Stratégie
Note de l'auteur : chapitre 4, où Jim et Spock prennent garde à ne pas sous-estimer l'ennemi. Bonne lecture et merci pour vos reviews!
Le PADD du professeur en poche, je m'en étais retourné sur la passerelle. Spock m'accueillit d'un haussement de sourcil curieux, mais l'Amiral, qui accapara immédiatement mon attention, m'empêcha de lui résumer la situation. Qu'à cela ne tienne ! J'allais lui accorder quelques minutes de mon temps, pour qu'elle me lâche un peu les baskets.
« Rien de grave, j'espère ? Vous avez l'air soucieux. » S'inquiéta-t-elle, faussement, devant ma mine déconfite.
Mais, tant que je ne saurais pas, avec certitude, à quel point elle était impliquée dans les affaires de Vaughn, je m'abstiendrais de discuter avec elle, des exigences de ce dernier.
« Non. Rassurez-vous, tout va bien. Juste quelques tracas d'ordre technique, à l'ingénierie. Je ne tiens pas à vous ennuyer avec ça. » Répondis-je, en m'obligeant à sourire.
Elle sembla satisfaite de cette explication et afficha de nouveau cet air enjôleur que je commençais très sincèrement à détester. L'air de rien, et comme si cela était commun, je l'abandonnais un instant, pour interroger Spock sur ce que nous rapportaient les senseurs. Avec fluidité dans ses propos, il suivit le mouvement et récupéra naturellement la tablette du professeur, quand je la lui tendis, comme si tout cela avait un quelconque rapport. Il fallait que je m'en sépare, pour ne pas que Collins m'interroge dessus, puisque j'étais parti sans, et revenu avec. Ne jamais sous-estimer l'intelligence de la partie adverse. On nous l'avait suffisamment répété à l'Académie.
« Que dois-je en faire ? » Me demanda-t-il, silencieusement, sans exiger plus de détails, pour ne pas que notre conversation télépathique se voit de l'extérieur, tout en continuant à me faire son rapport sur ses relevés.
« Examine les documents dès que tu auras le temps. À mon avis, ils sont authentiques, mais j'aimerais m'en assurer. » Répondis-je, en faisant mine d'écouter attentivement ce qu'il disait.
« Quelle est l'importance du résultat ? »
« Primordiale. » Dis-je, simplement. Et cela sembla lui suffire, puisqu'il mit un point final à son compte-rendu, avant de se rasseoir derrière son poste.
Je me tournais, ensuite, vivement vers l'Amiral qui patientait près de mon fauteuil, pour feindre l'enthousiasme. Si un sourire se dessina sur ses lèvres, quand elle vit qu'elle avait de nouveau toute mon attention, je surpris, cependant, durant une fraction de seconde, l'air parfaitement neutre et sans émotion qu'elle affichait juste avant que je ne la regarde. Cela me frappa, car le contraste était saisissant. Mais, je mis ça sur le compte de la fatigue, ou peut-être même d'un certain agacement à me voir repousser inlassablement ses avances. Je me rassis néanmoins, à ma place, sans faire le moindre commentaire. Elle se posta alors à ma droite, là où Spock avait pour habitude de se tenir, quand rien sur sa console ne requérait sa concentration, et cela m'agaça, sans que je puisse l'empêcher. Même si, elle n'avait aucun moyen de le savoir, bien entendu.
« Si vous n'êtes pas trop occupé, j'apprécierais que vous me contiez quelques-unes de vos aventures. J'ai toujours été fascinée par les différentes formes de vie que l'on peut croiser dans l'espace. » Réclama-t-elle, rêveuse.
« Vous parlez comme si cela ne vous était jamais arrivé. » Remarquais-je, surpris.
À deux pas de là, je savais mon compagnon en train d'écouter notre conversation et s'il ne montra absolument rien de son étonnement, je le perçus nettement à travers notre lien.
« Je vous demande pardon ? » Répondit-elle, comme si elle ne comprenait pas.
