Bonjour ! Comme promis, voici le chapitre 2, qui vous éclairera sur la situation brumeuse dans laquelle nous avions laissé nos Bronzes Oméga.Merci pour les Fav !

ஐஐஐஐஐ

La tête de Yuna basculait dangereusement en avant lorsque Koga la poussa légèrement du coude pour l'éveiller. Le jeune garçon s'assura de l'état de son amie avant de reporter son attention aux alentours. Le bateau s'était engagé dans une petite crique contre laquelle les vagues venaient se briser. Si l'entrée avait été périlleuse, la mer était plus calme à cet endroit, et venait mourir en pente douce sur une plage de galets. Projetée négligemment sur la clairière liquide bordée de roches imposantes, une longue jetée de pierres régulièrement pavée s'élançait, s'élargissant au bout de quelques mètres en terrasse. Dressée sur cette place, comme amarrée au fil de l'eau, une bâtisse élevait sa face battue par les vents en direction du Sud.

En quittant la houle agitée de la pleine mer, la capitaine avait enfin pu se détacher de la barre à laquelle elle se cramponnait, empêchant son esquif de partir à la dérive et de sombrer. Se préoccupant peu de ses passagers, elle se rattacha les cheveux d'un geste mécanique, vérifia rapidement son matériel, replia avec soin une carte étanche qu'elle avait étalée devant sa barre, jeta par-dessus bord les pare-battages et sortit d'un tonnelet un bout qu'elle fixa rondement à une bite d'amarrage aménagée sur le ponton de pierre. D'un saut, elle se retrouva sur la terre ferme, et faisant signe aux jeunes gens de la suivre et de porter leur ami encore inconscient, elle pénétra dans la maison.

Les adolescents se regardaient, hésitants. Ryuho n'avait pas repris conscience, et Koga craignait de le lâcher, de peur qu'il ne se blesse en roulant sur le pont du navire. Soma, encore livide, tentait de se relever en retenant ses hauts-le-cœur. Aria, comme à son habitude, ne sachant que faire, posait sur Yuna ses grands yeux étonnés.

- Qu'est-ce qu'on fait ? risqua hasardeusement Koga.

Yuna se passa la main sur les paupières, mais son geste mécanique ne parvenait pas à chasser le voile pâteux qui obscurcissait ses pensées. Elle embrassa du regard ses compagnons : tous étaient aussi épuisés qu'elle. Ils n'iraient pas loin, seuls, trempés, affamés et sans ressource. Elle esquissa un geste fataliste.

- On la suit, décida-t-elle de sa voix enrouée.

Ils se dirigèrent, chancelants, vers la porte par laquelle s'était engouffré leur Capitaine, avant de s'arrêter sur le seuil.

L'ouverture béante s'ouvrait face à eux, mais ils ne distinguaient pas ce qui les attendait. Yuna, en tête, esquissa un mouvement de recul : la pièce lui paraissait encore plus sombre que la noirceur ténébreuse de l'horizon cinglé par les éclairs. Enfin, presque poussés par une rafale de mistral et de pluie, ils franchirent le pas de la maison, et refermèrent le battant de bois. Agglutinés à l'entrée, grelottant au même diapason, ils n'osaient avancer dans cet univers inconnu. Peu à peu, leur vue s'habituait à la luminosité, mais le faible éclat irradiant des fenêtres propageait de grandes ombres qui déformaient leur perception. Face à eux étaient disposés quelques canapés, dont les garnitures en bataille projetaient sur le mur blanc leur terrain accidenté. Sur leur droite, une falaise de matériels, d'appareils et de bric à brac en tout genre crasseux les surplombaient, menaçant de s'écrouler à chaque assaut de la tempête. De grands masques d'ébènes, suspendus régulièrement le long des parois, les toisaient de leur regard fixe et sévère. Enfin, camouflée par l'obscurité aux tréfonds de cette immense pièce à vivre, dans la cuisine ouverte, la Capitaine, seule et maigre, engloutissait une poignée de pilules.

D'un mouvement instinctif, Aria se rapprocha de Yuna, et la jeune fille sentit le lèchement humide de cette robe détrempée contre son bras. Mal assurée, elle chercha un appui du regard : Soma et Koga répondirent à l'appel, la tranquillisant d'un geste. Bien que Ryuho soit hors d'état d'agir, leur groupe avait eu la chance de sauver son intégrité. Réconfortée, la jeune blonde fit un pas en avant, suivie à la trace par ses amis.

