Quand le présent se conjugue au futur

Note de l'auteur : Suite et fin de ce tome. Enfin, me direz-vous. C'est ce qui arrive, quand on s'engage dans trop de projets à la fois. Je suis néanmoins satisfaite de cette fin et j'espère qu'elle vous plaira aussi. Pas mal de surprises dans ce chapitre, si je me suis bien démerdée.

Mes projets pour la suite sont de terminer « For the world is hollow and I have touched the sky » et j'entamerai le prochain tome quand j'aurai un peu avancé dans mes autres projets de traduction et travaillé un peu sur mon roman.

Je vous dis donc à très bientôt et bonne lecture. N'hésitez pas à me laisser une petite review.

Longue vie et prospérité.


USS Enterprise, point de vue du Capitaine James T. Kirk.

Tout ceci n'avait vraiment aucun sens. C'est ce que je me dis, en sortant de la chambre du faux Kyle, suivi de Bones et de la fausse Karen. Derrière la porte, M'Benga nous attendait de pied ferme, seul, mais visiblement près à en découdre. Je l'apaisai d'un signe de tête et il se détendit sensiblement en apercevant son collègue sortir sain et sauf à son tour. J'avais très bien compris que Bones, sur un coup de tête, l'avais envoyé voir Christine. Apparemment, elle lui avait expliqué la situation. Cela me rassura quelque peu. Nous avions une personne de confiance de plus, et pas des moindres.

« Je vais aller voir le maître. » Murmura l'androïde, en me dépassant.

Je la stoppai, à la dernière seconde, en attrapant son bras.

« Non. » Chuchotai-je, discrètement. « Une attaque frontale pourrait être une erreur fatale avec un homme comme lui. »

« Que voulez-vous que je fasse, dans ce cas ? » Me demanda-t-elle, perplexe.

Bones et M'Benga se rapprochèrent pour écouter.

« Vous nous avez bien dit que votre ressentiment envers lui était partagé par le reste de vos semblables ? »

Elle acquiesça lentement, puis comprit.

« Vous songez à une mutinerie ? »

Un reniflement offensé m'échappa.

« Le terme conviendrait si Vaughn était le capitaine de ce vaisseau. Or, aux dernières nouvelles, c'est toujours moi. »

« Vous le croyez vraiment, capitaine Kirk ? Vous n'avez plus aucun contrôle sur l'Enterprise. L'autorité qu'il vous reste n'est qu'une illusion entretenue par le maître, pour vous empêcher d'agir le plus longtemps possible. Combien pensez-vous que nous sommes à bord ? »

« Une dizaine. »

Elle rit alors à gorge déployée, comme si je venais de lui raconter la blague la plus drôle de l'univers et j'échangeai un regard sombre avec les deux médecins.

« Si vous imaginez réellement qu'un homme aussi redoutablement intelligent irait tenter de s'emparer d'un vaisseau stellaire avec une dizaine d'androïdes, vous n'êtes qu'un idiot. »

Et idiot était une chose pour laquelle je détestais passer.

« Combien êtes-vous, dans ce cas ? » M'obligeai-je à la questionner calmement, en me retenant de la secouer un peu.

Nous devions continuer de nous comporter normalement, et je n'étais pas le genre d'homme à malmener une femme.

« Une véritable petite armée. Près de la moitié de votre équipage a été remplacé, capitaine. »

Je restai sans voix, bouche bée, incapable de réagir.

« C'est impossible ! » Intervint Bones, et je lui fis baisser d'un ton d'une œillade appuyée. « Comment s'y est-il pris ? » Reprit-il, beaucoup plus bas.

« Cela fait des mois qu'il nous perfectionne patiemment. Il a convaincu les Andoriens de dissimuler son laboratoire dans une de leur ville souterraine. Sans leur faire part, bien évidemment, de ses vraies intentions. Il s'est fait passer pour un scientifique incompris que la Fédération refusait de subventionner. Ils ne furent pas bien difficiles à persuader, après que le maître leur ait promis de leur fournir gratuitement un certain nombre d'entre nous en échange de leur silence. »

« Pourquoi nous ? Pourquoi l'Enterprise ? Il y a d'autres vaisseaux, bien moins grands et donc plus faciles à saborder. Bien moins importants et qui peuvent donc disparaître sans que personne ne s'en rende compte avant des jours. » Lui demandai-je.

