la décoration japonaise et le tout donnait un charme certain à son intérieur.

Les chiens s'ébrouaient dans l'herbe, couraient partout, heureux d'avoir autant d'espace rien que pour eux. Les invités s'entendaient très bien et faisaient connaissance, malgré leurs différences. Le jeune homme qui accompagnait Ignatus avait de faux airs de son homonyme, le prince Henry de Galles. Grand, musclé et roux, des yeux bleus comme la glace et un sourire craquant, il était aux antipodes d'Hannibal et moi. Et c'était sûrement pour le mieux. Je me sentais soulagé que Ig ait trouvé quelqu'un avec qui partager sa vie, car nous allions bientôt disparaître, pour ne pas revenir avant longtemps, si nous revenions un jour.

Je n'avais jamais aimé être le centre de l'attention et Hannibal le savait très bien. Mais aujourd'hui, c'était notre journée, et il souhaitait que j'en profite autant que lui. Ce mariage – le deuxième, officiellement – n'était que symbolique. Nous n'avions convié aucun maire, ni représentant de l'état. La cérémonie fut un simple échange de vœux et d'alliances, sobre et sans excès. L'émotion était néanmoins présente, dans chacun de nos regards, de nos gestes et de nos mots.

Clarice semblait plus lucide que jamais et je ne pouvais m'empêcher de la surveiller de près. Pourtant, elle s'en tint à la version officielle et paraissait même prendre beaucoup de plaisir à discuter avec nos amis, en particulier Chiyoh. La jeune Japonaise était la seule qui pouvait se douter que je n'avais pas de nièce, puisqu'elle m'avait rencontré aux États-Unis, et je la connaissais suffisamment pour remarquer que son intérêt pour Starling cachait de la curiosité et de la méfiance. Même si elle ne vivait pas avec nous et ne suivait plus Hannibal comme son ombre, son instinct protecteur envers lui ne s'éteindrait certainement jamais. Et cette fois-ci, cela m'arrangea, car si Chiyoh était sur ses gardes, cela voulait dire que je n'étais pas complètement fou de trouver Clarice parfois étrange ou faussement absente et docile.

Hannibal s'aveuglait totalement par rapport à elle. Et je comprenais pourquoi, bon sang. L'idée de le voir souffrir m'était insupportable. Il pensait me rendre la fille qu'il m'avait enlevée, mais en réalité, il tentait désespérément de retrouver sa sœur. Cesserait-elle un jour de lui manquer ? Probablement pas. Hannibal avait traversé l'enfer, alors qu'il ne le méritait pas. Et l'injustice qu'il avait subie, même après s'être vengé, restait irréparable. C'était un homme sensé, sain d'esprit, méthodique, sauf quand il s'agissait de Mischa. Je pris alors la décision d'en parler à Lady Murasaki, la seule personne capable de me renseigner sur l'adolescence d'Hannibal et de m'aider à décider quoi faire. Profitant qu'elle soit à l'écart, je m'approchai d'elle, avec deux coupes de champagne à la main. Je lui en tendis une, en lui souriant.

« Nous n'avons jamais vraiment eu l'occasion de parler vous et moi, » remarquai-je.

Elle approuva silencieusement, en buvant une gorgée.

« Vous accomplissez que ce dont j'ai toujours été incapable, » dit-elle ensuite, son regard perdu vers la forêt.

Je lui demandai ce qu'elle voulait dire par là.

« Vous être capable de l'aimer en dépit de ce qu'il est. »

« Parce que nous sommes semblables. Vous êtes beaucoup de choses, Madame, mais certainement pas une meurtrière. »

Ma franchise la désarma une fraction de seconde, mais je lui devais d'être honnête, avant de la questionner.

« J'ai cru comprendre que votre histoire était tumultueuse. »

« Je suis, à la fois, une des personnes qu'il a fait le plus souffrir et celui qu'il rend le plus heureux. »

Ses yeux parcoururent le petit groupe d'invités.

