Réveil difficile
Note de l'auteur : chapitre 3, où les ennuis commencent, où Jim voulait juste boire son café tranquille, où Spock reste parfaitement calme, où Scotty a des envies de meurtres et nous aussi. Bonne lecture et merci pour vos commentaires!
La journée ne faisait que commencer, et déjà, je n'avais qu'une envie. Retourner me coucher. L'Amiral ne m'avait même pas laissé boire mon café, avant de reprendre sa parade nuptiale. Nous étions donc au mess, Spock et moi. Lui, devant sa soupe de plomeek fumante, moi, sur le point de boire ma tasse, quand la femme fit son apparition. En revanche, aucune trace du Professeur Vaughn. Peut-être ne mangeait-il pas le matin. Nous nous levâmes pour l'accueillir à notre table, comme le voulait le protocole, bien malgré moi. Evidemment, elle accepta l'invitation, sans hésiter et s'assit à côté de moi, après être allée se prendre un thé. Sa longue chevelure blonde était enroulée dans un chignon complexe, un décolleté plongeant venait corrompre la sobriété de sa tenue, et un simple trait d'eyeliner noir soulignait ses grands yeux verts.
« Vous… avez bien dormi ? » Demandais-je, hésitant, pour démarrer une conversation.
« Très bien. Merci, Capitaine. Même si je me sentais un peu seule, dans cette grande chambre. » Répondit-elle, en sucrant son breuvage.
La main de Spock s'immobilisa, alors qu'il portait sa cuillère à sa bouche, durant une fraction de seconde, avant de reprendre son manège, sans qu'il ne fasse le moindre commentaire.
« Vous m'en voyez… désolé. » Répliquais-je, ne trouvant rien de mieux à dire. « Comment prévoyez-vous d'occuper votre journée ? » Enchaînais-je, pour changer de sujet.
« À vrai dire, je comptais sur vous, Capitaine, pour me faire visiter les recoins les plus secrets de l'Enterprise. »
« Sans vouloir vous offenser, Madame, commander un vaisseau de cette envergure est un travail de chaque instant. Nous allons être très occupés. » Contrais-je, en espérant la dissuader.
« Dans ce cas, je serais ravie d'observer ce qui se passe sur la passerelle. »
Je bus une gorgée de café, en fermant les yeux un instant, pour me retenir de l'envoyer promener. La contredire de nouveau ne servirait à rien. Elle trouverait une nouvelle parade jusqu'à ce que je consente de la laisser me coller toute la journée. J'acceptais donc, en me disant que sur le pont, en plein quart, elle saurait rester à sa place.
…
Enfoncé dans mon fauteuil de commandement, cela faisait plusieurs minutes que je parcourais mes mails, sur mon PADD, comme s'ils étaient vraiment d'une importance capitale. Ce qui n'était évidemment pas le cas. Mais, après avoir prétendu que mon travail m'occupait à chaque minute et qu'aujourd'hui, je serais débordé, je n'avais pas vraiment le choix. Comme promis, Collins se trouvait à quelques mètres de moi, voguant de poste en poste, tout en évitant minutieusement celui de Spock, pour poser toute sorte de questions à mes hommes. Le tout, en passant régulièrement près de moi, vérifiant à chaque fois si j'avais enfin cinq minutes de libres à lui consacrer. Je devais donc faire parfaitement semblant d'être très sérieusement concentré sur des notes de service sans grand intérêt, sans compter mon bras qui me démangeait affreusement. Cela me demandait un effort surhumain, pour ne pas gratter la croûte qui s'était déjà formée sur ma plaie, avec tout ce qui me tombait sous la main. Mais, rapidement, je fus à court d'occupation. Le trajet se déroulait sans encombre. Point d'attaque de Klingon, point de planète inconnue. Le vide intersidéral se déroulait devant mes yeux, sur l'écran principal. N'importe qu'elle occupation serait la bienvenue.
…
USS Enterprise, point de vue du Lieutenant Commander Montgomery Scott.
L'Enterprise était une source intarissable de merveilleuses énigmes, pour un homme tel que moi. Je ne me lasserai certainement jamais de me plonger dans ses circuits, d'améliorer les nombreux programmes de l'ordinateur de bord ou d'être aux petits soins avec les moteurs. Mais, changer la paroi d'une douche, au milieu de la nuit, même si cela faisait techniquement partie des attributions de l'ingénierie, ne figurait pas dans mes hobbies. Surtout quand la casse résultait d'un incident aussi embarrassant. Je n'aurais pas voulu être à la place du Capitaine et de Monsieur Spock. En attendant, le réveil avait été rude, pour ma part, et c'est le nez dans mon café, la tête ailleurs, que je me mis au travail, ce matin-là. C'est donc, en frôlant l'arrêt cardiaque, que je manquais de percuter Vaughn qui semblait sortir de nulle part, alors que je me retournais pour attraper un outil.
