Poker play

Note de l'auteur : Chapitre 13, enfin, après moult OS. Bonne lecture et pardon pour le retard.

USS Enterprise, point de vue du Docteur Leonard McCoy.

« Qu'est-ce qui se passe ici ? »

Spock réagit le premier. Il enjamba l'androïde pour s'approcher de Jim et, enfin, lui expliquer la situation, sans omettre le dernier coup de théâtre complètement inattendu, comme s'il se déchargeait d'un poids incommensurable. Je n'aurais jamais dû lui demander de mentir, en premier lieu.

« Alors comme ça, vous complotez derrière mon dos, maintenant ? » Dit-il, agacé, mais impassible.

« Dixit le capitaine qui n'informe même pas ses officiers supérieurs, dont l'un est son mari, qu'on a tenté de l'assassiner. » Raillai-je, en le trouvant tout de même gonflé.

« J'avais mes raisons. »

« Nous aussi. » Ripostai-je.

Nous nous affrontâmes du regard, durant de longues secondes. C'était bien la première fois que nous étions réellement en conflit. Et contre toute attente, nous restâmes extrêmement calmes.

« Jim, nous sommes face à un problème bien plus urgent. » Intervint Spock, alors que Nyota préférait rester en retrait pour le moment.

« Plus important que d'apprendre que mon mari et mon meilleur ami, accessoirement mon premier officier et mon médecin en chef, se voient en cachette pour parler de moi et de mes décisions, qu'ils n'approuvent pas, sans même savoir le pourquoi du comment ? »

Son ton était froid et, s'il n'éleva pas la voix, sa colère vibra néanmoins dans l'air comme s'il avait hurlé. Le Vulcain ne trouva rien à répondre et je n'osai imaginer la manière dont il se sentait. Et c'était ma faute, bien évidemment, s'il se retrouvait en mauvaise posture.

« C'était mon idée. De ne rien te dire. Ne lui mets pas ça sur le dos, Jim. Il n'a fait que suivre mes instructions et pas de gaieté de cœur, crois-moi. » Le défendis-je, m'étonnant moi-même.

« Je n'ai aucun mal à te croire, Bones. Nous sommes liés par l'esprit, je te le rappelle et actuellement, il transpire la culpabilité. » Me répondit-il, en me regardant, toujours posé et stoïque.

Comme Spock, qui n'avait pas bougé d'un iota.

« Quand vous aurez fini votre affrontement de mâles Alpha, nous pourrons peut-être nous occuper du robot Kyle, ici présent, avant qu'il ne lui vienne l'envie de se réveiller. »

Nyota était une femme sage, qui n'aimait pas les conflits. Mais, il ne fallait pas non plus trop l'échauffer ou elle montrait les dents. Et elle pouvait vraiment être effrayante, parfois. Sa remarque acerbe eut le mérite de nous ramener au présent et à la gravité de la situation. Jim s'accroupit alors près du corps synthétique, enfin décidé à s'y intéresser de plus près. Le Vulcain eut un réflexe protecteur, en l'imitant, près à bondir au moindre signe d'activité chez l'androïde. Ma main trouva celle de Nyota et la serra, en gage de gratitude pour avoir désamorcé la discussion. Même si je savais pertinemment que Jim n'en avait pas fini avec nous. Mais, au moins, cela se réglerait plus tard, en temps voulu, quand nous aurons fait la lumière sur toute cette histoire.

« Tu penses que les huit autres sont également des androïdes ? » Demanda-t-il à Spock, toute animosité envolée.

Je ne savais pas s'ils venaient de se dire des choses télépathiquement, mais vraisemblablement, il avait choisi de mettre son ressentiment de côté, pour le moment.

« Il est logique d'en venir à cette conclusion. Cela explique leur comportement. Autant le fait qu'ils ne mangeaient pas, que leur synchronicité peu naturelle, ou encore que nous ayons aperçu certains d'entre eux, à plusieurs reprises, flânant innocemment aux alentours, dès que nous avions une conversation censée rester privée. Comme ce soir, avec celui-ci. S'il n'avait pas fait preuve de maladresse, nous ne l'aurions certainement pas su. »

« Te souviens-tu de l'identité de chacun ? J'avoue ne pas y avoir accordé assez d'attention, sur le moment. »

« Avec une parfaite exactitude. » Affirma le Vulcain.

« Très bien. Dans ce cas, allons les cueillir. » Ordonna Jim, sur un ton qui aurait donné envie de fuir au plus téméraire des Klingons.