« Ici s'arrêtent mes connaissances. Je vous l'ai dit, il ne partage rien avec nous. »

Je soupirai de dépit. Ne rien savoir était insupportable.

« Pour en revenir à votre rébellion, que comptez-vous faire ? » Enchaînai-je. Cette conversation n'avait que trop duré.

« Vous allez devoir me faire confiance. Vous expliquer serait trop long. Sachez simplement que nous en parlons entre nous depuis que nous avons compris certaines choses. Déjà, avant de monter à bord, notre foi en lui s'était effritée. Il ne nous a jamais montré aucune affection, aucune… tendresse… » Je pus voir que ses mots lui firent mal. Je me souvins alors, qu'ils étaient capables d'émotions, de ressentir, comme nous tous. Le seul monstre, dans cette histoire, c'était Vaughn.

« D'accord. » Répondis-je, simplement, alors que Bones était sur le point de protester et que M'Benga haussait simplement un sourcil perplexe. « Nous n'avons pas vraiment d'autres options, Bones. » L'arrêtai-je, avant qu'il ne parle.

« Bon sang, Jim. Il y a dix minutes, tu voulais t'en débarrasser et maintenant, c'est ta nouvelle petite-amie ? »

« Ce n'est pas ma… Peu importe. La situation a évolué et il est grand temps d'agir. Si, comme elle le dit, il y a presque deux cents androïdes à bord, il vaut mieux pour nous qu'ils soient de notre côté. Sinon, nous ne ferons pas le poids. »

Il leva les yeux au ciel, mais admit sa défaite.

« Allez-y. » Chuchotai-je à la fausse Karen. « Et débrouillez-vous pour me tenir au courant. »

Elle hocha fermement la tête, puis s'éclipsa, nous laissant là tous les trois, dans un silence de plomb. J'avais volontairement évité de lui demander où se trouvaient mes hommes ou s'ils étaient encore vivants. Je me sentais tout simplement incapable d'entendre une réponse funeste à cette question. Je me détournai, le temps de résumer rapidement la situation à Spock resté sur la passerelle.

« Cela explique que personne ne m'ait encore signalé notre déviation, alors qu'elle est de plus en plus évidente. Très bientôt, il deviendra grotesque de moi-même prétendre ne pas l'avoir remarquée. Et, d'ici là, j'apprécierais grandement de ne plus être seul, avec Nyota, sur la passerelle, sans savoir qui est humain et qui ne l'est pas. »

« J'ai besoin que tu tiennes ton poste encore un peu. Je ne tarderai pas à te rejoindre, mais je dois aller voir Scotty d'abord. »

« Fais attention à toi. Je n'aime pas te savoir seul dans les corridors. »

Je souris malgré moi. Touché par la remarque.

« Tu sais bien qu'ils ne sont jamais vides. »

« Tu vois ce que je veux dire. Ne fais confiance à personne. »

« Compte là-dessus. » Une pause. « Je t'aime. »

« Je t'aime aussi, T'hy'la. Reviens-moi. »

« Toujours. »

Je sortis de cette conversation, comme on sort d'une transe, et levai mes yeux sur Bones et M'Benga. Le premier leva les yeux au ciel, face à mon sourire idiot. Le deuxième me fixait, dubitatif. J'oubliais que le grand noir n'avait pas l'habitude de me voir faire ça.

« Il va bien ? » Demanda Bones.

« Oui. Mais, il est inquiet. »

La curiosité de M'Benga s'accentua.

« Je parlais à Spock. Vous savez... par la pensée. » Précisai-je, en posant un doigt sur ma tempe. Et la compréhension se lut sur son visage.

« Je vois. J'avais presque oublié ce détail. Que faisons-nous, capitaine ? »

« Vous et McCoy ? Votre travail. Nous ne pouvons pas nous balader en groupe à travers le vaisseau sans craindre d'éveiller les soupçons. Tant que je n'aurais pas de nouvelles de la fausse Karen, je serais le seul à prendre des risques. »

« Ben voyons. » Railla Bones.