« Je me suis toujours demandé comment il était enfant, » murmurai-je vaguement. « Vous aviez dit qu'il ne parlait pas, quand il est arrivé chez vous, mais il s'est écoulé plusieurs années, entre le jour où il est devenu orphelin et celui où son oncle est venu le chercher. Vouliez-vous dire qu'il est resté muet durant tout ce temps ? »

« Je ne connais pas les détails de son séjour dans ce sordide orphelinat. Mais oui, il n'a pas dit un mot jusqu'à ses treize ans, quelques semaines après nous avoir rejoints. »

« On le maltraitait dans son internat ? »

« Pas le personnel, bien entendu. Mais, il a toujours été différent. Les plus petits le houspillaient, certains le croyaient aussi sourd que muet et parlaient de lui comme s'il n'entendait pas. Cependant, il les laissait faire sans broncher. Il n'aurait jamais fait de mal à des enfants aussi jeunes. Mais les plus âgés, les brutes, ils avaient peur de lui, car quand l'un d'entre eux lui cherchait querelle, il frappait vite, parfois sérieusement, sans la moindre retenue, ni pitié. Quand mon regretté Robert est revenu avec lui, il m'a raconté que le directeur de l'orphelinat lui avait conseillé de se méfier d'Hannibal, de ne pas le laisser jouer avec d'autres garçons, car il pouvait être dangereux. Cependant, il ne nous a jamais manqués de respect et quand Chiyoh est arrivée… Il n'aurait jamais touché à un seul de ses cheveux. Il était d'une patience infinie avec elle et passait des heures à lui apprendre tout ce qu'il savait. Ce n'était pas une enfant turbulente, mais elle souffrait parfois de ne pas avoir de camarade de jeux. »

Je regardai la jeune femme, qui discutait maintenant avec Hannibal, en l'imaginant petite.

« Parlait-il de sa sœur, parfois ? »

« En de rares occasions, quand ses cauchemars le réveillaient au milieu de la nuit. Il souffrait encore d'amnésie rétrograde à l'époque. Ce n'est que bien plus tard qu'il s'est enfin souvenu des événements de cette nuit-là. Mais c'était un sujet sensible et je suppose qu'il ne l'aborde toujours pas facilement, y compris avec vous. Sinon, nous n'aurions pas cette conversation. Que voulez-vous savoir, exactement, Will ? »

« Simplement ce que je pourrais faire pour l'aider, » répondis-je franchement.

« Fait-il toujours de mauvais rêves ? » S'inquiéta-t-elle.

« Non, il… Reporte son affection fraternelle sur Clarice d'une manière qui me préoccupe. Il la traite comme une enfant. »

« Combien de temps votre nièce va-t-elle rester ? »

« Nous ne savons pas encore, elle traverse une période difficile. »

« Alors vous devez parler honnêtement avec Hannibal. Il est grand temps qu'il applique ses propres conseils à lui-même et s'ouvre enfin à quelqu'un. Et, je dois l'admettre, cette personne, c'est certainement vous. »

Un conseil avisé, mais plus facile à dire qu'à faire. Il répondrait sans hésiter à toutes les questions que je pourrais lui poser, mais lui faire admettre que Clarice risquait de profiter de sa faiblesse serait bien moins évident et lui avouer que cette situation ne me convenait pas, encore plus ardu.

« Merci pour votre sincérité. »

Je lui souris timidement et me détournai, quand elle me retint par le bras.

« Vous allez bientôt partir, n'est-ce pas ? »

« Pourquoi dites-vous cela ? »

« Parce que je le connais. Il est présent, mais son esprit est déjà loin d'ici, parcourant en souvenir les contrées qu'il a décidé de vous faire découvrir. »

« Si c'est le cas, il ne manquera pas de vous dire au revoir, » affirmai-je, alors qu'en réalité, je n'en savais rien.

« Je n'en doute pas, » acquiesça-t-elle.

Puis, elle se retira dans la maison, en souriant à Hannibal qui s'avançait vers moi.

« Tout va bien ? » Me demanda-t-il, en posant ses mains sur ma taille.

« Parfaitement, » affirmai-je avec aplomb, parce qu'après tout, cette journée était magnifique.

Je caressai ses épaules et son cou, avant d'attraper son col et de l'embrasser.

« Quelle est la suite du programme ? » Le questionnai-je.

« Nous n'allons plus tarder à passer à table. Pour l'occasion, j'ai engagé un sous-chef, je vais d'ailleurs devoir me mettre au travail. »

« Vous ne serez que deux en cuisine ? »

« C'est suffisant, nous sommes huit. J'aurais pu m'en occuper seul, mais je ne souhaitais pas être absent trop longtemps. »

« Puis-je venir avec toi ? J'aime t'observer à l'œuvre. »

« Si ça ne tenait qu'à moi, ce serait avec plaisir. Mais j'ai besoin que tu t'occupes des invités. »

« Nous ne sommes même pas chez nous. Laissons ta tante se charger de ça, » tentai-je de l'amadouer, en me blottissant contre son torse.