Il n'était pas né, celui qui s'attaquerait à l'Enterprise, sans en payer le prix fort.

USS Enterprise, point de vue du Capitaine James T. Kirk.

La Lieutenant Masters, officier scientifique spécialiste des cristaux de dilithium la Lieutenant Palmer, officier des communications le Lieutenant DePaul, navigateur le Lieutenant Carlisle, officier de la sécurité l'Enseigne Garrovick, garde de la sécurité l'Enseigne Jordan, ingénieur au centre de contrôle auxiliaire l'Enseigne Haines, officier scientifique la Yeoman Martha Landon.

Spock nous dressa cette liste, alors que nous marchions en direction du turbolift, après avoir finalement enfermé le Lieutenant Kyle dans la salle de consultation, après l'avoir désactivé de manière permanente, en demandant à Christine de ne laisser entrer personne, sous aucun prétexte. Il aurait été plus aisé de poster un garde devant la porte, mais je pensais que jusqu'à nouvel ordre, personne n'était plus digne de confiance à bord. Car, de ce que nous en savions, d'autres androïdes avaient pu s'infiltrer depuis.

« J'espère que vous comprenez bien le bordel absolument colossal dans lequel nous nous trouvons ? » Leur demandai-je, alors que Bones osait me faire remarquer que j'exagérais peut-être un peu. « Ce plan n'a pas pu être monté à l'improviste, en l'espace de quelques jours. Il a bien fallu les construire ces androïdes et tout mettre en œuvre pour que ce soit nous, et personne d'autre, qui nous déplacions pour aller les chercher. C'est une opération de grande envergure, difficile à dissimuler et son instigateur est extrêmement intelligent. Il a certainement dû remplacer Kyle, dès qu'il en a eu l'occasion. »

« Et cela lui a permis de prendre le contrôle des téléportations, et ainsi, pouvoir impunément faire monter les autres à bord. » Compléta Spock.

« Mais, où étaient-ils, tous ces robots, durant tout ce temps ? L'amiral et Vaughn ne sont pas montés avec, comme nous les avons récupérés sur la base stellaire 5. » S'interrogea Leonard.

« Il n'y a qu'une seule réponse possible, Bones. Même si elle ne me plaît pas du tout. »

« Andoria. » Souffla Nyota.

« Précisément. »

Cela pouvait signifier deux choses, me dis-je, alors que nous atteignions l'ingénierie. Soit, les Andoriens étaient dans le coup, et ce serait vraiment une très mauvaise nouvelle, soit, Vaughn et Collins les avaient roulés en beauté. Oui, parce qu'il s'avérait, à présent, plutôt difficile de croire que l'un ou l'autre n'était pas au courant. L'un avait les compétences et le matériel, l'autre, le grade nécessaire pour obtenir certains privilèges. Comme celui de choisir le vaisseau qui les escorterait. Il nous restait à découvrir pourquoi nous étions visés en particulier. Andrea nous vint bien entendu à l'esprit. Mais, mettre en place un tel traquenard pour la récupérer semblait totalement disproportionné. Surtout qu'il avait tout à fait le droit, légalement, de se la réapproprier, sans que l'on puisse y faire grand-chose. Non, la réponse était ailleurs. Ou alors, nous manquions d'éléments.

Nous entrâmes directement dans le bureau de Scotty, sans plus de cérémonie. Entassés à cinq dans la pièce exiguë, je lui exposai rapidement mon plan.

« Vous voulez qu'on les convoque dans une salle de réunion, un par un, pour les neutraliser et les y enfermer ? » Résuma-t-il, visiblement moyennement convaincu.

« C'est à peu près ça, oui. »

« Et après ? Nous sommes encore à quatre jours de la Terre. On va s'apercevoir de leur absence d'ici là. » Fit-il remarquer justement.

« J'espérais que vous pourriez faire quelque chose, Scotty. »

« Comme quoi ? Les reprogrammer ? La robotique n'est pas mon domaine d'expertise, Capitaine. Il m'a fallu plusieurs essais avant de parvenir à rééquilibrer correctement les émotions d'Andrea. Je suis désolé, mais j'ai bien peur de ne pas avoir les compétences nécessaires pour trafiquer neuf androïdes. » Avoua-t-il, même si ça lui coûtait.