« Fais ce que je te demande, pour une fois, bon sang. Je vais parler à Scotty, puis je retournerai gentiment sur la passerelle, en espérant que, d'ici là, les androïdes auront pris la bonne décision. Je ne ferai rien d'inconsidéré, ok. Mais, si Vaughn me tombe dessus au détour d'un couloir, je ne pourrais pas simplement l'ignorer. »

« C'est pour ça que je viens avec toi. Et ce n'est pas négociable. Geoffrey et Christine sont tout à fait capables de garder l'infirmerie et d'empêcher quiconque de s'approcher du faux Kyle. »

Un jour, il faudrait vraiment que Leonard et moi ayons une sérieuse discussion sur la hiérarchie, l'insubordination, tout ça... Mais, pas maintenant. Pas alors qu'il avait ce regard qui disait : « Essaye un peu pour voir, gamin. » Je pouvais bien devenir Amiral, demain, que Bones me verrait encore comme un adolescent inconscient. Je savais qu'il avait confiance en moi, en mon jugement et en ma capacité à me sortir de toutes les situations. Mais, rien ne pourrait l'empêcher de me materner jusqu'à la fin de temps. Je soupirai donc de résignation, sous le regard teinté d'amusement de M'Benga.

« Très bien. Allons-y. »

USS Enterprise, point de vue du Lieutenant Commander Montgomery Scott.

Il n'y a pas si longtemps, j'aurais dit que la seule chose dont j'avais besoin pour être heureux, c'était d'être seul dans l'ingénierie de l'Enterprise, à parcourir indéfiniment les couloirs de ma Dame de fer. Puis, il y avait eu Andrea. Et tout s'était enchaîné. Maintenant, je devais rester loin de la femme que j'aimais pour sa propre sécurité et je regardais mes hommes, dont certains jeunes que j'avais moi-même formés, en chien de faïence, comme s'ils allaient me sauter à la gorge, d'une seconde à l'autre.

Jim et McCoy venaient de quitter mon bureau. L'entrevue avait été brève et les nouvelles mauvaises. Je tins quelques minutes – quelques secondes en réalité – assis dans mon fauteuil, en essayant de ne pas céder à la peur qui tentait de prendre possession de moi. J'ai vraiment essayé. Mais, je finis par me lever précipitamment, avant de sortir. Rien ne pourrait m'empêcher de la rejoindre à présent. Il était hors de question que je la laisse seule encore une fois. Je devais la protéger. Même si, techniquement, elle était bien moins vulnérable que moi.

Je traversai le pont sans prêter attention à qui que soit, pour ne pas complètement paniquer. Je n'étais ni Jim, ni Spock, ni un foutu redshirt de la sécurité. L'action n'était pas pour moi, si elle sortait des murs de l'ingénierie. Donnez-moi une panne, un court-circuit, demandez-moi de vous fournir de l'énergie avec presque rien, et j'étais votre homme. Mais, courir dans les couloirs, en ayant l'impression tenace d'être un foutu lapereau perdu dans une forêt infestée de loup, ne m'amusait absolument pas. J'aperçus Andrea penchée sur une console, un PADD en main, et j'agrippai son bras, en ralentissant à peine. Elle sursauta, laissa échapper sa tablette, mais suivit le mouvement quand elle me reconnut.

« Suis-moi. Ne pose pas de question. »

Elle acquiesça rapidement, en se calant sur mon pas. Je tournai à droite, vérifiai que personne ne nous ne regardait et ouvris une salle de réunion, avant de la pousser à l'intérieur et de fermer la porte derrière nous.

À ce moment-là seulement, je pus relâcher un peu la pression. Je fondis sur elle, sans un mot, attrapai sa nuque et happai ses lèvres presque avec brusquerie. Sa bouche heurta la mienne avec le même désespoir, ses mains glissèrent dans mon dos, sous mon uniforme et j'eus l'impression de renaître sous la douceur de sa langue et la saveur de ses baisers.