« Et bien, vous êtes Amiral de Starfleet. Il y a de grandes chances que vous ayez servi à bord d'un vaisseau stellaire, pour en arriver là. À moins, que vous ne soyez passée par la voie administrative, et restée cantonnée dans un bureau. » Développais-je.
« Bien sûr ! Suis-je bête. J'étais effectivement secrétaire de l'état-major, avant ma promotion au grade d'Amiral. Ce n'est que depuis récemment que je voyage. Et jusqu'à maintenant, tout s'est parfaitement bien déroulé. Je ne suis donc pas familière avec ce qu'implique l'exploration spatiale. » Se reprit-elle, en riant nerveusement.
Je n'avais déjà pas suffisamment de problème, avec Vaughn sur les bras, voilà que cette femme se mettait à mentir ouvertement. Et plutôt mal, en plus. Du moins, pour un œil aiguisé tel que le mien. Pourquoi fabuler sur sa carrière ? Surtout qu'elle s'était mise toute seule dedans, en abordant un sujet qui risquait de la compromettre. Cela dénotait, tout de même, un manque d'intelligence surprenant, pour une personne de son statut. Sans pour autant accuser l'amirauté d'être uniquement composée de dupeurs de la trempe de Marcus, cela restait néanmoins étrange.
Pour toute réponse, je souris poliment et commençais à raconter notre mission sur Ogmios, comme si de rien n'était, décidant de voir jusqu'où elle comptait aller et de découvrir ses réelles intentions. Son air froid, un peu plus tôt, prit tout à coup une dimension différente. Car, si elle mentait médiocrement, elle feignait apparemment les émotions à la perfection. Une belle contradiction, en somme. Ce qui pouvait signifier deux choses. Soit, c'était une psychopathe peu douée pour les bobards il devait bien en exister, après tout soit, une usurpatrice dépassée par le rôle qu'elle devait tenir. Aucune des deux propositions ne m'enchantait particulièrement.
« Moi non plus. Surtout que la deuxième est bien plus plausible que la première. » Pensa Spock. Et je ne pouvais qu'être d'accord avec lui.
…
Notre quart touchait à sa fin et l'heure du déjeuner approchait, comme me le rappela mon estomac en grondant bruyamment, alors que j'achevais de relater notre mésaventure sur la base stellaire 8. Collins, qui n'avait cessé de m'écouter avec une attention visiblement sincère, rit doucement.
« Souhaitez-vous partager mon repas ? » Demanda-t-elle, sans préciser si mon compagnon était le bienvenu.
« Accepte en ces termes. Je pense qu'il serait bénéfique, pour découvrir ce qu'elle cache, que tu te retrouves enfin seul avec elle. » Me suggéra ce dernier, silencieusement, en venant vers moi.
J'allais protester, mais il ne m'en laissa pas l'occasion.
« Je dois m'entretenir avec le Docteur McCoy, à propos d'un remède sur lequel nous travaillons dans les laboratoires. Avec ta permission, j'irais manger avec lui. » Inventa-t-il, rapidement.
Je ne pus qu'acquiescer, devinant qu'il comptait réellement aller voir Bones. Certainement pour le mettre au courant de nos dernières conclusions, pour qu'il garde un œil sur moi, quand lui, ne le pourrait pas. Je savais qu'il était protocolaire, d'assurer la sécurité du Capitaine, et dans la plus grande discrétion, s'il le fallait. Mais, cela m'ennuya d'être materné de la sorte. Ce n'était qu'une femme, pas bien épaisse, qui plus est. J'avais déjà eu à faire à plus grande menace, sans vouloir être misogyne. Mais, je le regardais cependant quitter la passerelle, alors que son remplaçant prenait son poste, sans chercher à le retenir.
« Nous y allons ? » Réitéra l'Amiral, apparemment ravie.
