LXIV
Or it's gonna go down in flames
Note de l'auteur : Finalement, c'est quand je décide de terminer cette histoire, qu'une idée de suite me tombe sur le coin de la gueule. Mais, cette idée ne s'incruste pas bien dans l'intrigue de DP. J'entends par là, qu'elle mérite sa propre fic. Donc, DP se terminera sur un épilogue prequel qui donnera lieu, plus tard, à une nouvelle fic. Cependant, cette fin ouverte ne laissera aucune intrigue en suspens ni aucune question sans réponse. Voilà, bonne lecture et à très vite ;)
Annamejai : Hannibal est juste incapable d'être totalement soumis au lit XD Faut toujours qu'il la ramène. Savoir quand s'arrêter, c'est une chose cruciale que beaucoup de gens oublient malheureusement. (Certains ne devraient même pas commencer, à vrai dire) Oui, même si DP restera mon bébé, ma deuxième création favorite après ma longue saga Star Trek, j'avoue que j'approuve une certaine frustration à ne pas trouver le temps de bosser sur mes autres projets. Je te rassure, je ne vais pas les tuer. Ça va pas nan ! XD Merci !
Fannibal : Je suis désolée que ça t'attriste, mais contente si tu continus à me lire par la suite. Je pense qu'il faut savoir s'arrêter, n'est-ce pas ? Le lemon était spécial, même pour moi. Je voulais quelque chose de mémorable, puisque malheureusement, c'est certainement le dernier. Les Wendigos, c'est venu naturellement, j'aime beaucoup le monde imaginaire de Will. Si ce n'est pas fluffy, alors tant mieux XD Parce que je ne suis pas fan. J'espère que ce chapitre te plaira, même si tu n'as pas envie de voir la fin arriver. Merci et à très vite ;)
Idoines : J'espère que vous l'aimerez tous cette fin, parce qu'elle est porteuse d'espoir. Je pense toujours qu'il y a meilleur que moi, tout comme je pense qu'il y a pire, mais je suis très touchée par ton compliment, merci. Tous les chapitres ne se valent pas dans une fic aussi longue. C'est normal de ne pas tous les aimer pareil ;) Merci de continuer à me lire.
Filou : Oui, les dix derniers chapitres étaient intenses, j'imagine ce que tu as ressenti en les lisant d'un seul coup. Contente d'avoir réussi mon coup pour le chapitre 61 XD Merci pour tous ces compliments ^^ Et ne t'excuse surtout pas de ne pas laisser plus de reviews. Tu me donnes ton avis quand tu peux et c'est très bien comme ça. C'est cool si mes projets te plaisent, j'en ai plein en réserve ^^ Merci beaucoup et à bientôt.
Blue : *prends sa récompense et s'approche du micro* Je voudrais remercier avant tout mon papa, paix à son âme, ainsi que ma correctrice Florence. Merci aussi à mes chers lecteurs, toujours aussi fidèles. Sans vous, je n'aurais pas continué. Merci à toi, Océane et à bientôt.
Nous étions rentrés à Paris. La capitale, avec sa pollution, sa circulation, ses bruits. Après un week-end hors du temps à la campagne, le retour était rude. Cela me rappela à quel point je préférais la vie en pleine nature. Je réfléchissais à un compromis pour notre prochaine destination, car Hannibal n'aimerait pas habiter loin de tout. Le plus simple était sûrement de lui en parler, car je ne doutais pas qu'il avait déjà tout prévu pour notre départ.
J'étais installé dans notre salon, allongé sur le canapé, devant un reportage que je suivais d'un œil distrait, avec le son au minimum. Hannibal préparait le dîner dans la cuisine. Sur le tapis, les chiens étaient roulés en boule les uns contre les autres. Dans un fauteuil, Clarice somnolait, emmitouflée dans un plaid. Il avait raison, elle était restée et n'avait rien dit. Quand Chiyoh l'avait raccompagnée, une heure plus tôt, elle nous avait simplement lancé un regard entendu, sans faire de commentaire. Elle était consciente de certaines choses, car elle n'était pas stupide et qu'elle connaissait Hannibal, elle avait donc pris soin de sa petite protégée.
