Insomnie
Note de l'auteur : Tout d'abord, toutes mes excuses pour ce retard considérable. Mais, sans m'étendre sur ma vie, il y a eu les fêtes, tout ça, puis pas mal de changements. Je déménage à Paris et les préparatifs me bouffaient tout mon temps. Néanmoins, je suis finalement venue à bout de ce chapitre 8. J'espère qu'il vous plaira, puisque je m'exerce à quelque chose que je ne fais pas souvent : un POV Spock.
Bonne lecture et à très vite pour la suite, promis ;)
USS Enterprise, point de vue du Commander Spock.
L'état de Jim était insatisfaisant. C'était un constat simple, limpide et pourtant, cela m'affectait considérablement. Je n'en montrais rien, bien évidemment. Le soulagement qu'il ressentit apaisa quelque peu les tensions, quand Monsieur Sulu nous mit finalement en orbite autour d'Andoria, que l'Amiral qui ne nous avait plus adressé la parole depuis l'incident dans sa chambre, et Vaughn qui ne cessait de vouloir passer du temps avec mon T'hy'la, quittèrent provisoirement le vaisseau. Égoïstement, je décidais d'en profiter pour prendre soin de lui comme il se devait.
C'est visiblement épuisé, qu'il revint finalement de la salle de téléportation, après avoir escorté nos hôtes sur la planète. Il demanda bien à reprendre la passerelle mais, appuyé avec aplomb par Leonard qui se trouvait là, je la lui refusais et insistais pour qu'il aille dormir. Tant et si bien, qu'il finit par accepter et rejoignit nos quartiers. C'est d'ailleurs, emmitouflé dans notre literie, un air presque enfantin sur le visage, que je le retrouvais finalement, à la fin de mon quart. Je pris le temps de le contempler, avant de me dévêtir en silence et de me glisser subrepticement à ses côtés. Il remua à peine dans son sommeil et un sourire se dessina sur son visage. Curieux, je m'installais commodément et fermais les yeux, pour mêler mon esprit au sien. Il était plongé dans un de ses rêves absurdes, que seuls les humains faisaient, à ma connaissance. Le décor approximatif et imparfait de l'infirmerie se dessina autour de moi et j'aperçus Leonard, vêtu d'un accoutrement évoquant vaguement l'anatomie d'un Ailuropoda melanoleuca, communément appelé panda, parfaitement ridicule, et armé d'un hypospray, qui courrait après un Jim hilare. Quand il me vit, il se précipita sur moi et se réfugia derrière mon dos, pour échapper à son assaillant, en riant de plus belle. Le McCoy de son songe semblait exagérément furieux et vociférait une compilation de ses expressions colorées habituelles. Le rire de mon T'hy'la résonnait dans ma tête, me contaminant et sans vraiment m'en rendre compte, je m'esclaffais à mon tour, avant d'ouvrir les paupières pour tomber sur son regard océan brillant de sommeil. Une de mes mains vola jusqu'à sa joue, pour la caresser doucement, alors qu'il se réveillait.
« Quelle heure il est ? » Marmonna-t-il.
« 18,22 heures. Tu as dormi tout l'après-midi. » L'informais-je. Il s'étira tel un félin, en rejetant le drap, offrant son torse à ma vue. « Tu es nu, là-dessous ? » Demandais-je, convoiteux.
« On s'habitue vite au confort de dormir sans rien. Et surtout, j'avais dans l'idée que tu finirais par me rejoindre. » Avoua-t-il, mutin, en se découvrant jusqu'à l'aine.
Je levais un sourcil, flatté devant son manège pour m'aguicher ouvertement. Jim aurait certainement toujours en lui, ce côté indécent, sans-gêne, mais ce n'était pas pour me déplaire. Du bout des doigts, je frôlais la peau fine de ses côtes, celle, sensible, de son ventre, avant de m'arrêter à la limite de l'étoffe bordeaux qui échouait à cacher complètement son excitation grandissante. Il feula, en se cambrant, frustré de ne pas avoir droit à plus de contact.
« Spock… s'il te plaît… » Quémanda-t-il, d'un ton presque suppliant qui me fit frissonner d'envie.
« Oui ? » Questionnais-je, innocemment.
« Touche-moi… » Pensa-t-il, en se collant contre moi.
Dans ma grande mansuétude, je lui accordais ce qu'il voulait. Et il me rendit si bien, chaque caresse, chaque attention, que je me perdais dans nos baisers, sombrais dans ses chairs, dévorais ses lèvres avec délectation et le bouffais des yeux, alors qu'il était consumé par le plaisir. Je le trouvais rarement aussi sublime que dans ces moments-là, arqué contre moi, venant sous mes attouchements, ses doigts entrelacés aux miens, nos esprits profondément mêlés l'un à l'autre.
« Je t'aime… » Murmura-t-il dans ma tête, la chaleur de sa déclaration déferlant sur mon âme, dans mon corps, alors que je me répandais en lui, dans un dernier coup de reins.
Il me serra contre lui, alors que je m'étendais à ses côtés, serein et enfin détendu après ces jours éprouvants.
