LXV
Everything you touch turns to gold
Note de l'auteur : dernier chapitre avant l'épilogue, my friends. Je voulais dire adieux, alors je l'ai fait, même si ce n'est qu'un au revoir bien sûr. Je voulais que les adieux soient tendres aussi, alors ils le sont. Je me sens très fatiguée, vidée, après ce chapitre.
Bonne lecture et à très vite pour l'épilogue.
Danse : ma fidèle lectrice et soutien indéfectible, tu as toujours été de bon conseil. Merci de m'avoir suivi tout ce temps.
Fannibal : ça me semblait difficile d'écrire un lemon ici, je ne le sentais pas, donc je ne l'ai pas fait. Mais il y en aura d'autres, dans d'autres fics ^^ Clarice a fait la seule chose qu'il ne faut pas avec Will dans les parages, elle en a payé le prix. Je suis contente si mon idée te plaît. Ce ne sera pas pour tout de suite par contre ;) Merci beaucoup d'avoir été une fidèle revieweuse et de m'avoir lu tout ce temps.
Idoines : Je suis contente que tu ais relevé la référence à AHS Hotel XD je me demandais si quelqu'un remarquerait ^^ Décidemment, la pauvre Clarice n'était pas populaire XD Merci de m'avoir suivi et reviewé régulièrement.
Guest : Qui que tu sois, il n'est jamais trop tard pour une review et je suis heureuse que cette histoire t'ait autant plus. Je suis curieuse, quelle fin avais-tu imaginée ? Merci beaucoup pour tous tes compliments.
Blue : Ma p'tite Blue ^^ tu as mal compris, ils ne vont pas en Roumanie finalement, mais au château Lecter, en Lituanie. Mais oui, il vaut mieux ne pas être impoli dans leur hôtel XD L'épilogue sera, en effet, un prequel pour le commencement d'une nouvelle fic. Mais comme dit avant, je vais d'abord m'accorder une pause, m'occuper des mes traductions, notamment celle de DP qui n'en est qu'au chapitre 12/65, et de mes autres idées d'OS. Un crossover Harry Potter/Hannibal ? Je ne sais pas trop. Je suis une grande fan des deux univers, mais je ne sais pas dans quelle mesure ils pourraient s'accorder (j'ai déjà vu ce genre de fics, avec Hannibal et Will élèves à Poudlard, je ne sais pas trop si la perspective me plaît, éventuellement je vois plus Will en professeur et Hannibal en mangemort repenti) Merci de m'avoir lu et de m'avoir reviewé aussi souvent.
À cinq heures du matin, je laissai tomber l'idée de me rendormir. Après une nuit en pointillé, je me sentais épuisé. De son côté du lit, Hannibal sommeillait profondément, allongé sur le dos comme s'il savait instinctivement qu'il ne devait pas bouger. Sa poitrine se soulevait au rythme régulier de sa respiration, seul bruit perceptible dans la pièce. Avec précaution, je me levai doucement et mis un pantalon de jogging, avant de sortir sur la pointe des pieds.
En bas des escaliers, la lumière était allumée. Quelqu'un était dans la cuisine. Quand j'entrai dans la pièce, les chiens vinrent vers moi en remuant leurs queues et en léchant mes doigts. Je distribuai quelques caresses pour les saluer.
« Salut, » murmura Chiyoh.
Elle était appuyée contre le comptoir, une tasse à la main.
« Salut, » répondis-je, en me servant du café.
L'ambiance entre nous était pesante, lourde de non-dits, et je ne savais pas vraiment comment me comporter avec elle.
« Merci d'être venue sans poser de question, » dis-je finalement.
« Je suis là pour Hannibal. »
« Nous allons partir, tu sais. »
« Oui, » répondit-elle simplement.
« J'aimerais que l'on se quitte en paix toi et moi. J'ai compris depuis longtemps, maintenant, que je pouvais te faire confiance et que tout ce que tu m'as fait, c'était pour le protéger. »
Elle hocha vaguement la tête, avant de brusquement changer de sujet.