Aussitôt, leur étrange hôte vint à leur rencontre, s'éclairant un instant d'un sourire bienveillant. Pour la première fois, Yuna remarqua qu'elle boitait légèrement, esquivant discrètement l'appui sur sa jambe droite raidie. Elle avait quitté son grand ciré jaune, découvrant un vieux pull de laine à col haut délavé par le grand large, que détrempait déjà son épaisse chevelure brune. Yuna voulu prendre la parole pour la remercier, mais déjà la Capitaine la coupait d'un geste, et, en silence, se penchait sur Ryuho d'une mine inquiète. Elle le souleva aisément des bras de Koga pour le porter sur un canapé lit qu'elle venait de déplier. Sa main fine et sèche se posa sur sa poitrine, puis sur son cou, puis sur son front. Elle se leva, et saisissant ce qui semblait être un brassard, elle sortit un stéthoscope d'un tiroir. Yuna se rasséna : la Capitaine prenait seulement la pression artérielle de leur ami. Au vu de l'assurance avec laquelle elle effectuait la mesure, la jeune blonde en déduit qu'elle était médecin, tout du moins dans le domaine de la santé. Leur hôte, semblant rassurée par son rapide examen, avait pris la main de Ryuho, et le couvait d'un regard inquiet.

A la place même où ils avaient été abandonnés, les jeunes gens attendaient docilement. C'est le bruit retentissant d'un reniflement longtemps repoussé qui rappela leur présence à la Capitaine. Alors, laissant là le garçon inconscient, elle se releva, retroussa ses manches, et fit signe aux deux jeunes filles de la suivre à l'étage. Aria, bien que peu rassurée à l'idée d'être séparée d'une partie de ses compagnons, se laissait guider, la fatigue paralysant sa peur. Yuna tentait de rester alerte malgré ses paupières lourdes. Elle remarqua sur le palier supérieur plusieurs jouets, abandonnés là comme pour un départ précipité. Cependant, elle avait la certitude qu'en dehors de ses compagnons, il n'y avait pas âme qui vive dans la maison.

Perdue dans ses pensées embrumées, elle faillit percuter la Capitaine qui s'était arrêtée devant un placard. Cette dernière se retourna, jaugea ses deux invitées des pieds à la tête d'un regard scrutateur, puis se pencha et sortit quelques vêtements et deux serviettes qu'elle tendit à Yuna. Elle ouvrit ensuite la porte d'une spacieuse salle d'eaux, invitant les jeunes filles d'un sourire affable, avant de se repencher dans ses rangements. Yuna la remercia poliment, entraina Aria avec elle et ferma la porte. Elle fit aussitôt couler l'eau, et, appliquant son oreille contre le battant de l'entrée, elle écouta la Capitaine fouiller encore quelques instants ses tiroirs, avant de redescendre l'escalier. Alors, elle s'assit enfin à même le sol, et soupira de soulagement.- Je pense qu'on est en sécurité ici, Aria, lança-t-elle pour tranquilliser son amie autant qu'elle-même.

Aria cligna des yeux, trop épuisée pour répondre.

- Va te doucher la première, ça te fera du bien, renchérit la jeune blonde en étouffant un gloussement. Je ne regarderai pas, va.

Quand la Capitaine redescendit au rez-de-chaussée, les jeunes garçons l'attendaient écroulés contre le mur, les jambes coupés par la fatigue. Ils se redressèrent promptement à son retour, et se portèrent à sa rencontre. Elle leur tendit également des affaires sèches, et les conduits à une petite pièce près de l'entrée, comprenant tout juste une minuscule douche et un sanitaire. Cette salle d'eaux était évidemment un ajout précipité grignoté sur la pièce à vivre, construite rapidement à l'aide de matériaux peu cher. Leur hôte referma elle-même la porte sur eux, attendit que le bruit de l'eau coulante lui parvienne, et se dirigea de nouveau vers Ryuho.

- Qu'est-ce que tu entends ? souffla Soma.