Je m'obligeai à la relâcher, tant que j'étais encore capable de résister à l'envie de l'allonger sur la table. Elle leva ses yeux d'un bleu surnaturel sur moi, perdue. Il était vrai que je ne m'étais toujours pas expliqué.

« Jim s'est débrouillé pour se faire une alliée parmi les androïdes. »

« C'est tout à fait le genre de prouesses dont il est capable, si j'ai bien compris. Comment s'y est-il pris ? »

« Apparemment, ils sont tous plus ou moins remontés contre Vaughn. Le professeur n'est manifestement pas très tendre avec ses créations. »

« À qui le dis-tu. » Soupira-t-elle.

« Comment un homme tel que lui, a-t-il pu concevoir une personne telle que toi. Ça m'échappe complètement. »

« Si tu savais combien de fois je me suis posée cette question, Monty. Que prévoient-ils de faire ? »

« Se retourner contre lui. Il n'aura pas beaucoup de chances face à un vaisseau rempli d'androïdes, avec Jim Kirk à leur tête. »

« Je veux en être. » Affirma-t-elle, déterminée, en serrant ses mains sur mes avant-bras. « Ils sont, en quelque sorte, mes frères et sœurs. Tu comprends ? »

Je n'avais pas vu les choses sous cet angle, et m'en voulus immédiatement de ne pas y avoir pensé plus tôt. Je la serrai contre moi, elle se blottit contre mon torse.

« Ce n'est pas tout. » Ajoutai-je, dans le creux de son oreille. « Notre trajectoire a été déviée. Nous ne savons pas exactement où nous nous trouvons, ni dans quelle direction nous allons. Mais, j'ose espérer que si tes semblables rejoignent nos rangs, nous reprendrons rapidement le contrôle du vaisseau. »

« Nous sommes donc sauvés, ou foutus. Aucune alternative. » Résuma-t-elle, justement.

« Jim semblait confiant. Et si Vaughn veut t'approcher, il devra me passer sur le corps. »

Elle releva la tête vers moi, pour capter mon regard.

« Il est plus dangereux que tu ne le penses. Ne le sous-estime pas. »

« Je t'aime, Andrea. Je ne laisserai personne te faire du mal. »

Elle posa doucement ses lèvres sur les miennes.

« Je t'aime aussi, Monty. »

« Comme c'est mignon. »

La voix froide et bien trop familière me fit sursauter. Instinctivement, je repoussai Andrea derrière moi et fis face à Vaughn, déterminé. Son regard dur, glacial, était braqué sur nous. Et il ne semblait absolument pas ravi de ce qu'il venait de découvrir.

USS Enterprise, point de vue du Lieutenant Commander Spock.

Pour qui ne savait pas observer, la passerelle était comme d'habitude. Quand Jim sortit du turbolift, accompagné de Leonard qui avait certainement refusé de le laisser seul, le pilote annonça son arrivée, la fausse Amiral Collins sourit, Nyota peina à complètement dissimuler son soulagement et je bondis presque du fauteuil de commandement. Me précipiter sur lui pour le serrer contre moi et l'embrasser, n'était ni logique, ni professionnel, mais une part de moi que je dus enchaîner prestement n'en avait rien à faire. Je me figeai donc, à mi-chemin, chacun de mes muscles tendus dans l'expectative. Un besoin similaire, venant de l'esprit de Jim, lécha la lisière de mes barrières mentales, et il eut bien plus de mal à le refréner.

« Tu vas bien ? »

« Oui. » Répondis-je, simplement. Et cela suffit pour qu'il se focalise de nouveau sur la situation.

Je me rassis derrière mon poste, tendu, et Jim reprit sa place. Leonard se positionna à sa gauche, une main sur le dossier du fauteuil. Ses phalanges blanchirent, son dos était raide. Il se retenait visiblement de dire le fond de sa pensée, alors que l'Amiral reprenait la conversation où elle s'était arrêtée. Jim prit une posture faussement décontractée, et le temps sembla se suspendre et l'air s'épaissir. Notre plan reposait entièrement sur la volonté des androïdes.