Cela faisait deux jours qu'elle n'était plus sous l'influence d'une quelconque drogue, Clarice Starling était remontée à la surface et elle restait pourtant là, suffisamment en confiance pour dormir en notre présence. J'étais familier avec les effets de la persuasion coercitive d'Hannibal, de ses capacités à vous faire croire qu'il était la seule personne honnête et franche dans votre entourage, de sa manière de vous rendre dépendant de lui. Mais il n'avait pas utilisé la moitié des méthodes qu'il avait appliquées sur moi, pour conditionner Clarice. Une part de moi pensait que tout ceci semblait un peu trop facile et fonctionnait un peu trop bien. Loin de moi l'idée de m'en plaindre, notre départ n'en serait que plus aisé, mais je ne pouvais m'empêcher d'être vigilant. Ma crise de paranoïa, quelques jours plus tôt, avait laissé des traces. Elle n'était pas due uniquement aux préparatifs du mariage qu'Hannibal faisait dans mon dos. D'autres éléments s'étaient emmêlés au reste et je devais trier tout ça, c'était pour cette raison que je n'arrivais pas à me concentrer sur la télévision.
Mon anxiété s'entrelaçait avec mon euphorie qui ne redescendait pas, ce qui créait un étrange mélange. Je ne pouvais m'empêcher de regarder mon alliance, comme s'il venait de me l'offrir, alors que je la portais depuis notre arrivée ici. Je lui trouvais un nouvel éclat et me sentais un peu bête pour ça. Car ce n'était pas cette bague qui avait changé, c'était moi.
Je levai les yeux vers la cuisine, Hannibal me sourit par-dessus le comptoir.
« À quoi penses-tu ? » Me questionna-t-il, à voix basse, pour ne pas réveiller la jeune femme.
« Je me demandais ce que tu avais prévu. »
« Pour notre départ ? »
J'acquiesçai.
« Que dirais-tu d'aller vivre dans la ville de la joie ? »
« Si le surnom est mérité, pourquoi pas. »
« Une architecture riche, de grands parcs, un opéra, des théâtres, des musées et une riche campagne environnante. »
« Cela sonne bien. Quel est le nom de cette magnifique destination ? » Demandai-je, enthousiaste, en me redressant sur le canapé.
« Bucarest. »
« Bucarest ? En Roumanie ? » M'exclamai-je un peu trop fort.
« Les gens ont trop d'idées préconçues sur ce pays. »
« Tu y as vécu ? »
« Malheureusement non. À vrai dire, je n'y ai jamais mis les pieds. Mais j'ai des relations et une propriété qui nous attendent. »
« Pourquoi ne suis-je même pas surpris ? »
Il sourit en coin, puis son expression s'assombrit quelque peu.
« Je souhaite faire une escale avant, » dit-il, en reprenant sa préparation.
« Certainement. Où ça ? »
Il ne répondit pas et évita mon regard. Puis, je compris.
« Tu es sûr que c'est une bonne idée ? Je veux dire… C'est toi le psychiatre, mais il me semble qu'il vaut mieux parfois laisser certaines choses là où elles sont. »
« Ces derniers temps, je ne peux que constater que ce n'est pas très efficace, dans mon cas, » répliqua-t-il, en désignant Clarice qui dormait toujours, ou faisait très bien semblant. « J'ai besoin de toi dans cette épreuve. »
Qu'il l'admette aussi facilement me surprit et me toucha en même temps.
