Un homme juste

Note de l'auteur : Chapitre 5, où une surprise de taille attend Jim et Spock, où Spock manque de perdre son calme et où Jim le perd complètement. Bonne lecture et merci pour vos commentaires!

Après le déjeuner, j'avais fait en sorte d'être occupé, pour retarder l'échéance. Mais, il arriva fatalement un moment, où les excuses manquèrent et où je dus me résoudre à tenir mon engagement. Si bien, que quand je me dirigeais finalement vers les quartiers de l'Amiral, en compagnie de Spock, nous étions presque en phase nocturne. J'espérais juste qu'elle ne m'aurait pas attendu durant des heures – je ne l'avais pas aperçue un seul instant cet après-midi – et qu'elle ne serait pas fâchée contre moi, par la même occasion. Je n'avais aucune envie de l'avoir sur le dos.

Quand nous arrivâmes à destination, le voyant de la sonnette était au vert, ce qui indiquait sa présence à l'intérieur. Je manifestais notre présence en appuyant sur le bouton et nous attendîmes patiemment qu'elle vienne ouvrir. Mais, à la place, sa voix étouffée par la paroi se fit entendre.

« C'est vous, Capitaine ? »

« Oui… » Répondis-je, après un instant d'hésitation, en lançant un regard perplexe à mon compagnon.

« Entrez ! Je vous ouvre. » Me lança-t-elle, avant que j'aie pu ajouter quoi que ce soit.

Une seconde après, la porte coulissa pour nous laisser passer et nous pénétrâmes dans la pièce principale. Immédiatement, les effluves fleuris d'un parfum certainement coûteux, chatouillèrent mes narines. Les lumières avaient été baissées à leur minimum, donnant une ambiance feutrée et tamisée. La configuration des lieux restait très similaire à celle de nos propres quartiers. À notre droite, un bureau, où trônait la raison de ma présence ici, l'ordinateur défaillant. À notre gauche, une bibliothèque en grande partie vide, où logeaient les ouvrages papier standards, que l'on mettait à la disposition de n'importe quel invité qui préférerait ce format aux dossiers informatiques. Devant nous, une cloison dissimulait les trois-quarts de la chambre aux yeux des visiteurs et plus loin, une porte donnait sur la salle de bain. Collins n'était nulle part en vue, ce qui ne laissait pas beaucoup de possibilités. Je pris donc l'initiative, face à son soudain silence, de m'avancer jusqu'à discerner la descente de lit. Mon champ de vision s'élargit peu à peu et je pus apercevoir une paire de jambes nues, puis deux cuisses tout aussi dénudées, et finalement un corps aux courbes féminines, dépourvu du moindre vêtement, se terminant sur une chevelure blonde étalée sur les oreillers. Un sourire enjôleur orna ses lèvres, quand elle me vit. Je me figeais littéralement sur place. Elle n'était ni repoussante, ni vulgaire, rien de tout ça. Simplement, sa démarche était bien trop grossière, même pour quelqu'un comme moi. Alors, quand je sentis l'indignation et la colère de Spock monter, à travers notre lien, alors qu'il s'approchait de moi, pour voir par lui-même les images qu'il percevait dans mes pensées, je fis instantanément barrage entre elle et lui, avant que les choses ne dégénèrent. Sauf que, dès qu'elle se rendit enfin compte que je n'étais pas venu seul, elle hurla, en se précipitant dans la salle d'eau, après s'être couverte du drap. Une de mes mains vint se plaquer fermement sur le torse de Spock, alors qu'il s'apprêtait à la suivre. Mes yeux se verrouillèrent aux siens, jusqu'à capter toute son attention.

« Reste calme. Je vais régler ça. Il est temps de la remettre à sa place, Amiral ou non. » Pensais-je, pour l'apaiser.

« Elle est allée trop loin, Jim. » Me répondit-il.

« Je suis d'accord. Mais, il vaut mieux que je m'en occupe, je t'assure. Reste ici, s'il te plaît. » Le priais-je, avant de déposer un baiser rassurant sur ses lèvres pincées et d'aller toquer à la porte close, par laquelle Collins venait de disparaître.

« Amiral ? Si vous êtes présentable, j'apprécierais une explication. » Lançais-je, d'un ton sec, sans être agressif.

« Si le Vulcain s'en va. » Exigea-t-elle, en restant obstinément enfermée.

Mon compagnon prit un air parfaitement outré, que j'aurais presque pu trouver comique, dans d'autres circonstances. Je levais un doigt pour l'astreindre au silence.