« Oh allez ! Scotty ! Où est passé mon faiseur de miracles ? » M'exclamai-je, refusant de m'avouer vaincu. « On ne peut pas simplement les laisser faire ! »

« Ce serait pourtant un bon moyen de découvrir ce qu'ils veulent réellement. » Intervint Nyota, qui se taisait depuis un moment. Nous lui accordâmes toute notre attention, curieux. « Je veux dire, continuons à nous comporter normalement, tout en gardant un œil sur eux. Nous sommes six et nous couvrons tous les secteurs concernés. Leonard et Spock pourront surveiller les scientifiques, Monsieur Scott et Andrea se chargerons des ingénieurs, vous du Lieutenant DePaul, qu'il vous faudra juste assigner comme navigateur quand vous serez sur la passerelle, et moi, je m'occuperai de Palmer, aux communications et du Yeoman Landon. »

« Et les gardes de la sécurité ? » Demandai-je.

Elle hésita et Spock la devança.

« Tous les membres d'équipage remplacés sont, certes, à des postes stratégiques qui pourraient aisément leur permettre de prendre le contrôle du vaisseau, mais aucun d'eux n'est un officier supérieur ou un chef de service. Pour une raison qui me paraît évidente. Ils sont trop proches de toi. D'ailleurs, trois d'entre eux se trouvent actuellement dans cette pièce, moi, y compris. En suivant ce raisonnement, il est logique, à quatre-vingt-dix-neuf pourcents, de penser que le Lieutenant Commander Giotto a également été épargné. Et qu'il pourrait donc se charger de surveiller Carlisle et Garrovick. »

« Que représente de pourcentage restant ? »

« La possibilité quasi-nulle, mais néanmoins possible, qu'ils aient pris ce risque. »

Je m'accordai quelques secondes de réflexion. C'était risqué. Nous étions coincés sur l'Enterprise pour les quatre jours à venir, quoiqu'il arrive, et cela pouvait autant être un atout qu'un inconvénient. Et seulement dans l'optique où le trajet se déroulerait sans encombre.

« Très bien. Faisons comme ça. La situation doit absolument rester sous notre contrôle. N'en parlez à personne, ayez l'air naturel. Uhura, envoyez un message à Starfleet Command. Même s'ils ne le recevront pas avant notre arrivée, au moins ils seront près à nous accueillir. Cryptez-le, écrivez-le dans une langue morte, je ne veux pas le savoir, mais faites en sorte qu'il ne puisse pas être lu ou intercepté par quelqu'un d'autre. »

« Bien, Capitaine. » Répondit-elle. Puis, elle embrassa rapidement Bones, après lui avoir promis de rester prudente, et s'éclipsa.

Nous n'étions plus que quatre et nous devions agir vite, avant que notre comportement paraisse suspect.

« Je vais aller vois Giotto moi-même et m'assurer que c'est bien lui, avant de le mettre au courant. »

« Je viens avec toi. » Affirma immédiatement Spock, d'un ton sans appel. J'acquiesçai simplement, puisque refuser n'était visiblement pas une option.

« Scotty, je vous laisse informer Andrea. Discrètement. » Ajoutai-je, en insistant bien sur le dernier mot. « Bones, retourne à l'infirmerie pour voir comment s'en sort Christine avec Kyle. Le mieux serait certainement que tu y passes la nuit, jusqu'à ce que nous ayons une meilleure solution. »

« On ne va pas pouvoir le garder indéfiniment dans l'aile médi… »

Il s'interrompit, alors que nos pensées prenaient exactement le même chemin.

« Installe-le dans un lit, fait en sorte qu'il ait l'air malade et prétend qu'il est inconscient. Invente une histoire crédible, je te fais confiance pour ça. »

« Jim, à la seconde où l'Amiral et le Professeur apprendront qu'il est à l'infirmerie, ils comprendront que nous savons. » Fit remarquer Spock.

« Ils comprendront que nous savons pour Kyle. Pas pour les autres. Et, avec un peu de chance, puisqu'ils ne seront pas inquiétés, ils s'imagineront également que nous ne les soupçonnons pas d'en être responsables et se garderont bien de se manifester. »

« C'est un coup de poker audacieux. »

Sa remarque me fit sourire. J'aimais quand il s'essayait à nos expressions.

« Merci. » Dis-je, sincèrement. « Mais, ne crois pas pour autant que j'ai oublié tes manigances avec Bones. » Ajoutai-je, en pensée, à moitié sérieux.