« Je serai présent, de la manière qui te conviendra. Tu sais que j'ai déjà visité les lieux. C'est un bel endroit, avec beaucoup de potentiel, quoiqu'un peu lugubre et délabré après toutes ses années. Mais, maintenant que tu en parles, si nous rénovons… »
« Nous ne pouvons pas nous le permettre. La demeure est au nom de ma famille. À ma mort, elle devait revenir à Lady Murasaki. Et puisqu'officiellement, je le suis, si elle était soudainement habitée par un homme se nommant Hannibal, cela ne passerait pas inaperçu. »
« Tu veux dire que, techniquement, nous possédons un château, mais que nous ne pouvons pas vivre dedans ? »
« Autant pointer une flèche lumineuse sur nous. »
« Vraiment ? Personne ne nous cherche, Hannibal. Il n'y a aucune raison pour que les autorités mettent le nez dans les affaires de ta tante maintenant, ou se soucient d'une propriété à l'abandon depuis des décennies, au milieu de nulle part, dans un pays que la plupart des gens ne savent même pas situer sur une carte. J'ai envie de vivre dans un lieu qui symbolise quelque chose, même si c'est uniquement pour toi. La vie t'a privé de ta famille et tu as renoncé à ton patrimoine pour survivre. Je sais ce que c'est de ne plus avoir de racine. J'ai suivi mon père sur les routes durant toute mon enfance, toujours le petit nouveau à l'école, toujours l'outsider, tu sais déjà tout ça. Déménager tout le temps ne me dérange pas. Mais, je pense que tu devrais enfin récupérer ce qui te revient de droit. Demandons à ta tante de nous le vendre et mettons l'acte de propriété sous un faux nom. Personne ne trouvera étrange qu'une dame âgée se débarrasse d'un bien immobilier dont elle ne fait rien. »
Il parut réfléchir à mes paroles, en s'interrompant de nouveau.
« Ton raisonnement est bon. Mais, es-tu sûr que c'est ce que tu veux ? Cette demeure est immense et nous ne sommes que trois. »
J'allais répondre, mais sa réflexion me donna soudainement une idée et je me levai brusquement.
« Je sais ! Il y a beaucoup de chambres. Rénovons tout, du sol au plafond, et ouvrons une maison d'hôte ! »
Il me regarda avec scepticisme.
« J'ai du mal à comprendre comment attirer plus de monde autour de nous pourrait servir notre dessein. »
Je l'ignorai et continuai sur ma lancée.
« Tu t'occuperais de la cuisine et la décoration, je prendrai en charge tout l'aspect technique, Clarice peut se charger de la réception et nous n'aurons qu'à embaucher un jardinier et quelques femmes de ménage… »
« Will… »
« Ça peut marcher ! Je sais que ça peut marcher. Tu ne comprends donc pas ? »
« J'avoue ne pas te suivre. »
« Nous pourrions configurer la maison, de sorte qu'aucun cadavre n'ait jamais à en sortir. Des gens disparaissent tout le temps et on ne les retrouve jamais, tout le monde sait ça. Pas de corps, pas d'enquête. C'est aussi simple que ça. Si tu renonces à la mise en scène, que nous faisons les travaux nécessaires et que nous restons raisonnables, nous n'aurons plus jamais à fuir nulle part. »
Il sembla tout à coup très intéressé.
« Tu suggères d'ouvrir l'hôtel de l'horreur ? Où les bons clients seraient traités comme des rois et les impolis finiraient dans le frigo ? »
« C'est un assez bon résumé. »
« Cela demande réflexion, » conclut-il, en retrouvant son petit sourire en coin.
« Nous pouvons toujours en faire l'acquisition et décider une fois sur place. »
« Très bien. J'appellerai ma tante demain. »
Satisfait, je fis le tour du comptoir pour l'embrasser. Il posa son couteau et me pris dans ses bras.
« Je vais prendre une douche en attendant que tu aies terminé, » dis-je ensuite.
« Je viendrai te chercher quand ce sera prêt, » me répondit-il, avant que je quitte la pièce.
Je montai à l'étage, simplement heureux de construire des projets, et entrai dans la salle de bain. J'ouvris le robinet, avant de me déshabiller rapidement et de me réchauffer sous le jet brûlant. Ma peau sentait encore l'herbe et la forêt, et je me décrassai, en attendant qu'Hannibal me rejoigne.