De longues minutes s'écoulèrent, dans un silence uniquement troublé par le vrombissement des moteurs, les stridulations des consoles, la voix de Collins et les réponses évasives de Jim. Puis, le turbolift s'ouvrit de nouveau sur une jeune femme. Je reconnus immédiatement la Lieutenant Karen Tracy et me rappelai que ce n'était pas vraiment elle. En l'apercevant, Jim se leva et la fixa, sans un mot, retenant son souffle. Elle hocha simplement la tête de haut en bas et la pression retomba sensiblement.

« Nous avons un problème. » Dit-elle, sombrement. « Personne n'a vu le professeur depuis un certain temps. Il ne semble être nul part. »

Ses mots tombèrent comme un couperet, avant qu'elle ne remarque enfin Collins qui perdit subitement son sourire de façade.

« Que crois-tu faire, trente-et-un ? »

« C'est terminé, Alysson. »

Trente-et-un ? Le professeur ne prenait donc même pas la peine de nommer ses créations ?

« Comment oses-tu le trahir de la sorte ? Après tout ce qu'il a fait pour nous ?! » S'écria Collins, hors d'elle, en se précipitant sur la jeune femme. Jim et Leonard firent barrage, alors que je bondissais de ma chaise, près à intervenir.

« Pour nous ?! » Répondit trente-et-un, visiblement choqué. « Il n'a rien fait pour nous ! Tu vis dans l'illusion qu'il tient à toi, parce que tu te penses spéciale à ses yeux, mais tu te trompes ! Il t'utilise, comme nous tous ! »

« Il m'aime ! » Hurla Collins, en se débattant.

« C'est parce qu'il t'aime, qu'il t'a demandé de séduire le capitaine pour qu'il soit trop obnubilé par toi pour se soucier de lui. C'est parce qu'il t'aime, qu'il attendait de toi que tu te donnes à un autre, sans même un battement de cil. Tu es ridicule, Alysson. Et il est grand temps qu'il paye ! »

Jim et Leonard avaient du mal à la maîtriser et la repoussèrent au milieu de la passerelle. Elle se rattrapa à un pupitre et sembla sur le point de se jeter sur eux. J'allais m'interposer, quand Jim tenta de la raisonner.

« Ne faites rien de stupide. Vous n'avez aucune chance. » Dit-il, alors que les membres d'équipage présents s'étaient tous levés, comme un seul homme, pour défendre leur capitaine. L'air d'incompréhension totale que l'on pouvait lire sur leurs visages m'apprirent qu'ils étaient tous authentiques. Collins sembla hésiter, peser les paroles de Jim, puis abandonner devant l'évidence.

« Qu'est-ce que vous voulez dire par : il ne semble être nul part ? » Demanda Jim à trente-et-un, sans quitter l'Amiral des yeux.

« Nous voulions nous assurer qu'il ne nous surprenne pas. Alors, j'ai interrogé tout le monde, et personne ne l'a croisé ou ne lui a parlé depuis une bonne demi-heure. » Répondit-elle.

« Il est peut-être simplement dans ses quartiers. »

« Nous avons vérifié. »

« Spock, appelle Scotty. Nous allons devoir désactiver cette chère Amiral, avant qu'elle ne nous cause des problèmes. Ensuite, nous partirons à la recherche de Vaughn. Ce n'est pas comme s'il avait pu quitter le vaisseau. »

Sans un mot, j'appuyai sur l'intercom.

« Passerelle à l'ingénierie. Répondez monsieur Scott. »

Un long silence.

« Monsieur Scott ? » Répétai-je, sous le regard soucieux de Jim. À ses côtés, Nyota avait rejoint Leonard.

« Ici, Harper, monsieur Spock. Monsieur Scott est introuvable. »

USS Enterprise, point de vue du Lieutenant Commander Montgomery Scott.