- Rien de particulier, répondit Koga en décollant son oreille du battant. Elle s'occupe de Ryuho, je pense.

Il marqua une hésitation.

- Je ne sais pas vraiment si on peut lui faire confiance. Elle est sacrément bizarre, quand même. Elle ne nous a même pas demandé nos noms.

- Je ne m'inquiète pas trop, lança Soma en se débarrassant de son T-shirt noyé d'eau salé. De toute façon, elle ne fait pas le poids face à nous cinq.

- C'est vrai. J'espère juste qu'elle ne nous dénoncera pas.

Son ami ne l'écoutait déjà plus, savourant l'écoulement de l'eau brulante sur son corps glacé par la tempête et les abysses.

Bien que la douche chaude ait délassé leurs membres noués par l'appréhension, les deux amis se sentaient encore exténués en quittant la salle d'eau. Malgré leur torpeur, leur premier soin fut évidemment de se rendre au chevet de Ryuho. A leur grand étonnement, il avait été séché et habillé de vêtements secs. Ses cheveux, à peine humides, dépassaient de l'épaisse couverture où il sommeillait. De toute évidence, leur ami ne souffrait que de fatigue. Tranquillisés, ils remarquèrent enfin Yuna et Aria dans la cuisine. Revêtues d'effets légèrement trop grands pour elles, elles assistaient de leur mieux leur hôte.

La Capitaine s'était elle aussi dépouillée de ses vêtements chargés de sel : elle flottait dans une robe de laine sombre assortie à une paire de collants opaques sur laquelle se répandait la lumière doré d'un foulard richement coloré, inondant son cou de ses nombreux replis chamarrés. Ses longs cheveux, éparpillés comme une cascade sauvage, tourbillonnaient avec elle au gré de ses mouvements, jouant et se déjouant de son épais cache nez. Son visage, bien qu'étiré par une fatigue perpétuelle, s'animait rapidement de nombreuses expressions, guidant ses aides sans aucune parole dans le tintamarre de sa cuisine. Dans son empressement, sa boiterie s'accentuait : parfois, elle grimaçait de douleur en posant trop précipitamment son pied à terre. Son affairement débordant d'énergie contrastait singulièrement avec la torpeur épuisée de ses invités, à peine tenus éveillés par la torture de la faim. Apparaissant pour la première fois à la lumière de son foyer et de leur esprit lavé par leur répit, la Capitaine semblait enfin avoir figure humaine : une figure pleine de vivacité et de bienveillance, au service de ceux qu'elle avait recueilli.

Remarquant le retour des deux jeunes garçons, elle les invita d'un signe de la main à les rejoindre. Elle leur désigna du doigt la table déjà prête, où attendait déjà sagement Aria. Koga et Soma échangèrent un regard inquiet : leur hôte ne leur avait toujours pas adressé la parole.

- Tu en sais un peu plus ? souffla Soma à Yuna s'asseyant à son tour.

- Elle est muette.

Un frisson parcourut l'échine du jeune garçon, à la fois soulagé et dérouté par l'infirmité de leur bienfaitrice. Le martèlement d'une pesante casserole posée lourdement sur la table trancha net le fil de ses pensées, et l'épais fumet de pâtes chaudes se répandit sur les convives. Fascinés par la nourriture brulante glissant dans leur gorge affamée, le repas se fit dans un silence troublé par les bruits de mastication. Les jeunes gens, exténués, ne pouvait aligner de raisonnement constructif, se contentant d'assouvir enfin l'un de leur plus impérieux besoin primaire. Koga et Soma, faisant honneur à leur réputation, engloutirent plusieurs plâtrées de nourriture. Yuna tenta d'excuser poliment leur manque de conversation et de savoir vivre, mais leur hôte balaya son embarras d'un sourire, les invitant à manger de tout leur saoul. Son regard amusé les détaillait tous, semblant comprendre et approuver la fringale dévorante qui les étrennait.

Ce n'est que lorsque les coups de fourchettes se firent plus rares que leur hôte attira l'attention générale en claquant deux ou trois fois de la langue. Assurée que tous la regardait, elle désigna sa bouche, et indiqua qu'elle ne pouvait parler. Elle commença alors une longue gesticulation, qu'ils interprétèrent comme une phrase prononcée en langue des signes. Voyant qu'elle n'obtenait aucune réaction, la Capitaine haussa des épaules et sortit un calepin de sa poche. Elle écrivit une ligne d'une écriture fine et serrée, qu'elle donna à lire à Koga, son plus proche voisin.