Ce n'est qu'après m'être lavé les cheveux et rincé longuement, que je commençai à trouver le temps long. Que pouvait-il bien préparer ? Après quelques minutes supplémentaires, ne voulant pas vider le ballon d'eau chaude, je me résignai à sortir.
Emmitouflé dans un peignoir, je séchai mes boucles avec une serviette moelleuse, avant d'aller dans la chambre pour enfiler une tenue d'intérieur. En passant dans le couloir, je tendis l'oreille, à l'affût des bruits s'élevant de la cuisine, mais rien ne me parvint. Je me vêtis hâtivement.
C'est quand mon pied toucha la première marche de l'escalier que les chiens se mirent à aboyer et à gémir. L'adrénaline pulsa dans mes veines et je me précipitai au rez-de-chaussée, avec toutes sortes de scénarios en tête. La police était-elle finalement remontée jusqu'à nous ? Clarice avait-elle réussi à tromper la vigilance de Chiyoh pour nous dénoncer ? Mais rien ne me préparait à la vision qui m'attendait.
« Hannibal ?! »
Le salon était vide, comme je pus le constater en entrant en trombe. Clarice n'était plus dans le fauteuil et la télévision diffusait son émission sans aucun spectateur.
Les chiens étaient agglutinés dans la cuisine, visiblement très agités. Quand il me vit, Buster se précipita sur moi. Ses babines étaient tachées de sang. En trois pas, je passai derrière le comptoir. Hannibal gisait sur le carrelage, inconscient, une flaque rouge s'élargissant autour de son buste.
Plusieurs émotions déferlèrent sur moi. La panique, la peur, la colère, mais le besoin d'agir prit le dessus. Je m'agenouillai et repoussai mes amis canins qui léchaient ses blessures dans une tentative vaine de le guérir, pour qu'ils me laissent de l'espace, attrapai un torchon sur le plan de travail et compressai la plaie que je repérai facilement sur son abdomen. Cela ne semblait pas profond, mais je n'étais pas médecin et l'hémorragie était impressionnante. Je pris son pouls, heureusement régulier, et constatai que sa tête saignait également. Un couteau rougi gisait sur le sol. Aucune trace de Clarice.
Je le soulevai péniblement, en manquant de déraper sur le carrelage, et le transportai sur le canapé, avant de l'installer au mieux et de prendre mon téléphone sur la table basse. Chiyoh me répondit à la deuxième sonnerie. Je lui résumai la situation en deux mots et raccrochai quand elle m'assura qu'elle était en route. Il ne me restait qu'une seule chose à faire.
Je m'assis dans le fauteuil où se trouvait Clarice et m'obligeai à respirer de plus en plus lentement. La dernière fois, c'était chez les Leeds, autant dire une éternité. Mais, quand je fermai les yeux et que mon cœur ralentit, le pendule se balança sans difficulté. Le temps remonta sporadiquement, puis s'arrêta, avant de reprendre son cours. Le pendule s'arrêta.
Je suis enroulé dans le plaid, les paupières closes. La télévision bourdonne en fond sonore. Deux hommes discutent à voix basse. Puis, la conversation prend fin et il n'y a plus que les claquements d'un couteau sur une planche. Je me lève silencieusement. Cela fait trois jours que j'attends ce moment, depuis que je suis enfin de nouveau libre de mes mouvements. J'aurais pu m'enfuir, j'en avais plusieurs fois eu l'occasion, mais la vengeance et mon sens du devoir sont plus forts. Ceci est mon dessein. Hannibal Lecter est en face de moi, concentré sur sa tâche. En un sens, il est bien pire que la description que Jack Crawford m'en a fait, tout en étant meilleur. Un monstre dans un costume humain. Je m'avance vers lui, les chiens ne se méfient pas, ils sont habitués à ma présence. Il lève la tête en m'entendant approcher.