« Qui était Clarice ? »
« Veux-tu vraiment le savoir ? »
Elle ne répondit pas. Je pris cela pour un assentiment.
« Elle s'appelait Clarice Starling. C'était une de mes anciennes élèves, un jeune agent du FBI que Crawford avait pris sous son aile. Elle était censée nous retrouver et nous arrêter si jamais Jack ne donnait subitement plus de nouvelles. Nous pensions simplement nous en débarrasser, dès qu'elle serait sur nos traces. Mais les choses ne se sont pas passées comme prévu. Hannibal s'est entiché d'elle à la seconde où il l'a vue. Il disait qu'elle lui rappelait Mischa. Tu sais ce dont il est capable pour amener les gens à faire ce qu'il désire. »
Elle acquiesça de nouveau.
« Il lui a… Lavé le cerveau, avec plus ou moins de succès. Je pense qu'elle était bien plus résistante qu'il ne l'imaginait. Elle jouait très bien son jeu et il s'est aveuglé. »
« Mais toi, non, » devina-t-elle.
« C'est vrai. Je la surveillais de près. Mais je ne pouvais pas garder un œil sur elle vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Elle a fini par échapper à ma vigilance et n'a pas hésité à sauter sur l'occasion. Je pense qu'elle attendait une telle opportunité depuis qu'elle était en captivité, mais que les drogues l'empêchaient d'agir. Puis, Hannibal a décidé de lui faire confiance en la sevrant le temps d'un week-end chez vous. Il y a cru, quand elle est rentrée sans faire d'histoire. Moi, je trouvais ça trop facile. Mais il voulait tellement qu'elle reste avec nous en toute conscience… »
« Comment se sent-il ? »
« Je ne sais pas vraiment. Il dort encore et n'a pas prononcé un mot hier soir. Je pense qu'il est déçu et qu'il s'en veut de m'avoir mis en danger. »
« Hannibal manque cruellement de discernement, dès qu'il s'agit de Mischa. Et étrangement, il en est de même, dès qu'il s'agit de toi. »
« Il veut rentrer chez lui. »
Elle me regarda, étonnée.
« En Lituanie ? Il n'a jamais exprimé ce désir par le passé. C'était impossible de discuter de cet endroit avec lui. Quand il m'y a laissé, il est parti sans se retourner et ne m'a plus donné aucune nouvelle. »
« Mais tu es quand même restée. »
« Je ne savais pas quoi faire d'autre. Je ne pouvais pas me résigner à tuer cet homme ni à le laisser partir. Alors j'ai attendu, toutes ces années. »
Je hochai la tête pour montrer que je comprenais. Ce n'était pas la première fois que j'entendais ce discours.
« Pourquoi veut-il subitement rentrer ? » Demanda-t-elle.
« Je crois qu'il a compris qu'il devait arrêter de fuir son passé, que peu importe la distance géographique qu'il mettra entre lui et ce château, ça n'effacera jamais ce qui s'est produit. Le monstre a longtemps vécu caché derrière un costume humain, avec le besoin secret de se faire prendre. »
« Puis, il t'a rencontré, toi, le seul capable de le stopper, mais qui, paradoxalement, devint aussi le seul incapable de s'y résigner. J'imagine aisément qu'il n'avait pas prévu de tomber amoureux de toi, mais plus important encore, qu'il n'envisageait pas une seule seconde que cela soit réciproque. »
« Je ne l'avais pas anticipé non plus, » avouai-je. « Aujourd'hui encore, je ne saurais pas l'expliquer. Mais, nous nous sommes fait tellement de mal, par le passé, que j'ai finalement décidé de vivre cette relation sans chercher de raison à son existence. Notre besoin de vengeance n'a fait que nous laisser de vilaines cicatrices, au corps comme à l'âme. »
Faisant écho à mes paroles, elle frôla du bout des doigts l'impact de balle sur mon épaule. Celle qu'elle avait tirée à Florence. Un frisson parcourut mon bras. J'attrapai sa main pour l'arrêter. Les contacts avec elle me perturbaient toujours. Puis, impulsivement, je posai sa paume contre ma clavicule, comme pour exorciser la tension ambiante. Elle se blottit alors soudainement contre mon torse, appuya sa joue sur mon cœur qui battait la chamade. Je serai mes bras autour d'elle, mon nez plongé dans ses cheveux noirs qui sentaient le shampoing et le parfum particulier de sa peau.