« Je comprends mieux, maintenant, votre réticence à me laisser la récupérer. Malheureusement, monsieur Scott, je n'ai jamais été très prêteur avec mes affaires. Elle m'appartient, vous le savez très bien. Et, je n'ai pas fait tout ceci pour finalement renoncer à elle. »

Je fis un pas en arrière, mes bras tendus dans mon dos pour garder Andrea derrière moi. Quelqu'un finirait forcément par se demander où nous étions et nous chercherait. Je devais gagner du temps.

« Je ne comprends pas. Vous avez conçu des dizaines d'androïdes ultras perfectionnés, afin de détourner le vaisseau le plus important de la Fédération, pour retrouver, je vous cite, un de vos premiers modèles aux émotions défectueuses ? Si je vous en pensais capable, je pourrais presque croire que vous l'aimez. »

« Pourquoi n'en serais-je pas capable, monsieur Scott ? » Demanda-t-il, d'une voix traînante.

« Parce que vous êtes un putain de psychopathe. »

« Sociopathe. »

« Pardon ? » M'exclamai-je.

« Je suis un sociopathe, monsieur Scott. Ce qui est très différent. Mais, je ne vous en veux pas. Vous êtes stupide, comme la plupart des gens. »

Je ne lui fis pas le plaisir de paraître offensé. Derrière moi, Andrea serrait mon bras.

« C'est pour ça que vous vous entourez de robots ? Seule leur intelligence trouve grâce à vos yeux ? »

Il afficha une légère surprise, et je fus presque choqué de discerner une émotion sur son visage.

« Je révise mon jugement. Vous êtes un peu moins stupide que la moyenne. Malgré cela, vous ne méritez pas un cerveau comme le sien. Je l'avoue, c'est ma faute. J'ai fait l'erreur de la doter d'émotions. Mais, que voulez-vous ? Je suis de nature curieuse et je souhaitais savoir ce que donnerait un intellect comme le mien, couplé avec une empathie exacerbée. Je n'avais juste pas prévu de... m'attacher au résultat. »

J'eus presque envie de rire.

« C'est pour ça que vous vendiez son corps à d'autres ? Parce que vous... l'appréciez ? »

Et pour la deuxième fois, je pus voir de la surprise sur son visage. Mais, bien plus sincère, cette fois.

« Je n'ai jamais... pas avec elle... »

Je ne m'attardai pas sur le « pas avec elle » qui signifiait qu'avec d'autres oui, et me tournai subitement vers Andrea, sans pouvoir m'en empêcher. Je lui faisais confiance, bien entendu, j'avais juste besoin d'entendre de sa bouche qu'il mentait.

Mais, le regard qu'elle me lança fit tomber une chape de plomb dans mon estomac.

« Tu m'as menti... » Les mots m'échappèrent sans que j'aie réellement conscience de les prononcer.

« Je ne voulais pas... J'avais tellement peur qu'il me retrouve que, quand tu m'as proposé de travailler sur l'Enterprise... »

« Tu as vu une opportunité de t'échapper ? Tu t'es servi de moi, de Jim ! » M'emportai-je, en m'éloignant d'elle.

« Que pensiez-vous, monsieur Scott ? Qu'elle vous aimait ? Elle n'est pas humaine ! Et je l'ai faite à mon image. » Intervint Vaughn, bien trop ravi.

« Ne l'écoute pas ! » Me pria Andrea. « Ce n'est pas ce que tu crois ! J'ai dit qu'il m'obligeait à me prostituer pour simplifier les choses. Mais, il le faisait vraiment ! Peut-être pas avec moi, mais avec toutes les autres et si je me suis enfuie, c'est parce que je ne supportais plus de vivre avec ce monstre ! Je les ai laissées derrière et je le regrette tous les jours. Mais, je n'étais juste plus capable de rester dans la cage dorée qu'il avait construite pour moi. Ce n'est pas de l'amour qu'il ressent pour moi, mais du narcissisme. Quand il me regarde, il ne voit que sa si parfaite réussite. Rien de plus. Et ne plus me contrôler serait admettre que je n'ai pas besoin de lui pour exister. »

Je pus voir, en espérant ne pas me tromper, qu'elle disait la vérité. Mais, cela n'apaisa pas la douleur dans ma poitrine. Pourtant, elle n'avait pas pu aller jusqu'à simuler le traumatisme et tous les comportements et les blocages qui en découlaient. J'avais dû marcher sur des œufs, être patient, elle n'était pas allée si loin, je ne pouvais pas le croire. Mais, s'il ne l'avait jamais vendu à d'autres... Mon regard tomba sur Vaughn. Et je compris.

