Quelqu'un de bien
Note de l'auteur : Chapitre 6, où Jim est désespéré, où Bones le requinque et Spock se fait pardonner. Bonne lecture!
Sur le chemin de l'ingénierie, la culpabilité m'envahit. Je savais que Spock ne voulait que me protéger, comme toujours. Mais, cette fois-ci, je refusais qu'il me fasse passer en premier. D'une manière puérile, j'en étais conscient, je m'imaginais ne pas faire grand cas des menaces que proférerait sûrement Vaughn, quand je me montrerai réticent à lui donner ce qu'il désirait. Il pourrait bien dire ce qu'il voulait, s'il comptait quitter l'Enterprise avec Andrea, il devrait me passer sur le corps. C'était du moins, ce que j'aurais voulu pouvoir lui balancer à la figure.
Arrivé au pont P, je me dirigeais directement vers le bureau de Scotty, quasiment sûr de l'y trouver, même à cette heure tardive. Et, en effet, la lumière illuminait le couloir passé en éclairage nocturne, par l'embrasure de la porte ouverte. Alors que je m'approchais, des voix que je reconnus sans peine, me parvinrent. L'Écossais et sa compagne étaient manifestement en pleine conversation.
« […] J'ai peur, Monty. »
« Ne t'en fais pas. Je suis sûr que Jim trouvera une solution. » Lui assura Scotty, avec une confiance qui me toucha.
« Je sais que c'est un homme bien. Mais, il ne peut pas outrepasser son grade. Les documents sont authentiques, je te l'ai déjà dit. J'étais là, le jour où il les a signés. » Le contredit-elle, défaitiste.
Elle était malheureusement dans le vrai. J'aurais beau taper du pied, devant Vaughn, quand le moment de son départ serait venu, je n'étais qu'un simple Capitaine. Au-delà de la coque de mon vaisseau, mon autorité s'amoindrissait considérablement. Je n'avais aucun droit de regard, sur les activités extérieures du professeur. Si je détenais des preuves concrètes, je le dénoncerais, sans hésiter, bien évidemment. Mais, ce n'était pas le cas. Quand bien même, je serais écouté, dans une certaine mesure, par mes supérieurs, les galons ne faisaient pas tout et si, comme l'avais prédit Spock, il avait savamment couvert ses arrières, je n'y gagnerais qu'à passer pour un affabulateur paranoïaque. Cependant, préparer une offensive, prendrait bien plus de temps que nous n'en avions, avant la fin de cette mission. Ce qui voulait dire qu'il faudrait probablement qu'elle reparte avec lui, le temps que nous trouvions une solution, avec toutes les conséquences que cela engendrerait, et je n'avais tout simplement pas la force de l'annoncer à mon ami. Néanmoins, j'étais encore bien trop énervé, pour aller me réfugier dans les bras de Spock. Pas contre lui, en réalité, mais bien contre moi-même et mon impuissance à agir, contre ce foutu protocole, et même contre la présomption d'innocence, quand elle rendait service à ce genre d'individu. Dépité, je préférais quitter les lieux, avant de croiser le regard plein d'espoir de Scotty et de le voir s'assombrir, quand il comprendrait que j'avais échoué.
…
USS Enterprise, point de vue du Docteur Leonard McCoy.
Je terminais de soigner la main d'un ingénieur maladroit, quand Jim débarqua tel un vent de mauvais augure, dans mon infirmerie. Premier point, il était seul, deuxième point, il avait une tête à faire peur et troisième point, il me lança ce regard de chiot suppliant dont il avait le secret. En somme, toutes les conditions réunies, pour multiplier le nombre de cheveux gris sur mon crâne.
« Vous pouvez y aller, Enseigne. » Dis-je simplement, à mon patient, en fixant mon meilleur ami qui s'avançait vers moi, comme un condamné à mort.
« Merci, Docteur. » Marmonna, vaguement, le jeune redshirt, avant de s'éclipser rapidement, sans demander son reste.
« Dans la salle de consultation. » Lançais-je, à Jim, avant de pousser la porte du petit cabinet que j'utilisais en de rares occasions et le laisser passer.
Sans protester, il entra et s'assit dans l'un des fauteuils, en soupirant de lassitude, alors que j'ouvrais un tiroir de mon bureau, pour y prendre une bouteille et deux verres, avant de le rejoindre.
« Je t'écoute. » Débutais-je, une fois que nous fûmes installés et servis.
Il souffla un coup et but une gorgée de liquide ambré, avant de démarrer son récit. Sa dispute avec Spock, me chagrina quelque peu, quand je vis à quel point cela le tourmentait. Le fait, qu'en plus, le gobelin avait très certainement raison, même si les motivations de Jim étaient louables, comme toujours, accentua son air accablé. Et, quand il me raconta, dans les grandes largeurs, ce qu'avait osé faire la blondasse, plus tôt dans la soirée, cela acheva de me consterner. Le voir si abattu, m'enleva toute envie de l'asticoter.
