XII

L'assaut des regards

Note de l'auteur : Les murs ont des oreilles, comme le dit l'adage. Certaines personnes vont l'apprendre à leurs dépens. L'intrigue se dévoile encore un peu, mais des zones d'ombres persistent.

Bonne lecture et merci pour vos reviews.

USS Enterprise, point de vue du Lieutenant Commander Montgomery Scott.

Me concentrer sur mon travail s'avéra bien plus compliqué que jamais auparavant. Ces dernières semaines avaient été épuisantes. Je passais du bonheur parfait, à l'abattement le plus profond, au fil des jours. Ma rencontre fortuite avec Andrea, l'euphorie de réussir à la faire engager à bord, la colère de comprendre les choses qu'elle avait subies, la peur de la perdre à présent, la volupté de nos étreintes, ma haine pour Vaughn. Ce maelström d'émotions m'emportait inexorablement dans le désarroi le plus total. Et, c'est dans ces conditions que Jim attendait de moi un comportement désinvolte, détaché, indifférent. Mais, je me sentais amorphe, vide et fixais les écrans sans vraiment les voir. Andrea avait décalé ses horaires, pour éviter au maximum de me croiser et, même si je savais que c'était pour le mieux, cela venait noircir un peu plus le tableau. Mon esprit me jouait des tours. Je croyais apercevoir sa longue chevelure blonde dans chaque recoin de l'ingénierie et éprouvais le besoin irrépressible de la voir, de la toucher, de lui parler. Le souvenir de notre dernière nuit, encore vivace dans ma mémoire, contrastait avec nos au revoir expédiés à la va-vite par notre retard de ce matin. Le regret d'avoir dû la quitter ainsi me taraudait, à présent, et le fait de savoir qu'à ce moment-là, nous pensions avoir le temps de nous reparler, n'allégeait absolument pas mon fardeau. Mais, il était trop tard pour me lamenter et je préférai me recentrer sur la surveillance des moteurs.

« Monsieur Scott ? »

« Que se passe-t-il, Harper ? » Demandai-je, au jeune Enseigne qui venait de m'interpeller.

« Rien, monsieur. Je tenais juste à vous témoigner mon soutien. Le reste de l'équipe et moi-même ne savons peut-être pas exactement ce qui se passe, mais nous ne sommes pas aveugles. Considérez simplement que nous serons de votre côté, quoiqu'il arrive. »

Je restai bouche-baie, quelques instants, surpris par cette soudaine démonstration de loyauté.

« J'apprécie l'attention. Vraiment. Mais, vous ne devez pas intervenir. Retournez travailler et, s'il vous plaît, évitez de parler de tout ceci entre vous. Les murs ont des oreilles, Harper. »

Il parut quelque peu déçu, mais sembla comprendre et accepter la situation, avant de me saluer et de s'en retourner à ses occupations.

Cette journée interminable touchait à sa fin. Le ronronnement des réacteurs faisait vibrer l'air, signe indéniable que nous avancions vers notre objectif. Tout allait parfaitement bien et les ordinateurs ne détectaient aucune défaillance. Je décidai donc de me réfugier dans mon bureau, dans l'espoir de trouver une occupation dans la montagne de paperasse qui attendait toujours toute ma concentration.

La lumière s'alluma et la porte se referma dernière moi. J'évitai sciemment de laisser mon regard s'attarder sur mon canapé et contournai la table qui croulait sous un bazar incommensurable, pour m'avachir dans mon fauteuil, en soupirant lourdement. Une lassitude accablante s'abattit sur moi et je laissai tomber ma tête entre mes bras croisés sur la surface en verre, dans l'intention de m'accorder deux minutes de répit. C'est donc sans m'en rendre compte, que je sombrai dans un profond sommeil.

Une douce caresse dans mes cheveux m'arracha doucement à ma sieste improvisée. Je remuai légèrement, avant d'ouvrir les paupières et de tomber sur les yeux bleu électrique d'Andrea.

