Conspiration

Note de l'auteur : Chapitre 7, où Jim entre en action et où Spock est effrayant. Bonne lecture!

USS Enterprise, point de vue du Capitaine James T. Kirk.

Le réveil fut doux, comme toujours, quand le matin se levait sur nos membres entrelacés, courbaturés par nos ébats. Ses lèvres taquinaient mon cou, ses doigts se promenaient sur mon corps encore engourdi de sommeil, alors que mon esprit s'animait à la clarté du jour. Nous étions dans la chambre de Spock, à Shi'Kahr et le soleil avait déjà entamé sa course folle dans un ciel sans nuage, noyant la pièce de ses rayons implacables, à travers les interstices du volet entrouvert. Le drap, que j'avais rejeté en bas du lit durant la nuit, s'était enroulé autour de mes chevilles, collait à ma peau moite. Dehors, le murmure du vent chaud sifflait dans les branches des arbres. Je serais resté étendu là une éternité, si la voix douce de Spock n'essayait pas d'interrompre le fil de mes pensées.

« T'hy'la. »

« Encore une minute. » Marmonnais-je, en lui tournant le dos.

« Jim. Réveille-toi. »

J'ouvrais les yeux subitement et reconnus le décor de nos quartiers, sur l'Enterprise et toutes mes préoccupations me revinrent en mémoire. Un soupir de lassitude m'échappa, alors que je reprenais contact avec la réalité.

« Je faisais un rêve agréable. »

« Je sais, j'y étais. » Répondit-il, en se collant à moi. « Mais, nous devons être sur la passerelle, dans une heure et j'ai pensé que tu apprécierais de prendre un bon petit-déjeuner. »

« Un café ne serait pas de refus, en effet. » Admis-je, en m'étirant contre lui.

Il en profita allègrement, pour parcourir mon torse, mon ventre, de ses mains brûlantes. Je caressais sa tignasse noire, quelque peu désordonnée, et déposais un léger baiser sur ses lèvres, avant de me dégager, pour m'asseoir sur le bord du matelas. Ce qui était bien, depuis mon acclimatation à la température ambiante, c'est que je n'avais jamais froid, en sortant du lit. Mes pieds se posèrent sur le sol tiède et je baillais à m'en décrocher la mâchoire, avant de me lever pour aller prendre une douche, en faisant fi de ma nudité. Un frisson me parcourut l'échine, quand je sentis le regard appuyé de Spock, sur mon dos, avant qu'il ne m'emboîte le pas, vers la salle de bain. Mes sens s'éveillèrent sous la lumière crue des néons et le jet d'eau qui fouettait mon visage. Le souvenir des effluves du désert, fit place aux senteurs entêtantes du gel douche, quand mon compagnon s'appliqua à laver mon corps des dernières traces de notre nuit, avant que je n'en fasse de même pour lui.

Une fois douchés et habillés, nous nous dirigeâmes vers le mess, où nous retrouvâmes Bones et Nyota, en pleine conversation. Si, au-dessus de la table, ils ne faisaient que discuter autour d'un repas, dessous, en revanche, c'était une autre histoire. D'où j'étais, je pouvais voir qu'elle avait étendu ses longues jambes, jusqu'à poser ses pieds sur les genoux de Leonard, dont une des mains s'égarait sur son mollet. Les occasions de les observer restaient rares, mais mon ami avait toujours cette expression que je ne voyais jamais avant, sur le visage, alors qu'elle riait en lui racontant Dieu sait quoi. Son menton appuyé sur sa paume, l'air rêveur, il ne nous vit pas arriver tout de suite. Mais, dès qu'il croisa mon regard, alors que nous nous installions à leurs côtés, il reprit son sérieux, tandis que la linguiste adoptait précipitamment, une posture bien plus professionnelle. Il avait dû lui faire part des derniers événements, car elle ne sembla pas surprise, quand j'entrais directement dans le vif du sujet.