« Bonjour, Professeur. » Lançais-je, en me reprenant.
« Bonjour, Monsieur Scott. » Me répondit-il, avec froideur.
Son air reptilien me filait la chair de poule et pour me donner une contenance, je m'emparais de ma tasse, posée sur le bord d'un pupitre, en priant mentalement pour qu'Andrea ne choisisse pas ce moment pour débarquer.
« Que puis-je faire pour vous ? » Demandais-je, désireux qu'il s'en aille.
« Vous détenez actuellement une chose qui m'appartient. J'aimerais simplement la récupérer. »
Sa requête me glaça le sang, mais je fis tout mon possible pour prendre mon air le plus surpris.
« Vous l'avez oublié hier, durant la visite ? Parce qu'il ne me semble pas que mes hommes aient trouvé quoique ce soit. » Répliquais-je, innocemment.
« Ne vous faites pas plus bête que vous ne l'êtes, Monsieur Scott. Même si vous l'avez habillement dissimulée à ma vue, jusqu'à maintenant, j'ai la mauvaise habitude de laisser traîner mes oreilles. Et vos ingénieurs parlent un peu trop, quand ils se croient seuls dans les couloirs. Vous savez très bien de quoi je parle et je suis persuadé que vous êtes un homme de raison. »
J'avalais difficilement ma salive, sa voix froide hérissant les poils de mes bras et j'ouvris la bouche, pour protester, quand il me coupa dans mon élan.
« Avant que vous n'avanciez un quelconque argument parfaitement caduc, sachez que je suis en possession d'un titre de propriété en bonne et due formes. Cet androïde est ma création et elle m'appartient. Elle vous aura certainement trompé, avec ses yeux larmoyants et une histoire triste à pleurer. Je ne vous en blâme pas, bien évidemment, mais sa présence ici est une erreur que vous vous devez de corriger. Cela ne sera l'affaire que de quelques minutes. Le temps de signer certains papiers et tout rentrera dans l'ordre. » Dit-il, sans aucune émotion.
Même Spock, dans ses mauvais jours, était plus émotif. L'homme ne se laisserait sûrement pas émouvoir, je décidais donc de rester pragmatique.
« Son travail à bord est plus que satisfaisant. C'est un ingénieur très doué et un élément primordial de l'équipe. Je suis désolé pour ce malentendu, mais, je ne tiens absolument pas à m'en séparer. Peut-être pouvons-nous arriver à un compromis ? Est-elle à vendre ? »
Ma dernière question me donna la nausée, mais je n'en montrais rien, affichant un air professionnel.
« Elle fait partie de mes premiers modèles. J'ai fait bien mieux, depuis. Si vous souhaitez négocier, je pourrais vous proposer, à très bon prix, l'une de mes dernières créations. Si vous tenez à ce que ce soit une femelle, cela est tout à fait possible également et je peux vous garantir que vous en serez grandement satisfait. Bien plus qu'avec ce prototype aux émotions défectueuses. » Me proposa-t-il, comme s'il était question d'outils ou d'un programme informatique.
J'eus envie de lui dire où il pouvait se les mettre ses robots parfaits, lui dire que je m'étais déjà penché sur les problèmes émotionnels d'Andrea et que c'était en bonne voie, ou simplement, que s'il osait la toucher, j'allais le balancer dans le vide intersidéral, par une soute à déchets, puisque telle était sa place, de mon point de vue. Mais, à la place, je fis la seule chose sensée. Appeler Kirk à l'intercom.
…
USS Enterprise, Point de vue du Capitaine James T. Kirk.
Un vieux diction terrien disait : « Prenez garde à ce que vous souhaitez. » J'avais voulu une distraction, j'aurais dû me méfier. Oh, bien sûr, Scotty n'avait pas dit grand-chose. Mais, rien que le ton de sa voix, me fit regretter d'avoir prié pour qu'il se passe quelque chose qui m'arracherait aux griffes de l'Amiral. Mais, ce qui est fait ne peut être défait et je me levais donc, pour descendre à l'ingénierie. D'un regard, je signifiais à Spock que sa présence n'était probablement pas nécessaire et d'un mouvement fluide, il se leva pour prendre ma place, en hochant la tête. Je saluais également Collins, en lui assurant que je serais vite de retour, pour ne pas qu'elle demande à me suivre, avant de monter dans le turbolift.