« C'est sûr que cette histoire est mal partie, mais en ce qui concerne tes fameux engagements envers Andrea, je ne suis pas d'accord avec toi. Je ne vois pas en quoi tu devrais te sentir coupable, alors qu'elle t'a caché des informations cruciales. Cependant, si tu y tiens tellement, et parce que j'apprécie également beaucoup Scott, nous allons essayer de trouver une solution. »
« Que proposes-tu ? » Me demanda-t-il, septique.
« Je ne suis pas expert en stratégie. Spock te sera sûrement plus utile, quand tu daigneras retourner le voir… »
« Bones… » Soupira-t-il.
« Oui, je sais, parfois c'est un parfait connard, avec sa logique à la mords-moi l'nœud. » Lui accordais-je.
« Ce n'est absolument pas ce que j'allais dire, bon sang ! Et arrête de l'insulter. » Le défendit-il, avec virulence.
« Ah pardon. Je croyais que c'était ce que faisaient les filles, entre elles, quand leurs mecs les gavaient. » Ironisais-je.
« Va chier, Bones ! » S'exclama-t-il, sans pouvoir retenir le sourire qui se dessina sur ses lèvres, avant d'éclater de rire, en croisant mon regard.
Je partageais son hilarité, heureux d'être arrivé à le dérider, avant de reprendre mon sérieux.
« Pour en revenir à Vaughn, nous devons trouver un moyen de transformer ce qui nous dessert, en avantage, et surtout, ne pas se le mettre à dos. » Suggérais-je, en sirotant ma boisson.
« Comment ? »
« Et bien… Mon idée ne va sûrement pas te plaire, mais je pense que la meilleure solution, pour le confondre, est d'aller dans son sens. » Dis-je, prudemment.
« Tu n'insinues tout de même pas… »
« … que tu fasses semblant d'être d'accord avec lui et que tu lui accordes ce qu'il demande ? Oui. » Confirmais-je, calmement.
« Aurais-tu perdu l'esprit ?! » S'écria-t-il, toute sa bonne humeur, de nouveau envolée. « N'as-tu rien écouté ? Tu sais ce qu'il compte lui faire ! »
« C'est bien le but, Jim. Nous ne laisserons pas les choses aller trop loin, bien évidemment, mais si tu veux réunir des preuves contre lui, il faut bien l'obliger à sortir de son trou. » Insistais-je.
« Et donc, nous allons lui livrer Andrea en parure, pour qu'elle nous serve d'appât ? En effet, c'est très éthique comme méthode. Tout à fait mon genre. » Railla-t-il, en vidant son verre cul-sec, avant de le reposer, un peu brutalement, sur le bureau.
« La Stratégie d'Alynski, Jim. »
« Plaît-il ? »
« Le pouvoir n'est pas ce que tu possèdes, mais ce que ton adversaire s'imagine que tu possèdes. Combats l'ennemi avec ses propres armes. Utilises, pour l'attaquer, les éléments de son propre code de référence. Ne jamais bluffer si tu n'as pas les moyens de passer aux actes. Sinon, tu perds toute crédibilité. Les handicaps apparents peuvent devenir les meilleurs atouts. Il faut revendiquer chacune de ses spécificités comme une force et non comme une faiblesse. Où étais-tu, pendant les cours, à l'Académie ? » Énonçais-je, quelque peu exaspéré.
« Je connais ces règles. Merci bien, Bones. » Répliqua-t-il.
« Alors, applique-les. »
« Tu proposes donc, que je prétende être le même type d'individu que lui. Que je m'en fasse un allié et le pousse à se confier, pour me retourner contre lui, ensuite. » Résuma-t-il.
« Exactement. Et pour ça, tu n'as pas vraiment d'autres choix que de lui donner gain de cause. D'ailleurs, quelque chose me dit qu'Andrea sera d'accord pour jouer le jeu. »
Il prit le temps de peser le pour et le contre, perdu dans ses pensées. En réalité, cela me plaisait encore moins qu'à lui. Savoir qu'il allait de nouveau se mettre en danger, s'exposer en première ligne, ne m'enchantait absolument pas. Mais, Jim adorait Scott, depuis qu'il l'avait trouvé sur Delta Vega, et leur amitié risquait de tout simplement imploser, s'il laissait faire une telle chose. Sans compter, qu'il ne pourrait certainement plus se regarder dans un miroir, après ça. Je me résignais donc, à l'encourager.
…
USS Enterprise, point de vue du Commander Spock.
J'étais toujours plongé dans la séance de méditation que j'avais entreprise, après le brusque départ de Jim, quand il revint finalement, beaucoup plus calme. J'ouvrais lentement les yeux, pour les poser sur son visage. Je m'attendais à y trouver de la tristesse, de l'abattement, mais à la place, j'y lus une détermination sans faille. Je me relevais souplement, pour l'accueillir, sans trop savoir s'il était de nouveau disposé à mon égard. Ses barrières mentales étaient en place, et même s'il me serait aisé de les franchir, je me refusais toujours à le faire. Il inspira fortement, fit un pas hésitant vers moi, avant de se précipiter dans mes bras, quand il vit que je n'étais nullement en colère contre lui. Je le serrais contre moi, en soupirant de bien-être, quand son esprit s'ouvrit enfin au mien.