« Spock n'ira nulle part, Amiral. Je ne sais pas exactement quelle est l'étendue de vos connaissances sur son peuple, mais sachez que vous venez de l'insulter d'une manière proprement répugnante, à ses yeux. Aux miens aussi, d'ailleurs, mais ce n'est qu'un détail. Même sous la menace, il ne me laissera plus seul avec vous, à présent. Donc, je vous prierai de sortir, maintenant. Il ne vous fera rien. » Dis-je, d'une voix claire et sans ambiguïté sur mon mécontentement.

Elle ne répondit pas, durant un instant et j'allais de nouveau réitérer ma demande, quand le verrou claqua et le battant s'ouvrit, laissant la place à une jeune femme qui n'avait plus rien de la prestance due à son grade. Elle semblait presque plus jeune, chétive et n'en menait pas large, alors qu'elle sortait de sa cachette, de nouveau habillée décemment. Comme convenu, mon compagnon se contenta de lui lancer un regard noir, en affichant son air le plus froid, sans prononcer une seule parole, ni esquisser le moindre geste. Cela n'empêcha pas Collins de faire en sorte que je me trouve entre eux deux. Seulement alors, elle parut reprendre contenance.

« Je suis désolé. Je pensais que vous viendriez seul. » Se justifia-t-elle.

Spock tiqua, mais ne dit rien.

« Vous n'arrangez rien, là. Qu'imaginiez-vous qu'il se passerait ? » Répliquais-je. « Non, finalement, ne répondez pas à cette question. » Ajoutais-je, alors qu'elle s'apprêtait à parler. « Écoutez, malgré tout le respect que je vous dois, alors que vous n'en avez eu aucun pour mon époux, j'ai été clair dès notre première rencontre et ne pense pas vous avoir tendu la moindre perche. Si, à un moment, j'ai eu un comportement qui vous a fait croire qu'il y avait quoi que ce soit entre nous, vous m'en voyez navré, mais ce n'est qu'un malentendu. Je vous ai reçu comme je l'aurais fait avec n'importe quel officier supérieur. Ce n'était qu'une question de protocole et de politesse, rien de plus. »

« Ce n'est pas vous. C'est moi. Contrairement à l'impression que j'ai peut-être pu donner, ce genre de choses n'est pas dans mes habitudes. » M'assura-t-elle, en désignant vaguement le lit. J'eus tout de même du mal à la croire. « Mais, dès que je vous ai vu… »

Cette dernière affirmation, incomplète et hésitante, était sûrement la seule chose réellement honnête qui sortait de sa bouche, depuis son arrivée. Je ne connaissais toujours pas ses intentions et j'étais encore persuadé qu'elle nous cachait quelque chose, mais son intérêt pour moi semblait sincère. J'aurais préféré que ce ne soit pas le cas, bien évidemment. Surtout pour elle.

« Je comprends. Mais il faut que cela cesse. Je ne suis pas intéressé. Le lien psychique qui me lie à Spock est extrêmement puissant. Bien plus que ce que vous pourriez l'imaginer. Je serais incapable de le briser, même si j'en avais envie et ce n'est absolument pas le cas. Il m'apporte beaucoup de choses que je n'ai jamais trouvées dans mes autres relations et je ne peux que vous souhaiter de trouver quelqu'un qui vous rendra au moins aussi heureuse. Mais, ce ne sera certainement pas moi. »

Elle hocha simplement la tête, sans rien ajouter de plus.

« Maintenant, nous allons vous laisser. Si vous le voulez bien, je vous enverrai un ingénieur, pour réparer votre ordinateur, en admettant qu'il y ait vraiment un problème informatique. » Conclus-je, avant de me tourner vers la sortie, en prenant la main de mon compagnon.

« Ne vous donnez pas cette peine. Ce n'était qu'un prétexte. » Admit-elle, alors que nous allions passer la porte.

« Merci de ne plus me faire perdre mon temps, à l'avenir. Vous êtes peut-être Amiral, Madame, et c'est uniquement pour cette raison que cet incident ne sortira pas d'ici, mais cela ne vous donne pas tous les droits à bord de mon vaisseau, ni le privilège de disposer de mes hommes ou de moi, comme bon vous semble. Sur ce, je vous souhaite tout de même une bonne soirée. »

Sans attendre sa réponse, nous sortîmes dans le couloir et, sans aucune hésitation, j'entraînais prestement Spock, jusqu'à nos quartiers, quelques mètres plus loin. Ce n'est qu'une fois dans la chaleur rassurante de notre chambre, que je m'autorisais enfin à me détendre. Je le poussais à s'asseoir sur notre lit et l'abandonnais un instant, pour allumer deux bougies et mettre de l'encens à brûler. Il observa mon manège, en silence, alors que les senteurs boisées embaumaient lentement la pièce. Je revenais ensuite vers lui, en retirant mon t-shirt, avant de le délester du sien et de l'inviter d'un geste de la main, à s'installer au sol, avec moi. Il suivit volontiers le mouvement, en se relaxant sensiblement, puis se laissa choir souplement, en face de moi, en tailleur et ferma les yeux en caressant mes mains.

