Provocation

Note de l'auteur : chapitre 2, où Jim ne sait pas quoi faire avec l'Amiral, où Andrea agit étrangement, où Jim et Spock se tapent la honte et où Bones les engueule pendant que Scotty fait du bricolage. Bonne lecture et merci pour vos reviews!

Quand l'Amiral Collins se présenta, elle posa sur moi ce regard. Du genre auquel j'aurais volontiers répondu, il n'y a pas si longtemps. Sauf que, dans le cas présent, cela me mit plus mal à l'aise qu'autre chose. Mais, plutôt que de me confronter directement à elle et de risquer de la froisser, avant même le début de la mission, je choisis de mettre simplement Spock en avant, pour la détromper subtilement.

« Ravi de vous rencontrer, Madame. Voici Spock, mon premier officier, officier scientifique et époux. »

« Oh. » Fut sa seule réponse.

Une simple onomatopée. Deux petites lettres, dans lesquelles elle parvint tout de même à dire deux choses : « Je m'en fiche complètement » et « Je vois très bien où vous voulez en venir, mais je vais faire comme si je n'avais pas compris. » Cet unique mot, m'en dit plus sur elle, que n'importe qu'elle phrase qu'elle aurait pu prononcer. Néanmoins, les quelques rudiments de diplomatie que m'avait inculqués mon compagnon, durant notre trajet, me revinrent en mémoire et je me contentais donc de sourire poliment, quand elle incita un homme qui se trouvait derrière elle, à s'avancer.

« Je vous présente le Professeur Nigel Vaughn. Mon assistant personnel. Il m'accompagnera en sa qualité d'expert en robotique, puisque telle est sa spécialité et le sujet de la réunion diplomatique à laquelle nous devons nous rendre. »

« Puis-je vous demander le but d'un tel débat, avec les Andoriens ? » Intervint Spock, sur un ton totalement neutre.

« Vous pouvez. » Répondit-elle, alors que ses yeux disaient parfaitement le contraire. « Vous n'êtes pas sans savoir que ce peuple vit dans des villes souterraines, puisque leur planète est un monde de glace. Nombreux sont encore, les travaux pénibles, pour conserver l'équilibre géothermique qui leur permet de subsister. Etant un véritable génie dans son domaine et détenteur de trois brevets de conception d'androïde ultraperformant, le Professeur Vaughn proposera de mettre à leur disposition, certaines de ses créations. » Expliqua-t-elle, sans préciser la contrepartie qui serait sûrement demandée au Andoriens.

L'homme, cheveux poivre et sel coupés court, petits yeux d'un gris froid, la bonne cinquantaine, qui n'avait pas prononcé une seule parole, nous salua simplement d'un signe de tête. Il me parut taciturne, renfermé et imbu de sa personne. Ce qui n'était pas très étonnant, venant de ce type d'individu. Mais, quelque chose chez lui, que je ne parvins pas à identifier, me fit le détester instantanément. Je mis cependant mes a priori de côté et appelais l'Enterprise pour nous faire téléporter à bord.

Quand nous nous matérialisâmes dans la salle de transport, en tant qu'officiers supérieurs, Scotty, Giotto et Bones nous accueillirent. Ce dernier, quand il vit l'expression de mon visage, me lança une œillade qui signifiait que nous allions bientôt avoir une longue conversation. En attendant un moment plus propice aux confidences, je présentais mes hommes à l'Amiral et au Professeur, puis me lançais dans une visite guidée du vaisseau. Si Spock nous accompagna, tel mon ombre, elle s'abstint de lui adresser la parole plus que nécessaire, répondant brièvement, quand il lui expliquait de quelle manière fonctionnaient certaines parties de l'Enterprise. Ce n'était manifestement pas parce qu'il était Vulcain, car elle n'avait eu aucune réaction, en le voyant. Non, elle avait changé de comportement, dès le moment où j'avais prononcé le mot « époux ». J'en déduisais qu'elle le jalousait, car elle me trouvait à son goût et qu'elle n'était apparemment pas le type de personne à qui l'on disait non, habituellement. J'en venais presque à regretter de ne pas avoir eu droit à un Amiral Gros Con. Eux, au moins, je savais les gérer. Mais, éconduire une femme ne faisait pas partie de mes compétences. À dire vrai, je n'avais simplement jamais eu à le faire, avant aujourd'hui.