…
Nous somnolâmes encore quelques heures, avant que je n'ouvre les yeux, au milieu de la nuit, parfaitement réveillé sans pour autant savoir ce qui m'avait tiré brusquement du sommeil. Je me redressais dans le lit, en frottant mon visage, avant d'observer attentivement l'environnement familier de nos quartiers, plongé dans le noir. Ma vision nocturne, bien meilleure que celle des humains, me permit de m'assurer assez rapidement qu'il n'y avait rien d'anormal. Cela ne m'ôta cependant pas l'impression qu'un fait capital échappait à ma compréhension.
« Qu'est-ce qui se passe ? » Marmonna Jim, en venant se lover contre mon dos.
« Je ne sais pas. » Avouais-je, tout bas.
« Tu as dû faire un cauchemar. Rendors-toi, Ashayam. » Conclut-il, en se rallongeant.
« Les Vulcains rêvent rarement. » Lui rappelais-je, inutilement, puisqu'il était déjà retourné dans ses songes.
Je frôlais son torse découvert, avant de rabattre le drap, qu'il avait chassé, sur lui et de tenter de l'imiter. En vain. Et pour la première fois, aussi loin que me ramenait ma mémoire, je souffrais d'insomnie.
…
Quand le matin me cueillit, en pleine méditation faute de mieux, alors que Jim ronflait doucement à mes côtés, je fus soulagé d'avoir enfin une raison valable de me lever, avec l'intention de consulter Leonard. L'Amiral et le Professeur étaient, certes, source de stress, mais nous avions également vécu bien pire et le sommeil ne me fuyait pas habituellement.
Mon T'hy'la s'étira longuement, alors que je quittais notre couche, dans le plus simple appareil, avec cette absence de pudeur dont je ne faisais preuve que devant lui, pour aller prendre une douche. En un instant, il me rejoignit dans la cabine pleine de vapeur, l'air quelque peu hagard, une marque d'oreiller barrant sa joue.
« Tu es tombé du lit ou quoi ? » Bougonna-t-il, comme s'il n'avait pas assez dormi.
J'allais lui demander comment il en était venu à cette conclusion absurde, avant de comprendre qu'il s'agissait d'une des nombreuses expressions imagées que son espèce affectionnait.
« J'ai veillé depuis l'incident de cette nuit. » Répondis-je, en le guidant sous le jet, pour le savonner.
« Quel incident ? » Pensa-t-il, en se blottissant contre moi.
« Tu ne te rappelles pas. » Compris-je.
« Je devais dormir à moitié. » Se justifia-t-il, en penchant docilement sa tête en arrière, pour que je puisse shampouiner son cuir chevelu.
Il avait certainement raison, mais ce n'était pas cela qui me contrariait. Il semblait éreinté, alors qu'il s'était couché la veille, dans l'après-midi. Certes, nous avions partagé un agréable moment quand je l'avais rejoint, cependant, ça ne justifiait pas son état.
« Je compte passer voir Leonard, avant d'aller déjeuner. M'accompagneras-tu ? » Chuchotais-je, à son oreille.
« Tant que ce n'est pas moi le patient… » Répliqua-t-il, en se rinçant.
Mon intention étant de le soumettre au regard aiguisé de McCoy, sous couvert de m'examiner, je m'abstenais de répondre et sortais de la salle de bain, une serviette autour des hanches, avant de répliquer un uniforme propre et de m'en vêtir prestement.
…
Comme à chaque fois, l'odeur de désinfectant picota mon nez et la blancheur éclatante des murs agressa quelque peu mes rétines. D'un signe de tête, je saluais brièvement le Docteur M'Benga et nous nous dirigeâmes directement vers Leonard qui se leva en nous apercevant.
« Un problème ? » Demanda-t-il, immédiatement.
« Rien de grave. » Le rassurais-je. « Une simple insomnie. Mais puisque ce n'est pas courant pour mon peuple… »
« Installe-toi. » Me coupa-t-il, en s'équipant.
Je m'exécutais, tandis que mon T'hy'la, toujours mal à l'aise quand il s'agissait de médical, s'éloignait pour discuter avec l'infirmière Chapel. Son meilleur ami le suivit du regard, suspicieux, avant de se reporter sur moi. Il me fixa, patient, en promenant son tricordeur autour de ma tête.
« Quelque chose ne va pas chez Jim. » Déclarais-je, finalement.
« Symptômes ? »
« Il a dormi tout l'après-midi, hier, puis a enchaîné sur une nuit complète. Soit quinze heures et vingt minutes. Il semble pourtant épuisé. » Énonçais-je, concis.
« Vu le stress qu'il subit ces derniers jours, je ne suis pas vraiment surpris qu'il s'écroule, à présent que les perturbateurs ne sont plus à bord. » Me tranquillisa-t-il, immédiatement, en finalisant son examen de ma personne. « Et je ne détecte rien d'anormal chez toi. » Ajouta-t-il, en prenant connaissance des résultats. « L'insomnie peut-être synonyme de beaucoup de choses, Spock, et même si ce n'est pas commun pour les Vulcains, n'oublie pas que tu es à moitié humain. Il est possible que tu y sois sujet, tout simplement. Pas de quoi s'alarmer, selon moi. »
« C'était comme si… un danger imminent m'avait brutalement tiré du sommeil, sans que je puisse me rendormir ensuite. »
« On appelle ça un cauchemar. J'imagine que tu n'en as probablement pas l'habitude, mais c'est sans conséquence, je t'assure. » Contra-t-il.