« Racontez-moi. »

Tous les yeux se tournèrent d'instinct vers Yuna, la seule encore assez lucide pour imaginer un scénario crédible. Elle l'avait d'ailleurs préparé durant le bref répit que lui avait accordé sa toilette, et avait choisi de mentir sur son âge, espérant endormir la méfiance de l'adulte. Ce jeu de regard ne manqua pas de tirer un sourire à leur hôte, qui écouta, amusée, le récit plutôt réaliste qu'inventait sa jeune invitée. Plus les explications se précisaient, plus sa physionomie s'égaillait presque involontairement, donnant aux jeunes gens l'impression désagréable que leur bienfaitrice savait, et se divertissait de ce tissu de mensonges. Elle semblait parfaitement démanteler l'histoire pourtant plutôt bien ficelée : elle ne croyait ni à la bande de jeunes gens idiots en vacances sur la côte, ni à l'emprunt insouciant du bateau. Elle fixait Yuna d'un regard intelligent, comme pour lui faire comprendre que se rendre expressément plus bête que la réalité, espérant cacher l'étrangeté de leur situation par le couvert des bêtises de jeunesse, ne fonctionnait pas pour un esprit quelque peu averti.

Lorsque Yuna acheva son histoire dans son bredouillement niais et feint, elle avait l'intime conviction d'avoir à la fois parfaitement joué son rôle et d'avoir été totalement inefficace. Elle hésitait : elle avait besoin de renseignements, mais comment les obtenir ? Son hôte la dévisageait, tentant de dissimuler son amusement, comme impatiente de la voir s'empêtrer un peu plus. Le silence se prolongea, interminable, puis la femme brune sourit et saisi son calepin.

« C'était pas mal. Ça marchera si vous avez à vous justifier. »

Les jeunes gens échangèrent un regard inquiet. Visiblement, la Capitaine voyait clair dans leur jeu. Celle-ci s'était levée sans ménagement, et avait commencé à débarrasser la table. Entrainé malgré leur torpeur par l'énergie de leur hôte, et ne sachant quelle conduite adopter, les jeunes gens la secondèrent gauchement. Le tintamarre des couverts surpassait celui, étouffés de la tempête qui se calmait peu à peu. Koga en profita pour se glisser discrètement près de Yuna.

- On fait quoi, on part dès qu'elle a le dos tourné ?

- On peut pas, lui souffla la jeune blonde en désignant Ryuho d'un signe de tête.

Un fracas éclatant de vaisselle brisée couvrit la fin de sa phrase : près de l'évier, Aria, épuisée, avait lâché une assiette par mégarde et se répandait en excuses. Près d'elle, leur hôte la rassurait, dédramatisant d'un sourire bienveillant.

Répondant au vacarme de la cuisine, le bruissement d'une voix s'éleva de la pièce principale. Soudain redevenue grave, les traits fermes comme elle leur avait paru au premier abord, la Capitaine se rendit en un instant au chevet de Ryuho, qui se redressait en massant ses tempes. Elle plaça ses doigts sur son bras, attirant son attention : dès que le jeune garçon eut posé les yeux sur sa bienfaitrice, son visage s'éclaira et il lui saisit vivement les mains.

- Nathalie !

Une excitation dévorante avait chassé toute sa fatigue, et il se redressa comme un ressort. Soma fit aussitôt un pas en avant.

- Tu la connais ?

Le jeune brun se retourna, et promena son regard dans la pièce. Il se rassena en constatant que tous ses amis étaient sains et saufs. Enfin, il hocha la tête.

- C'est la femme de Shun, l'une des Six Légendaires !

Soma laissa échapper un rire nerveux.

- Tu veux dire que c'est un Chevalier ?

Nathalie fit claquer ses doigts, comme pour rappeler le petit insolent à l'ordre, et posa sur lui un regard à la fois amusé et agacé, plein de défis. Le jeune garçon le lui rendit. Les Six Légendaires étaient six Chevaliers défenseurs d'Athéna qui avait traversé avec elle les Enfers jusqu'aux Champs Elysées et qui avait tué le véritable Corps d'Hadès. Bien que classés parmi les Chevaliers de Bronzes, les plus faibles de leur Ordres, ils avaient revêtus des Armures d'Or et même des Armures Divines.