Nous n'échangeâmes pas réellement d'idées précises. Juste des images apaisantes, des pensées tendres, affectueuses, des sentiments amoureux. J'étais soucieux d'oublier cette histoire, qui n'était qu'un événement insignifiant, à mes yeux. Dans le sens où, dans quelques jours, cette femme sortirait de nos vies, pour ne sûrement que très rarement y revenir et qu'elle ne représentait rien de plus pour moi, qu'une mission contraignante de plus.

Quand le calme fut finalement revenu, dans son esprit comme dans le mien, nous mîmes fin à notre méditation, pour revenir à des affaires beaucoup plus sérieuses. En effet, sur mon bureau, le PADD de Vaughn réclamait toujours notre attention. Encore une chose que j'avais repoussée au maximum, aujourd'hui, car un mauvais pressentiment me taraudait. Comme je le lui avais demandé, Spock se pencha longuement dessus, étudia autant le contenu que le contenant, cherchant les failles éventuelles. Mais, comme je m'y attendais, il n'en trouva aucune.

« Je suis désolé, Jim. Mais, il a raison. Il est dans son droit de la réclamer, légalement. » M'apprit-il, dépité, en relevant le nez de la tablette.

« Que pouvons-nous faire, dans ce cas ? » Lui demandais-je.

« Malheureusement, rien. »

« Andrea n'est pas un objet, Spock ! Et, tu sais très bien ce qu'il compte en faire ! » M'emportais-je, en me levant.

« Nous n'avons aucune preuve de ça et elle non plus. Ce n'est que sa parole contre celle du professeur et nous n'avons pas de moyens de savoir qui dit la vérité. » Contra-t-il.

« Tu sous-entends qu'elle ment ? » Le questionnais-je, sidéré.

« Loin de moi cette idée. J'énonce simplement un fait. Ce que je crois ou non, n'entre pas en ligne de compte. C'est un terrain glissant, T'hy'la. Je ne souhaite pas que tu t'y engages tête baissée. Cela pourrait te nuire, plus que tu ne le penses. Ce Vaughn paraît impitoyable et totalement dénué de la moindre compassion. Ne fais pas de toi une cible idéale pour sa colère. » M'avertit-il. Mais cela ne fit que m'énerver un peu plus.

« Tu suggères donc que je ne fasse absolument rien ! Et que suis-je censé dire à Scotty exactement ? Désolé, mais il va falloir que je rende la femme que tu aimes à son propriétaire. Tu comprends, je ne veux pas prendre le risque de me mouiller. » M'indignais-je.

« Ce n'est pas ce que j'ai dit. Tu déformes mes propos… » Tenta-t-il de se justifier.

« Si ! C'est exactement ce que tu affirmes ! Mais, avec ou sans ton aide, je ne compte pas laisser ce proxénète à deux balles, s'en sortir si facilement. Rassure-moi, la prostitution d'androïde est toujours illégale, n'est-ce pas ? » Raillais-je, blessé qu'il ne me soutienne pas.

« Bien sûr ! » Affirma-t-il. « Et c'est bien parce que le délit est très grave, que nous devons faire preuve de prudence. Il aura certainement couvert ses arrières, Jim. Cet homme est tout sauf stupide. Il n'oserait sûrement pas réclamer ses droits sur Andrea, sans s'être assuré de pouvoir repartir en toute impunité. Porter de telles accusations, sans preuves, envers un professeur renommé, est la dernière chose à faire. » Insista-t-il. « Je sais que nous n'avons pas beaucoup de temps. » Ajouta-t-il, alors que j'allais protester, une fois de plus. « Mais, nous devons respecter une certaine procédure, pour rester crédible. »

« J'emmerde la procédure, Spock ! J'ai accueilli cette jeune fille à bord, en lui promettant qu'elle y serait en sécurité, aimé et qu'elle aurait un travail à sa hauteur. Quel genre d'homme suis-je, si je reviens sur ces paroles ? »

« Un homme juste. »

« Où est la justice là-dedans ? N'a-t-elle pas assez souffert, quoi qu'elle ait vécu ? Je n'ai pas l'intention d'avoir la moindre pitié, envers lui. En attendant, si ça ne t'embête pas, je vais aller annoncer à un ami, qu'il va peut-être devoir faire une croix sur la seule vraie relation qu'il a réussi à nouer, depuis que je le connais, parce qu'un foutu document, qui même s'il est authentique ne dit que la partie de la vérité qui arrange son propriétaire, en a décidé ainsi. » Conclus-je, furieux, avant de quitter nos quartiers, sans le laisser répondre.