Avant de les amener sur la passerelle, je terminais la tournée par l'ingénierie, où Scotty montra le travail de ses hommes, avec une fierté évidente. Je fus très surpris de ne pas y trouver Andrea, et allais en faire la remarque, quand je l'aperçus brièvement, dans l'embrasure de la porte entrouverte du bureau de l'Ecossais. Elle agissait comme si elle ne voulait pas être vue, tout en essayant de nous espionner. Quand elle croisa finalement mon regard, quelque chose dans ses yeux me réduit au silence.

« Tout va bien ? » Me demanda Spock, en pensée, alors que l'ingénieur en chef continuait ses explications, imperturbable.

Pourtant, il devait bien savoir que la jeune femme se planquait dans la pièce à côté.

« Je ne sais pas encore. En en parlera plus tard. » Répondis-je, en frôlant sa main, avant de couper mon ami dans son monologue qui commençait à s'étirer en longueur et de diriger nos invités vers le turbolift, pour enfin en finir avec cette visite.

C'était avec une certaine lassitude, que je me laissais tomber sur notre lit. La phase nocturne était déjà bien avancée et nous venions de laisser l'Amiral et le Professeur à leurs quartiers respectifs. Entre les tentatives peu discrètes de se rapprocher de moi, de l'une et la froideur de l'autre, je me sentais épuisé.

« Je ne sais pas comment tu fais. » Dis-je à Spock, en retirant mes bottes, alors qu'il me rejoignait sur le matelas.

« Quoi donc ? »

« Pour rester aussi calme, alors qu'elle me drague ouvertement. » Précisais-je.

« Je suis Vulcain, Jim. De toute manière, ce n'est pas comme si tu lui répondais. » Répliqua-t-il, en faisant passer son t-shirt par-dessus sa tête.

« J'aimerais bien être capable d'un tel stoïcisme. À ce train-là, je vais finir par méchamment la remettre à sa place et j'aurais un Amiral supplémentaire pour dire du mal de moi au siège de Starfleet. » Soupirais-je, en maudissant mon karma.

« Nous serons en orbite autour d'Andoria dans cinq jours. Essaye de te contenir jusque-là. » Me conseilla-t-il.

Puis, il se leva, offrant son dos à mon regard appréciateur, sa chute de reins à la cambrure parfaite, ses fesses fermes encore habillées de son pantalon. Se sachant sûrement observé avec attention, il se dirigea d'un pas félin vers son ordinateur et s'installa devant l'écran, en croisant ses pieds nus sous son fauteuil.

« Tu ne comptes pas sérieusement faire ça maintenant ? » Demandais-je, en devinant ses intentions.

« Il faut bien que l'un de nous deux se dévoue, pour envoyer un rapport à Starfleet, sur l'arrivée de l'Amiral à bord. »

« Dans cette tenue ? Tu veux ma mort ? » Protestais-je, en me redressant à mon tour.

Je me glissais derrière lui et me penchais en avant, pour nouer mes mains sur son torse et poser ma tête sur son épaule. J'embrassais son cou gracile, alors qu'il entreprenait déjà de rédiger son compte-rendu. Ses doigts agiles qui dansaient sur le clavier tactile, d'une manière presque hypnotisante, marquèrent néanmoins une légère hésitation, quand ma langue goûta la pointe d'une oreille.

« Jim… » M'avertit-il, une première fois.

« Oui ? » Répondis-je, innocemment.

« J'en ai pour quelques minutes. » M'assura-t-il.

« Oh pardon. Je te déconcentre. » Ironisais-je. « Je vais prendre une douche, dans ce cas. Ne tarde pas trop. » Dis-je, avant de le laisser, pour aller dans la salle de bain, en éparpillant mes vêtements en route.