Arrivé au pont P, je me dirigeais directement vers le bureau de l'Écossais, où il m'avait demandé de le rejoindre. Je l'y retrouvais, ainsi que Vaughn, assis en face de lui et Andrea, prostrée dans un coin, semblant sur le point de fondre en larmes. Devant ce tableau, une sourde angoisse m'envahit. Je ne savais toujours pas exactement ce qu'il en était, mais faire le rapport entre la spécialité du professeur et la nature de la jeune femme, ne m'avait pas pris beaucoup de temps. Et cela ne me disait rien qui vaille.
« De quoi s'agit-il ? » Demandais-je, immédiatement.
L'homme, avec une froideur qui m'en dit long sur ses intentions, m'expliqua qu'il avait l'intention de récupérer son bien et qu'il comptait sur moi pour lui donner gain de cause et remettre à sa place mon ingénieur en chef qui semblait peu enclin à obéir. Il me parut évident que l'individu n'était pas du genre à se laisser convaincre et je décidais donc de gagner du temps, avant toute chose. Et la seule idée qui me vint à l'esprit, fut de demander à examiner les fameux papiers qu'il prétendait avoir en sa possession. Il m'apprit qu'ils se trouvaient parmi ses effets personnels, dans ses quartiers et accepta volontiers de me les apporter et de me les confier le temps que je penserais nécessaire, pour m'assurer de leur authenticité, car il n'irait, de toute façon, nulle part, tant que nous ne serions pas arrivés sur Andoria, et plus tard, sur Terre. Plusieurs jours, donc, où il ne serait pas libre de ses mouvements. Il se leva alors, sans rien ajouter de plus, et s'éclipsa, nous laissant seuls, le temps de faire l'aller-retour.
Dès que la porte se referma, l'Écossais bondit de son fauteuil. Je l'arrêtais d'un geste de la main, alors qu'il s'apprêtait certainement à argumenter.
« Nous allons trouver une solution, Scotty. En attendant, je suis bien obligé d'aller dans son sens. Et s'il s'avère qu'il est réellement dans son droit, nous lui proposerons de nous la céder, pour le prix qui lui conviendra. » Le rassurais-je.
« Je lui ai déjà fait cette proposition, Capitaine. Il a avancé qu'elle était défectueuse et qu'il était près à me vendre un bien meilleur modèle. Il ne l'a pas dit ouvertement, mais il semblerait qu'il tienne absolument à la récupérer. » Contra-t-il, d'un air sombre.
« Pour quelles raisons vous veut-il à ce point, si vous êtes « défectueuse ». Ne devrait-il pas être soulager de se débarrasser de vous ? » Demandais-je, en m'adressant directement à Andrea.
L'un comme l'autre, semblèrent tout à coup, extrêmement gênés. Je devinais sans peine qu'ils connaissaient donc parfaitement les motivations de Vaughn.
« Si vous voulez que je vous aide, il va falloir tout me dire. » Exigeais-je, pour avoir le fin mot de cette histoire.
Mon ami ne répondit pas, regardant la jeune femme comme s'il voulait lui laisser le choix d'en parler ou non. Après quelques secondes d'hésitation, en voyant qu'elle ne se décidait pas, Scotty lui rappela qu'elle pouvait me faire une confiance aveugle. Cela sembla la décider.
« Disons que ma fonction première, n'a aucun rapport avec l'ingénierie, que cette activité lui rapportait un revenu confortable et qu'il n'était certainement pas ravi, quand j'ai finalement réussi à lui voler ma liberté. » M'apprit-elle, à demi-mot, le regard fixé sur ses pieds.
Mon ami se rapprocha d'elle et lui prit la main, pour la réconforter, alors que je restais muet de stupéfaction. C'est ce moment que le professeur choisit pour revenir, manquant de surprendre leur geste intime. Fort heureusement, ils s'étaient repris à temps. L'homme n'avait peut-être encore aucune idée de ce qui animait l'obstination de Scotty. Il me tendit simplement un document. Il me fallut un rapide coup d'œil, pour être convaincu de son authenticité. Mais, je me gardais bien de l'affirmer et l'empochais rapidement, en lui assurant qu'il le récupérerait sous peu. Puis, je m'éclipsais, sa présence m'empêchant de parler librement au couple, en priant pour que Spock ait une idée lumineuse, quand je lui expliquerai la situation.