Nous restâmes ainsi longtemps, debout au milieu de la cuisine, dans le silence de l'aube. Il n'y avait rien d'ambigu dans cette étreinte, juste une reddition totale, un adieu. Ses seins fermes se pressèrent contre ma poitrine, son ventre plat se colla contre le mien. Ça aurait pu fonctionner, elle et moi, dans une autre vie. Mais pas dans celle-ci. Elle releva la tête vers moi et j'acceptai la brève pression de ses lèvres contre les miennes, étonnamment sage et douce. Puis, elle recula et se retourna pour laver sa tasse dans l'évier. Le moment était passé.
…
Quand Hannibal nous rejoignit, Chiyoh et moi avions préparé le petit-déjeuner sans parler plus que nécessaire. Mais, le silence entre nous était maintenant léger et confortable, ce qu'il remarqua immédiatement, sans pour autant faire de commentaire sur cette soudaine entente ni sur la qualité de la nourriture, même si nous étions loin de la grande gastronomie.
Nous nous attablâmes, et pendant un moment, seul le bruit des couverts meubla la pièce. Je voulais lui demander s'il n'avait pas trop mal, vérifier par moi-même si la plaie guérissait bien, mais je compris qu'il pensait mériter son sort et ne voulait aucune aide ni aucun médicament qui aurait pu le soulager.
« Merci d'être venue, Chiyoh, » dit-il, comme je l'avais fait plus tôt.
« Je suis là pour toi, » répéta-t-elle. « Quand est prévu votre départ ? » Le questionna-t-elle ensuite.
« Ce soir, » annonça-t-il, autant à elle qu'à moi.
« Tu n'es pas en état de voyager, » répliquai-je.
« Nous ne pouvons pas nous permettre d'attendre. »
Les disparitions seraient donc bientôt remarquées, déduis-je. Et nous savions tous que la police pouvait être impitoyable quand l'un des leurs était visé. Ils ne classeraient pas l'affaire tant qu'ils n'auraient pas de coupable. Ce n'était qu'une question de temps. Mais même si je n'aimais pas l'idée qu'il prenne l'avion dans ses conditions, nous ne pouvions pas en parler tant que la Japonaise était là. Aucun des invités à notre mariage ne devait apprendre ce qu'il avait mangé ce jour-là. Hannibal avait fait ça pour moi, et non pour prendre plaisir à les regarder engloutir de la viande humaine sans le savoir.
« Les détails sont déjà réglés, j'imagine, » répondis-je.
« Il ne nous reste plus qu'à faire nos valises. »
« Vas-tu dire au revoir à ta tante ou faut-il que je lui annonce moi-même ? » Demanda Chiyoh.
« Nous passerons cet après-midi, j'ai une chose importante à lui demander, » lui assura-t-il.
« Cela est-il en rapport avec le château Lecter ? »
Hannibal me lança un regard, quand elle posa la question.
« Je lui ai dit, » admis-je.
Il hocha simplement la tête, avant de se tourner vers Chiyoh.
« Oui, c'est pour lui parler du château. »
« Je tiens à te dire que j'approuve cette décision, même si je ne vous rendrai pas visite. J'avoue ne pas avoir très envie d'y retourner. »
« Je comprends tout à fait. »
Chiyoh partit rapidement après le petit-déjeuner et Hannibal retomba dans son mutisme. Il était étrangement silencieux, mais je respectai son besoin de recueillement. Sa blessure le gênait dans ses mouvements, mais il fit tranquillement ses sacs sans se plaindre une seule fois. La tension dans ses muscles et son dos, son angoisse, son appréhension, tout cela était palpable pour moi, vibrait dans l'air, me transperçait de part en part, et pourtant, je décidai de ne rien dire. Il avait des comptes à régler avec lui-même et je ne pouvais rien faire de plus que d'être présent. Le choix était difficile et le délai très court, j'aurais évidemment préféré qu'il ait le temps de guérir et de s'y préparer, mais il avait raison, nous ne pouvions pas nous le permettre. Peut-être que c'était pour le mieux, je ne le saurai qu'à notre arrivée là-bas.