Depuis sa plus tendre enfance, le père de Soma, Chevalier également, l'avait bercé des périples de cette compagnie exceptionnelle, qui avait remporté la Bataille du Sanctuaire, mettant fin à la Grande Guerre Civile, détruit l'Atlantide, empêchant l'immersion des continents, parcourus les Enfers, achevant la Guerre Sainte de cette ère. Il connaissait quasiment toutes les rumeurs courant à leur sujet, depuis la Bataille Galactique jusqu'à la deuxième Attaque de Mars, où ils s'étaient effacés, blessés et incapables de poursuivre leurs prouesses. Son rêve, en s'enrôlant à son tour dans la Chevalerie, était d'accomplir une infime partie de leurs exploits pour protéger sa Déesse et la Terre.

Il ne pouvait croire que cette femme amaigrie et infirme pouvait être le Chevalier de la constellation du Dauphin qui avait peuplé son imaginaire avide d'aventures.

Ryuho, détournant l'attention du mépris évident de Soma, interrogea Nathalie sur les évènements. Elle désigna d'un geste pudique sa gorge, et ne pipa mot. L'inquiétude se dépeignit aussitôt dans les yeux du jeune garçon. Il la scruta, et lui seul la devina épuisée par son trajet en pleine mer. Néanmoins, il connaissait la nature fière de sa bienfaitrice, et ne fit aucune remarque. Il accepta volontiers l'assiette chaude qu'elle lui offrait, et entreprit d'expliquer la situation à ses amis.

Heureusement, il était de notoriété publique que Ryuho, jeune Chevalier du Dragon, avait pris la relève de son père Shiryu, lui-même l'un des Six Légendaires. De là, il était aisé de comprendre qu'il connaissait plusieurs des anciens compagnons de son géniteur. Ainsi, il fréquentait assez régulièrement Nathalie et son époux Shun, le Chevalier d'Andromède. Leur fils venait d'ailleurs passer une partie de ses étés chez Ryuho, en Chine.

- D'ailleurs, où est Aliolia ? s'interrompit le jeune garçon.

Nathalie saisit le calepin que Yuna lui tendait.

« En sécurité. »

Ryuho acquiesça. Ses amis et lui-même, tous Chevaliers, étaient pourchassés par le Sanctuaire corrompu dirigé par Mars, le nouvel adversaire d'Athéna. Nathalie s'exposait gravement en les aidants, et n'était pas encline à faire courir les mêmes risques à son fils.

D'un signe de tête, l'adulte invita les jeunes gens à se présenter sous leur véritable nom et titre. Elle dévisagea curieusement Aria : contrairement aux autres, ce n'était pas une guerrière, mais une prisonnière de Mars qui avait été libérée. Koga, jeune chevalier de Pégase, se sentit curieusement vulnérable lorsque vint son tour, presque mis à nu devant la jeune femme. Il savait que son Armure avait été auparavant portée par l'un des Six Légendaire, donc par conséquent ancien compagnon de Nathalie, et une foule d'émotions semblait la traverser, passant de la mélancolie à la malice avec une rapidité déconcertante. Coupant court à ces réflexions, Soma donna pompeusement son grade de Chevalier du Petit Lion, s'offusquant de voir la maigre femme sourire. Elle s'excusa, expliquant qu'elle avait connu son prédécesseur, retraité à cause d'une vilaine blessure. Enfin, lorsque Yuna annonça qu'elle était sous la protection de la constellation de l'Aigle, Nathalie braqua deux yeux perçants sur elle, la scrutant jusqu'au fond de son âme, avant de détourner tristement le regard. La jeune blonde n'osa pas poser de questions.

Une fois les présentations d'usage faites, Koga se redressa du canapé où il s'était avachi.

- En tout cas, Shun ne m'avait pas dit qu'il avait un fils, ni même qu'il était marié.

- Pour les protéger, supposa Ryuho.