Avant même d'en formuler la pensée, mon poing s'écrasa sur une des pommettes saillantes de l'homme qui ne l'avait pas vu venir. J'eus l'impression que ma main explosait de douleur, mais la vue du sang sur sa joue fit pulser l'adrénaline dans mes veines et je frappai encore et encore, aveuglé par la rage. J'entendis vaguement Andrea crier et une porte s'ouvrir, mais rien ne parvint à me détourner. Jusqu'à ce qu'une poigne de fer m'étreigne le torse et me tire en arrière. Je m'attendais à ce que ce soit elle, puisqu'elle était bien plus forte que moi malgré les apparences. Mais, je tombai sur les yeux sombres de Spock en me débattant. Jim, McCoy et Uhura étaient là également, remarquai-je, maintenant que j'arrivais peu à peu à me calmer. Le Vulcain me ceintura encore quelques secondes, ne consentit à me relâcher que quand il fut sûr que je n'allais pas de nouveau me jeter sur Vaughn. Le professeur gisait au sol, le docteur penché sur lui. Son visage était méconnaissable. Mes phalanges me faisaient un mal de chien et j'y jetai un œil, pour constater les dégâts. Elles étaient écorchées, pleines de sang. Les mains douces et menues d'Andrea les prirent délicatement et je levai mes yeux sur elle, encore un peu sonné. Elle caressa ma joue et ce fut comme un baume sur mon cœur.

« Putain, Scotty ! Tu l'as pas raté ! » S'exclama Jim, sans parvenir à totalement dissimuler son sourire.

Et je ne pus refréner la pointe de fierté qui me piqua.

USS Enterprise, point de vue du Capitaine James T. Kirk.

Après l'avoir sédaté, nous transportâmes Vaughn à l'infirmerie. Localiser Scotty n'avait pas été bien compliqué. Je ne m'attendais juste pas à ce qu'il ait réglé son compte au professeur entre-temps. Je n'avais pas eu les détails de l'altercation. Mon ami était occupé à se laisser soigner par Chapel et Andrea ne le quittait pas d'une semelle. Les explications viendraient plus tard.

Une main se glissa dans la mienne, alors que j'observais Bones en train de nettoyer le visage de Vaughn sans grande conviction, je devais l'avouer. Je caressai les doigts de Spock et appuyai ma tête sur son épaule. Il déposa un baiser sur mes cheveux.

« Tu vas bien ? »

« Mieux, maintenant que tout est sous contrôle. »

Dans un autre lit, la fausse Amiral Collins reposait, inerte. J'avais presque de la peine pour elle. Vaughn l'avait manipulée, comme les autres.

Celle qui s'appelait en réalité trente-et-un entra dans l'infirmerie, accompagnée de trois autres androïdes.

« Il serait bon de vous trouver des prénoms. » Lançai-je, en m'avançant vers eux.

La jeune femme sembla surprise.

« La question ne m'avait jamais vraiment effleurée l'esprit. Je ne saurais même pas lequel choisir. »

« Prenez celui qui vous plaira. Tout le monde n'a pas la chance de décider ce genre de chose. »

Elle sourit timidement et parut sérieusement y réfléchir.

« Qu'allons-nous faire, maintenant ? » Me demanda-t-elle.

« Retourner sur Andoria. Il faut que je retrouve mes hommes. Vous m'assurez qu'ils sont vivants ? »

« Oui. Même lui n'est pas capable de tuer deux cents personnes de sang-froid. »

« Très bien. Une fois là-bas, nous éclaircirons cette histoire, pour déterminer la responsabilité des Andoriens. Starfleet est en route, pour nous aider, car nous ne pouvons tous vous accueillir à bord. Nous resterons sûrement quelques jours sur place, le temps qu'ils arrivent. Ensuite, nous remettrons Vaughn à la justice. »

« Et qu'adviendra-t-il de nous ? » M'interrogea-t-elle, visiblement inquiète.