Quand nos bagages furent bouclés, je fis lentement mes adieux à la maison. C'était étrange d'avoir la possibilité de dire au revoir, de ne pas agir dans l'urgence. Cela donnait à réfléchir, chaque pièce était encore habitée des souvenirs que nous y avions vécus. Le rire d'Ignatus résonna dans le salon, les confessions d'Hannibal firent écho dans la salle de bain où l'odeur de lavande embaumait l'air, nos gémissements de plaisir vibrèrent dans notre chambre, la cuisine semblait hantée par les bruits d'ustensiles et les senteurs épicées.
Hannibal appela Nancy, pour qu'elle vienne récupérer les clés. La vieille dame versa pudiquement une larme et nous serra l'un après l'autre dans ses bras, nous arracha la promesse solennelle de lui donner régulièrement des nouvelles et caressa une dernière fois les chiens, avant de nous regarder mettre les valises dans le coffre de la voiture de location. Les chiens montèrent à l'arrière, les portières furent fermées et la maison s'éloigna dans le rétroviseur.
Lady Murasaki nous attendait devant sa porte, quand nous nous garâmes dans l'allée. Mes amis à quatre pattes furent plus qu'heureux de s'ébattre sur la propriété. La Japonaise semblait, pour sa part, de bien moins bonne humeur. En croisant son regard, je compris qu'elle était partagée entre la tristesse et le soulagement. Elle aimait son neveu plus que tout, mais était tout à fait consciente du monstre qui se cachait à l'intérieur.
L'histoire de succession devait se régler entre eux, je les laissai donc seuls dans le salon et rejoignis Chiyoh dans le jardin. Elle était au milieu d'une séance de méditation et cela m'apaisa quelque peu de simplement m'asseoir et la regarder, alors que les chiens s'allongeaient autour de moi. Je vécus un moment d'éternité, dans le calme et la sérénité de cet après-midi de septembre, à l'ombre d'un arbre et une brise automnale porteuse de la promesse d'un hiver rude soufflant sur mon visage, dans mes cheveux.
Quand Hannibal vint me trouver, je somnolais dans l'herbe et Chiyoh n'était nulle part en vue. J'eus presque l'impression d'avoir rêvé l'instant. Il s'assit en grimaçant, à ma gauche, et je voulus une fois de plus lui demander de me montrer sa plaie. Mais il sourit en coin pour me signifier qu'il gérait la situation et qu'il lui en fallait plus pour le mettre à terre.
« Comment ça s'est passé ? » Lui demandai-je.
« Aussi bien que possible. »
« Elle est soulagée que nous partions, d'une certaine manière. »
« Je sais. »
« Tu as les papiers pour le château ? »
Il sortit une pochette en carton de l'intérieur de sa veste.
« Quel nom as-tu choisi ? » Le questionnai-je.