« Tu ne devrais pas être là. » Marmonnai-je, sans grande conviction, en me redressant.

« Je sais. Je passais devant ton bureau et je n'ai pas pu résister à l'envie de venir te voir. »

Elle appuya ses paroles d'un baiser délicat, puis s'assit sur un coin de la table miraculeusement épargné par le désordre.

« Même si te voir me fait énormément plaisir, ce n'est pas prudent. Tu ne dois pas traîner dans le coin. »

« Dans ce cas, cesse de faire ton rabat-joie et viens m'embrasser. » M'invita-t-elle.

Un sourire malicieux fit briller un peu plus son regard azuré et, succombant à ses lèvres tentatrices, je me levai pour me glisser entre ses jambes délicates. Elle encercla ma taille de ses mollets fins, mes mains se glissèrent dans ses cheveux dorés et durant un instant d'éternité, nous nous perdîmes dans une étreinte chaleureuse et apaisante.

USS Enterprise, point de vue d'Andrea.

Après quelques mots tendres murmurés et un dernier baiser, c'est avec tristesse que je me résignai à quitter Monty. Je remis en toute hâte de l'ordre dans ma tenue et ma coiffure, avant d'ouvrir la porte et de m'élancer dans le couloir. Un mouvement, à la limite de mon champ de vision, attira mon attention et j'eus à peine le temps d'apercevoir furtivement une ombre disparaître à l'angle du corridor. Intriguée, j'avançai silencieusement et tournai à l'intersection, en m'imaginant tomber sur ce mystérieux individu.

« Andrea ? »

Mais, à la place, je manquai de bousculer Teresa, ma camarade de chambre, qui venait dans la direction opposée.

« Tu n'as croisé personne ? » La questionnai-je, prestement.

« Non. Pourquoi ? Tu cherches quelqu'un ? »

Elle trouvait visiblement mon comportement étrange, je préférai donc la rassurer immédiatement et me proposai de l'accompagner, en enchaînant sur une discussion plus légère. Rapidement, tout ceci me sortit de l'esprit. J'avais certainement rêvé, de toute façon.

USS Enterprise, point de vue du Docteur Leonard McCoy.

« Mentir à Jim me déplaît au plus haut point. »

« Spock, une bonne fois pour toute, les gens qui disent toujours la vérité, ça n'existe pas. » Argumentai-je, malgré tout embêté pour lui.

Nous étions assis à mon bureau, une bouteille qu'il refusait de partager avec moi, posée entre nous, accompagnée d'un unique verre. Dès que Collins avait bien voulu me laisser enfin tranquille, Spock avait faussé compagnie à Jim, en prétextant vouloir profiter qu'il occupe Vaughn, pour venir faire le point avec moi. Sauf que la question à l'ordre du jour était : « Bon Dieu, mais que foutait Jim ? »

« Cette affirmation est illogique. » Reprit Spock. « Nous sommes encore loin de connaître toutes les espèces qui peuplent l'univers. »

« Tu sais très bien ce que je veux dire. » Répondis-je, en levant les yeux au ciel.

Oui, que foutait Jim, exactement ? On avait pu l'obliger à faire tout un tas de choses, sous l'influence de cette drogue. Comme, signer un document, dévoiler un secret quelconque, ou simplement effacer un évènement de sa mémoire. Nous avions très vite laissé tomber l'idée, complètement absurde, qu'il ne s'en soit pas rendu compte. Restait à comprendre pourquoi il n'en parlait pas. Sous la menace ? Par fierté ? Parce qu'il voulait régler ce problème seul ? Aucune de ces options n'était réjouissante.