« Il faut avant tout que je parle à Andrea. Sans elle, notre plan tombe à l'eau. » Affirmais-je, le plus discrètement possible, en regardant de tous les côtés, si Vaughn, ou même Collins, n'étaient pas dans les parages. « Tu crois vraiment qu'elle sera d'accord avec ça ? » Demandais-je, à Bones, en buvant enfin mon café.

« Elle a envie qu'il sorte de sa vie, au moins autant que toi, Jim. Ce que je crains, surtout, c'est la réaction de Monsieur Scott. » Me répondit-il, soucieux.

« Tu penses qu'il s'opposera à ton idée de mise en scène ? » Demanda Spock, en sirotant un thé.

« Imagine-toi, deux secondes, devoir laisser Jim seul avec l'autre taré de Vulcain. » Lui lança Leonard, par-dessus son assiette.

À l'évocation du souvenir de Sinak, je me tendais brusquement, tout appétit envolé. Mon compagnon reposa sa tasse un peu bruyamment, sur la table, sans rien ajouter.

« Nous sommes donc d'accord. » Conclut Bones, en reprenant son repas.

Et il avait certainement raison. Mais, parler avec mon ami et sa copine, serait mon rôle et je redoutais ce moment.

Notre quart touchait à sa fin et je ne pourrais bientôt plus repousser mon entrevue avec Scotty et Andrea. L'amiral, elle, n'avait pas montré le bout de son nez. Peut-être avait-elle trop honte et décidé de finir le voyage, enfermée dans sa cabine. Je trouvais ça un peu extrême, mais je pouvais comprendre qu'elle ne veuille pas se retrouver de nouveau face à Spock. Personnellement, cela m'arrangeait. J'avais la paix. Cependant, son air perdu et désolé, quand nous l'avions surprise, me revint en mémoire et j'eus quelque peu pitié d'elle. Surtout que nous ne savions toujours pas ce qu'elle s'évertuait à nous cacher et que nous ne risquions pas d'en savoir plus, si elle continuait à nous éviter. En attendant, je décidais de prendre un problème à la fois. Et Vaughn en posait un, bien plus important.

Avant tout, il me fallait un prétexte, pour descendre à l'ingénierie, dans le cas où le professeur nous surveillerait. Il en était tout à fait capable, de mon point de vue. Fort heureusement, les raisons d'aller voir un ingénieur en chef, quand on était Capitaine, ne manquaient pas. Je laissais donc la passerelle à Spock et me mis en route, d'un pas déterminé. Quand le turbolift s'ouvrit au pont P, je pris un air totalement neutre et me dirigeais vers la salle de contrôle. L'effervescence des lieux m'accueillit. Sur mon passage, de nombreux redshirts me saluèrent et j'en profitais pour demander à l'un d'eux, où se trouvait mon ami. C'est en équilibre sur l'échelle d'un tube de Jefferies, que je le retrouvais penché sur des câblages et en bonne compagnie, puisqu'Andrea l'assistait.

« Monsieur Scott, j'attends votre rapport. » Dis-je, d'un ton autoritaire, pour le faire descendre de son perchoir. Du coin de l'œil, j'aperçus Vaughn, qui prenait le même chemin que moi, comme s'il m'avait plus ou moins suivi. Il m'avait déjà repéré et je ne pourrais pas l'éviter. Il fallait que je trouve le moyen de le faire patienter encore un peu.

« Quel rap… » Commença l'Ecossais, visiblement surpris par la tournure de ma demande, avant de se reprendre, quand je lui fis un discret signe de tête en direction du professeur. « Ah oui, mon rapport. Bien entendu. » Dit-il, assez fort pour être entendu. « Allons dans mon bureau, si vous le voulez bien. » Proposa-t-il, avant de me contourner.

« Venez avec nous, Andrea. J'ai besoin de votre compte-rendu également, avant notre arrivée sur Andoria. » Ajoutais-je, pour qu'elle nous suive.

« Capitaine ? » M'interpela Vaughn, avant que nous puissions nous esquiver.