« Est-ce que je peux être utile ? »
« Avec plaisir. Remue le contenu dans cette casserole, s'il te plaît. »
Je fais ce qu'il me demande, comme à chaque fois. L'homme n'est pas stupide, il ne met jamais d'ustensile tranchant entre mes mains. J'étais cantonnée aux cuillères en bois. Hannibal émince un oignon. Pas une larme sur son visage, alors que les miens me piquent déjà. Une assiette où reposent trois steaks se trouve entre nous, et juste à côté, l'attendrisseur à viande. L'imposant maillet en métal est à quelques centimètres de moi. J'évite de le regarder avec insistance et mélange distraitement le bouillon. Puis, quand il se baisse vers la poubelle pour jeter les épluchures, je m'empare du manche. Le poids du marteau me surprend, je l'agrippe à deux mains et donne un coup ferme sur sa tête quand il se redresse. L'ustensile m'échappe et s'écrase par terre dans un bruit sourd. Il tombe en genoux, mais ne perd pas connaissance. Il relève vers moi son visage ensanglanté et je vois dans ses yeux qu'il va me tuer. Il bondit sur moi et, sans réfléchir, je prends le couteau de ma main gauche et le tends entre nous. La lame affûtée s'enfonce facilement entre les côtes. Hannibal affiche une expression surprise, durant une fraction de seconde, avant de s'effondrer au sol en tentant de se retenir un comptoir. Je lâche l'arme qui se fracasse sur le carrelage dans un bruit métallique et je recule vers la sortie. Les chiens se précipitent, aboient, gémissent autour de leur maître. Ils vont m'attaquer, se retourner contre moi, il faut que je sorte de cet enfer.
« Hannibal ?! »
Il est trop tard pour atteindre l'entrée. Dans une seconde, il sera là et me verra. Je dois me cacher, je dois descendre…
« Will ! »
Je sursautai en revenant à la réalité. Chiyoh était accroupie devant moi et secouait mes épaules.
« Je suis là, » répondis-je bêtement, parce que c'était plutôt évident.
« Qu'est-ce que tu faisais, assis là sans bouger ? »
« C'est Clarice ! » M'exclamai-je, en ignorant sa question. « Elle l'a frappé alors que j'étais dans la salle de bain, puis elle s'est enfuie ! »
Elle me regarda comme si j'étais fou, puisque je hurlais de manière hystérique. Puis, je me penchai à son oreille.
« Elle est toujours dans la maison, » chuchotai-je. « Dans la cave, avec pas mal d'objets qu'elle serait sûrement ravie de m'enfoncer dans la gorge. Occupe-toi d'Hannibal, moi je vais la pousser à sortir. »
Elle hocha la tête pour montrer qu'elle avait compris.
« Aide-moi à le mettre dans la voiture, il faut l'emmener à l'hôpital ! » Me remis-je à crier, en lui faisant signe de se tapir devant le canapé.
Le meuble était dos à l'entrée du salon, Clarice ne les verrait pas immédiatement et je savais qu'elle ne pourrait pas s'empêcher de vérifier. Puis, je retournai dans la cuisine, m'emparai du couteau et allai vers la sortie, en insistant volontairement sur le bruit de mes pas, avant d'ouvrir la porte et de la claquer violemment. Je marchai ensuite dans le couloir, dans un parfait silence, avant de me poster près de l'accès au sous-sol.
Durant de longues secondes, rien ne se passa, aucun son ne s'éleva dans la maison. Même les chiens semblaient avoir compris qu'ils devaient être discrets. Puis, la poignée de la cave s'abaissa doucement dans un léger grincement. Je me plaquai contre le mur derrière le battant, en retenant mon souffle. Comme je l'avais imaginé, Clarice sortit, un pied de biche à la main, et marcha droit devant elle précipitamment, avant de s'arrêter devant le salon. Et plutôt que de se diriger vers la sortie, pourtant tentante, elle bifurqua dans la pièce. Sans un bruit, je m'élançai à sa suite.
Tout se passa très vite. Elle me tournait le dos, focalisée sur le canapé d'où dépassaient légèrement les pieds d'Hannibal, en s'avançant prudemment. Je fondis sur elle, passai un bras autour de sa poitrine et l'égorgeai avant qu'elle ait pu esquisser un geste. Son sang gicla abondamment, éclaboussa le sofa, le tapis. Son arme glissa de sa main et elle s'affaissa contre moi. Je la laissai tomber au sol, alors qu'elle tentait de respirer, et la regardai froidement s'éteindre dans un dernier hoquet macabre. Ses yeux semblaient me demander pourquoi.