« Ce ne serait pas très poli. Elle a eu la gentillesse de nous prêter cette maison pour le week-end. Nous l'aurons pour nous ce soir et demain. »

« J'aurai donc droit à une vraie nuit de noces ? »

« Tout ce que tu voudras, » murmura-t-il contre mes lèvres.

« Dans ce cas, je veux bien rester avec nos amis. »

« C'est si agréable de négocier avec toi, » me taquina-t-il. « Et tu es sublime dans se costume. »

« Toi aussi, mais j'ai quand même hâte de te l'enlever. »

« Patience, mon ange. En attendant, je te fais confiance pour que tout le monde soit attablé à 14 heures. »

« D'accord. Et Clarice ? »

« Lady Murasaki a également accepté de l'héberger. Chiyoh gardera un œil sur elle. »

« Ne crains-tu pas qu'elle en profite pour prendre le large ? Elles ne vont pas la séquestrer, ni la droguer, elle sera libre de ses mouvements, » l'avertis-je.

« Disons que c'est un test. »

« Et si elle échoue ? » M'inquiétai-je. « Hannibal, bon sang, elle se précipitera dans le premier commissariat ! »

« Je suis persuadé qu'elle restera tranquille. Fais-moi confiance, s'il te plaît. »

Je soupirai de dépit, avant de céder.

« Très bien, mais si elle fait le moindre geste de travers, je te jure que je la tue. »

« Je n'en doute pas une seule seconde, » dit-il, avant de déposer un baiser sur mon front. « Je te laisse avec nos convives. »

Il m'embrassa une dernière fois, puis il disparut à son tour dans la demeure.

Comme convenu, à l'heure dite, je les guidai jusqu'à la salle à manger, où la table était déjà mise. Sur chaque assiette figurait une petite étiquette avec un nom, écrit de la main experte d'Hannibal, et chacun trouva sa place sans difficulté. En tant qu'invités d'honneur, Hannibal et moi étions assis côte à côte, Lady Murasaki occupait la place d'hôte en bout de table, puisque nous résidions chez elle, avec Chiyoh à l'autre extrémité. Clarice s'installa à ma droite, alors que Nancy, Ignatus et Henry se mettaient en face de moi. Puis, le festival des plats débuta.

« En entrée, crème brûlée au foie gras et sauternes, » annonça Hannibal, avec trois assiettes sur son bras gauche et une troisième dans sa main droite.

Il me servit en premier, puis les dames. Derrière lui, le sous-chef, tout aussi chargé, distribua au reste des convives, avant de retourner en cuisine, alors que mon mari s'asseyait à mes côtés. Puis, l'homme revint avec une bouteille de vin, remplit les verres et disparut de nouveau.

« Bon appétit. »

Je n'avais jamais mangé une crème brûlée en entrée, mais le foie gras et le vin blanc donnaient un goût salé à la préparation et je raclai le fond de la verrine de ma cuillère avec appétit. Les conversations allaient bon train, tout le monde semblait prendre plaisir à manger et mieux se connaître. J'observai la scène d'un œil quelque peu détaché, peu habitué à être aussi entouré. Puis, Hannibal me quitta, en caressant ma nuque, pour retourner en cuisine.

« Carpaccio de bœuf et ses éclats de tuile au parmesan, » déclara-t-il, en revenant.

Puis, il se réinstalla quand tous furent servis. Je savais pertinemment que ce n'était pas du bœuf, mais me demandai néanmoins laquelle des trois victimes, nous allions déguster, sans pour autant poser la question. Les tranches étaient très fines et goûteuses, presque fondantes en bouche, et les tuiles apportaient une touche croquante au plat.

Henry était un jeune homme très intéressant. Expansif et amical, il menait souvent la discussion, alors qu'il ne connaissait aucun d'entre nous avant aujourd'hui. Passionné d'art, il trouva un interlocuteur enthousiaste en la personne d'Hannibal. Il formait avec Ignatus, un couple étrangement assorti, et l'on pouvait voir l'affection déjà profonde qui les liait.