« Un des plus communs. Nous devons paraître locaux, pour ne pas éveiller la curiosité de nos voisins les plus proches. Même avec tous les efforts du monde, il est impossible de te faire passer pour un Lituanien crédible, je mise donc tout sur moi. Officiellement, je serai un enfant du pays qui rentre après un long voyage à l'étranger. Il faut également que tu saches que le mariage homosexuel n'existe pas. Cela ne remet absolument pas en cause la légitimité du nôtre, mais nous ne pourrons pas nous présenter en tant qu'époux administrativement parlant. L'homosexualité en général n'est pas très bien vue, en réalité. Les lois sur le sujet ont récemment été changées, pour l'entrée de la Lituanie dans l'Union Européenne, mais ce ne sont que des mots sur du papier. Les mentalités n'ont pas encore eu le temps d'évoluer au même niveau qu'ici ou aux États-Unis, par exemple. Les gens sont moins ouverts. »
« Tu es en train d'essayer de me dire que nous allons devoir nous cacher ou quelque chose comme ça ? »
« Non, c'est hors de question. Mais faire preuve de discrétion sera sûrement pour le mieux, rester évasif sur la nature de notre relation, à moins que l'on nous pose frontalement la question. »
« Je n'avais pas songé à cet aspect de la situation. J'ai rapidement pris l'habitude de m'afficher avec toi, sans honte, et cela me contrarie de devoir remettre ce fait en question. »
« Je comprends. Je me sens tiraillé, comme rarement, entre le besoin de te revendiquer et… »
« La nécessité de ne pas attirer l'attention sur nous, » complétai-je. « J'ai compris. Profil bas à notre arrivée, pas de vague. »
« Je suis désolé. »
« Tu n'as pas à t'excuser pour l'étroitesse d'esprit de tout un peuple. Puis, ce n'est pas comme si le fait que nous soyons deux hommes était la pire chose que nous ayons à cacher. »
Il goûta à la plaisanterie et son sourire plus franc me fit du bien.
« J'ai réfléchi à ton idée de Bed & Breakfast et cela pourrait fonctionner. Mais, nous allons devoir faire preuve d'originalité. Le concept de maison d'hôte s'est répandu partout, y compris là-bas, et les pays d'Europe du Nord sont en vogue ces dernières années. »
« Quand ils dégusteront ta cuisine, ils reviendront par millier, » le complimentai-je, en souriant.
Il se pencha à mon oreille, en glissant une main dans mon dos.
« À mon avis, c'est plutôt quand ils verront ton délicieux cul dans ce foutu jean qu'ils reviendront. »
Je manquai de m'étouffer avec ma salive, peu habitué à tant de vulgarité dans cette bouche, et une vague de désir monta dans mon bas-ventre.
« Je voulais être à mon aise pour le voyage, » me justifiai-je, pour ma tenue. « Pourquoi faut-il que tu m'allumes au moment où nous n'avons provisoirement plus de chambre ? »
« Parce que j'aime voir tes joues rougies, tes pupilles dilatées et sentir l'odeur de ta peau quand tu es excité. »
Ses lèvres glissèrent dans mon cou, un frisson parcourut ma colonne vertébrale.
« À moins que tu aies l'intention de me prendre à même le sol dans un futur proche, arrête immédiatement, » l'avertis-je.
« L'idée est plus que tentante, mais notre avion décolle dans quatre heures et je pensais que tu apprécierais de saluer notre jeune ami, Ignatus. »
« Nous avons bien le temps de faire les deux. Son école n'est pas si loin, » répliquai-je, en le poussant avec précautions sur l'herbe, avant de m'asseoir sur ses hanches.
« Je n'ai pas parlé d'aller le chercher à son école, mais tu as raison, elle est près d'ici, » précisa-t-il, avec un rictus.
Je le regardai, sans comprendre.
« Ne commencez pas sans moi ! » S'éleva alors une voix dans mon dos.
Ignatus s'approcha, le sourire aux lèvres et les cheveux au vent, puis il se laissa tomber à côté de nous, avant de s'appuyer sur ses coudes et d'offrir son visage au soleil. Je m'allongeai au milieu, en me collant contre Hannibal.
« Alors ça y est, nous y sommes, » soupira Ig, fataliste. « C'est la dernière fois que l'on se voit avant longtemps. »
« Nous resterons en contact, » dis-je, me voulant rassurant.
« Je sais très bien que non. »
« Comment va Henry ? » Demandai-je soudainement, pour changer de sujet.
« Il va très bien. Mais, Henry est mon avenir. Ici et maintenant, je suis avec vous et seulement avec vous. »
Pour illustrer ses paroles, il m'enjamba et se glissa entre nous deux. Étroitement serrés les uns contre les autres, nous profitâmes de la chaleur de notre étreinte, alors que le temps filait inexorablement et que le soleil s'approchait lentement de l'horizon.