« Excuse-moi de m'être emporté. » Pensa-t-il, en déposant un baiser dans mon cou.
« Il n'y a rien à pardonner, T'hy'la. Comment a réagi Monsieur Scott ? » Lui demandais-je, pour mettre un point final à cette stupide querelle.
« Je n'ai pas trouvé le courage d'aller lui parler. » Admit-il, honteux, après un instant d'hésitation. « À la place, j'ai discuté avec Bones. »
« Le docteur a-t-il été de bon conseil ? » Le questionnais-je, en caressant ses cheveux.
Il partagea avec moi, les souvenirs de sa conversation avec Leonard. Le rire de Jim, quand son ami plaisanta, résonna dans ma tête, me faisant frissonner de plaisir. Je pris ensuite connaissance de leur plan, que je trouvais risqué, mais parfaitement sensé. Je lui fis part de mon avis, et cela sembla le soulager, que je sois d'accord avec lui.
« On se dispute rarement, mais j'ai horreur de ça. J'ai toujours l'impression de me déchirer en deux, d'éclater en morceaux. » M'avoua-t-il, en resserrant son étreinte autour de moi.
« Je suis désolé. Je voulais te protéger… »
« Je sais, Ashayam. » Murmura-t-il à mon oreille, en se collant un peu plus à moi. « J'ai besoin de sentir que je suis toujours quelqu'un de bien. Que je prends la bonne décision. Que je ne suis pas un monstre, parce que je sais qu'elle a confiance en moi et qu'elle fera ce que je lui demande. »
« Je ne pourrais pas t'aimer, si c'était le cas. » Le rassurais-je, en embrassant son front, ses pommettes, son nez, pour finir sur ses lèvres douces.
Il me rendit mon baiser, jouant de sa langue mutine, mordillant la chair pulpeuse, son souffle chaud se mêlant au mien.
« Fais-moi l'amour. » Me pria-t-il, sa voix incendiaire, distillant son feu nourri dans ma tête, mon corps, mon âme.
Dans un geste fluide, je le soulevais, pour le porter sur notre lit. Il s'y étendit, avec nonchalance, en retirant son t-shirt, dans une invitation silencieuse, à laquelle je répondis volontiers. Je m'allongeais contre lui, d'une manière presque féline, en ronronnant de plaisir au contact de sa peau tiède. Sa main serpenta dans mes cheveux, ses ongles effleurant agréablement mon crâne. Du bout de mes doigts, je parcourus à nouveau les monts et les vallées, de ses courbes que je connaissais par cœur, sans pour autant arriver à m'en lasser, lui donnant la douceur que son esprit me réclamait. Sa bouche retrouva sa jumelle, dans un baiser langoureux, exigeant, qui embrasa mes sens. Nos vêtements glissèrent, dévoilant l'épiderme sensible, les muscles tendus d'impatience, nos érections qui se trouvèrent immédiatement, mes vrilles s'enroulant autour des colonnes de chair aux couleurs contrastées. Il m'accueillit entre ses cuisses ouvertes, mon bassin s'emboîtant parfaitement avec le sien, mes pectoraux frôlant son torse imberbe, mes lèvres le dévorant, picorant son cou, sa gorge, une clavicule, happant un téton dressé, taquinant ses flancs chatouilleux, jusqu'à se poser sur l'extrémité de son membre turgescent, avant de l'engloutir avec délectation. Les gémissements que je reçus, en retour, alors qu'il se cambrait délicieusement sur le matelas, aiguisèrent mon appétit et me firent redoubler d'efforts pour lui faire perdre l'esprit, jusqu'à sentir le goût si particulier de sa semence sur ma langue, quand une de ses mains se crispa sur ma nuque. Il retomba sur les draps, essoufflé, ses joues rougies, en sueur. Il posa un regard paresseux sur moi, un petit sourire satisfait sur le visage, puis agrippa mes poignets, pour me tirer à lui. Je me glissais entre ses jambes, en attrapant l'arrière d'un genou, pour le remonter contre mes côtes, avant de le pénétrer d'un coup de reins profond, me perdant dans la chaleur de sa chair. Il feula, en s'arquant contre moi, la tête rejetée en arrière. Je ne le trouvais jamais aussi beau que dans ces moments-là, quand il était consumé par le plaisir, sous mes assauts vigoureux, en faisant preuve de cet abandon, sans peur, me laissant muet face à la force de l'amour qu'il me portait. Je m'enfonçais entre ses reins, encore et encore, plongé dans ses yeux d'un bleu lagon si intense, que j'eus l'impression de m'y noyer, l'espace d'un instant, quand l'orgasme me faucha en vol, alors qu'il succombait pour la deuxième fois, sous la caresse de mes doigts.
Je me laissais retomber, à ses côtés, serein et apaisé. Nos mains se cherchèrent, se trouvèrent, se cajolèrent. Mes paupières se faisaient lourdes. Je tendis un bras alourdi, pour éteindre la lumière, tandis que Jim se pelotonnait contre moi, tel un chat. Je murmurais un « je t'aime », à son oreille, alors qu'il s'endormait déjà. Les problèmes pouvaient bien attendre une nuit de plus.