Je ne leur en voulais pas vraiment. Même si cela me contrariait, qu'ils aient décidé de me mettre à l'écart, comme si j'avais encore besoin d'être materné. Mais, je savais également que j'avais mes torts. Je voulais juste être sûr de l'identité du coupable, avant de les impliquer. Surtout Spock. Je ne m'attendais pas à ce qu'ils découvrent la vérité. Moi-même, j'en gardais des souvenirs confus, voire inexistants. Évidemment que je n'avais pas perdu plusieurs heures sans m'en rendre compte. Je savais parfaitement quand j'étais descendu sur Andoria avec Vaughn et Collins et à quel moment j'étais revenu à bord. C'est entre les deux que ma mémoire me faisait défaut. Les images ne s'assemblaient pas correctement, ne remplissaient pas la totalité du temps que j'avais passé en bas. Maintenant, je comprenais qu'ils en avaient profité pour faire monter leurs machines sur l'Enterprise. Peut-être même qu'ils étaient remontés avec une cargaison supplémentaire. Non, il aurait été difficile de passer à côté d'un tel blackout. Mais, l'épuisement, certainement dû à la drogue, m'avait poussé à dormir et à oublier. Et, le lendemain seulement, quand j'avais recouvré mes capacités et ma lucidité, garder cela pour moi et attendre le retour de l'amiral et du professeur s'était avéré être la meilleure solution, sur le moment. Une part de moi le regrettait, à présent que la situation virait au cauchemar. Si j'avais parlé, nous aurions pu les arrêter à leur retour, descendre sur la planète pour savoir ce qu'il en était, demander de l'aide au gouvernement andorien. Maintenant, nous étions otages de notre propre vaisseau. Faire demi-tour n'était pas une option. Vaughn et Collins demanderaient pourquoi et comprendraient qu'ils sont découverts. Et il était trop tard pour les appréhender. Sans la possibilité de savoir exactement combien il y avait d'imposteurs à bord, la moindre action contre nos hôtes pourrait les inciter à attaquer mes hommes et même en tuer certains. Et ce n'était pas un risque que je voulais prendre.

Techniquement, nous avions l'avantage. Celui du nombre, déjà. Même si nous n'avions plus vraiment de certitude sur qui était qui, jusqu'à preuve du contraire, la totalité de l'équipage n'avait pas pu être remplacée. Celui de la surprise, ensuite. Si nous jouions parfaitement l'indifférence, ils finiraient forcément par baisser leur garde. Mais, il restait une question qui me hantait. Qu'était-il advenu de mes hommes ? Ceux à la place desquels se tenaient des androïdes. Étaient-ils morts ? Emprisonnés quelque part ? Abandonnés au froid meurtrier d'Andoria sans personne pour les secourir ? Ne pas avoir de réponse me rendait nerveux.

Fort heureusement, Spock avait eu raison. Comme souvent. Et Giotto réagit avec tout le sang-froid dont il était capable, quand je lui expliquai dans quel merdier nous étions fourrés. C'était un homme de confiance, à n'en pas douter. Mais, ne plus savoir avec certitude à qui nous pouvions nous fier, à qui nous avions à faire quand nous nous adressions à nos subalternes, allait immanquablement nous pousser, l'un après l'autre, sur le versant glissant de la paranoïa. Et une psychose collective, enfermé dans un vaisseau stellaire, ce n'était jamais beau à voir. Quatre jours, c'était interminable, dans ces conditions. Nous devions faire au mieux, jusqu'à ce que nous puissions espérer de l'aide de Starfleet. Au moins, nous nous dirigions vers la Terre, vers la maison et tout l'espoir qu'elle représentait. Nous n'étions pas perdus dans les confins inconnus d'une galaxie lointaine encore inexplorée, Dieu merci.

Je me laissai tomber de lassitude sur notre lit. Cette journée interminable prenait fin. Spock me rejoignit, en soupirant d'une manière inhabituellement expressive.

« Si même toi, tu es à bout de nerfs, alors nous sommes vraiment fichus. » Pensai-je.

Allongés sur le dos, l'un à côté de l'autre, nous nous laissâmes bercer par le silence apaisant de nos quartiers. Ses doigts trouvèrent les miens, les enlacèrent et je retrouvai un peu ma paix intérieure.

« Pardon. » Dit-il, au bout d'un moment.