« Nous devons partir, » conclut finalement Hannibal.
J'étais contre le dos de Ig qui se blottissait sur son torse. Le jeune homme soupira, résigné, puis se releva doucement. Il caressa une pommette d'Hannibal, retraça la ligne de sa mâchoire, avant de se pencher sur lui pour l'embrasser. Je glissai mes doigts dans ses mèches si claires qu'elles paraissaient blanches par moment, avant de les tirer gentiment en arrière, pour lui voler un baiser à mon tour. Sa bouche était chaude, sa langue était douce, taquine, et il sourit contre mes lèvres.
« J'aurais aimé… » Il ne termina pas sa phrase, mais je compris sans peine ce qu'il voulait dire.
« Nous aussi. »
Il se leva et épousseta son pantalon, avant de lever les yeux au ciel, pour retenir des larmes soudaines.
« Je vais y aller. Ne m'en voulez pas, mais je n'ai jamais été doué pour les adieux et je préfère ne pas vous accompagner à l'aéroport. »
« T'excuser est inutile, » lui assura Hannibal, en se mettant debout. « C'est sûrement pour le mieux. »
Je l'imitai, brusquement pressé d'en finir. Je ne voulais pas garder le visage triste du jeune homme en mémoire. Il nous salua une dernière fois, avant de partir, les mains dans les poches et la tête basse et cela me serra le cœur.
Quand il eut disparu, nous rentrâmes dans le manoir, où Lady Murasaki et Chiyoh prenaient le thé dans un petit salon. Elles aussi semblaient d'humeur sombre. Les adieux furent plutôt formels, la tante d'Hannibal n'était pas une femme expansive et s'il prit Chiyoh dans ses bras, elle resta assez distante avec moi. Nous nous étions dit au revoir, ce matin-là, dans la cuisine, et il n'y avait rien de plus à ajouter.
…
Le trajet jusqu'à l'aéroport fut silencieux. J'observai le paysage parisien défiler par la fenêtre de la voiture, en faisant mentalement mes adieux à la Ville Lumière. Quand nous arrivâmes à destination, Hannibal me laissa quelques minutes, avec les chiens en laisse et les valises, le temps de rendre le véhicule à l'agence de location. Puis, ce fut le début de la longue attente à l'embarquement, l'angoisse de faire entrer mes animaux dans des cages pour qu'ils voyagent en soute, l'enregistrement des bagages, l'appréhension, malgré tout, de passer les contrôles avec de faux papiers et nos nouvelles identités, et enfin, nous prîmes place dans l'avion. Hannibal avait songé à me prendre une place côté hublot, car il savait que j'appréciais de regarder la terre s'éloigner et les nuages crémeux. À sa gauche, un siège resta inoccupé, alors que l'appareil semblait presque plein, et j'eus une soudaine pensée pour Clarice, dont nous nous étions débarrassée dans la matinée, pour ne pas la laisser à l'intérieur de notre maison. Si jamais l'enquête remontait jusqu'à nous, la police trouverait une demeure vide de preuves et aucun témoin au courant de notre destination, puisque notre lien avec Lady Murasaki ne serait pas établi. De toute manière, Hannibal doutait fortement qu'ils relient les trois meurtres entre eux ou avec ceux que nous avions commis auparavant. L'agent Starling serait portée disparu et l'on n'entendrait plus jamais parler d'elle. Jack Crawford était officiellement mort depuis plusieurs mois et personne ne chercherait Ditlev ou Bedelia.
Je me sentais relativement serein, quand nous décollâmes enfin. Personne ne savait que nous étions vivants, nous restions libres et forts, unis. Nous étions deux et cela changeait tout. Je serrai la main d'Hannibal, sur l'accoudoir, l'aéroport rapetissa sous nos pieds, puis la capitale, jusqu'à ce que nous disparaissions dans les nuages, vers une nouvelle vie, que j'espérais encore meilleure que celle-ci.