Le jet brûlant de la douche fouetta agréablement ma peau, la rougissant par endroits, détendant mes muscles, plaquant mes cheveux sur mon front. Je fermais les yeux, imaginant sans difficulté, Spock devant son écran, son air imperturbable, concentré à sa tâche. J'aimais quand il arborait un visage aussi sérieux. Cela me donnait toujours envie de lui montrer que j'étais le seul capable de mettre à mal cette carapace de professionnalisme, de décoiffer sa coupe si parfaite, de faire flancher son contrôle. Je visualisais son torse nu, sa peau pâle contrastant avec les poils fins de ses pectoraux, ses épaules larges, la ligne fière de sa nuque, l'arrondi de son nez, sa langue amande léchant ses lèvres pleines, les reflets chocolats son regard vif débordant d'intelligence, ses mains fines volant sur les touches, sur mon corps, comme les miennes, présentement, alors que je lavais les dernières traces de cette journée stressante. Je savais pertinemment que mon compagnon suivait le cours de mes pensées, dans la pièce à côté et mes doigts s'enroulèrent, comme animés d'une vie propre, autour de mon érection. Un soupir s'échappa de ma gorge, alors que je me laissais aller contre le mur de la douche, quand le raclement d'un fauteuil que l'on recule brutalement se fit entendre, rapidement suivi d'une série de pas précipités. La porte fut ensuite abruptement ouverte, pour faire place à un Spock visiblement essoufflé, semblant hésiter entre colère et désir, un maelström d'émotions troublant ses yeux presque noirs.

« Déjà terminé ? » Dis-je, sur un ton angélique, ma main, encore sur mon membre, anéantissant toute ma crédibilité.

Il ne répondit pas et s'avança vers moi, jusqu'à entrer dans la cabine, pour me rejoindre sous l'eau chaude.

« Tu es toujours habillé. » Constatais-je, inutilement, puisque cela ne l'arrêta nullement.

Le tissu de son pantalon s'assombrit, se trempa, moulant ses jambes, alors qu'il attrapait vigoureusement mon bras, pour me faire lâcher prise et ramenait mes mains au-dessus de ma tête, avant de dévorer mes lèvres. Son esprit déferla sur le mien, transformant mon sang en lave, enflammant mon âme. Sans ménagement, il me souleva, pour plaquer durement mon dos contre le mur. Je nouais mes jambes avec force, autour de sa taille et me retenais à sa nuque, fourrageant ses cheveux au passage. Il me pénétra sans attendre et je mordis son épaule. Il me maintint fermement, ses mains s'enfonçant dans la chair tendre de mes cuisses, alors qu'il prenait possession de moi, à un rythme implacable. Sa langue, dans mon cou, me semblait de feu, ses iris noircis par le désir paraissaient sans fond. Nos gémissements résonnèrent dans la pièce exigüe, l'eau chaude frappait son dos aux muscles tendus, s'écoulait sur son torse, s'infiltrait entre nos corps soudés, rendant ma peau glissante. Il raffermit sa prise et redoubla d'ardeur, me poussant au bord du gouffre. D'une main, je m'emparais de mon érection douloureuse, sous le regard passionné de Spock qui m'observa amoureusement m'amener moi-même à la jouissance, sous ses coups de reins profonds, avant de me suivre de près et de tomber à genoux, en m'emportant dans sa chute. Mon coude vint percuter une des parois vitrées, la faisant violemment voler en éclats. Par réflexe, il me poussa en dehors de la douche, me plaquant contre le sol froid, pour faire barrage de son corps, alors que les morceaux de verre se fracassaient dans le fond du bac. Nous nous relevâmes ensuite maladroitement. Des traces de sang maculaient le carrelage. Rouge comme vert. J'avais une belle entaille au bras droit. Celui qui avait brisé la vitre. Le pantalon de Spock était déchiré par les débris. En dessous, sa jambe saignait légèrement. A part ça, plus de peur que de mal. Mais, j'en connaissais un, qui ne serait pas de cet avis.