« Non. C'est moi qui ai fait le con. Je n'aurais pas dû garder ça pour moi. On se fait confiance et on ne se cache rien. C'est bien ça le deal, hein ? »

« Si je n'étais pas aussi protecteur dès qu'on s'attaque à toi, tu n'aurais jamais réagi de cette manière. »

« Hey. » M'exclamai-je, à voix haute. « Regarde-moi. » Il le fit. « Ne change jamais. Tu m'entends ? Personne ne s'est jamais préoccupé de moi, comme tu le fais. Personne ne m'a jamais protégé, à part toi et Bones. Je ne veux pas perdre ça. On va se sortir de là, ensemble. Comme on l'a toujours fait. »

« D'accord. » Je lui souris, en caressant sa joue. « Tu as l'air épuisé, Jim. » Constata-t-il, simplement. Et je ne trouvai pas la force de le contredire.

Il se redressa, défit les draps, puis me déshabilla lentement, avant de me recouvrir. Ensuite, il en fit de même, offrant son corps à mon regard fatigué, et se coucha. Je le trouvais si beau, que parfois, j'en venais à penser que je ne le méritais pas.

« Ne dis pas n'importe quoi. » Murmura-t-il, en se collant contre moi.

« Je t'aime. » J'embrassai le bout de ses lèvres « Je sais que je ne le dis pas assez souvent. »

« Ça m'est égal. Je n'ai pas besoin de l'entendre de ta bouche, pour le savoir. » Il me serra dans ses bras et je m'installai contre son torse. « Dors. Le sommeil sera peut-être un luxe que nous ne pourrons plus nous accorder demain. Mais, je sais que nous trouverons une solution… »

Il parla encore, mais le reste de sa phrase m'échappa, alors que je m'endormais enfin.

La question était : jusqu'où pouvions-nous prétendre être aveugles, avant que cela ne devienne évident que nous ne l'étions pas ? N'avoir aucune réaction face à la découverte de l'état de Kyle était une chose – certes, difficilement justifiable, mais Vaughn et Collins se gardèrent bien de faire le moindre commentaire, comme je l'avais prévu – faire comme si nous n'avions pas remarqué que notre trajectoire avait été déviée, en était une autre. Oh, bien sûr, ils avaient fait en sorte, que cela passe inaperçu, pour qui ne se donnait pas la peine de vérifier. L'écart était si minime, que ses effets ne seraient pas visibles avant demain. Ce qui expliquait que les pilotes se soient succédé, sans que personne ne remarque rien. C'était certainement l'œuvre du faux DePaul, durant son quart aux commandes ou de Jordan, depuis le centre de contrôle auxiliaire. Peu importait. Le fait était que nous étions aux aguets et que Spock surveillait très attentivement chacun de ses relevés. Si bien, qu'il constata l'anomalie presque immédiatement. Un vaisseau comme le nôtre, une fois les coordonnées entrées dans l'ordinateur et le trajet calibré, n'avait besoin de personne pour arriver à bon port. Le travail sur la passerelle se limitait alors à de la surveillance passive. Nul besoin de toucher de nouveau aux commandes, à moins de vouloir changer de cap. Et c'était cela que Spock avait repéré. Une modification non justifiée, enregistrée dans le journal de bord. Les détails avaient été savamment effacés. Mais, il restait heureusement impossible de supprimer l'action elle-même, pour des raisons de sécurité et pour corroborer les témoignages, en cas de litige. Nous n'étions donc pas en possession des données nécessaires pour connaître leur but. En d'autres termes, nous ne savions absolument pas où nous allions et nous ne pourrions pas prétendre encore longtemps ne pas l'avoir remarqué. Mais, le système qui nous servait quelques minutes avant, nous desservait, à présent. Quelque part à bord, un des androïdes devaient certainement surveiller tous nos faits et gestes, exactement comme nous le faisions. Si nous lancions maintenant un calcul de trajectoire, nous étions foutus. Et durant ce temps-là, le reste de l'équipage continuait de vivre dans l'ignorance totale de ce qui se passait juste sous leur nez. À tout moment, l'un d'eux pouvait se rendre compte que son camarade n'était plus lui-même et donner l'alerte, en pensant bien faire. À tout moment, Vaughn et Collins pouvaient comprendre que nous savions. Garder un parfait calme, en apparence, dans ces conditions, était un tour de force, une façade fragile qui s'effritait au fil des heures, et ce, malgré tout le soutien et le contrôle émotionnel de Spock. Arthur Charles Clarke, célèbre écrivain du vingtième siècle, entre autres, a dit un jour dans 2001 : l'odyssée de l'espace : « Un homme, dans certaines circonstances, peut abandonner toute humanité lorsqu'il est en proie à la panique. » Et je pense qu'il avait entièrement raison.