« Jim a déjà avancé cette théorie. Sauf que ce n'était pas ça. » Affirmais-je, sûr de moi.
« Et qu'en sais-tu ? Après tout, tu le dis toi-même, tu ne rêves jamais. »
« J'ai déjà partagé ceux de Jim et cela n'avait rien de semblable. De plus, je ne me souviens de rien. » Insistais-je, quelque peu agacé qu'il ne veuille pas me prendre au sérieux.
« Il est tout à fait normal de ne pas systématiquement s'en rappeler. C'est même plutôt courant. »
« Et pour Jim ? » Demandais-je, capitulant face à son obstination.
« Dormir plus de dix heures, une nuit de temps en temps, quand on mène son train de vie, n'est pas ce que j'appelle un symptôme inquiétant, Spock. » Persista-t-il. « Écoute. » Enchaîna-t-il, en voyant que j'allais protester. « Les deux énergumènes ne reviennent que demain, au mieux. Si cela se reproduit ce soir, et là, je parle autant de lui que de toi, reviens me voir. D'accord ? »
« Cela me semble raisonnable. » Acceptais-je, avant de descendre du lit d'examen. « Merci. »
Il nous salua, ensuite, avant que nous quittions l'infirmerie.
…
Jim m'interrogea sur ma consultation, sans savoir que nous avions également conversé sur son cas, et il tomba d'accord avec son ami. Je fis en sorte de ne pas m'en agacer d'autant plus, alors que nous prenions place au mess, pour un bref petit-déjeuner. Peut-être avaient-ils raison, après tout. Le fait était que je ne savais simplement pas gérer la mauvaise intuition, qui me donnait l'impression d'être atteint de problèmes gastriques me coupant tout appétit. Il me regarda un instant, soucieux, avant de reprendre la parole.
« Spock, tu m'as toujours aveuglément suivi, quand j'avais ce genre de pressentiment. Je te dois au moins d'accorder du crédit au tien. Si tu penses que quelque chose cloche, alors je te crois. » Affirma-t-il, en posant sa main sur la mienne, par-dessus la table, dans un geste de réconfort qui me soulagea d'un poids. « Qu'est-ce qui te tracasse exactement ? »
« Je ne saurais pas l'expliquer rationnellement… » Hésitais-je, en cherchant mes mots.
« C'est juste là, sous tes yeux, mais tu n'arrives pas à le voir. » Proposa-t-il. Et j'acquiesçais vivement, satisfait d'être enfin compris. « Commence par le début. » Reprit-il. « A quel moment l'as-tu ressenti pour la première fois ? » Me demanda-t-il, en sirotant son café.
« Hier. » Déclarais-je, sûr de moi. « Quand tu es revenu de la surface… » Je laissais ma phrase en suspens et il me lança un regard interrogateur. « Non. » Corrigeais-je. « Avant. Tu étais encore sur Andoria. Je trouvais le temps anormalement long et me sentais étrangement las, presque exténué. Ce fut très soudain, presque imperceptible, si bien que je n'y prêtais pas attention. Puis, tu es arrivé et j'ai simplement fait passer ton confort en priorité, me préoccupant de ton état, au détriment du mien. »
« Et ensuite ? » M'encouragea-t-il, en caressant mes doigts, reconnaissant pour l'attention que je lui avais portée.
« Je me suis concentré sur la tâche complexe qui est de commander sur la passerelle en ton absence, jusqu'à ce qu'il soit l'heure de te retrouver. Tu connais la suite. »
« Tu t'es réveillé sans raison et passais le reste de la nuit parfaitement alerte. » Résuma-t-il et je hochais simplement la tête. « Je vais bien, Spock. Je t'assure. » Proclama-t-il, passé un instant de silence.
« Bien est un mot qui possède des définitions variables. Bien est inacceptable, Jim. »
Il soupira, l'amusement et l'exaspération s'affrontant dans l'azur de ses yeux si expressif.
« Tenons-nous en aux conseils de Bones, veux-tu. Laissons-nous jusqu'à demain matin, avant de nous alarmer. En attendant, nous resterons vigilants, attentifs à la moindre anomalie. Peut-être que d'ici là, tu y verras plus clair. » Décida-t-il.
Et cela me parut tout à fait logique, si bien que je m'en remettais à son jugement, avant de quitter le mess sans avoir touché à mon repas, pour débuter une journée que je souhaitais calme et sans heurt. Mais, le nœud dans mon estomac, s'il s'était desserré, ne semblait pas vouloir se relâcher complètement, accroissant ma concentration, élargissant mon champ de vision, exacerbant mes sens. Et c'est sur le qui-vive, que je pris mon poste sur la passerelle, déterminé à trouver une explication.