Le silence retomba brutalement, assourdissant, puis je me précipitai sur Chiyoh qui était penchée sur Hannibal.
Dis-moi qu'il est vivant, voulus-je lui crier, mais en arrivant près d'elle, je pus voir qu'il avait les yeux ouverts.
« Dis-nous quoi faire, » lui demandai-je simplement.
Rester pragmatique était tout ce qui me retenait de paniquer.
« Il y a tout ce qu'il faut dans l'armoire de la salle de bain, » dit-il, comme s'il était totalement indifférent à la douleur. « Le fil de suture et l'aiguille, le désinfectant, les compresses. La plaie n'est pas profonde, elle n'a pas planté la lame entièrement. »
« Je sais, » répondis-je, alors que la Japonaise s'éclipsait à l'étage pour aller chercher le matériel.
Délicatement, j'ouvris sa chemise, avant d'écarter le tissu poisseux de sang. Dessous, la blessure suintait encore, mais ne saignait plus abondamment. Avec le torchon, j'essuyai tout autour, pour y voir plus clair. Les mots se bousculaient dans ma bouche, mais aucun ne passa mes lèvres. Je ne lui dirai pas que je l'avais prévenu, ni que j'étais désolé pour lui, ni qu'il était con quand il s'y mettait. J'étais à la fois en colère, contre lui et contre moi-même, et soulagé qu'il soit en vie. Alors, je préférai ne rien dire. Mon regard fut bien suffisant, de toute manière. Il caressa ma joue délicatement et déglutis avec difficulté. Lui aussi resta muet. Il ne s'excusa pas, ne dit pas que j'avais raison et qu'il avait manqué de discernement. Mais je pus le voir dans ses yeux, et c'était suffisant.
Chiyoh revint rapidement, avec l'énorme trousse de secours qu'elle s'empressa d'ouvrir en s'agenouillant sur le tapis. Hannibal nous laissa patiemment désinfecter ses plaies et panser son front, mais insista pour se recoudre lui-même. Peut-être parce que cela faisait moins mal, peut-être parce qu'il voulait un travail précis, sûrement un peu des deux. Puis, il posa une compresse dessus et je bandai son torse, avant de l'aider à se lever. Son regard tomba alors sur Clarice qui gisait au sol. Il la fixa un long moment, avant de s'en détourner et de me demander de l'assister pour monter les escaliers.
Chiyoh dormit dans la chambre d'ami, cette nuit-là, après m'avoir prêté main-forte pour descendre le corps au sous-sol et nettoyer le salon et la cuisine. La nuit était déjà très avancée, quand les pièces reprirent une apparence presque normale. Malheureusement, nous ne pouvions pas faire grand-chose pour le sofa et le tapis. Je recouvris donc le premier avec le plaid et roulai le deuxième, avant de le ranger dans la cave. Il serait temps de songer à la suite le lendemain, quand Hannibal irait mieux.
C'est épuisé et fourbu que je le rejoignis dans notre lit. Son teint était pâle, presque cireux et ses yeux teintés de rouge quand ils se posèrent sur moi. Sans un mot, je me déshabillai et m'allongeai contre lui, en prenant garde de ne pas lui faire mal. Je savais que le sommeil ne viendrait pas, que si je fermais mes paupières, je verrais le sang sur le carrelage et son corps sans vie. Alors je caressai ses cheveux, embrassai ses lèvres et restai éveillé pour m'assurer qu'il respire encore.
Note de fin : J'espère que cette perspective vous plaira, parce que moi ça me fait sourire. Oui, sourire, parfaitement XD je les imagine sur TripAdvisor et je rigole. En ce qui concerne la deuxième partie de ce chapitre, je dirais simplement que ça lui pendait au nez.