Clarice, de son côté, parlait essentiellement avec Chiyoh, qui était à sa droite. Le comportement de la Japonaise m'intrigua une nouvelle fois. Que cherchait-elle ? À savoir qui était vraiment Starling ? À jauger son adversaire ? Je devais de toute façon lui faire confiance, pour la surveiller le lendemain.

Les plats s'enchaînèrent lentement, tous plus délicieux les uns que les autres, un médaillon de veau au miel et ses légumes à la menthe, suivi d'un carré d'agneau rôti à l'ail et sa compotée de poivrons rouges. Tous nos amis sauçaient les assiettes et profitaient du vin, sans tarir de compliments pour le chef qui semblait fier de lui comme il ne l'avait plus été depuis longtemps.

Puis, les desserts arrivèrent. Un mille-feuille de chocolat intense au piment et caramel crémeux à la fleur de sel, une coupe de fruits rouges et émulsion au champagne, ainsi que quelques macarons aux fruits exotiques. J'étais largement rassasié, l'estomac plein et la tête rendue cotonneuse par l'alcool. Et je vis la même béatitude sur les visages autour de moi.

Il faudrait attendre quelques heures avant que ceux qui devaient conduire soient en état. Je dus donc remettre mes idées de sieste crapuleuse à plus tard. À la place, j'aidai à débarrasser, malgré les protestations d'Hannibal. La journée était belle, quoiqu'un peu fraîche, et nous allâmes profiter du soleil sur les sièges du jardin, avec les digestifs. Puis, je jouai longuement avec les chiens, en prenant garde de ne pas salir mon costume. Hannibal m'observait, tout en discutant avec nos hôtes. Ses yeux pétillaient d'une lueur que j'avais rarement vue dans ses iris havane.

L'après-midi s'écoula lentement, l'astre solaire déclina doucement vers l'horizon. Ignatus s'était endormi, emmitouflé sous un plaid, et Henry surprit mon regard. Il se leva alors et me rejoignit d'un pas tranquille, en caressant Pirate au passage.

« Ig m'a beaucoup parlé de vous deux, » dit-il simplement.

Je hochai la tête, peu sûr de ce qu'il voulait dire exactement.

« Il m'a dit qu'Hannibal finançait son école. C'est très généreux de sa part. »

« Oui, il est ainsi fait. Il a horreur de voir le talent gâché. »

« Il a aussi mentionné… Votre arrangement. »

« Ah, » répondis-je succinctement, soudainement mal à l'aise.

« Il voulait être honnête, vous comprenez. » J'acquiesçai. « J'ai saisi qu'il n'y avait rien de malsain là-dedans, maintenant que je vois de quelle manière vous vous comportez avec lui. Je ne prétends pas comprendre ce qu'il venait chercher chez vous, mais… »

« C'est terminé, » le coupai-je, en réalisant où il voulait en venir. « Il est venu nous annoncer qu'il vous fréquentait et nous avons décidé de revenir à une relation amicale. »

« C'est ce qu'il m'a dit. Je voulais juste être certain que tout était clair. »

« Bien entendu. J'espère qu'il n'a aucun problème. »

« Non, non. Si c'est réglé pour vous, ça l'est aussi pour moi. Je tiens beaucoup à lui, vous savez, et je n'ai aucune intention de le partager. »

« Aucune inquiétude à avoir de ce côté-là. »

« Bien, » conclut-il, satisfait, avant de me sourire et de retourner près de son petit ami.

Je m'étais bien gardé de mentionner la manière dont notre liaison avec lui s'était achevée. Ig avait déjà eu bien du courage pour expliquer réellement qui nous étions pour lui et je ne voulais pas être responsable de l'échec de leur relation.

Quand le soir tomba et que le ciel commença à s'assombrir, nos amis nous félicitèrent une dernière fois, avant de nous laisser. Ignatus me prit chastement dans ses bras et je déposai un baiser sur ses cheveux blonds. Henry me serra fermement la main. Nancy m'embrassa chaleureusement sur les deux joues, en me serrant contre elle. J'avais rarement dû supporter autant de contacts physiques en une seule fois, mais cela me parut moins pénible que d'habitude. Lady Murasaki et Chiyoh furent les dernières à partir, emmenant Clarice avec elles, après quelques recommandations d'usages à propos de la maison.