Je me levais simplement, en affichant mon sourire le plus ravageur, réendossant provisoirement le rôle du dragueur invétéré qui sommeillait en moi, depuis que mon regard s'était posé sur une certaine paire d'oreilles pointues. Puis, je fis signe à la dame, de monter en premier dans le turbolift, avant de la rejoindre et de demander le pont E.
…
USS Enterprise, point de vue du Docteur Leonard McCoy.
Je terminais de rédiger un rapport, juste avant d'aller me restaurer, quand le gobelin au sang vert fit son apparition. Rien dans son allure ne laissait présager de son humeur, mais quelque chose me disait que sa présence ici, seul, n'annonçait rien de bon.
« Un problème, Spock ? Ta jambe te fait souffrir peut-être ? » L'interrogeais-je, dès qu'il me vit.
« Ma santé est parfaitement satisfaisante, Leonard. Merci de t'en préoccuper, mais ce n'est aucunement le sujet de ma visite. » Me répondit-il, d'un ton sérieux.
« Je m'en doutais un peu. Mais, que veux-tu, l'espoir fait vivre, comme on dit. » Avouais-je, en me levant pour l'accueillir.
« L'espérance est une notion aléatoire… »
« … que tu as déjà expérimenté, ne t'en déplaise. Donc, que me vaut le plaisir de ta présence ? » Le coupais-je, pressé d'avoir le fin mot de cette histoire.
Il ne m'en tint aucune rigueur et me fit part des doutes, que Jim et lui entretenaient, à l'égard de l'Amiral, tandis que je l'invitais à s'asseoir à mon bureau, argumentant sur les attitudes étranges dont elle aurait fait preuve.
« C'est un peu léger, pour crier au complot, tu ne penses pas ? » Commentais-je, peu convaincu.
« Il vaut mieux être trop prudent que pas assez. » Insista-t-il.
« Avoue tout simplement que tu es jaloux de l'attention qu'elle lui porte, ça ira plus vite. » Lançais-je, désinvolte.
Ma remarque parut l'offenser. Enfin, c'était un grand mot, quand il s'agissait de lui. Disons qu'il haussa un sourcil indigné.
« Il ne me viendrait jamais à l'esprit de porter de telles accusations sur un officier supérieur, pour satisfaire mes exigences personnelles. Mes soupçons ne sont aucunement dictés par une quelconque émotion, que j'admets d'ailleurs parfaitement ressentir, en effet. Il est naturel, pour un Vulcain, d'être incommodé, quand on s'approche un peu trop près de son T'hy'la. Mais, tant qu'elle n'outrepassera pas les limites de la décence, je ne compte pas lui sauter à la gorge. » Se défendit-il, avec aplomb.
Je devais avouer qu'il marquait un point. Dans la situation inverse, si Jim, avec son caractère emporté, s'était pointé avec la même méfiance à l'égard de Collins, je lui aurais certainement ri au nez. Mais, venant d'un être aussi pragmatique que Spock, cela poussait à la réflexion.
« Admettons que vous ayez raison, tous les deux, et que cette femme prétendre être ce qu'elle n'est pas. » Imaginais-je, un instant. « Dans quel but ferait-elle une chose pareille ? »
« C'est justement pour tenter de répondre à cette question, que Jim est actuellement en train de déjeuner avec elle. » M'expliqua-t-il, calmement, comme si c'était une procédure tout à fait standard.
« Bon sang, Spock ! Tu viens de me dire que vous pensez sérieusement à une imposture et, bien entendu, son premier réflexe est de tranquillement manger avec l'ennemi ! On ne connaît pas ses intentions ! Si c'est pour lui nuire, elle pourrait très bien glisser quelque chose dans sa nourriture ! » M'emportais-je, en me levant.
« C'est, je pense, le seul moyen d'en savoir plus. D'où ma présence ici. Je suis venu quérir ton aide. Rejoignons-les au mess, faisons comme si nous avions une discussion professionnelle autour d'un repas et voyons ce qui se passe. » Me pressa-t-il, en abandonnant son fauteuil à son tour.