« Dans un moment, si ça ne vous ennuie pas, professeur. Je serais à vous, dès que j'aurais terminé. Joignez-vous à moi, pour le déjeuner. » Lui proposais-je, sans lui laisser le temps de protester.

« Bien entendu. » Répondit-il, en apparence conciliant. Mais, son regard exprimait tout le contraire. Il était visiblement agacé par la situation.

« Nous devons discuter. Et quoi de mieux qu'on bon repas pour l'occasion ? » M'enthousiasmais-je, faussement, pour lui montrer que je désirais passer du temps en sa compagnie.

Il sembla satisfait de ma réaction et confirma qu'il m'attendrait au réfectoire, avant de retourner d'où il venait.

Dès qu'il fut hors de vue, mon sourire s'effaça instantanément, alors que Scotty nous menait à son bureau, sans un mot. Une fois la porte refermée sur nous, je m'autorisais enfin à relâcher quelque peu la pression.

« C'était quoi, ce numéro avec Vaughn ? » Me questionna, immédiatement, Scotty, en s'asseyant, imité par Andrea.

Je soufflais un coup et me décidais enfin à lui faire part de mes conclusions, ainsi que de notre plan. Je pus voir leurs expressions passer progressivement, de la curiosité, à la déception, puis finalement à la détermination chez l'une et la colère chez l'autre.

« Jim. Je m'adresse à toi, en tant qu'ami. Mais, imagine deux secondes… »

« Bones s'est déjà occupé de nous faire faire cet exercice, Scotty. Je suis désolé, mais il n'y a juste aucune autre alternative. Si ça peut te rassurer, il n'arrivera pas sur Terre, libre. Je m'y engage personnellement. » Le coupais-je, peiné pour lui.

« Et je suis d'accord avec lui, Monty. J'en ai assez de passer mon temps à regarder par-dessus mon épaule. Je ne veux plus avoir peur. De plus, je suis certaine que je ne suis pas la seule et je dois faire quelque chose, pour les autres. » M'appuya Andrea.

« Tu comptes vraiment te soumettre à lui, de nouveau ?! » S'offusqua-t-il.

« Je ferais en sorte de trouver un subterfuge, pour l'empêcher de disposer d'elle, le temps du trajet. Le but n'étant évidemment pas de lui donner réellement ce qu'il veut, mais bien de lui faire croire qu'il l'aura, quand nous serons arrivés à destination. Entre-temps, il y aura les négociations sur Andoria, qui risquent de prendre un jour ou deux, et si, malgré tout, je ne parviens pas à lui soutirer des aveux, les pannes, ça arrive. N'est-ce pas, Scotty ? »

Il afficha un air conspirateur et j'eus enfin l'impression de retrouver mon ami.

« Bien sûr ! Les moteurs ne sont pas infaillibles. Il pourrait se passer n'importe quoi. » Confirma-t-il, un sourire canaille aux lèvres.

« Et les réparations prennent du temps, parfois. » Ajoutais-je.

« Évidemment ! Nous ne sommes pas des magiciens, après tout. » S'amusa-t-il, franchement.

« Vous êtes effrayant parfois, tous les deux. » Intervint Andrea, son regard passant de lui à moi.

En réponse, mon rictus s'élargit.

J'étais allé chercher Spock, sur la passerelle, à la fin de notre quart, pour qu'il m'accompagne au déjeuner. Je n'avais aucune envie d'affronter Vaughn seul et mon compagnon ne serait pas de trop, avec son stoïcisme vulcain. Je profitais du court trajet jusqu'au mess, pour partager avec lui les derniers événements.

« Je suis satisfait que Monsieur Scott ait accepté. » Me dit-il, alors que nous sortions du turbolift, au pont E.

« Il n'est pas ravi pour autant. Mais, il est déterminé à faire ce qu'il faut. » Affirmais-je, en entrant dans le réfectoire.

Comme convenu, le professeur nous attendait, attablé seul, dans un coin de la pièce un peu à l'écart. Quand il nous aperçut, d'un simple geste de la main, il nous invita à le rejoindre. Ce que nous fîmes, après avoir choisi nos plats dans le réplicateur.