Nous nous retrouvâmes seuls, dans cette demeure silencieuse et isolée en pleine nature. Les chiens entrèrent avec nous et allèrent s'allonger au chaud dans le salon, épuisés de leur journée. Hannibal me guida jusqu'à la chambre d'ami qui nous accueillerait cette nuit et m'abandonna quelques secondes pour mettre la baignoire à remplir, dans la salle de bain attenante. Puis, il prit son temps pour me déshabiller, pièce par pièce, en prenant soin de plier le linge sur un fauteuil, jusqu'à ce que je ne porte plus que mon boxer, sous son regard appréciateur, avant d'en faire de même pour lui.

Il me prit alors dans ses bras et empoigna mes fesses pour me soulever. Je m'esclaffai pendant qu'il me portait jusqu'à la baignoire, puis il me reposa sur le carrelage, avant de fermer le robinet et de verser des sels dans le bain. Le bassin était à peine assez grand pour nous deux, mais cela ne nous empêcha pas de nous serrer à l'intérieur et d'y rester jusqu'à ce que l'eau tiédisse, en nous lavant mutuellement. Les gestes d'Hannibal étaient tendres, lents, comme s'il ne voulait pas se presser, et je me détendis sous ses attentions, laissai la fatigue s'évacuer avec l'eau dans le siphon.

Et c'est tout aussi lascivement qu'il réveilla mon corps, quand nous nous allongeâmes sur le lit, en laissant ses mains courir sur ma peau, sur chaque zone sensible, tout en évitant volontairement d'en venir au but. Fébrile et en sueur, je nouai mes jambes autour de sa taille et me collai à lui, quémandeur.

« Que veux-tu ? » Osa-t-il me demander, en souriant en coin.

« Toi, » susurrai-je à son oreille.

« Mais encore ? » Répliqua-t-il, en glissant son érection contre la mienne.

Je gémis en m'agrippant à ses épaules.

« Prends-moi, » le priai-je.

« Avec plaisir. Mais avant… »

Il descendit sur mon torse, mon ventre, déposant des baisers sur son passage, jusqu'à s'agenouiller entre mes jambes. Son souffle chaud frôla mon membre, dont il retraça les contours du bout de la langue, avant de le glisser dans sa bouche brûlante. Je caressai tendrement ses cheveux, en me regardant disparaître entre ses lèvres. Il m'avala, me dévora, me mit au supplice, puis j'empoignai plus fort ses mèches quand il insinua doucement ses doigts en moi.

Le désir gronda dans mon bas-ventre, enflamma mes sens, et je le tirai vers moi, pour l'embrasser. Sa langue envahit ma bouche, son corps s'imposa entre mes cuisses et son sexe me transperça d'une poussée franche et ferme qui me coupa le souffle. Il resta immobile quelques instants, comme foudroyé par le plaisir.

« Je pourrais rester en toi pour toujours, » murmura-t-il.

Je resserrai mes jambes, sentis son rythme cardiaque pulper à l'intérieur de moi, mes muscles se contracter autour de lui. Puis, il amorça un premier mouvement, bougea lentement, s'enfonça profondément, sa peau heurtant la mienne à chacun de ses coups de reins, de plus en plus fort, de plus en plus vite. Nos gémissements se mêlèrent, il était hors de contrôle, complètement absorbé par l'idée de me faire du bien, de me posséder, de me marquer comme sien. Tout son être dégageait cette puissance, cette force qui m'attirait tant. Mes ongles griffèrent ses flancs, ses dents mordirent ma gorge, ses yeux accrochèrent les miens pour ne plus les lâcher. La jouissance déferla sur moi par vagues, monta dans mon ventre, quand sa main se referma sur mon membre suintant et sensible, jusqu'à ce que je me cambre sur le lit et vienne entre nos ventres. Il me dévora des yeux, me regarda m'abîmer dans l'orgasme, avant de succomber à son tour, ses doigts enfoncés dans la peau fine de mes hanches.

Je refermai mes bras sur son corps en sueur secoué de spasmes, embrassai son front humide, ses lèvres mutines. Il s'étendit à mes côtés et je me collai contre son flanc, remontai une jambe sur son ventre et sa main caressa distraitement ma cuisse. Nous paressâmes de longues minutes, sans dire un mot. Nous avions renouvelé nos vœux, étions plus proches que jamais et il n'y avait rien de plus à ajouter.