« Très bien, allons-y. Mais, au moindre geste suspect de sa part, je lui plante un hypospray de tranquillisant dans la carotide. Ça lui passera l'envie de fomenter des complots, à la vieille peau. » Grommelais-je, en me dirigeant vers la sortie.
« Il me semble, Leonard, que vous devez avoir à peu près le même âge. » Répliqua-t-il. Et je jurerai devant Dieu, avoir aperçu l'ombre d'un sourire sur ses lèvres.
« Là n'est pas la question, Spock. » Conclus-je, en quittant l'aile médicale.
…
USS Enterprise, point de vue du Capitaine James T. Kirk.
Nous nous installâmes, tous les deux, à une table que je choisis stratégiquement, pour son exposition au reste de la salle. Dans un coin, à l'écart, j'aperçus Vaughn qui déjeunait seul. Je fis comme si je ne l'avais pas vu et Collins ne suggéra pas de l'inviter à nous rejoindre. Ce qui m'arrangeait. Je n'avais aucunement besoin de gérer ces deux énergumènes, en même temps.
Elle avait porté son choix sur une salade grecque, moi sur une simple viande grillée, accompagné de légumes sautés, puisque l'arrivée de Bones était sûrement imminente et que je n'avais pas envie de me faire sermonner une nouvelle fois. Quand on parle du loup, on en voit la queue. Mon meilleur ami et mon mari entrèrent au moment où nous entamions nos plats. Ils s'installèrent à bonne distance. Suffisamment loin, pour que seul Spock soit capable d'écouter notre conversation, mais assez près, pour nous observer à leur guise.
« Alors ? Vos quartiers vous plaisent ? » Demandais-je, plus pour faire la conversation, que par réel intérêt.
« Ils sont très confortables, quoi qu'un peu impersonnels. Mais, je suppose que c'est le cas de toute l'aile réservée aux invités. » M'apprit-elle.
« En effet. Nous recevons toute sorte d'individus à bord et les chambres doivent convenir à chacun. »
« Je comprends. Néanmoins, j'aurais un service à vous demander. » Enchaîna-t-elle, en picorant ses crudités.
« Je vous écoute. »
« Hier soir, j'ai voulu me servir de l'ordinateur à ma disposition. Mais, il semble y avoir un dysfonctionnement, puisqu'il ne répond pas de la bonne manière. »
« C'est-à-dire ? » La questionnais-je, soupçonnant un nouveau mensonge.
« Et bien, il a refusé de me donner les informations que je souhaitais. J'ai ouï dire que vous étiez un prodige en informatique. Cela ne vous ennuie pas de passer un moment, dans la journée, pour y jeter un œil ? J'ai vraiment besoin de pouvoir travailler sur certaines choses, avant d'arriver sur Andoria. »
Sa requête me prit de court et je ne sus quoi répondre un instant. Elle était arrivée hier. Quand avait-elle pu entendre parler de mes talents de programmeur ?
« À moins qu'elle ne se soit renseignée, avant de monter à bord. » Pensa Spock, sans pour autant me regarder, en continuant de parler avec Bones, à qui il devait répéter ce qu'il entendait.
« Elle a fait comme si elle ne savait pas qui nous étions, quand nous l'avons rencontrée. Si tu as raison, elle ne voulait pas qu'on le découvre. » Lui répondis-je. « Bien sûr ! Je trouverai bien quelques minutes, cet après-midi, pour me pencher sur le problème. » Affirmais-je, à l'Amiral.
« Je viendrai avec toi, cette fois. Hors de question, que vous vous retrouviez totalement seuls. » M'informa mon compagnon.
Cela m'apaisa, car je n'avais pas vraiment de bonne raison de refuser. Il fallait également que je règle cette histoire avec Vaughn. Apparemment, même quand Starfleet prenait l'Enterprise pour un taxi, il n'y avait pas moyen d'être tranquille.