« Pardonnez-moi d'être aussi cavalier, Capitaine. Mais, je me devais d'insister, puisque vous ne m'avez donné aucun retour. J'aimerais régler cette histoire rapidement, si ça ne vous ennuie pas. » Débuta-t-il, sans même me laisser le temps d'entamer mon entrée.

« Rassurez-vous, tout est en ordre. Ce n'était qu'une simple formalité administrative. Vous comprendrez que je ne pouvais pas me contenter de vous croire sur parole. » Répondis-je, sans m'énerver.

« Nous sommes donc d'accord. Cette androïde n'a rien à faire sur l'Enterprise. » Répliqua-t-il, en coupant un morceau de son steak saignant, avant de le porter à sa bouche en mâchant quelque peu bruyamment.

Je perçus le dégoût de Spock et me félicitais de m'être contenté d'œufs brouillés.

« Disons que l'occasion s'est présentée et que je n'ai pas vraiment posé de questions. Voyez-vous, la vie à bord d'un vaisseau stellaire présente certains inconvénients, surtout pour des missions aussi longues. Nous évoluons en vase clos et des tensions finissent par apparaître. J'y ai vu un moyen comme un autre d'entretenir le moral des troupes. Sans compter qu'elle a un talent certain pour l'ingénierie. » Affirmais-je, en endossant mon rôle.

Il me regarda, surpris, durant un instant, alors que je continuais à manger, comme si de rien n'était.

« Je n'avais pas réalisé… » Hésita-t-il.

« Quoi donc ? » Le questionnais-je, innocemment.

« Que vous étiez… ce genre d'homme. »

« Oh. Très peu pour moi, professeur. Je suis entièrement satisfait de ma relation avec Spock. Disons simplement que les personnels féminins ne sont pas là pour ça et que même si certains couples se forment, beaucoup se sentent parfois seuls. » Lui expliquais-je.

« Ceci explique la réticente de votre ingénieur en chef. Je comprends mieux. Vous savez, moyennant un bon prix, je pourrais régler ce problème pour vous, Capitaine. J'ai de très beaux modèles, pour tous les goûts. »

« Soyez sûr que l'offre est appréciée. »

« Même si vous n'en profiterez pas vous-même, j'ai bien saisi. Je suis d'ailleurs curieux. Que vous apporte ce Vulcain que n'a pas une femme ? » Demanda-t-il, en jetant un œil à Spock.

« Je ne vois pas vraiment en quoi cela vous concerne. » Répondit mon compagnon, d'une voix glaciale.

« Toutes mes excuses, je ne voulais pas vous froisser. J'oubliais la pudeur de votre peuple. » Se reprit-il, immédiatement.

« Il serait bienvenu que vous n'ayez plus de problèmes de mémoire, à l'avenir. » L'avertit Spock.

« Bien entendu. » Lui assura-t-il. « Pour en revenir au sujet, que faisons-nous ? »

« Et bien… je suis Capitaine, Professeur. J'ai une réputation à tenir et ne peux pas me permettre d'être associé de près ou de loin, à ce genre d'activité. Avec un Amiral de Starfleet à bord, vous comprendrez la nécessité de rester discret. Je me vois donc contraint de vous faire patienter jusqu'à notre retour sur Terre. En attendant, je m'engage à ce qu'elle cesse toutes activités qui ne soit pas en rapport avec l'ingénierie, si cela vous convient. » Annonçais-je, avec juste ce qu'il fallait de fermeté.

Il parut visiblement ennuyé et sembla, un instant, sur le point de présenter un argument contraire, mais accepta malgré tout la seule proposition que j'avais à lui faire. J'en fus grandement soulagé et écourtais notre entrevue, légèrement nauséeux. Je ne saurais dire si cela venait de mon plat ou de ce que j'avais dû dire, pour paraître crédible. Et c'était avec soulagement, que je sentis les doigts de Spock agripper les miens, alors que nous rejoignions nos quartiers pour l'après-midi.