Bones ne parlait pas. Je crois que je préférais encore quand il râlait. Nous étions, Spock et moi, assis sur le bord de notre lit, nos cheveux encore humides, alors que Leonard désinfectait mon bras. Par la porte ouverte de la salle de bain, j'entendais vaguement Scotty vociférer contre « ces jeunes qui n'ont aucune retenue », au milieu du bruit des bouts de verres que l'on balaye, pendant qu'Andrea transportait une vitre neuve. Cela me rappela son comportement étrange, plus tôt dans la journée. Mais, ce n'était ni le lieu, ni le moment, pour lui poser des questions sur un sujet certainement sensible. Mon compagnon restait prostré dans le silence. Je devais avouer que même moi, j'avais atteint ma limite, niveau humiliation. Mais, il avait bien fallu expliquer ce qui s'était passé à McCoy et faire réparer la douche. Je devais déjà m'estimer heureux que mes amis aient accepté de s'en occuper personnellement, pour que cette histoire ne sorte pas d'ici.

« Bones… » Tentais-je.

« Ferme-la, Jim. Je ne suis pas d'humeur pour tes conneries. » Me coupa-t-il, en bandant ma plaie.

Il s'enferma de nouveau dans son mutisme, son visage rougit, comme s'il allait exploser.

« Il n'y a rien de grave. » Ajoutais-je, en espérant le calmer.

« Rien de grave ! » S'exclama-t-il, en se relevant. « Tu sembles souvent oublier que votre situation est exceptionnelle, Jim ! Vous êtes autorisés à servir ensemble à bord de ce vaisseau, uniquement à cause de la nécessité de votre lien. Il y a un Amiral à quelques mètres dans le couloir, bon sang ! Ce genre d'incident, s'il venait à se savoir en haut lieu, pourrait te valoir ta place ! Ou les faire revenir sur leur décision ! Ça te fait peut-être rire… »

« J'ai l'air de trouver ça drôle, franchement ?! » Me défendis-je, en lui faisant face. « Tu penses que je ne sais pas tout ça ? Qu'on l'a fait exprès ? »

« Non ! Je dis simplement que vous tenir tranquille cinq jours, ce n'est pas trop demander ! Ton équipage t'est loyal, Jim. Personne ici n'irait répandre des rumeurs sur vous deux. Mais, cette femme, elle est dangereuse et n'essaye pas de le nier, tu l'as vu, comme moi. Elle sautera sur la première occasion de s'immiscer dans votre couple. Donc, fais-moi plaisir, ne lui tend pas des perches. » Me conseilla-t-il.

« Leonard a raison. » Trancha Spock, en sortant de son silence.

Je savais que c'était la vérité et préférais donc ne rien dire.

« Je t'ai déjà dit que ça me perturbe, quand tu es d'accord avec moi. » Lui dit Bones, pour détendre l'atmosphère. Il voyait, aussi bien que moi, à quel point la situation mettait mon compagnon mal à l'aise. « À présent, regardons dans quel état est cette jambe. » Ajouta-t-il, en posant un genou à terre, devant lui.

Il souleva avec précaution le tissu, que le sang coagulé avait collé à sa peau, pour révéler une entaille, heureusement bénigne, qui ne saignait déjà plus. Mon ami la nettoya néanmoins proprement, avant de poser un simple pansement et de se relever. Dans l'autre pièce, Scotty et Andrea finissaient d'installer la nouvelle paroi. Ils s'éclipsèrent ensuite, tous les trois, sans demander leurs restes, même si Bones râla encore, pour la forme. Quand nous nous retrouvâmes seuls, sans un mot, Spock se débarrassa de son vêtement déchiré, avant de se coucher. J'enlevais les habits que j'avais enfilés à la va vite, avant de le rejoindre. Je savais qu'il ne m'en voulait pas personnellement. Ça aurait été stupide. Mais, la gêne qu'il avait ressentie, était bien plus grande que la mienne, je le savais. Je me contentais donc de le serrer contre moi et d'embrasser tendrement ses lèvres, avant d'éteindre la lumière. Il me rendit mon étreinte, en enfouissant son visage dans mon cou. Demain, il faudrait de nouveau gérer les avances de l'Amiral et le mauvais caractère du Professeur. Avec l'humeur de Leonard qui promettait d'être massacrante, je sentais que sortir du lit, quand le réveil sonnerait, serait un exploit que j'aurai du mal à accomplir.