« Nous ne pouvons pas simplement lui dire. » Continuai-je. « Cela pourrait provoquer je-ne-sais quelle catastrophe. Bonnes ou mauvaises, il a certainement ses raisons. Il vaut mieux qu'il ignore que nous sommes au courant. De toute manière, je lui ai déjà dit que je n'avais rien trouvé d'anormal dans son sang. J'ai très bien compris à quel point la situation te met mal à l'aise. Mais, c'est un mal pour un bien, Spock. » Il ne dit rien, mais n'en pensait pas moins, j'en étais sûr. « Cependant, il est hors de question que nous restions passifs. »

« Que proposes-tu ? »

Je pris le temps de la réflexion, en portant mon verre à mes lèvres, avant de savourer une gorgée d'alcool. Le liquide ambré brûla légèrement mon œsophage, réchauffa mon corps, se distilla dans mes veines tel un poison et m'étourdit légèrement.

« Nous devons nous répartir les tâches. Je vais bien évidemment m'occuper de l'aspect médical. Si Jim montre de nouveau le moindre symptôme, j'interviendrais immédiatement. Et, puisque qu'apparemment il a décidé que l'Amiral était ma responsabilité, je m'attellerai également à scruter son comportement. »

« J'assurerai donc la surveillance des agissements de Vaughn et de Jim. » Compléta-t-il.

« Exactement. Trouver le coupable est notre priorité absolue. »

« Sans cette information, toute tentative se soldera par un échec. »

« Nous sommes d'accord. Et c'est suffisamment rare pour le signaler. » Raillai-je, avant d'avaler le reste de ma boisson cul-sec et de reposer un peu violemment le verre sur la table.

« Quelque chose te contrarie ? En dehors de ce dont nous parlions, bien entendu. » Me demanda-t-il, perplexe.

« J'ai promis à Nyota de rentrer tôt dans nos quartiers. Et vu l'heure, c'est déjà foutu. »

Son regard s'égara sur l'horloge et il eut l'air désolé, l'espace d'une seconde, avant d'afficher de nouveau son visage impassible habituel.

« Pourquoi t'engager à faire une chose que tu savais si peu probable ? » S'interrogea-t-il.

Cela m'énerva d'autant plus.

« Parce que je n'imaginais pas que Jim me mettrait Collins dans les pattes, sans me demander mon avis ! Parce que je n'envisageais même pas une seconde qu'on ait pu le droguer et encore moins qu'il nous le cacherait ! Parce que plus ça va, et plus j'ai l'impression que rien ne peut jamais se dérouler normalement sur ce foutu vaisseau ! » M'emportai-je, en me levant.

Le satané gobelin eut la sagesse de se contenter d'écouter, en fermant bien sa gueule, pour une fois. Je ne saurais dire si c'est cette passivité qui me calma, ou de remarquer enfin la présence de Nyota, dans l'embrasure de la porte. L'inquiétude et la compassion, sincères, qui étaient visibles dans ses yeux, achevèrent de m'apaiser. Sans un mot, elle s'avança vers nous, caressa brièvement l'épaule du Vulcain pour le saluer et me serra finalement dans ses bras accueillants. Je nichai mon visage dans son cou, m'enivrai du parfum de sa peau brune.

« Excuse-moi. Je n'ai pas pu me libérer. » Murmurai-je, à son oreille.

« Ce n'est rien. » M'assura-t-elle, en me relâchant. « Expliquez-moi plutôt cette histoire de drogue. J'ai l'impression que la situation est plus grave qu'elle en a l'air. »

Je l'invitai à s'asseoir avec nous. Il se faisait tard, l'infirmerie s'était lentement vidée et nous étions relativement tranquilles. Nous prîmes le temps, Spock et moi, de la mettre au courant des derniers évènements et elle nous écouta attentivement.

« Il ne vous est pas venu à l'esprit qu'il ne disait rien pour les mêmes raisons que vous ? » Nous questionna-t-elle.

« C'est-à-dire ? » Lui demandai-je.