Le regard de Nathalie étincela de curiosité en se braquant sur Koga, avide de détails. Son mari, comme elle-même auparavant, partait régulièrement exercer la médecine en Afrique, et la perspective de nouvelles récentes aiguillonnait son attention. Le jeune garçon se mit en devoir de raconter leur entrevue dans le moindre détail. Seul Ryuho et lui-même avait eu la chance de le rencontrer. Au récit du combat que son époux avait dû livrer face à un Chevalier du Sanctuaire Corrompu, Nathalie pinça les lèvres, inquiète. Lors de leur dernière bataille, les Six Légendaires avaient été blessés, touchés par la main de Mars, et chaque combat élargissait leur meurtrissure. La marque ténébreuse de leur ennemi recouvrait peu à peu à peu leurs corps, les affaiblissant proportionnellement à la surface atteinte. Elle parut rassurée d'apprendre que la plaie ne dépassait toujours pas le bras gauche de son mari.

Piqué de curiosité, Soma scrutait la femme brune, tentant de deviner où la main maudite de Mars l'avait frappée. Ne pouvant le deviner, il en conclut que la blessure devait être minime, du moins de faible importance.

Nathalie grimaça en apprenant le montant de la bourse offerte par son mari, perdue évidemment au fond de l'Océan. Elle secoua la tête : Shun n'avait clairement pas le luxe de se séparer d'une telle somme, et avait dû sérieusement puiser sur le budget alloué à ses besoins les plus fondamentaux.Elle soupira, et reporta son attention sur Yuna, qui la considérait respectueusement. Elle lui sourit avec bienveillance, et désigna sur son carnet la même ligne qui avait guidé la discussion durant le repas.

« Racontez moi. »

La jeune fille blonde s'exécuta sans hésitation, heureuse d'avoir trouvé un appui solide là où elle n'espérait qu'un intervenant neutre. Elle brossa rapidement un tableau de la situation : Athéna avait enlevée par Mars, portant le coup de grâce au Sanctuaire et aux forces de la déesse, déjà affaiblies par une longue guerre et la perte de leurs Six Légendes treize ans auparavant. D'après leurs renseignements, leur ennemi gardait Athéna prisonnière en vue d'un grand projet encore inconnu. Un armistice avait été signé, laissant les pleins pouvoirs à leur ancien adversaire. Le centre de la Palestre, où vivaient nombres des Chevaliers de Bronzes, avait été neutralisé avec l'immense majorité de ses habitants. Seuls quelques guerriers, dont eux, avaient pu en réchapper. Ils avaient alors sauvé Aria, que Mars tentait stratégiquement de faire passer pour la nouvelle Athéna, et, fort des renseignements qu'elle leur fournissait, s'étaient lancé dans un périlleux voyage afin de détruire plusieurs places stratégiques de l'ennemi. Ils étaient poursuivis par les forces de Mars et celles du Sanctuaire corrompu, dont ils ne reconnaissaient pas l'autorité. Bien que persuadés de servir la cause de la véritable Athéna, ils étaient des parias au sein de leur Ordre.

Nathalie avait écouté avec une attention sans faille, les traits figés par la réflexion. Parfois, son expression se durcissait, trahissant le chagrin que lui apportaient certaines nouvelles, mais jamais elle ne se départit de son calme et de sa lucidité. Elle avait saisi distraitement une petite boite ronde dans sa poche, et la roulait mécaniquement entre ses doigts. Quand Yuna eut terminé, elle n'eût pas un geste de désespoir, mais un geste de rage. Elle se leva, et fit les cents pas, trainant sa jambe raidie. Elle aurait souhaité pouvoir prendre à nouveau part à cette guerre, mais elle ne pouvait plus revêtir son Armure ; la plaie de Mars la dévorerait. Elle s'assit avec humeur, se tenant la hanche, et décapsulant son petit réservoir circulaire, elle en sortit un cachet qu'elle goba sans ménagement. Elle porta ses doigts à un bijou qu'elle portait autour du cou, puis se retourna vers les jeunes combattants, qu'elle jaugea du regard. Tous la scrutaient. Malgré l'excitation que leur procurait cette rencontre inespérée, ils étaient brisés de fatigue. Elle se saisit de son calepin.

« Demain. Vous avez besoin de repos. »

ஐஐஐஐஐ