J'hésitai à répondre et Spock s'en chargea.

« Le problème majeur, c'est que vous êtes les copies conformes de personnes existantes. Nous sommes conscients que cela s'arrête à une ressemblance physique, mais ce ne sera peut-être pas l'avis de la Fédération. Il faudra vous constituer de nouvelles identités et montrer une véritable motivation à vous intégrer. »

« Nous pourrons vivre où nous le voudrons, comme nous le voudrons ? »

« Bien sûr. » Repris-je. « Vous pourrez exercer un emploi, avoir un appartement, une maison. Vous ne serez pas obligés de rester tous ensemble, vous pourrez... faire votre vie. »

« Et si nous préférons ne pas nous séparer ? »

« Alors des androïdes de votre calibre feront le bonheur de Starfleet. Vu vos capacités, vous ferez ce que bon vous semble. Dès que cette histoire sera réglée et que vous serez recensés. Nous avons deux jours de trajet devant nous. Je vous dirais bien d'aller vous reposer, mais ce serait stupide, donc je vous serais reconnaissant de tenir les postes des membres d'équipage que vous remplacez, si vous n'y voyez pas d'inconvénient. Nous avons besoin de vous pour naviguer efficacement. »

« Aucun problème, capitaine. C'est ce que nous comptions faire. »

« Je vous en remercie. Maintenant, je vais attendre que notre prisonnier se réveille, pour avoir quelques explications supplémentaires. J'ai encore du mal à croire qu'il ait fait tout ça pour une femme. Même si c'est une sacrée femme. »

Scotty sourit, Bones leva les yeux au ciel et je me sentis de nouveau chez moi.

Quand l'USS Antares se mit en orbite autour d'Andoria, j'avoue avoir été soulagé. Quand nous étions arrivés sur la planète, j'avais retrouvé mon équipage qui s'était débrouillé pour se libérer et qui bataillait avec le gouvernement Andorien pour obtenir gain de cause. C'était bien mes hommes, pas de doute.

Entre-temps, Vaughn avait dû s'expliquer. De mon avis, la santé mentale de ce type était franchement douteuse. Une fois l'Enterprise sous son contrôle, il comptait nous abandonner quelque part et naviguer jusqu'à la première planète habitable qu'il trouverait, pour y établir sa propre civilisation androïde. Il nous avait bien entendu choisis, car il avait appris qu'Andrea se trouvait sur notre vaisseau. Son but ultime étant de s'établir avec elle, pour régner sur cette population stérile, jusqu'à la fin de ses jours. Le pire, c'est que je savais qu'il aurait été parfaitement capable, avec sa petite armée, de disparaître des radars. L'Enterprise aurait fini par être déclaré perdu et nous l'aurions eu dans l'os.

Les androïdes témoignèrent, puis embarquèrent à bord de l'Antares, vers la Terre et leur nouvelle vie. Je ne me faisais pas trop de souci pour eux. La Fédération avait tout intérêt à les garder actifs. J'avais appris à les apprécier, mais j'étais bien trop heureux de récupérer mon équipage sain et sauf. Et, alors que nous nous préparions à repartir, je pensai que Starfleet et ses missions diplomatiques pouvaient bien aller se faire voir et que nous avions définitivement besoin de vacances. Une décision qui ne reçut que des ovations, bien évidemment.

« Tu sais où j'ai envie d'aller ? » Demandai-je à Spock, alors que je me laissais tomber sur notre lit avec délectation.

« Tu y penses tellement fort que ce serait difficile pour moi de l'ignorer. » Répondit-il, en se déshabillant.

« Et tu en dis quoi ? »

« J'en dis que ma mère sera certainement heureuse de te voir. » Dit-il, en me rejoignant.

Je souris, alors qu'il recouvrait mon corps du sien. Il dévora mes lèvres et je me laissai aller avec plaisir dans cette étreinte, alors que l'Enterprise s'arrachait à l'orbite d'Andoria et prenait le chemin de la maison.

FIN