« Peut-être n'est-il lui-même pas certain de l'identité du coupable et qu'il craint que vous ayez une très mauvaise réaction. » Supposa-t-elle. « Surtout toi. » Ajouta-t-elle, en s'adressant à Spock. « Peut-être attend-il d'avoir suffisamment d'éléments. »

Nous ne trouvâmes rien à redire à sa théorie. Elle tenait parfaitement la route. C'était du Jim tout craché. Monsieur je-préfère-me-débrouiller-seul. Il mériterait des claques.

Un bruit métallique nous fit soudainement sursauter. Un plateau d'instruments venait de tomber par terre. Avec sa rapidité coutumière, Spock bondit vers l'origine du vacarme, dans la pièce à côté.

« Lâchez-moi ! Je n'ai rien fait ! » Hurla une voix qui ne m'était pas inconnue.

Nyota et moi nous précipitâmes pour les rejoindre et tombâmes sur le Vulcain qui ceinturait fermement un redshirt, que j'identifiai immédiatement comme étant notre Chef des téléporteurs.

« Kyle ! » M'exclamai-je. « Que faites-vous ici ? »

« Il écoutait manifestement notre conversation, Docteur. » Affirma Spock qui, étrangement, semblait peiner à garder l'homme, pourtant svelte, sous contrôle.

Je l'interrogeai, mais il garda obstinément le silence. Seul son regard, animé d'un étrange éclat, paraissait me défier. Nyota allait finalement appeler la sécurité, quand il parvint, d'une manière inexplicable, à repousser violemment le Vulcain contre un mur, avant de se précipiter sur moi, car je me tenais entre lui et la sortie. Il était hors de question qu'il s'en tire aussi facilement, et alors qu'il s'apprêtait à me bousculer, je pris mon élan pour lui balancer une bonne droite. Mon poing vint s'écraser contre sa joue. J'eus l'impression de frapper dans un mur et sentis nettement deux de mes phalanges se briser net. Un cri de douleur m'échappa et ma femme accourut pour m'aider, alors que Spock se relevait. J'avais fait mouche et Kyle mordait la poussière sur le sol de l'infirmerie. En revanche, ce que je vis, quand il releva la tête vers nous, me laissa sans voix. Sa pommette s'était fendue sous le coup porté. La peau fine s'ouvrait sur un assemblage de câbles fins et de circuits électriques, d'où s'élevaient des crépitements et des éclairs bleutés serpentaient sur son visage à présent figé.

« Bon sang ! Qu'est-ce que c'est que ce bordel ?! »

« Il faisait partie des membres d'équipage que j'avais repérés au mess. » Nous apprit le Vulcain, en l'immobilisant plus efficacement. « Si nous le laissons sortir d'ici, il ira prévenir les autres que nous l'avons démasqué. » Déduit-il, pragmatique.

« Et que suggères-tu ? Qu'on l'enferme dans un placard et qu'on aille se coucher comme si tout allait bien ? » Raillai-je, en ouvrant un tiroir pour m'équiper et soigner sommairement ma main amochée, sur laquelle des ecchymoses se formaient déjà.

« Calme-toi et laisse-moi faire. » Me demanda Nyota, en s'emparant de mon matériel. « Spock a raison, Len. Nous devons le garder ici. »

J'allais protester, alors qu'elle bandait doucement mes doigts, quand l'androïde tomba subitement inerte dans les bras du Vulcain.

« Que lui as-tu fait ? » Le questionnai-je, à la place.

« Je n'y suis pour rien. Il s'est apparemment désactivé volontairement. Un moyen des plus efficaces pour s'assurer qu'on ne lui soutire pas la moindre information. » Répondit-il, en l'allongeant par terre.

« Cachons-le dans la salle d'examen. Nous essaierons ensuite de trouver les autres… »

« Qu'est-ce qui se passe ici ? » M'interrompit un nouveau visiteur, juste derrière moi.

Je me retournai brusquement. Dans l'entrée, Jim observait la scène.